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Christoblog

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First man

Le troisième film de Damien Chazelle est tout à fait agréable, mais il peinera à égaler Whiplash et La la land dans l'esprit du spectateur.

First man est en effet à la fois plus prévisible (on connaît la fin de l'histoire) et plus sage que ses prédécesseurs. La mise en scène de Chazelle est ici assez classique, voire austère.

Le film essaye de donner une impression de réalisme extrême et il y parvient parfaitement. Les scènes dans l'espace sont frappantes de ce point de vue : on ressent avant tout un sentiment de grande claustrophobie. On se croirait pour ainsi dire dans le tambour d'une machine à laver sidérale.

Chazelle n'a pas choisi la facilité : il dépeint un héros au final profondément antipathique (parfois peut-être à l'extrême, comme lors de la scène d'adieu aux enfants), dans un style épuré et peu spectaculaire, et pendant 2h30. Ce n'est pas simple.

Il faut donc reconnaître au film des qualités discrètes mais bien présentes. La bande-son est par exemple exceptionnelle, comme le montage au cordeau, servi par un sens de l'ellipse très développé. Quelques évènements mis en valeur par le scénario méritent enfin le détour, comme l'essai presque mortel du module d'alunissage ou l'épisode tragique des trois astronautes morts dans l'incendie de leur capsule.

Pour résumer, First man est intéressant et par moment bluffant, sans jamais vraiment émouvoir ou surprendre.

Damien Chazelle sur Christoblog : Whiplash - 2013 (****) / La la land - 2016 (****)

 

2e

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Capharnaüm

Bien sûr, certains commentateurs critiqueront le film sur l'air bien connu du moralisme bien-pensant : en mettant en scène un enfant de deux ans qui n'a pas conscience d'être filmé Nadine Labaki exploiterait la situation comme les pires personnages du film le font, l'esthétisation de la misère serait insupportable, etc.

Ceux et celles qui critiqueront le film à partir de ces arguments (et de leur nombreux dérivés) ont une vision du cinéma qui est auto-centrée sur leurs propres convictions. Pour les autres, qui essayent de voir le film comme une oeuvre de fiction dont ils n'ont pas à connaître les secrets de fabrication, Capharnaüm procurera probablement un intense sentiment de sidération.

On a en effet rarement vu entremêlés aussi efficacement des ingrédients aussi différents : une intrigue captivante, un aspect documentaire saisissant, des personnages incroyablement bien dessinés et une réalisation qui pourra rappeler le meilleur des films d'action. 

Les détracteurs du film assimileront probablement Zaïn à une image universelle de la pauvreté et de la détresse enfantine, façon Gavroche du Proche-Orient. En réalité Zaïn n'est réductible à aucun stéréotype : il est un jeune garçon effronté, en colère, provocateur, débrouillard et décidé. Il porte sur ses épaules bien solides un film-tourbillon qui donne à voir beaucoup de misère et de complexité, mais aussi beaucoup de détermination et d'espoir.

En ce sens Capharnaüm n'est pas misérabiliste : il est plutôt le beau tableau d'une certaine rectitude morale, qui ne se résoud pas à échouer. On comprend que sous cet aspect, le final pourra paraître de mauvais goût aux inconditionnels de la tragédie dépressive.

 

4e 

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Comme des garçons

Le principal intérêt de Comme des garçons, c'est la formidable reconstitution des années 60/70 qu'il propose, dans un style qui rappelle ce que proposait Populaire pour les années 50.

On suit donc avec un certain plaisir les mésaventures d'un jeune journaliste qui devient par opportunisme le promoteur du foot féminin. Le film ruisselle de bons sentiments, rien n'y est crédible (bien que tout soit inspiré d'une histoire vraie), aucun personnage n'est vraiment approfondi, mais l'ensemble respire une bonne humeur communicative, parfaitement dans l'air du temps. Max Boublil cabotine sans excès.

Le tableau que dessine Julien Hallard du machisme congénital de la fédération de football de l'époque est glaçant, mais cet aspect un peu pénible est contrebalancé par l'esthétique acidulée du film, et par sa bonhomie résolument optimiste. 

 

2e

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Girl

Il est assez rare d'éprouver au cinéma un sentiment de plénitude artistique aussi fort que celui que procure la vision de Girl.

Tout en effet est quasiment parfait dans ce premier film du Belge Lukas Dhont : l'interprétation magistrale de Victor Polster, la pertinence du montage, la justesse des seconds rôles, la progression millimétrique de l'intrigue jusqu'à la conclusion bouleversante, la fluidité élégante de la mise en scène, la beauté de la photographie douce et dure à la fois.

Si Girl s'impose désormais comme le film de référence dans le domaine transgenre, il sublime également sa thématique (comme l'a fait La vie d'Adèle) pour donner à voir une destinée individuelle absolument captivante.

L'un des éléments qui donne au film sa force incroyable, c'est que les "méchants" sont quasiment absents du film : tout le monde est bienveillant envers Lara (à part certaines de ses copines). Le seul ennemi de Lara est à l'intérieur de Lara et sera vaincu par Lara. Girl peut aussi être vu comme une lutte de l'esprit contre le corps, dans l'exercice de la danse comme dans l'apprentissage de l'amour.

Girl est le plus beau film que j'ai vu à Cannes en mai dernier. Il y a gagné la Caméra d'Or et Victor Polster le prix d'interprétation dans la section Un certain regard. 

C'est un film magnifique. Vous ne devez le rater à aucun prix.   

 

4e 

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Première année

Première année ne présente pas beaucoup d'intérêt si on l'examine du point de vue de sa mise en scène ou de son scénario. Ce dernier est en effet tout à fait simpliste : une amitié entre deux étudiants en première année de médecine, agrémentée d'une fin à suspense très téléphonée et peu crédible.

On ne pourra apprécier le film que si on est sensible à son aspect documentaire. Première année montre en effet avec une grande force l'aspect complètement stupide du concours de médecine en fin de première année, en parfaite résonance avec l'actualité et la réforme des études de médecine. On voit très bien dans le film à quel point le bachotage par coeur est la règle, et combien toutes les autres compétences d'un bon médecin sont superbement ignorées : la réflexion, l'empathie, le recul. Sur cet aspect "pris sur le vif", les deux acteurs posent une prestation très honorable : Vincent Lacoste dans son registre habituel de tête à claque boudeur (qui ne me convainc toujours pas vraiment), William Lebghil dans un style beaucoup plus intéressant, entre naÏveté et profondeur.

Pour tout le reste, c'est très moyen : les second rôles sont réduits à des ombres chinoises sans personnalité (comme la voisine de Benjamin), les explications psychologisantes sont très lourdes (ouh, le méchant papa qui ne vient pas fêter la réussite de son fils) et la photographie est insignifiante.

A conseiller avec parcimonie, à ceux que les études en médecine intéressent de près. Ou de loin.

 

2e

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Donbass

La filmographie de Sergei Loznitsa est pour l'instant pratiquement irréprochable, et en même temps pas facile d'accès.

Après son remarquable Une femme douce, véritable trip visionnaire sous anxiolytique, Loznitsa nous embarque cette fois-ci dans un voyage dans le Donbass occupé par l'armée russe qui emprunte à la fois à Kafka et au cique Zavatta.

Après plusieurs séquences un peu fades, le film devient brutalement très déstabilisant à travers une série de vignettes plus dérangeantes les unes que les autres : peloton de garde perdu dans la neige, abris souterrains surpeuplés, tableau du racket organisé par l'armée d'occupation, mariage célébré par une députée de la Nouvelle Russie. Dans son escalade grotesque et glaçante, le film est à ce moment-là assez désagréable à regarder et pleinement édifiant.

Du point de vue de la mise  en scène, c'est magistral (Prix de la mise en scène à Un certain regard à Cannes 2018), et on est scotché par la dernière scène, contrepoint sinistre de la première. Du grand art, pas forcément facile à regarder.

Sergei Loznitsa sur Christoblog : Dans la brume - 2013 (***) / Une femme douce - 2017 (**)

 

3e

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Rafiki

Bien qu'il ne cherche pas à l'être, le film de la Kényane Wanuru Kahiu est d'abord un film politique : premier film kényan sélectionné à Cannes, rare film africain LGBT, interdit dans son pays, puis cyniquement autorisé une semaine en salle pour pouvoir être présenté aux Oscars.

Drôle de carte de visite pour une oeuvre volontairement modeste, avant tout manifeste pop : un générique qui claque comme un clip, des couleurs pimpantes sur les vêtements et les murs, une musique entraînante.  Malgré une intrigue particulièrement mince (un amour, sa naissance, les obstacles qu'il surmonte), Rafiki parvient à convaincre grâce notamment au jeu des deux actrices, qui sont splendides. 

Le travail sur les lumières, les gros plans sur les visages et l'inventivité du montage rendent le film plaisant et diablement attachant. Il y a un petit quelque chose de La vie d'Adèle à Nairobi dans cette belle histoire d'amour, y compris dans la façon dont le temps s'écoule. A découvrir.

 

2e

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Le retour du héros

Difficile de dire du mal de ce petit film mignon qui tente de renouer avec une certaine comédie française enlevée : on pense par exemple aux films de Philippe de Broca, et Dujardin a des airs de Bébel.

Si ce dernier s'en sort à merveille en goujat amoureux, Mélanie Laurent est encore meilleure. On savoure sa verve imaginative, et le film peut d'ailleurs s'envisager comme une ode à l'écriture, qui finit pas façonner la réalité.

Malgré ces qualités sympathiques, il faut bien reconnaître par ailleurs que Le retour du héros souffre de quelques faiblesses criardes : péripéties téléphonées, scènes d'action ratées (la charge héroïque), essoufflement de l'intrigue, dialogues parfois lourdingues. 

Le film se laisse toutefois regarder avec un plaisir coupable, un dimanche soir pluvieux par exemple.

 

2e

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Les frères sisters

Tout est plutôt bien fait, dans le dernier film de Jacques Audiard, comme d'habitude, et pourtant j'ai vainement attendu le grand frisson.

L'image est belle, le choix des décors (très américains, mais pas souvent vus au cinéma) est parfait, la reconstitution de l'ambiance du far-west au moment de la ruée vers l'or est admirablement rendue. On croit à ce qu'on voit, sans jamais avoir l'impression de décors en carton pâte. 

Les acteurs sont formidables. Joaquin Phoenix est magnétique en bad boy à tendance suicidaire, Riz Ahmed épatant en idéaliste charismatique, et Jake Gyllenhaal très juste en détective pensif. Mais le meilleur de tous, c'est John C. Reilly, tour à tour attendrissant, violent, protecteur, affaibli. Il parvient par son jeu subtil à balayer toute une palette d'émotion.

Malgré toutes ces qualités (on pourrait y ajouter la curiosité de découvrir l'invention de la brosse à dent), le film parvient difficilement à susciter l'intérêt. Si certaines scènes portent bien la marque de son réalisateur (je pense par exemple à l'expressionnisme nocturne de la fusillade d'ouverture), il lui manque la vivacité du scénario de la première partie de Dheepan par exemple, ou le charme des visions oniriques qui parsemaient De rouille et d'os.

La promenade que propose Audiard dans l'Ouest américain est donc plaisante, mais c'est probablement parce que le scénario est un peu évanescent que le film ne décolle que très rarement. Les dernières scènes dans la maison familiale résument ce que je pense du film : elles sont admirablement filmées, et ennuyeuses.

Jacques Audiard sur Christoblog : Un prophète - 2009 (***) / De rouille et d'os - 2012 (****) / Dheepan - 2015 (***)

 

2e

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Climax

J'aurai rarement eu au cinéma autant l'impression de monter dans un grand huit sensoriel qu'en regardant Climax.

Unité de temps, de lieu, d'action : Gaspar Noé tourne en 15 jours une descente aux Enfers à la facture très classique. Après quelques minauderies un peu vaines bien qu'amusantes (des logos détournés, le générique de fin au début, des interviews de danseurs et la pile de DVD de Noé), le film commence vraiment. S'enchaînent alors de fabuleux plans séquences pendant plus d'une heure.

On commence par des chorégraphies hip hop (pour simplifier) démentes qui donne envie de voir Gaspar Noé tourner une comédie musicale. Le rythme et l'énergie des danseurs perforent littéralement l'écran. Petit à petit, la sangria arrangée rend les danseurs un peu dingues en révélant leurs mauvais penchants. La caméra sort alors de la salle de danse pour s'égarer dans les locaux techniques, la cuisine et les chambres, et nous montrer dans un flamboyant et sinueux cauchemar toute la noirceur de l'âme humaine.

Pour une fois, Noé ne montre pas les délires vécus par ses personnages de l'intérieur (en caméra subjective), comme il le faisait dans Into the void par exemple, mais adopte un point de vue distancié, de l'extérieur, sans aucun effet spécial. Son cinéma y gagne une densité nouvelle : l'horreur ne résulte pas d'effets frelatés mais de l'acuité distanciée avec laquelle les comportements de la bande sont montrés.

On peut ainsi voir une jeune femme prendre littéralement feu suite à une mauvaise manipulation, puis s'éloigner pour s'intéresser à d'autres personnages tout en sachant qu'une fille est en train de brûler quelque part dans les pièces voisines. Multiplié tout au long de cette nuit violente, le procédé crée un maelström d'une grande beauté : Climax est un feu d'artifice à combustion lente, mêlant corps, bassesses et drogues.

Le film captive sans finalement choquer : une première pour Gaspar Noé, et pour moi son meilleur film.

Gaspar Noé sur Christoblog : Irréversible - 2002 (***) / Enter the void - 2009 (*) / Love - 2015 (*)

 

4e 

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Sofia

Ce premier film de la réalisatrice marocaine Meryem Benm’Barek a de nombreux atouts, propres à séduire spectateurs et critiques : des sujets de société traitant âprement du Maroc contemporain (répression des relations sexuelles hors mariage, violence faites aux femmes, différences de classes), une réalisation brute qui colle à son sujet et un twist surprenant en milieu de film.

Malheureusement, le film (qui ne dure pourtant que 1h20) semble avoir été étiré un peu artificiellement pour constituer un long-métrage. Il en résulte quelques plages un peu molles ici ou là. L'organisation de toute la narration autour du twist central nuit aussi au rythme du film :  le mutisme initial de l'actrice principale, un peu énervant, ne s'explique que dans la deuxième partie.

Sofia aurait constitué un excellent moyen-métrage de 50 minutes. Il peine dans son format final à tenir la distance. 

 

2e

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Mademoiselle de Jonquières

Excellente surprise que ce nouveau film d'Emmanuel Mouret, qui s'était un peu perdu au fil du temps dans un monde de radotage libertin et contemporain

En transposant son goût pour la dialectique subtile et parfois perverse au XVIIIème siècle, Mouret réalise un coup de maître. 

Sa langue châtiée et déliée à la fois se marie admirablement avec l'époque, et Cécile de France et Edouard Baert, tous deux excellents, semblent  se délecter des dialogues, il faut le dire, absolument brillants.

Le scénario est suffisamment subtil pour intriguer, séduire, surprendre et enfin renvoyer chacun à sa conscience quand il s'agira à la fin du film de savoir quel personnage est aimable. Ce n'est d'ailleurs pas le moindre mérite de Mouret de donner à voir des émotions profondes à travers le filtre de propos légers, et d'habiller la cruauté du plus beau des sourires.

Une franche réussite, de plus très joliment filmée.

 

3e

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Thunder road

Dans le paysage du film indépendant américain, on a l'habitude de moquer l'omniprésence du film typé "Sundance" : réalisé proprement, un peu noir mais pas trop, et avec beaucoup de bons sentiments (et mieux encore : des enfants).

Thunder road détonne totalement dans ce cadre : le personnage est horripilant (voire antipathique selon votre sensibilité), la mise en scène n'a rien de lisse, et le sujet est à la fois quelconque (un tableau de l'american way of live) et déstabilisant (idem).

Le film dresse le portrait d'un homme, Jimmy Arnaud, policier texan, en train de tout perdre. Mère, femme, enfant, métier, famille, maison. Jimmy est profondément décalé par rapport à la réalité, à tel point qu'on doute souvent de sa santé mentale : il adopte des comportements que l'Amérique promeut tous les jours (l'héroïsme, le respect de l'autorité, un certain type de virilité), tout en étant constamment en léger décalage avec ce qu'il conviendrait de faire. Jimmy dérape donc régulièrement, sur plusieurs plans. Il dit ce qu'il ne faut pas quand il ne le faut pas, adopte le mauvais ton ou la mauvaise attitude, montre trop ses émotions.

Ce décalage perpétuel entre le drame que vit le personnage et son inaptitude à le gérer génère chez le spectateur des sentiments ambivalents de malaise, de pitié et de sidération. Le film est alternativement un drame, une comédie grotesque, un film noir et une chronique sociale.

Si Thunder road ne paraît pas complètement tenir la distance d'un long-métrage, il est suffisamment original pour mérité d'être vu.

 

2e

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Guy

Voici un projet pour le moins étonnant.

Qu'un humoriste choisisse pour sujet de son premier film le portrait sans fard d'un chanteur ringard et vieillissant, c'est déjà curieux. Qu'il décide de l'interpréter lui-même, fardé et grimé, c'est un pari supplémentaire. Qu'il lui donne une forme aussi spécifique que le faux reportage réalisé par un fils naturel ignoré, c'est quasiment, du moins sur le papier, un suicide artistique.

Il faut donc vraiment voir le film pour mesurer à quel point l'exercice d'équilibriste d'Axel Lutz est maîtrîsé. D'un sujet pour le moins rébarbatif (se coltiner la vieillesse d'un chanteur déjà niais quand il était jeune), le réalisateur parvient tout doucement à tirer une leçon de vie qui ne porte pas son nom : le mauvais goût est finalement assez relatif, et la pulsion de vie lui est de toute évidence bien supérieure.

Le spectateur bobo, confortablement engoncé dans ses certitudes (les chansons "d'époque" sont d'une ringardise absolue) se voit à la fin du film presque obligé de reconnaître que la version chantée de Je reviendrai à Montréal est magistrale. Il aura fallu, dans l'espace du film, déployer tout un arsenal de ruses scénaristiques (la scène avec Julien Clerc et Dani) pour y parvenir.

Plus qu'une curiosité, Guy est un délicieux bonbon à la guimauve un peu amère, d'une originalité confondante.

 

3e

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Le monde est à toi

Si le premier film de Romain Gavras m'avait passablement énervé par sa prétention mal dissimulée, je dois avouer que celui-ci m'a plutôt plu. 

Le monde est à toi n'est certes pas un chef-d'oeuvre, mais c'est une comédie plutôt bien troussée, qui vaut avant tout par la qualité de son casting. Karim Leklou confirme son immense talent, Vincent Cassel est excellent dans son rôle (à contre-emploi) de gangster timide obsédé par les Illuminati, Isabelle Adjani est (peut-être un peu trop) impériale, et les caméos de Philippe Katerine et François Damiens sont impayables.

On apprécie aussi un scénario bien écrit, des personnages secondaires dessinés avec précision, et des décors utilisés à la perfection (Benidorm, mon Dieu !). Gavras a également bénéficié d'une belle production qui ne lésine pas sur les moyens. 

La particularité du film est de recycler des thématiques actuelles (les migrants, les théories du complot, le terrorisme) sans avoir peur du mauvais goût. Cela fonctionne, et donne une des meilleures comédies de l'année.

Romain Gavras sur Christoblog : Notre jour viendra - 2010 (*)

 

2e

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Burning

Le nouveau film de Lee Chang-Dong, cinéaste brillant et peu prolifique (son dernier film, le très beau Poetry, date de 2010), est à la fois délectable et insaisissable. 

Il commence comme une bleuette girl power : une rencontre fortuite, la jeune fille plutôt dégourdie drague un jeune homme timide. Elle couche tout de suite, a des préservatifs sous son lit et un chat qu'on ne verra jamais (mais qui existe probablement car il semble manger ses croquettes).  Elle part ensuite au Kenya avec un autre garçon très riche, et à son retour les trois jeunes gens sortent ensemble.

Lui dit brûler des serres en plastique, elle être tombé dans un puits quand elle était petite. On sent dès le début du film un vertige s'insinuer dans chaque plan : qui ment ? qui est qui ? est-ce que ce qu'on voit est bien la réalité ? Sans effet spécifique (et on reconnait bien là la patte de Murakami, auteur du texte dont le film est tiré), l'étrangeté s'installe dans chaque plan, en même temps qu'une sourde banalité.

Vers le mitan du film, un non-évènement chamboule l'équilibre précaire du trio, et Lee Chang-Dong se complait alors à nous égarer encore plus dans une sorte de vapeur confuse en multipliant les embryons de révélations et les fausses pistes. Il parvient avec beaucoup d'habileté à mêler poésie et politique (les rapports de classes constituent un thème en creux de la narration). Le film atteint alors un niveau de perfection qu'on voit rarement au cinéma et qui culmine dans deux scènes d'une beauté stupéfiante : la scène de danse au coucher du soleil sur Miles Davies et la scène finale (dont je ne dirai rien) incroyable de précision glacée.

Les trois acteurs sont magnifiques, et la mise en scène est exceptionnelle de fluidité. Le film a longtemps fait figure de favori à Cannes 2018... avant de repartir bredouille, comme cela arrive parfois. La Critique Internationale l'a cependant récompensé, concrétisant la considération dont Burning avait bénéficié de la part d'une grande majorité de festivaliers.

 

4e 

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BlacKkKlansman

D'abord, ne boudons pas notre plaisir, le dernier opus de Spike Lee est drôle et profond à la fois.

Si la facture du film est très classique, il faut reconnaître que l'abattage de John David Washington et Adam Driver est impressionnant. On est à la fois amusé, consterné et emporté par cette histoire improbable de black qui infiltre le Ku Klux Klan.

Si tout n'est pas réussi dans le film (certaines ficelles s'apparentent à des cordes de bon diamètre), il faut reconnaître que le style rentre-dedans de Spike Lee continue de fonctionner, plus de trente ans après Nola Darling.

En choisissant de se foutre de la gueule du KKK plutôt que d'en montrer les horreurs, Spike Lee trouve un angle parfait : moquons nous de nos ennemis, le ridicule les tuera peut-être. 

Trump en prend pour son grade (bien fait) sans être jamais cité, et si les images d'archive qui ponctuent le film sont glaçantes, l'impression générale que génère le film est que les forces de progrès ont encore beaucoup de ressources.

 

3e

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Le poirier sauvage

C'est toujours avec une certaine émotion que l'on découvre le dernier opus de son réalisateur vivant préféré. Quand cela a lieu à Cannes, en compétition officielle, c'est encore plus fort, même si en l'occurence le créneau de diffusion n'a pas été optimal (dernier film projeté, alors que tout le monde est un peu fatigué...).

Le poirier sauvage réunit tous les attributs que j'aime chez Nuri Bilge Ceylan : une narration complexe et ample, une approche des personnages nuancée et une photographie sublime. On suit ici un jeune homme qui se rêve écrivain, mais qui doit composer avec la réalité (en vrac : un père criblé de dettes, des notables insensibles à son art, et plus globalement un monde extérieur qui ne l'attend pas, lui et son génie).

C'est, comme toujours chez Ceylan, lent et brillant. Les conversations peuvent s'éterniser pendant de longues périodes (avec cette fois-ci une innovation, c'est le débat ambulatoire), les scènes s'étirer dans une lumière mordorée teintée de nostalgie et de sensualité (la magnifique séquence avec l'ex-amoureuse), et même, ce qui est nouveau chez Ceylan, s'étioler dans une demi-teinte onirique.

Contrairement aux précédents films qui privilégiaient l'instant présent, l'ambition du réalisateur se projette cette fois-ci dans le temps, et on suit l'odyssée de notre jeune écrivain sur quelques années. Cela donne au film une tonalité différente des autres films de Ceylan.

Bien que bourré de qualités, il manque peut-être à ce dernier opus un évènement marquant, un coup de tonnerre qui suscite l'admiration ou la sidération. Si le film est très bon, il lui manque cette petite étincelle d'absurdité tragique qui rendait Il était une fois en Anatolie inoubliable, ou ce vernis d'auto-dérision cynique qui fascinait dans Winter sleep.

Nuri Bilge Ceylan sur Christoblog : Uzak - 2002 (****) / Les trois singes - 2008 (***) / Il était une fois en Anatolie - 2011 (****) / Winter sleep - 2013 (****)

 

3e

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3 jours à Quiberon

Passé relativement inaperçu en France à sa sortie en juin 2018, ce film allemand est intéressant à plus d'un titre.

D'un point de vue de l'histoire du cinéma, il a d'abord le mérite de remettre en lumière la destinée tragique de Romy Schneider, dont les jeunes générations ne mesurent certainement pas aujourd'hui la puissance du sex-appeal.

L'actrice Marie Baumer fournit une prestation absolument extraordinaire. Elle incarne avec une véracité proprement incroyable son personnage : c'est bien simple, elle semble être plus Romy que Romy elle-même.

3 jours à Quiberon est également intéressant de par son dispositif : un quasi huis-clos entre un journaliste, un photographe, l'actrice et une de ses amies, pendant 3 jours. Les relations entre les quatre personnages évoluent, s'enrichissent et se complètent. 

Le noir et blanc vaporeux, les cigarettes que les personnages allument sans cesse, l'aspect délicieusement vintage des costumes et des meubles : tout concourt à nous faire plonger dans une torpeur cotonneuse et agréable, à peine troublée par le caractère résolument tragique de la dépression que traverse alors l'actrice.

 

2e

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Le dîner de cons

Un des intérêts des longs voyages en avion, c'est de voir ou revoir des classiques qu'on ne penserait pas forcément visionner dans son salon.

Revoir Le dîner de cons cet été sur la route de St Denis de la Réunion a entraîné chez moi plusieurs types de réactions.

D'abord la surprise. Le film est moins drôle que dans mon souvenir (on ne rit franchement que lors de quelques rares séquences, dont la mémorable scène du producteur belge). Il est aussi corseté à l'extrême : les personnages sont perpétuellement à la limite de la caricature, la mise en scène est très théâtrale, les dialogues sont ciselés au mot près, la photographie et la mise en scène sont un peu datées et très formelles. L'impression générale que donne le film c'est d'être en présence d'un travail d'orfèvre, que ce soit au niveau du scénario, des dialogues ou de la mise en scène.

L'autre grande réflexion que m'a inspirée cette vision à 10000 mètres d'altitude et sur un écran de qualité très médiocre, c'est que la prestation de Jacques Villeret est exceptionnelle et place l'acteur au Panthéon des acteurs tragico-comiques. Son optimisme radical, son empathie instinctive, l'extrême mobilité de son visage, sa faculté à susciter à la fois l'intérêt et l'amusement : ce François Pignon cannibalise l'écran jusqu'à une tirade ultime et magnifique, qui rend justice à la complexité du personnage qu'il a composé jusque là. A côté de Villeret les autres acteurs semblent simplets, caricaturaux ou un peu factices.

C'est probablement le grand mérite du film de retourner son propos avec adresse : bien qu'indubitablement idiot, Pignon est bien le personnage le plus aimable du film et celui auquel chaque spectateur finira par accorder sa plus profonde sympathie. 

 

3e

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