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Christoblog

Articles avec #j'aime

Nos années folles

Au début de Nos années folles, je me suis dit : Téchiné est foutu, son cinéma est devenu un cinéma de grand-papa. Costumes d'époque, mise en scène un peu datée, reconstitution poussiéreuse.

Et puis, petit à petit, le film dévoile sa complexité : la structure narrative y est élégante, les acteurs (Céline Sallette et Pierre Deladonchamps) s'avèrent brillants, et l'histoire racontée devient tout à coup d'une modernité invraisemblable.

Du récit initial centré sur la guerre, le film évolue en chronique d'un amour hors norme, sorte de trio amoureux et sexuellement débridé, logé à l'intérieur d'un couple.

La force de caractère du personnage de Louise, sa soif d'aimer, son appétit sexuel, entre en collision avec un désir de liberté encore plus immense, une soif plus féroce. Le film illustre le colossal affrontement de deux personnalités absolument hors norme avec un beau brio. 

Quand Téchiné en vient au final à explorer les noirceurs finales du couple, la bien-pensance sépia dans laquelle baignait le début du film semble bien éloignée. Après de longs flashbacks imbriqués, le basculement ultime dans le présent est un très joli moment, et la fin de Nos années folles suscite un véritable vertige.

Vous apprécierez encore plus le film, si vous ne connaissez rien de son histoire, c'est pourquoi j'ai évité de vous révéler trop de détails sur l'intrigue, inspirée d'une histoire vraie déjà racontée dans l'excellente BD Mauvais genre, de Chloé Cruchaudet.

 

3e

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Une famille syrienne

Une famille syrienne est un étouffant huis-clos, qui fonctionne sur les mêmes mécanismes que le cinéma d'Asghar Farhadi : dilemme moral, suspense psychologique, attention portée à chaque personnage.

Le résultat est tout à fait prenant. Dans un appartement encore préservé (le dernier habité de l'immeuble) vit cloitrée toute une famille : une mère courage (formidable Hiam Abbass), un grand-père silencieux, deux jeunes filles adolescentes, un petit garçon, un cousin, une servante asiatique et un couple de voisin avec leur bébé. 

Philippe Van Leeuw installe avec beaucoup de brio un sentiment d'intense claustration, par la grâce de très beaux mouvements de caméra et de cadrages parfaits. Il réussit aussi à faire sentir la volonté de vivre des jeunes, et les états d'âmes de l'ancien. C'est un intense sentiment de vie qui se dégage du film, plusieurs fois brutalisé par des évènements provenant du dehors, qui bouleversent l'équilibre du groupe.

La scène pivot du film, dont je ne dirai rien ici, est bouleversante d'intensité. Tous les acteurs y sont extraordinaires.

Au-delà du témoignage saisissant qu'il constitue, Une famille syrienne enthousiasme par sa compacité et sa profondeur psychologique. 

 

3e

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Wind river

Taylor Sheridan, le scénariste hyper-doué de Sicario et Comancheria, passe derrière la caméra pour réaliser ce très beau premier film sur fond de neige et de réserve indienne.

On reconnait vite la patte Sheridan, subtile et séduisante : un personnage féminin à la fois couillu et fragile (comme dans Sicario), un ancrage profond dans une certaine réalité sociale (comme dans Comancheria) et un scénario qui sait ménager détours signifiants (les monologues mystico-sentimentaux de Cory) et alternance de temps forts et de temps faibles.

Les paysages du Wyoming sont magnifiés, les acteurs sont comme transfigurés (je pense qu'il s'agit du meilleur rôle de Jeremy Renner) et le film distille sa dose de séances éprouvantes (le magnifique flashback, le gunfight des caravanes). La détresse des réserves indiennes est montrée avec beaucoup de délicatesse.

Une vraie réussite.

 

3e

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Otez-moi d'un doute

Ne boudons pas notre plaisir. Les comédies françaises de qualité, finement écrite et bien jouées, ne sont pas légion.

On savoure donc le nouveau film de Carine Tardieu, dont l'idée de départ est très jolie : que faire quand on est d'âge mûr, en passe d'être grand-père, et que l'on découvre que son propre paternel (encore vivant), n'est pas son père biologique ? Faut-il remuer le passer et déranger ces vieux monsieurs ? 

Cette idée assez originale est magistralement servie par un casting quatre étoiles : François Damiens dans un rôle taillé pour lui, Cécile de France impeccable, la jeune Alice de Lencquesaing parfaite et un Esteban qui arrache vraiment tout sur son passage, aux confins du burlesque et de l'attendrissant.

Le film brille aussi par ses dialogues cinglants qui mettent en valeur la personnalité foncièrement séduisante du personnage jouée par Cécile de France.

Alors bien sûr, les péripéties du scénario résultent de combinaisons hautement improbables, mais c'est finalement le propre de nombre de ces comédies dans lesquelles la véracité des réactions psychologiques importe plus que la vraisemblance générale.

Un vrai petit plaisir de samedi soir.

 

2e

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Gabriel et la montagne

Peut-être faut-il, pour apprécier pleinement ce film, en connaître préalablement le sujet profond.

Gabriel Buchman était un ami du réalisateur, Fellipe Barbosa. Etudiant en économie, il décide de faire un tour du monde avant d'intégrer une prestigieuse université américaine, et trouve la mort en 2009 sur le mont Mulanje, au Malawi.

Barbosa retrace les 70 derniers jours de Gabriel sur la terre africaine. Il marche littéralement sur ses traces, à tel point qu'il rencontre et fait jouer dans son film les Africains (guides, chauffeurs, instituteurs, hôtes...) qui ont croisé la route du jeune brésilien. Il résulte de ce dispositif une ambiance très particulière dans les scènes où jouent ces quidams : on a littéralement l'impression qu'ils parlent à un fantôme.

Gabriel et la montagne est avant tout un très bel hommage à un personnage hors du commun, parfois attendrissant, souvent énervant, dont l'enthousiasme positif est réellement impressionnant, mais dont le voyage évoque parfois la course d'un poulet sans tête. La caméra se tient à l'exacte bonne distance de son sujet. Bien qu'on sente le réalisateur très empathique vis à vis de Gabriel, il parvient à dresser un tableau de son ami qui n'est pas idyllique. En multipliant les causes possibles de son mal-être (deuil du père, peur de l'échec, désordre physique et/ou psychologique), il donne au film une plaisante complexité.

L'autre grand intérêt du film est le magnifique tableau de l'Afrique contemporaine qu'il dessine. Les paysages traversés (Kenya, Tanzanie, Zambie, Malawi) sont sublimes, et les habitants que croisent Gabriel sont incroyables de justesse.

Les amoureux des voyages seront curieux de découvrir cette façon de voyager en s'invitant chez les gens au gré des rencontres, pour 2 ou 3 euros par jours. Filmé comme on le voit là, cela paraît toujours (trop ?) incroyablement simple pour Gabriel de trouver gîte et couvert, dans de bonnes conditions de sécurité.

Une découverte, très originale et d'une grande sensibilité.

 

3e

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Patti Cake$

Patti Cake$ n'est certes pas le meilleur film de l'année en terme de surprises scénaristiques ou de profondeur de l'analyse sociale.

C'est par contre sans aucun doute le meilleur dans le genre feel-good movie débordant d'énergie.

Patti est une femme blanche en surpoids : trois bonnes raisons de ne pas percer dans le monde du rap. Elle a pourtant en elle le flow, et dans ce New Jersey plus habitué à voir éclore des Bruce Springsteen que des Eminem, elle va sérieusement galérer sur la route d'un hypothétique succès.

Si on a déjà vu mille fois dans le cinéma américain l'histoire de l'artiste / du sportif / de l'homme public qui part de rien en se cognant à tout, elle est ici sublimée par l'énergie débordante de l'actrice australienne Danielle Macdonald, qui semble pouvoir tout renverser sur son passage. Le film parvient grâce à elle (et aux autres acteurs, tous formidables) à être plus que ce qu'il raconte : Patti Cake$ devient un grand huit émotionnel dans lequel on est tour à tour emporté par le rire, les émotions et les larmes.

Le torrent émotionnel qu'il déverse n'évite pas toujours quelques facilités, et le mauvais goût rode au détour du chaque plan : l'incroyable puissance du film semble à la fois le remplir et menacer de le dépecer.

Il faut la mise en scène toujours inventive de Geremy Jasper, ainsi que sa capacité étonnante à établir une ambiance en quelques images, pour que les courants d'énergie foutraques qui traversent le film ne l'emporte pas définitivement.

Pour ma part, j'ai pris un pied immense et quasiment enfantin à suivre les aventures de Patti et de ses proches, me délectant de chaque péripétie, comprenant peut-être pour la première fois en quoi le rap est une poésie, admirant à la fois le caractère joyeux et optimiste de l'aventure proposée, me délectant de la beauté de ces personnages merveilleusement dessinés.

 

3e

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Dunkerque

Penser que Dunkerque est un film de Christopher Nolan procure de drôle de sensations, au moins durant son premier tiers. Ce film sobre, concis, efficace, prenant, serait du même auteur que le grandiloquent Inception ? On peine à le croire...

Progressivement, quelques indices apparaissent, qui nous ramènent aux manies de son auteur : le réalisme apparent n'est que de façade (les blessés ne saignent pas, les vues de Dunkerque comprennent des immeubles des années 70), les raccords lumières sont sacrifiés au profit du spectaculaire (dans la même scène, le soleil est éclatant et les nuages envahissent le ciel) et la corde sensible est au final privilégiée au détriment du naturalisme (quel coquin, ce train d'atterrissage).

La musique de scie de Hans Zimmer est aussi un marqueur irréfutable - et toujours aussi désagréable à mes oreilles -  du film nolanien.

Mais pour une fois, je m'abstiendrai d'être bégueule. Après tout, j'ai pris un certain plaisir à démêler l'écheveau inutilement compliqué des différentes trames temporelles (même ici Nolan ne peut s'en empêcher), et la justesse de certaines scènes (le soldat qui se suicide en marchant dans la mer, la découverte du Français) sont suffisamment captivantes pour que le film apparaisse comme un divertissement honorable.

 

2e

 

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Le Caire confidentiel

Il est finalement assez rare de se faire emporter par un film aussi codifié

Le Caire confidentiel est en effet conforme à ce qu'on imagine être l'archétype du film noir, tendance Chandler ou pour les plus jeunes, Elroy : un crime sordide, un policier dépassé et manipulé, des puissants qui oeuvrent dans l'ombre, des autorités corrompues, une intrigue confuse.

Le mérite de Tarik Saleh, réalisateur suédois d'origine égyptienne, est de s'appuyer sur des points forts bien spécifiques.

Le premier de ces éléments est le casting admirable, dont l'acteur Fares Fares (qu'on a vu dans Zero dark thirty) est la pierre angulaire : il parvient à paraître à la fois épuisé et inflexible, faible et fort. Du grand art. Tous les autres personnages sont superbement interprétés, jusqu'au plus petit second rôle.

La deuxième force du film, c'est son substrat historico-culturel : le film se commence en plein printemps arabe et se termine avec les évènements de la place Tahir. Ce contexte entre parfaitement en résonance avec l'histoire.

Troisième qualité : la mise en scène et le montage sont formidables de sécheresse et d'efficacité, la caméra ne s'appesantit jamais plus que nécessaire. Alors que certains certains réalisateurs zoomeraient sur un cadavre (comme c'est le cas dans le mauvais Que Dios nos perdone, dont je parlerai prochainement),  Saleh est ici tout en retenue. C'est souvent très beau.

Je conseille donc vivement cet excellent polar qui nous donne une vision époustouflante de la cité cairote (alors qu'il a été tourné à Casablanca, c'est la magie du cinéma !).

 

3e

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120 battements par minute

Dans 120 battements par minute coexistent au moins trois films différents, qui auraient pu chacun être très bons.

Le premier est de nature quasi-documentaire. Il analyse, avec un sens de la répétition parfois lassant, le fonctionnement et les luttes d'influence dans un groupe d'activistes. Que ce groupe traite du SIDA, n'est, pour cette partie du film, qu'accessoire : il s'agit de montrer comment l'expression collective est (ou n'est pas) prise en compte, comment le groupe trouve des moyens de capter l'attention, comment il identifie et s'attaque à ses ennemis, comment il gère son recrutement, etc.

Mon impression globale est que le film est principalement constitué de cette matière, que j'ai au départ trouvée assez intéressante (le fonctionnement des RH, les modes d'action), mais qui au final me laisse un peu sur ma faim : certains personnages semblent caricaturés ou accessoires (le personnage joué par Adèle Haenel par exemple) et surtout je n'ai pas vraiment ressenti l'impact du SIDA dans la société française. 

Le deuxième film dans le film est l'histoire d'amour de Sean et Nathan. C'est pour moi le coeur palpitant du film, très platement filmé au début, mais qui lui donne ensuite ses meilleures scènes : le long passage au lit, la fin tragique.

Le troisième est sûrement celui qui reflète le plus la sensibilité de Campillo. Ce sont toutes ces scènes quasi oniriques et très frappantes visuellement : la boîte de nuit, les particules de poussières flottant dans l'air, le virus, l'arrosage des plantes en gros plan (?!), la Seine entièrement rougie (une vision magnifique).

Le souci, c'est que Campillo ne parvient pas à associer dans une seule oeuvre ces trois tendances (naturaliste / lyrique / sensuelle) complètement divergentes : les différentes approches m'ont paru tout au long du film comme les pièces d'un puzzle qui ne s'ajustaient jamais parfaitement entre elles. Le film peine du coup à générer chez moi la dose d'empathie suffisante pour m'emporter complètement, et je n'ai pas pleuré durant 120 battements par minute, alors que je suis habituellement une madeleine au cinéma.

Reste une oeuvre suffisamment engagée et sincère pour méritée d'être vue par le plus grand nombre.

 

2e

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Baby driver

C'est peu dire que le nouveau film d'Edgar Wright, l'auteur culte de la "trilogie Cornetto" (Shaun of the dead, Hot fuzz, Le dernier pub avant la fin du monde), était attendu par toute une tribu de fans geeks, lecteurs de Première. 

L'attente était exacerbée par le psychodrame que Wright a vécu avec Marvel sur le projet d'Ant-Man : après plusieurs années de travail le réalisateur britannique a quitté le projet pour divergence de point de vue artistique avec le studio.

Au final, le retour de Wright s'effectue en mode mineur, avec ce film qu'il portait depuis longtemps en lui, puisque l'idée de Baby driver (un film d'action drivé par une bande-son pop-rock diégétique) lui est venue avant même la réalisation de son premier long-métrage.

Le résultat est plaisant. On suit avec un certain plaisir les mésaventures de ce jeune chauffeur qui extrait les malfaiteurs après un casse (comment traduire getaway driver ?), victime d'acouphènes et addict à une playlist pop-rock aussi éclectique que jouissive (The Jon Spencer Blues Explosion, Jonathan Richman, Simon and Garfunkel, Queen, The Beach Boys, The Damned, T. Rex, Beck et bien d'autres).

Le film, vous l'aurez deviné, ne vaut pas par la folle inventivité de son scénario (on a déjà vu mille fois toutes ces péripéties), mais plutôt par la légèreté décomplexée de sa mise en scène. Particulièrement remarquable dans la première partie, la réalisation de Wright réussit parfaitement dans un premier temps à capter cette volonté de chorégraphie guidée par la bande-son, que ce soit en montrant les voitures ou en suivant Baby dans ses évolutions.

La deuxième partie du film m'a semblé baisser d'un ton, et perdre progressivement de son originalité, même si Baby driver est au final un divertissement tout à fait recommandable. 

Le casting est gentillet. On a plaisir à retrouver Lily James (vue dans Downton abbey), Jon Hamm (le Don Draper éternel de Mad men), Jamie Foxx, égal à lui-même, et Kevin Spacey, un peu empâté, mais toujours inquiétant et bienveillant à la fois.

 

2e

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Une femme douce

Autant le préciser tout de suite, il faut une certaine disposition d'esprit pour apprécier le dernier film de Sergei Loznitsa.

Pour être plus clair, il faut s'estimer capable d'être réceptif à une durée de film qui n'est pas négligeable (2h23) et à un rythme que certains estimeront exagérément lent. Dans Une femme douce, un bus peut mettre plusieurs minutes pour accéder au premier plan, ou un personnage pour se déplacer d'un point A du plan fixe à un point B du même plan fixe. C'est donc un cinéma qui prend son temps, sans être insultant pour le spectateur, parce que chaque plan est signifiant, en dépit de sa longueur/langueur/lenteur apparente.

Loznitsa est un styliste hors pair. Sa façon de filmer peut donc être souveraine, flottante comme un nuage dans une estampe d'Hokusai, déliée et reptilienne pour suivre les différents personnages dans une fête. Il y a un plaisir esthétique évident à voir Une femme douce

Sur le fond, le film pourra être considéré de multiples façons, et ménager de nombreux niveaux de lecture, politiques ou littéraires.

On croit suivre lors de la première partie la démarche kafkaïenne d'une femme qui cherche à ce que son mari en prison reçoive son colis. Ce voyage un peu vain, et en apparence ennuyeux, se transforme dans la dernière partie en un rêve dans lequel chacun des personnages croisés assiste à une sorte de réunion bizarre. C'est selon moi par son final, qui renverse sa perspective générale, que le film prouve sa valeur.

Cette dernière partie onirique m'a sidéré (à défaut de m'avoir totalement séduit) et me fait considérer le film, admirable sous bien des aspects, chiant sous autant d'autres, comme le plus ambitieux de la compétition du dernier Festival de Cannes. 

Je résume : à conseiller aux aventuriers des expériences slaves, délicates et intellectuellement stimulantes. Débrouillez-vous avec ça.

Sergei Loznitsa sur Christoblog : Dans la brume - 2012 (***)

 

2e

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Rara

Sara et Cata vivent avec leur mère divorcée, et la compagne de cette dernière.

Dans le Chili actuel, il n'est pas forcément évident d'avoir deux mamans, et le quotidien de la petite Sara va progressivement basculer au gré des évènements, alors que le papa tente de récupérer hors champ (on ne verra jamais le juge) la garde des deux fillettes. 

La réalisatrice Pepa San Martin choisit, d'une façon devenue assez classique, de conter son histoire à travers les yeux de Sara : c'est à la fois le charme et les limites du film. L'approche pré-adolescente est pleine d'un charme non dénué d'ambiguité (l'attitude de Sara avantage indirectement et contre son gré le projet de son père), mais on regrette parfois de ne pas avoir plus de visibilité sur la façon dont l'homosexualité est perçue au Chili.

Rara est un film d'une touchante délicatesse, réalisé avec beaucoup de douceur et bien interprété, notamment par la très convaincante Mariana Loyola.

 

2e

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Free fire

Free fire est une nouvelle preuve de ce que l''on savait déjà : Ben Wheatley a un talent fou, qu'il n'exploite que de façon parcimonieuse.

Comme souvent chez Wheatley, l'argument du film sonne comme une invitation à l'exercice de style : un gunfight en huis-clos dans un entrepôt, avec reconstitution des années 70 (donc sans téléphone portable, si vous pouvez imaginer cela).

Evidemment, tout invite à penser à Tarantino : la fascination pour les armes, les punchlines égrenées comme des perles dans un collier, l'utilisation percutante de la musique, le rôle musclé et déterminant de la seule femme du casting (excellente Brie Larson), les situations sadico-ubuesques, etc. Mais là où Tarantino parvient à faire décoller sa fusée, Wheatley ne réussit malheureusement qu'à attiser notre curiosité avant de la lasser.

Le film vaut donc surtout par l'intérêt qu'on pourra porter à ses "tronches" et à leurs interactions. Pour ma part, j'ai apprécié le jeu de chamboule-tout que propose le scénario, sans porter trop d'attention aux longueurs de la deuxième partie, et en jouissant du plaisir simple que procure une tête écrasée sous une roue de camion. Je rigole.

 

2e

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Okja

Okja ne sortira pas en salle, et c'est bien triste. Pour ceux qui, comme moi, pensent que le média cinéma ne peut se concevoir sans l'expérience du collectif, du grand écran et de l'extérieur, la nouveauté n'est pas plaisante

On peut penser que les réalisateurs qui se dirigeront vers Netflix comprendront progressivement que leur propre intérêt n'est pas de travailler à la mort de leur activité : Bong Joon-ho affirme que Netflix lui a laissé toute liberté pour réaliser son film, mais quel intérêt si le grand public n'a pas accès à Okja ?   

Heureusement, je suis persuadé que le modèle Netflix n'est pas destiné à triompher : son audience se rendra finalement compte qu'elle est prisonnière, l'effet de mode passera et les auteurs ne se priveront pas aussi facilement de la reconnaissance associée à une sortie en salle (ainsi que d'une sélection au Festival de Cannes, par exemple, pour les plus talentueux d'entre eux). 

Mais revenons au film. Le dernier opus de Bong Joon-ho est à la limite du film pour enfant. Le début de Okja, dans la forêt coréenne, est très réussie : images époustouflantes, travail hyper réaliste et réussite totale de la première scène d'action le long de la falaise. Le second degré à la sauce coréenne (avec une bonne dose d'auto-dérision) est manié à la perfection par le réalisateur, même si ce n'est pas toujours très fin. La façon dont la mode des selfies est croquée est délicieuse.

L'attaque par les terroristes écolos très politiquement corrects est à mourir de rire. Elle marque, avec la course poursuite remarquable dans le supermarché, l'apogée du film, qui dans sa deuxième partie perd petit à petit en consistance.

Comme si souvent pour les cinéastes du monde, le talent du coréen semble se diluer dans le mauvais goût et les conventions une fois qu'il s'exerce aux USA. Même si Tilda Swinton et le reste du casting fait de son mieux (à l'exception notable de Jake Gyllenhaal qui signe ici sa pire prestation), le film ronronne tout à coup. Les scènes coréennes donnaient l'impression d'être ouvertes sur la ville, celles de New York semblent enfermées dans une sorte de cour miniature sclérosante.

Je résume. Deux films dans Okja : le premier coréen, très bon, le second américain, médiocre.

 

2e

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Visages Villages

Magnifique ! 

On ne sait pas trop ce qu'il faut préférer aimer dans ce film admirable : le génie de JR que le film met formidablement en valeur, le lien irrésistible qui se tisse entre l'octagénaire alerte et le placide trentenaire, la précision millimétrique du montage, le charme des rencontres, le caractère délicat et ciselé des dialogues, etc.

Alerte, vif, sans chichi : Visages Villages est à l'image des premières scènes du film qui montrent la rencontre malicieuse, bienveillante et inventive des deux protagonistes. L'ambiance du film, délicate et attentive, naît peut-être de la gentille insolence avec laquelle JR traite Agnès Varda. Nulle considération pour son grand âge : il ne l'attend pas dans les escaliers (mais ça n'a pas l'air de la déranger beaucoup).

Chaque scène est une bénédiction visuelle qui donne envie de louer le Dieu du cinéma qui nous donne à voir autant de belles choses. Pour ma part, j'ai une tendresse particulière pour les femmes de dockers et pour la jeune femme dans le village. 

La dernière partie du film, qui raconte la visite à Godard, est la cerise sur le gâteau : l'épisode rend le film génial, alors qu'il était jusqu'alors simplement très bon.

Courez-y !

 

4e 

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It comes at night

Pour commencer, ne vous fiez pas à ce que vous pourrez lire dans la presse : It comes at night n'est pas un film d'épouvante. 

Vous n'y trouverez en effet aucun élément surnaturel et pas non plus d'effets programmés pour vous faire sursauter sur votre siège.

Au contraire, dans son contexte narratif spécifique (nous suivons une famille isolée dans la forêt alors qu'un virus terrible sévit et que toutes communications sont coupées), le film est admirablement réaliste. C'est d'ailleurs cette veine quasi naturaliste, alliée à une sorte de poésie diffuse et malsaine, qui fait tout le prix de la réalisation de Trey Edward Shults.

Le jeune réalisateur américain réussit un coup de maitre pour son premier film. It comes at night est à la fois original, beau et intrigant. Au delà de ses prouesses formelles (un montage magnifique, une photographie superbe), le film suscite dans l'esprit du spectateur des questions d'ordres très différents : moral (que ferions nous à la place du père de famille), métaphysique (à quoi sert de vivre dans ces conditions ?), politique (la peur de l'autre dans l'Amérique de Trump).

Une réussite sur tous les plans, magnifiée par le personnage du jeune ado noir, silencieux et en proie à des visions terribles. A voir sans crainte.

 

3e

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Ava

Tout ce qui est noir attire Ava. Un chien errant, les cheveux d'un beau gitan, l'intérieur d'un blockhaus, une cécité annoncée. 

Ava va être aveugle, mais elle semble s'en moquer : elle veut vivre, et dire la vérité. Sa franchise va donc parfois sembler cruelle, son comportement bien peu raisonnable et très égocentrique : Ava obtient ce qu'elle veut, elle dérobe ce qu'elle désire.

Par une sombre alchimie, Ava, promise à ne plus voir, nous donne une leçon de clairvoyance solaire. Il faut jouir et il faut danser : cette scène incroyablement osée où un personnage danse sur une musique extra-diégétique qu'il n'entend pas - et en plus il s'agit d'un morceau d'Amadou et Mariam, musiciens aveugles !

La mise en scène de Léa Mysius, même si elle comprend parfois quelques maladresses, fait souffler dans le film un vent de liberté ennivrant : rêves bizarroïdes et effets spéciaux très voyants, direction d'acteur sur le fil et frénésie gitane.

Ava s'impose comme un nouveau "premier film français qui révèle une jeune réalisatrice", après Grave et avant Jeune femme

 

3e

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Nothingwood

Je suis prêt à parier que vous ne connaissez pas Salim Shaheen.

Il vous faut donc aller voir ce petit bijou documentaire découvert à la Quinzaine des Réalisateurs 2017. Salim est une gloire du cinéma afghan : sorte de mogul d'un cinéma de série Z, inspiré par Bollywood, mais tourné avec deux accessoires et beaucoup de bonne volonté (d'où le titre).

La réalisatrice Sonia Kronlund nous intrigue, nous émeut et nous amuse. L'enthousiasme de Salim Shaheen est à la fois risible et admirable : ce qu'il fait est en matière de cinéma en-dessous des minima de toutes les normes esthétiques connues chez nous, mais l'émotion qui nous étreint au vu de sa volonté farouche de tourner est à l'inverse supérieure à ce que la plupart des films peuvent nous procurer. Que Salim soit à la fois colérique, éruptif, démagogue, cabotin et caractériel ajoute au plaisir qu'on éprouve à le regarder travailler.

A travers ses portraits sobrement esquissés, ses coup d'oeil donnés dans l'intimité de la société afghane, son aspect de road movie improvisé, Nothingwood réussit ce qu'on demande à tout documentaire : donner à voir et émouvoir, notamment quand il apparaît clairement que Shaheen et ses collaborateurs jouent simplement leur vie pour faire du cinéma en Afghanistan.  

A ne pas rater.

 

3e

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I'm not your negro

Voilà un film qui n'est pas facile d'accès.

Il ne constitue pas à proprement parler un tableau du racisme aux USA (comme je l'imaginais un peu benoîtement en ayant survolé la presse), mais un voyage à l'intérieur de la pensée d'un écrivain, James Baldwin. 

La bande-son est constituée de lecture d'extraits d'ouvrages de ce dernier, et du coup, le film oscille en permanence entre plusieurs pôles : la biographie de Baldwin (son  séjour à Paris, son enfance, ses rencontres), ses pensées à propos de la société américaine (avec des fulgurances qui laissent parfois pantois) et des apports historiques, souvent glaçants. 

La mise en scène de Raoul Peck est très maîtrisée, recherchée, mais ne contribue pas à simplifier le propos. Au final, on est souvent désarçonné par ce que l'on voit et entend, parfois sidéré, et rarement ému.

A défaut d'être vraiment captivante, l'expérience reste enrichissante et me laisse dans la bouche un arrière-goût prononcé de pessimisme quant à l'avenir de la société américaine. Rien ne semble avoir vraiment évolué depuis l'époque où Baldwin s'exprimait, et l'époque Obama apparaît aujourd'hui comme une parenthèse incongrue.

A voir en cas d'ambiance intellectuelle émolliente nécessitant une stimulation ponctuelle.

 

2e

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Voyage à travers le cinéma français

Difficile, lorsqu'on aime le cinéma, de ne pas être passionné (et ému) lorsque la voix gourmande de Bertrand Tavernier s'élève pour célébrer le septième art.

Loin d'être une oeuvre à caractère encyclopédique, Voyage à travers le cinéma français est surtout une oeuvre autobiographique. Bertrand Tavernier s'y raconte, et y raconte l'histoire d'une cinéphilie, la sienne.

On pourra certes glaner dans le film toute une série d'éléments factuels absolument passionnants (le portrait de Gabin est fascinant), mais la subjectivité extrême des choix réalisés révèle plus la personnalité de l'auteur qu'elle n'établit une hiérarchie des connaissances.

Les monstres sacrés sont parfois sévèrement critiqués pour leur conduite en dehors du cinéma (Renoir n'est pas ménagé par exemple), alors que des quasi inconnus (Jean Sacha ?) apparaissent soudainement dans la lumière. Le film est donc délicieusement discrétionnaire.

Le principal atout de Voyage se situe probablement dans cette vérité : Tavernier raconte sa cinéphilie, et ce faisant, il réveille en chacun de ses spectateurs cinéphiles la flamme qui nous porte inlassablement à nous asseoir dans les salles obscures. C'est à la fois beau, émouvant et instructif.

 

3e

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