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Christoblog

Articles avec #j'aime

12 jours

Avant 12 jours, une personne hospitalisée dans un hôpital psychiatrique sans son consentement doit voir un juge, qui décidera ou non de la maintenir internée.

Ce sont ces confrontations entre malade et juge que Depardon décide de montrer, simplement filmées en champ / contrechamp, et juste entrecoupées par des plans de coupe plus ou moins convaincants (des paysages brumeux, des couloirs d'hôpital).

Le dispositif, assez peu original quand on connaît le cinéma de Depardon, est toutefois efficace. Peu importe quelle décision prend le juge (il confirme toujours, sauf dans une situation, l'enfermement), on est souvent interloqués par les expressions des malades, dont certains sont très, très impressionnants.

L'intérêt du film réside donc exclusivement dans cette façon dont il malaxe la pâte humaine et donne à voir des destinées personnelles parfois terrifiantes (la dame qui rêve de se suicider, celui qui a tué son père, la salariée d'Orange). Cette densité est particulièrement palpable quand le visage des malades sont à l'écran. Quand la caméra s'attarde sur les juges, l'intensité chute d'un cran, même si on se prend parfois à les interclasser dans l'ordre de nos préférences, tout à fait subjectives.

Un film solide, mais pas le meilleur Depardon à mon sens.

 

2e

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Battle of the sexes

Beaucoup de moyen, pas mal de bon et un peu de mauvais dans ce film à la croisée des genres.

Pour le moyen : la mise en scène un peu molle (on peine à reconnaître la vivacité des auteurs de Little Miss Sunshine), la narration sage, une histoire d'amour platement filmée, une bien-pensance qui peine à convaincre.

Pour le mauvais : des longueurs (la première scène de coiffure où on a envie de crier : ON A COMPRIS, T'ES LOURD). Le film aurait mérité d'être raccourci d'une demi-heure.

Pour le bon : une prestation énormissime d'Emma Stone qui parvient à tout transformer chez elle, de la démarche à la posture, et une reconstitution d'une partie de tennis bluffante. 

Au final, un moment de cinéma de moyennement agréable à plutôt plaisant, suivant l'intérêt qu'on porte au tennis, au coming out des tenniswomen lesbiennes, ou à Emma Stone. Pour ma part, c'est le versant féminisme décomplexé qui m'a le plus plu : l'aspect "je les emmerde tous ces connards de phallocrates, et je vais les niquer". 

 

2e

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La lune de Jupiter

Il faut probablement un goût pour le mauvais goût pour apprécier pleinement ce second film de Kornel Mundruczo.

Je ne le conseillerai donc pas aux esthètes sensibles, aux amateurs de cohérence stylistique et aux spectateurs qui recherchent subtilité et délicatesse.

La lune de Jupiter est en effet un foutoir tape à l'oeil qui commence comme un film roumain social à la Mungiu (caméra à l'épaule, plan séquence virtuose, vérisme à tout crin), pour continuer comme une fable Tarkovskienne , avant de se terminer en mode film d'action américain. 

Entre temps, Mundruczo nous aura ravi par son sens de la mise en scène instinctif et décapant, nous offrant des séquences d'une richesse visuelle insensée, comme celle de l'appartement qui tourne sur lui-même ou comme la poursuite en voiture, un exercice pourtant convenu, qui ici semble radicalement renouvelé.

Il est à mon avis complètement vain de trouver une morale générale à ce film, et c'est probablement ce qui dérange le grand nombre de critiques qui ont descendu le film, et qui aiment à classer les oeuvres dans une case : film mystique, parabole sur les migrants, dénonciation des travers de nos sociétés non-croyantes ? Le film n'est évidemment rien de tout cela : peut-être au final n'est il que la description attentive d'une situation inattendue, ou le simple portrait d'un ange sans Dieu.

J'ai été captivé.

 

3e

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Western

Après le merveilleux Toni Erdmann, sommes nous en train d'assister à la naissance d'une nouvelle vague allemande, chaperonnée par sa réalisatrice, Maren Ade, qui a justement produit Western ?  

On peut se le demander, tant ce film partage de points communs avec Toni Erdmann : même distance, dont on ne saurait dire si elle est amusée ou critique (ou les deux), même façon d'égarer un peu le spectateur dans un récit qui semble incontrôlé et conduit par la succession d'évènements improbables (mais qui est certainement au contraire très maîtrisé). 

Le film est intéressant par de nombreux aspects plutôt originaux : le vrai travail des ouvriers de travaux publics est montré avec un réalisme confondant, le personnage principal est très charismatique et toute l'intrigue peut être regardée sous l'angle d'une Europe à deux vitesses, ou d'un nouveau type de colonisation (il s'agit d'une équipe de travailleurs allemands, isolée dans un coin perdu de Bulgarie).

La tension psychologique qu'arrive à installer la réalisatrice Valeska Grisebach est par instant prenante, et plusieurs scènes sont d'une grande force dans le genre "incommunicabilité" et "le pire va arriver, c'est sûr". 

Le point faible du film, mais c'est aussi en partie son charme, tient dans ses vides, ses creux, ses temps morts, ses clichés parfois mollassons.

Je conseille ce film aux cinéphiles prêts à prendre leur temps, curieux de découvrir une oeuvre finalement assez originale.

 

2e

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En attendant les hirondelles

Le premier long-métrage de Karim Moussaoui place son auteur parmi les jeunes cinéastes mondiaux les plus prometteurs.

Il y a en effet quelque chose de Krzysztof Kieslowski ou de Nuri Bilge Ceylan dans la double intention du film : donner à voir d'amples dilemmes moraux nichés au creux du quotidien, tout en donnant à son film une douce élégance esthétique.

On suit successivement trois histoires qui n'ont rien à voir entre elles, si ce n'est des rencontres fortuites qui font se croiser les différents personnages. L'oeil du cinéaste, et donc celui du spectateur, devient par ce procédé presque divin : on entre dans la vie des personnes presque par hasard et on y voit tout. Le film se termine par l'amorce d'un quatrième chapitre : on suit quelques minutes un personnage que le protagoniste du troisième volet croise par hasard, avant que le générique de fin nous frustre brutalement du pouvoir omniscient que nous avons eu pendant deux heures.

Le film de Moussaoui est empli de multiples petits signaux à peine esquissés qui peuvent évoquer la situation de l'Algérie contemporaine (un article de journal, une corruption en passant, un souvenir de la guerre civil) ou ouvrir une parenthèse poétique inattendue (les musiciens dans le désert). Sous ses dehors un peu lisses, il est d'une grande richesse.

L'intérêt des trois historiettes va croissant : la première décrit une (petite ?) lâcheté, la seconde le basculement d'une vie entre raison et sentiment (tout en étant un magnifique portrait de jeune femme) et la dernière terrasse par sa maîtrise formelle et l'attention portée aux visages des acteurs.

Un cinéaste important est probablement en train de naître.

 

3e

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Le musée des merveilles

Le musée des merveilles est un film bouleversant, qui fait naître l'émotion de multiples façons : par ce qu'il raconte, par ce qu'il montre et par ce qu'il fait entendre.

C'est un sentiment vraiment merveilleux, qu'on éprouve rarement au cinéma, que celui que procure le film  de Todd Haynes : celui de se perdre dans un labyrinthe d'histoires et de sensations, que le montage éclaircit progressivement.

La délicatesse de la mise en scène et la pertinence de toute la direction artistique rendent le film doux et aimable, son scénario est d'une intelligence rare. Les correspondances, les concordances entre les deux époques du film semblent évoquer une liaison paranormale, qui s'avérera finalement bien différente que celle qu'on peut imaginer au début de la projection.

Parmi les nombreuses qualité du film, il faut souligner l'incroyable traitement du son (par exemple, le film met en scène des personnes sourdes, et quand une scène est en caméra subjective, on entend moins bien) qui provoque un sentiment d'immersion confondant.

La reconstitution des différentes époques est parfaite, le jeu des trois jeunes acteurs renversant et l'inventivité générale du film a provoqué chez moi une sorte de jubilation esthétique et intellectuelle qui s'est noyé pour les dernières scènes dans un Niagara de larmes.

Je le recommande chaudement. Un des tout meilleurs films de l'année.

 

4e 

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A beautiful day

A beautiful day est d'une grande beauté formelle.

Pas un plan n'est inutile, mais contrairement à la plupart des films, dans lesquels la succession des plans fait avancer l'action, il s'agit plutôt ici de décrire le plus précisément possible l'état psychologique du personnage.

Joaquin Phoenix, surpuissant, trouve ici sans contestation possible le rôle de sa vie. Il évolue en douceur, comme un chat, silencieux, calme, implacable, même pas haineux. Il fait vraiment peur, y compris dans des scènes d'empathie surréalistes (celle où il tient la main de sa victime en train d'expirer par exemple). 

La violence contenue dans le film, dont la presse fait grand cas, n'est finalement qu'allusive. On ne voit pas vraiment de sang et les scènes de massacre ne sont montrées qu'indirectement (caméra de surveillance, reflets) quand elle ne font pas carrément l'objet d'ellipses.

Le film respire l'intelligence, et tout y est techniquement parfait : montage, son, photographie, cadres, scénario, seconds rôles (la mère), utilisation des décors. Seul petit bémol dans l'appréciation : les flash-backs, que je trouve un peu moins bons que le reste du film.

Une belle réussite, empreinte d'une curieuse douceur. Un film sec mais pas aride.

 

4e 

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Mise à mort du cerf sacré

A l'image de son titre, le nouveau film de Yorgos Lanthimos est à la fois intellectuellement stimulant, inutilement alambiqué et esthétiquement séduisant.

Commençons par l'aspect intellectuel : le scénario nous égare un bon bout de temps sur des fausses pistes avant de se préciser progressivement, pratiquement à notre corps défendant, tellement l'intrigue est dérangeante et surréaliste. A ce titre, on en profite bien mieux si on ne connait rien de son propos.  

Sans dévoiler son pitch, je dirais seulement que le film m'a beaucoup plu, donnant une incarnation cinématographique au thème de l'irruption du sacré dans le réel, sujet fort peu traité au demeurant. Sa rigoureuse logique interne est à la fois terrifiante et plaisante. Elle conduit inévitablement à la question : "Nom d'un chien, que ferais-je moi-même à la place de Steven ?".

La stimulation intellectuelle engendrée par le scénario de Lanthimos sera pour certains peut-être un peu gâchée par une inutile sophistication : la scène d'ouverture sur une opération à coeur ouvert en est un bon exemple. D'autres jouiront de la beauté esthétique ahurissante de certains cadres, de l'utilisation rigoureuse des symétries et de la photographie glacée mais somptueuse.

Le cinéma de Lanthimos n'est pas un cinéma de sensation, c'est un cinéma de réflexion. C'est surtout à ce titre qu'il peut être comparé à celui de Kubrick.  Si on accepte ce postulat, alors il procure un plaisir certain.

 

3e

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Jeune femme

Lors du Festival de Cannes 2017, il y eut peu d'occasion d'être décoiffé par un film énergique, au ton original. Jeune femme fut de celles-là.

Dès les tout premiers plans (une porte fermée, un montage cut, une héroïne qui fulmine, une scène d'anthologie aux urgences), on sent que ça ne va pas bien se passer, que quelque chose est en train de dérailler sous nos yeux. Et, effectivement, la longue errance de Paula va s'avérer durant un long moment une sorte d'odyssée maudite.

Peu adaptée aux relations sociales normées, menteuse par obligation et énervante par nature, la jeune femme que met en scène Leonor Serraille n'est pas très aimable, même si elle nous fait parfois sourire. Il faut la maîtrise absolue de la mise en scène pour faire passer la pilule d'une narration que d'aucun considéreront comme brouillonne.

Ce qui rend le film attendrissant - et intéressant - c'est qu'il préfère mettre en scène la formidable énergie qui dynamise son personnage principal que ses états d'âme. Du coup, la trajectoire de Paula devient presque magique, et lorsqu'elle finit par rembarrer son ex, on ne peut qu'être admiratif devant les mérites de son irréductible opiniâtreté.

Le film est aussi une découverte : on pressent que la personnalité de l'actrice Laetitia Dosch n'est pas si loin de celle de Paula, et qu'il faudra suivre sur la durée la carrière de ce trublion incendiaire.

Explosif.

 

3e

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The affair (Saison 2)

Après l'excellente première saison je redoutais une chute de tension lors de la deuxième, et le visionnage des deux premiers épisodes de ce nouveau coffret DVD m'a conforté dans cette idée.

La saison démarre en effet mollement. On a certes plaisir  à retrouver les personnages dans le dispositif excitant mis en place dans la première saison (les mêmes journées sont racontées de quatre points de vue différents), mais à l'inverse on craint que le procédé ne serve plus que lui-même au détriment de l'intrigue ou de la véracité psychologique des situations.

Heureusement la série s'invente de nouveaux chemins assez rapidement avec des sauts dans le temps importants (on se rend rétrospectivement compte de l'impossibilité totale de comprendre ce qu'on voyait dans la première saison), des épisodes qui cassent la routine et un final très satisfaisant en terme de résolution de mystères.

En réalité, cette deuxième saison parait être la deuxième partie d'un tout, exactement située dans le prolongement de la première, d'un point de vue narratif comme stylistique. 

Une fois résolu le Whodunit un peu plaqué de l'accident de voiture (l'intéraction entre les personnages est bien plus passionnant que l'incident mortel), on attend impatiemment de voir quelle direction les scénaristes hyper-doués de la série vont prendre. 

The affair sur Christoblog : Saison 1 (****)

 

3e

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Téhéran tabou

Le choc que procurent les premières scènes de Téhéran tabou (une prostituée taille une pipe à un conducteur alors que son petit garçon rêvasse sur la banquette arrière), est durable.

Le film impose sa dureté sur la longueur. Tout y est noir en effet : la misère sexuelle des hommes, la condition de la femme réduite à demander l'aval de l'homme pour toute chose, le spleen des avorteurs à la petite semaine, les proxénètes qui exportent des vierges vers Dubaï, les juges corrompus et dépravés, le spleen d'un petit garçon muet qui ne parvient pas à se scolariser.

Rien n'est agréable à l'âme, si ce n'est peut-être la bonté innée du personnage principal, pute au grand coeur, que rien ne semble vouloir arrêter.

Le film brille par ailleurs de multiples atours formels et esthétiques : un scénario fouillé et palpitant, une utilisation de la rotoscopie (procédé qui crée de l'animation à partir de prises de vue réelles) qui laisse pantois, une apreté dans le propos qui sidère, une poésie diffuse qui ennivre.

Téhéran tabou est tour à tour beau, émouvant et intrigant.

Une belle découverte.

 

3e

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Detroit

Detroit n'est pas un film agréable à regarder. Je suppose que certains seront même profondément dérangés par la tonalité quasi sadique qui colore le film.

Nous sommes en 1967, et des émeutes raciales éclatent à Detroit. Quelques jeunes Noirs vont vivre l'enfer le temps d'une nuit, piégés par trois policiers cruels. 

Le film commence par une mise en place d'une redoutable efficacité. Mêlant images d'archives et prises de vue façon caméra à l'épaule, la réalisatrice nous immerge très efficacement dans le chaos d'une véritable révolution. Le point fort de cette introduction, c'est d'introduire les personnages principaux de l'intrigue à venir sans qu'on les remarque vraiment. 

Le coeur du film est ensuite un interminable huis-clos (mais s'il est interminable pour nous, imaginons ce qu'il fut pour les victimes !), éprouvant et dérangeant. La caméra réalise des prodiges durant cette partie, et élève Detroit au rang de meilleur film réalisé par Bigelow, à mon sens. On est absolument et tristement dedans.

Dans une sorte de symétrie bienvenue, Detroit se termine comme il a commencé : la suite des évènements est esquissée à grand coups de subtiles ellipses.

L'ensemble constitue un film coup de poing, et pour une fois, l'expression n'est pas galvaudée tellement la mise en scène nous frappe plusieurs fois au plexus. Detroit plaira à ceux qui sont sensible à un type de cinéma maîtrisé, d'apparence rude et pas forcément toujours subtil. C'est mon cas.

 

4e 

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L'atelier

Le dernier film de Laurent Cantet se compose de deux parties distinctes.

La première retrouve les meilleurs côtés de Entre les murs : Cantet sait comme personne filmer les jeunes gens qui ne sont pas des acteurs, les faire interagir avec l'expérimentée Marina Fois, montrer leurs émois, leurs sentiments, leurs hésitations.

C'est très beau, et d'une intelligence d'écriture très convaincante. On suit avec beaucoup de plaisir l'initiation de ces jeunes aux joies de l'écriture. La dialectique des échanges est en soi un véritable plaisir gourmand.

Dans la deuxième partie du film, Cantet recentre l'action sur le personnage de l'écrivaine et celui d'Antoine, un jeune qui se laisse séduire par les thèses de l'extrême-droite. L'atelier vire alors doucement au thriller psychologique. Quelle est la nature exacte de la relation entre les deux personnages, un acte violent est-il à craindre ?

Cette deuxième partie m'a nettement moins convaincu que la première. J'ai trouvé que le scénario s'alourdissait de scories inutiles (un exemple : la visite de l'éditeur), que Cantet n'était pas très à l'aise dans les scènes de suspense et que le jeu Marina Fois s'ankylosait un peu.

Au final cependant l'impression est plutôt positive, et je conseille L'atelier pour sa sourde originalité.

 

2e

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Blade runner

A l'occasion de la sortie de Blade runner 2049, j'ai vu pour la première fois hier soir le film de Ridley Scott, dans une version Final cut, et en blu-ray.

Pour parler franc, je craignais de découvrir une oeuvre un peu datée, dont l'esthétique années 80 ou les effets spéciaux auraient mal vieillis.

Heureusement, les premiers plans sur la ville tentaculaire sont de toute beauté, et la première véritable scène (l'interview de Leon) est menée d'une façon très efficace, sur un mode qui s'apparente plus au polar qu'à la SF.

C'est d'ailleurs probablement ce qui m'a le plus marqué tout au long du film : son ambiance, ses thématiques, la trajectoire heurtée et indécise de son héros paumé évoquent bien plus les romans de Dashiell Hammett que Star Wars. Pour ce rôle de policier au bout du rouleau reprenant du service, Harrison Ford s'avère être impérial, capable d'esquisser ce fameux sourire pince-sans-rire juste avant de se prendre une mémorable torgnole. 

Le film avance sèchement, alternant avec un équilibre assez impressionnant les lentes phases d'imprégnation et les tranquilles accélérations du récit. C'est propre, sans déchet, et d'une maîtrise absolue. Les personnages semblent à la fois sommairement esquissés et d'une grande profondeur.

La qualité du casting, la rigueur du scénario et la virtuosité de la mise en scène sont ici sublimés (une fois n'est pas coutume) par l'ensemble de la direction artistique. Les décors, les maquillages, les accessoires, la musique et la photographie sont ici portés à de très hauts niveaux de qualité. Un tel assemblage de talents est probablement sans égal dans l'histoire du cinéma.

Le blu-ray est accompagné d'un documentaire, Dangerous days, très complet, qui raconte la genèse du film. On y découvre l'influence de Billal et de Moebius sur l'esthétique du film, des anecdotes croustillantes (Dustin Hoffman a longtemps été pressenti pour tenir le rôle principal) et beaucoup d'autres choses.

Pour résumer : un vrai film culte.

 

4e 

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Demain et tous les autres jours

Comme souvent chez Noémie Lvovsky, le charme de Demain et tous les autres jours repose sur des éléments assez peu spectaculaires, mais très efficaces en terme de plaisir cinématographique : une interprétation émouvante, un scénario solide, une mise en scène robuste, un montage alerte.

Le parti-pris du film (raconter les rapports mère / fille entre une petite fille et sa mère dérangée, à travers les yeux de l'enfant) est a priori casse-gueule. On imagine le pathos rôdant, prêt à s'emparer de l'intrigue. Il est remarquable de constater que Noémie Lvovsky évite toutes les embûches pour au final fournir une copie bien équilibrée.

La grande qualité du film repose sur la prestation ébouriffante de la jeune actrice Luce Rodriguez, dont l'énergie et la rectitude forcent l'admiration. 

Le film évolue sur un fil tendu entre deux précipices (celui du ridicule - faire parler une chouette apprivoisée - et celui de la sensiblerie) : en évitant de tomber dans l'un ou l'autre, Noémie Lvovsky confirme ses talents de réalisatrice sensible.

Il serait dommage de le rater, d'autant plus que Mathieu Amalric ne cabotine dans ce film. Pour une fois.

Noémie Lvovsky sur Christoblog : Camille redouble - 2012 (****)

 

3e

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Un beau soleil intérieur

Le cinéma de Claire Denis peut être agaçant.

L'association de son écriture si particulière à la plume de Christine Angot rend le scénario de Un beau soleil intérieur un peu bancal, et produit des dialogues souvent horripilants.  

Répétitions et ellipses, manque de naturel, sentiment généré d'entre soi et d'élitisme, les mots que Angot met dans les bouches des personnages sont rarement beaux, mêmes s'ils sont parfois frappants.

Ce qui sauve finalement le film ce sont les performances d'acteurs. Juliette Binoche est exceptionnelle de virtuosité, Xavier Beauvois parfait en goujat lubrique, Gérard Depardieu très convaincant en voyant inspiré, Nicolas Duvauchelle glaçant en torturé distant. Même les petits rôles, comme celui qui échoit à l'impayable Philippe Katerine, sont délicieusement croqués.

La caméra de Claire Denis est parfois très inspirée, et Un beau soleil intérieur est donc plutôt agréable à regarder.

Le film plaira donc aficionados de Juliette Binoche, à ceux de la réalisatrice et plus généralement aux amateurs de scénario décalé et de dialogues énervants.

Claire Denis sur Christoblog : Les salauds - 2013 (**)

 

2e

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A ciambra

Avant d'aller voir ce film, il est intéressant d'en connaître la genèse. Jonas Carpignano, réalisateur italo-américain, filme dans la ville calabraise de Gioia Tauro depuis 2011. Il y a tourné un court métrage et son premier long-métrage, Mediterranea.

La famille gitane Amato, qui est au coeur du film, est donc ici filmée "dans son jus", au naturel. 

Certes, l'intrigue du film est évidemment inventée, mais tout le décorum est directement issu de la vraie vie. A ciambra est donc né dans un territoire peu exploré, qui se situerait pile à mi-chemin du documentaire (les funérailles montrées dans le film sont réelles, par exemple) et la fiction.

Le résultat m'a littéralement fasciné. Pas sûr que ce soit le cas de tous les spectateurs qui verront le film, car celui-ci n'est pas très facile d'accès : il faut accepter la caméra à l'épaule qui donne le tournis, les lambeaux de conversations inaudibles, le fouillis qui semble envahir tout l'écran. 

La magie du film est de parvenir à nous faire entrer dans ce monde très marginal. On apprend la langue, on s'habitue progressivement à ce qui nous choque au début (les enfants qui fument, les vols comme mode vie, les adultes qui ne savent pas lire) et à la fin du film, on se sent miraculeusement chez soi.

Si l'aspect documentaire est passionnant, le volet fictionnel n'est pas négligeable pour autant. Le scénario est habilement construit, il parvient à installer progressivement une belle tension dramatique qui se dénoue dans un dilemme moral de toute beauté.

A la fin du film on ne sait pas trop ce qu'il faut admirer le plus : l'énergie fantastique qui l'électrise, l'impression de réalisme absolu qui sidère (on pense à Wang Bing) ou l'inventivité du scénario qui parvient injecter du réalisme magique (le grand-père, le cheval) aux entournures d'un naturalisme très cru.

C'est magnifique.

 

4e 

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Faute d'amour

Il faut reconnaître qu'Andrey Zvyagintsev est probablement un des plus brillants stylistes en activité (avec Nuri Bilge Ceylan). Il fait partie de ces cinéastes dont chaque image semble admirablement composée, au service d'une narration parfaitement maîtrisée.

Quand la maestria du réalisateur est mis au service d'un sujet aussi sec que le désamour de deux parents vis à vis de leur enfant, le résultat peut être glaçant, et, disons-le (car je dois la vérité à mes lecteurs) peu aimable au premier abord.  

La précision chirurgicale de la narration, l'absolue perfection de la mise en scène aboutit à un récit désespérant, âpre et clinique (les adultes sont avant tout égoïstes), zébré par un plan terrifiant, qui fut pour moi le plus grand moment de cinéma du dernier festival de Cannes : un hurlement silencieux qui ne laissera personne indifférent.

Le tour de force du film est de montrer les comportements des adultes, plutôt que la détresse de l'enfant. En dépit de l'évanouissement de la figure enfantine, ou peut-être grâce à lui, l'histoire somme toute commune de Faute d'amour devient presque mythologique : choc frontal de la libido et de la culpabilité, figure stoïque du patron de l'association, voyage aux enfers chez la grand-mère, tableau symbolique de la Russie contemporaine dans le bâtiment abandonné. C'est à la fois beau et très désagréable à regarder, on se sent complices des turpitudes anodines que Zvyagintsev nous met sous les yeux, turpitudes qu'on préférerait croire totalement étrangères à soi-même.

Pour résumer : un plaisir qui fait mal, un choc esthétique saisissant.

 

4e 

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Dans un recoin de ce monde

Les potentialités de l'anime japonais semblent infinies.

On a vu par exemple ces derniers temps un manifeste d'esthétisme pop new age (Your name), une fable poétique formidable (Le garçon et la bête) et un portrait de femme sur fond historique (Miss Hokusai).

Dans un recoin de ce monde aborde un nouveau genre : le mélodrame à la Douglas Sirk. Le réalisateur Sunao Katabuchi nous raconte l'histoire de la jeune Suzu, obligée de quitter sa famille pour aller se marier avec un inconnu dans un village éloigné. 

Suzu est un peu simplette. Elle apprécie les petits plaisirs quotidiens, est plutôt réservée et dessine très bien. Sa nouvelle famille est composée d'une belle soeur acariâtre, d'un doux mari, d'une petite nièce ravissante et de beaux-parents qui vieillissent. Il est très touchant de suivre cette expérience de vie à la fois unique et un peu quelconque.  

Le fait que l'action se situe aux environs d'Hiroshima en 1944 ajoute bien sûr à l'intérêt du film, même si le sujet de la bombe n'est pas décisif dans le film, et fait l'objet d'un traitement admirablement distant. La description des conditions de vie durant la phase de guerre conventionnelle est très intéressante, et c'est un autre évènement, dont je ne dirai rien ici, qui va entraîner le récit dans une autre dimension, immensément triste.

Sans être bouleversant (Kutabuchi adopte une distance narrative à grand coup d'ellipses qui limite les épanchements lacrymaux), le film est captivant par son attention portée à des détails de la vie quotidienne, sa capacité à rendre la nature merveilleusement exotique et une intelligence pour exploiter la géographie des lieux de l'action (paysage, maison).

Un bien beau moment, qui recèle de magnifiques parenthèses poétiques. 

 

3e

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Good time

Good time est avant tout un trip sensoriel.

Le scénario ne brille en effet pas par son originalité : le principe de l'enchaînement de circonstances néfastes qui conduit à la catastrophe en l'espace d'une nuit a été déjà largement exploité. 

L'intérêt du film des frères Safdie est dans le traitement qu'ils réservent à cette histoire peu originale. Des plans très rapprochés, une image faiblement éclairée et un montage nerveux donnent à Good time une ambiance très particulière, à la fois quasi naturaliste et d'une certaine façon mythologique. Les tribulations de Connie peuvent en effet se lire de deux façons différentes : une plongée vériste dans le New-York des marges, ou une sorte de voyage d'Ulysse.

Robert Pattinson trouve ici probablement un de ses meilleurs rôles. Il est vibrant et magnétique. L'ensemble du film est admirablement servi par la musique très présente, dans un style vaguement électro, prenante et planante à la fois.

Un projet de cinéma d'une grande force esthétique.

 

3e

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