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Christoblog

Articles avec #je n'aime pas

L'homme qu'on aimait trop

Fut un temps où le dernier Téchiné représentait quelque chose. 

Aujourd'hui, je peux me permettre de critiquer son dernier film de façon désinvolte, plusieurs semaines après son passage sur les écrans, et je pense que beaucoup de mes lecteurs ne se seront même pas rendu compte de sa sortie.

Vous savez donc peut-être que le film est une sorte de reconstitution de la célèbre affaire Le Roux. Le problème, c'est que Téchiné se contente de filmer sagement, on pourrait dire benoîtement à la manière d'un reportage sur France 3, ce qu'on sait de cette affaire, sans prendre parti quant à l'issue. Du coup, le scénario semble inabouti et comme atone. C'est d'autant plus dommage que les comédiens sont au meilleur de leur forme.

Catherine Deneuve est une fois de plus souveraine, alors que Canet trouve ici son meilleur rôle, et que Adèle Haenel confirme une partie de son potentiel. 

Inoffensif, le film montre comment l'emprise psychologique se construit sur une misère affective. C'est propre, inodore, et sans saveur.

  

2e

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Hippocrate

Je n'aime pas tellement Vincent Lacoste.

Oui, je sais, lancer la critique d'un film sur des bases aussi étroites en terme d'analyse filmique n'est pas très glorieux, mais je n'y peux rien : je trouve qu'il a une palette de jeu très limitée. Il joue par exemple ici un rôle de jeune interne exactement sur le même ton que dans le très poussif film de Riad Sattouf, Les beaux gosses

Sa faible prestation m'a empêché d'adhérer au film, même s'il semble assez réaliste, aux dire des professionnels du milieu médical.

Hippocrate court beaucoup trop de lièvres à la fois pour être intéressant : il se veut descriptif (la micro société hospitalière), dénonciateur (le manque de moyens), et bien sûr moral (l'euthanasie). Toutes les pistes ouvertes sont traitées légèrement sur la base de poncifs éculés. On est sidéré par l'accumulation de coïncidences et de concomittances douteuses à visées démonstratives : la mort par manque d'ECG (ou pas ?) + la vieille femme à réanimer (ou pas ?).

Si Reda Kateb tire son épingle du film, c'est bien le seul : Jacques Gamblin n'est par exemple pas crédible du tout.

Hippocrate, c'est donc du Urgences low-fi, mixé à la sauce syndicale.

 

2e

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Jimmy's hall

Encéphalogramme plat du côté de Ken Loach

Son nouveau film (qui devrait être son dernier, si l'on en croit le réalisateur lui-même) ne présente aucun intérêt particulier pour celui qui aime la nouveauté. Jimmy's hall peut même être considéré comme une sorte de suite (voire de réplique) du film qui avait valu à Loach sa Palme d'Or, Le vent se lève.

Nous voici donc en 1921 en Irlande, pour suivre le retour au bercail d'un communiste irlandais qui a du s'exiler en 1909. Tous les sujets d'intérêt de Loach sont donc ici bien présents : éloge de la solidarité et de l'engagement, lutte pour l'émancipation, etc. Le film est propre, les champs sont verts, les filles ont des tâches de rousseur, les jeunes sont plein d'espoir et font du vélo, la lumière caresse tous ces beaux visages. Les méchants sont à baffer, les gentils à croquer.

C'est beau et complètement insipide, sans être vraiment mauvais. A conseiller donc aux amoureux de l'Histoire, ou de l'Irlande. A Cannes 2014, un autre réalisateur anglais, Mike Leigh, proposait lui aussi un film de facture classique, mais d'une autre ampleur, Mr Turner.

 

2e

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Tristesse club

Tristesse club cumule tous les poncifs du film d'auteur français récent : road movie provincial (merci le financement des régions), fratrie dissemblable réunie à l'occasion de la disparition de la figure paternelle, scènes décalées à la limite de l'irréel, masculinité défaillante.

Vincent Mariette ne parvient jamais à transcender son histoire improbable et ses stéréotypes marqués : Laurent Lafitte en super beauf (mais au fond, c'est un garçon si sensible), Ludivine Sagnier minaudant en femme-enfant fatale, Vincent Macaigne en cocker puceau énamouré.

Il résulte de cet embrouillamini lourdingue un ennui pesant et un intense sentiment de gâchis. Comment peut-on tourner des films aussi peu originaux, aussi auturo-nombrilistes que celui-ci ? On a presque honte de voir des comédiens qu'on aime se fourvoyer dans des inepties de ce genre. Présenté comme une comédie, le film n'est ni drôle, ni émouvant, ni tendre. Il est raté.

 

1e

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La chambre bleue

Il y a plusieurs films dans La chambre bleue.

Le premier pourrait être le polar, dans lequel on se demande qui a tué qui, avec la complicité de qui. Ce film là n'est pas très passionnant : Amalric ne cherche d'ailleurs pas à maintenir un incroyable suspense sur ce plan.

Le deuxième film dans le film pourrait être la chronique de la vie provinciale (ici les Pays de Loire) . Cet aspect est assez bien traité, dans une optique finalement assez fidèle à l'esprit de Simenon : le coin de rue de la pharmacie, la plage des Sables d'Olonnes, les machines agricoles, le tribunal d'une petite ville de province, tous ces éléments dessinent le décor d'une tragédie ordinaire d'une façon convaincante.

Le troisième film est peut-être le moins convaincant à mon goût : c'est l'histoire d'amour, censément être puissamment érotique. Je n'y ai pas vraiment cru, je n'ai jamais senti l'attirance réciproque des deux corps.

Au final, l'assemblage de tous ces aspects sur une durée très courte (le film dure 1h15) pourrait être intéressant, s'il n'était gâché par des afféteries que j'ai jugé assez insupportables : une musique beaucoup trop envahissante, des dialogues qui sonnent faux, des voix qui semblent volontairement mal synchronisées (lors de la première rencontre entre les deux amants par exemple, au bord de la route), un découpage alambiqué, des inserts sans rapport avec la trame principale.

Un film ambitieux, dont les ingrédients ne s'assemblent pas vraiment pour former une oeuvre parfaitement cohérente. 

 

2e 

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Adieu au langage

C'était la première fois, ce 21 mai à 16h, que je voyais la salle principale du Festival de Cannes remplie de personnes avec des lunettes rouges sur le nez, telles 2300 clowns venus célébrer le plus illustre d'entre eux : Jean-Luc Godard.

Autant le dire tout le suite, j'ai un problème avec la 3D. J'ai du mal à accomoder correctement, je tripatouille mes branches et cela provoque une interruption de l'effet 3D, ce que je vois me semble toujours laid ou flou, je passe mon temps à regarder comment font mes voisins (qui pour la plupart regardent sagement l'écran, comme s'ils étaient dans un autre continuum espace-temps). Bref, je ne suis jamais dedans.

A un moment, le film explore un nouveau procédé : une image est vue par l'oeil droit, une complètement différente par l'oeil gauche, de telle façon que le spectateur puisse zapper de l'une à l'autre en clignant de l'oeil comme il l'entend. Je n'étais pas prévenu de ce sublime effet, aussi ai-je immédiatement pensé lorsqu'il s'est produit : "Purée, là ton cerveau disjonte carrément". Et voilà que paniqué j'enlève mes lunettes pour les nettoyer et reprendre mes esprits, alors qu'une partie de la salle se met à applaudir pour une raison que je ne comprends évidemment pas sur le moment.

Voilà, le film de Godard c'est un peu ça : il faut être initié pour l'aimer, il faut dire que c'est un mashup surréaliste et poétique, et non pas un collage merdique de films amateurs et de citations de grands auteurs.

Sinon, je n'ai strictement rien compris au peu que j'ai regardé, et je suis preneur d'avis éclairés, et binoculairement performants. 

 

 1e

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The homesman

Tommy Lee Jones disposait d'un scénario en or pour son nouveau film. L'idée d'un western "réaliste" relatant la condition des femmes qui devenaient folles sur la Frontière était à la fois intéressant et original. Malheureusement, il ne réussit que partiellement à transformer sa matière première en film intéressant.

Certes, les paysages sont superbes, les deux acteurs principaux plutôt convaincants (surtout Hilary Swank, excellente), mais le film déçoit surtout par le traitement qu'il réserve aux trois malades, réduites à des objets interchangeables, sans caractéristiques individuelles. Or, elles ont toutes les trois une histoire qui leur est propre, et leur maladie ne peut certainement pas se résumer aux symptômes similaires que le film nous montre. Autrement dit, Tommy Lee Jones aurait sûrement du s'entourer d'avis de psychiatres.

L'enchaînement des péripéties du voyage se suit avec un intérêt variable, franchement émoussé quand il s'agit de reproduire une ambiance bien mieux traitée ailleurs : je pense évidemment à la scène de l'hôtel, qu'on dirait directement inspirée par le Django Unchained de Tarantino. 

L'esthétique du film est un peu trop belle à mon goût : on sent le gros travail des accessoiristes et décorateurs, mais on le sent un peu trop. La ville d'arrivée par exemple semble sortir d'un conte de fée.

Si The homesman n'est pas complètement raté, il ne m'a pas enthousiasmé non plus : je vous laisse juge !

 

2e 

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Maps to the stars

Dans Maps to the stars, Cronenberg semble avoir voulu accumuler un maximum de clichés en rapport avec son cinéma, et le plus possible de provocations à propos d'Hollywood.

Cela donne un gloubi-boulga souvent indigeste et parfois plaisant dans lequel on retrouvera : Robert Pattinson dans une limousine, Juliane Moore en train de faire caca, Mia Wasikowska défigurée salissant pendant ses règles un beau canapé blanc, un inceste mère fille, un inceste frère soeur, du name dropping à tous les coins de dialogues (du Dalaï Lama à Bernardo Bertolucci), des scène de sexe à trois ("Je suis nul en lesbienne" dit Julianne Moore, souvent drôle dans ce film), une immolation par le feu (très mauvais effets spéciaux), un meurtre violent, des fantômes, etc...

Trop n'est visiblement pas assez pour Cronenberg dans ce film, et c'est bien dommage, parce que la belle histoire du frère et de la soeur - qui finalement est le coeur battant du film - passe au second plan. Sur des thèmes semblables (l'arrivisme, la cupidité, l'aveuglement du mileu hollywoodien) Paul Schrader a signé récemment un film bien plus réussi : The canyons

 

2e

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Deux jours, une nuit

Le scénario du dernier film des Dardenne est d'une grande faiblesse, et c'est le principal défaut de Deux jours, une nuit. On est en effet habitué de la part des frères belges à plus de subtilité et de complexité dans l'écriture de leur histoire.

Passons sur l'idée de base improbable, qui semble complètement irréaliste tant le deal présenté (une somme de primes annuelles contre un emploi en CDI) semble absurde - et destructeur - du point de vue du chef de l'entreprise même, passons donc sur cette fausse bonne idée pour examiner le cheminement du film. Il se joue sur une répétition à l'envi du même schéma : scène de doute dans une voiture, Sandra se motive et exprime toujours la même phrase assez pauvre en arguments, Sandra doute, Sandra prend du Xanax. Et on recommence. 

Plusieurs fois, le scénario bégaye carrément sur les circonstances même de la rencontre : monsieur est sorti (au pressing, à l'entraînement de foot, au bar...) pendant que madame garde les enfants, et les scènes s'étirent donc un peu (il faut bien tenir la longueur requise !) le temps de rejoindre l'endroit adéquat. 

La répétition en soi n'est pas un problème, c'est l'absence de profondeur, de sensibilité, d'intelligence relationnelle et émotionnelle dans les réactions des différents salariés qui est problématique. Comment en effet imaginer que chacun réponde aussi platement qu'il le fait, avec aussi peu de questionnements, d'interrogations sur les conséquences de ces choix ? Comment se fait-il qu'aucun des salariés ne questionne même l'idée de revoter, qui est à la base déjà bien saugrenue ?

Le film devient du coup une sorte de machine intellectuelle théorique vidant les personnages de leur humanité, à l'image du jeu de Marion Cotillard, inexpressif à l'excès, sans que l'on sache exactement si cela est volontaire ou pas. On a rarement vu une scène de suicide aussi facilement expédiée, un peu comme s'il s'agissait de se laver les dents. 

Comme la mise en scène (transparente) n'est pas le fort du cinéma dardennien, il ne reste finalement pas grand-chose à sauver de ce film faussement social, et qui se termine sur une fin malheureusement prévisible, tellement le pitch initial contient en lui le germe de son propre échec.

 

1e

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Le médecin de famille

Troisième film de la prometteuse réalisatrice argentine Lucia Puenzo, Le médecin de famille s'avère être une découverte au double visage.

D'un côté, il faut reconnaître qu'on constate une maîtrise incroyable du cadre, de la photographie, et plus généralement de l'esthétique globale du film. La mise en scène est impeccable, l'utilisation des décors naturels parfaite.

De l'autre, on se doit d'admettre que le sommeil n'est jamais très loin, et que l'ennui nous guette aux détours de cet épisode fantasmé du passage d'un célèbre nazi en Argentine. Le scénario est à la fois minimaliste et prévisible. Le montage ne m'a pas semblé à la hauteur de film, présentant des hiatus indélicats et des soubresauts coupables.

Pour résumer, on peut dire : un potentiel considérable dans un corps de poupée.

 

2e  

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La crème de la crème

Difficile de comprendre comment on peut rater un film aussi nettement avec d'aussi bons d'ingrédients, à savoir : un milieu peu montré dans le cinéma français (les grandes écoles de management), un scénario plutôt intrigant (la mise en place d'un réseau de prostitution sur les bases de la théorie du marché), des acteurs attachants.

Kim Chapiron réussit pourtant cet exploit, et avec brio, si je puis dire, puisque tout, ou presque, est raté dans son film. Après un début honnête, La crème de la crème s'embourbe très vite dans une sorte de comédie romantique à la noix entre deux ados de classes sociales différentes. 

Dès lors, il ne fait qu'empiler les clichés sans discernement, accumulant poncifs, invraisemblances, fautes de goût et dérapages dans tous les domaines : scénario, direction artistique, jeu d'acteurs.

La lie de la lie.

 

1e

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Tom à la ferme

Le style baroquisant de Xavier Dolan se prête à mon avis bien mieux aux envolées romanesques, narratives et/ou autobiographiques (Laurence anyways, J'ai tué ma mère) qu'aux épures (Les amours imaginaires, Tom à la ferme).

On retrouve certes dans son dernier film ce qui fait le charme du jeune réalisateur québécois : un sens de la caméra qu'on dirait inné, une cohérence impressionnante de tous les éléments artistiques du film (jeu d'acteurs, costumes, décors, lumières, musiques). L'ensemble m'a toutefois semblé manquer de souffle et d'énergie. Tom à la ferme tient sur un fil ténu et il peut parfois donner l'impression de tourner à vide (à l'image de la musique trop envahissante de Gabriel Yared), ou d'avoir dit ce qu'il avait à dire dès sa première partie. Celle-ci, qui décrit l'arrivée de Tom (et qui constitue d'ailleurs le coeur de la bande annonce) est pour ainsi dire parfait, et se suffit presque à lui-même. Les péripéties qui suivent semblent se répéter ad nauseam autour des thèmes exposés initialement : une attraction de Tom pour le frère violent de son boyfriend, les rapports faussés à la mère.

C'est comme si le film, très bien démarré, patinait en milieu de montée, puis s'arrêtait net, à l'image de cette fin cut un peu bizarre, qui semble laisser tous les personnages en lévitation.

Comme d'habitude avec Dolan, j'ai envie de dire : de grandes capacités, mais peut beaucoup mieux faire.

Retrouvez tout Dolan sur Christoblog.

 

2e  

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Aimer, boire et chanter

Il est désagréable de tirer sur une ambulance, mais ça l'est encore plus de tirer sur un corbillard. Alain Resnais ne m'en voudra pas de ce clin d'oeil, lui qui finit son film sur l'image prémonitoire d'un cercueil.

Où qu'il soit, il sait également à quel point j'avais adoré et défendu son film précédent, Vous n'avez encore rien vu

Nous sommes en présence ici d'un grand écart maximum entre l'avis de la critique, qui salue en quelque sorte un maître respecté, un compagnon de route, et celui du public, qui est extrêmement mauvais (des notes très basses de 2,3/5 sur Allociné et 5,3/10 sur SensCritique).

Alors disons-le tout de suite, qu'on le prenne par n'importe quel bout, et sous n'importe quel angle, le film est très ennuyeux et raté de bout en bout. Les décors sont hideux, et hideux paraît presque un compliment tellement on peine à croire que ces élucubrations de fêtes de maternelle soit issues d'un savoir-faire professionnel. Les dialogues sont terribles, les acteurs jouent tous comme des balais (sauf Sandrine Kiberlain, qui est la seule à sembler un peu naturelle). Le sujet n'a aucun intérêt, les péripéties sont téléphonées, les dessins de Blutch sont d'une laideur insigne. Je ne vois rien à sauver dans ce naufrage catastrophique qui sent le rance et le formol, à l'image de cet image immonde d'une sorte de taupe en peluche émergeant d'un gazon synthétique.

Ite missa est.

 

1e

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Wrong cops

Le cinéma de Quentin Dupieux me laisse jusqu'à présent profondément indifférent. 

Réalisé d'une façon très conventionnelle, il essaye de se démarquer par une sorte de bizarrerie qui consiste à faire évoluer une galerie de personnages déphasés (ici des flics pourris) dans un environnement plutôt normal. Le procédé pourrait être générateur de gags ou de moments de poésie décalée, mais on dirait que Dupieux s'ingénie à stopper le développement de ses idées au moment où celles-ci pourraient devenir intéressantes. 

Le film, plastiquement très laid (la photographie est déplorable), ne semble être qu'une suite de sketchs sans queue ni tête, dans lesquels on croise successivement un flic qui deale de la drogue dans des rats éventrés, un autre qui fantasme sur les gros seins, une femme flic perverse, et un dernier qui est poussé au suicide par la publication d'une photo de lui dans un magazine porno gay. 

Wrong cops est une construction intellectuelle dans laquelle quelques idées surnagent à grand-peine (le rôle central de la musique), mais qui n'engendre ni émotions, ni plaisir. Parmi la brochette d'acteurs cabotinant, on notera que Marilyn Manson débarrassé de son attirail grotesque est plutôt bon, ainsi qu'Eric Judor, dont le jeu ahurri fait mouche.

Point le plus intéressant de la soirée : le cinéma distribuait aux acheteurs de billets des bouts de la copie 35mm de Rubber. Pourquoi ? Je ne sais pas.

 

1e

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La gueule que tu mérites

Le premier film de Miguel Gomes n'intéressera que les fondus du réalisateur portugais.

Le film se décompose en deux parties complètement distinctes (comme Tabou, qui le fit ultérieurement connaître au plus grand nombre).

La première est assez intrigante : un homme trentenaire assiste déguisé en cow-boy à une fête d'école costumée, lors de laquelle il se comporte en gamin. C'est complètement déstabilisant, avec un mélange de réalisme, de comédie musicale décalée, d'ellipses osées et d'ambiance irréelle. Il y a un charme original dans cette partie, qui aide à comprendre pourquoi Miguel Gomes a été remarqué dans tant de festivals. Un petit air de Wes Anderson (réalisateur qu'apprécie beaucoup Gomes) lunaire et dépressif.

La seconde partie nous montre sept adultes soigner dans une maison perdue en forêt le protagoniste de la première partie, atteint de rubéole. Le film se perd alors totalement dans une suite de saynètes confuses et prétentieuses, multipliant les allusions à tout sorte de contes. Ce qu'on voit ne semble avoir aucun sens, si ce n'est peut-être de montrer des adultes qui se comportent comme des enfants. C'est très formel, hyper intellectualisé, moche à regarder et formidablement ennuyeux.

 

1e

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Viva la liberta

L'intérêt principal de Viva la liberta, c'est la performance une fois de plus impressionnante de Toni Servillo, qui joue ici d'une façon spectaculairement différente deux frères jumeaux.

Pour le reste, le film est une parabole un peu lourde : un politique dépressif, et en perte de vitesse dans les sondages, est remplacé par son frère jumeau qui sort d'hôpital psychiatrique. Ce dernier, par son discours emprunt de franchise et de poésie, redresse la popularité du parti de son frère. 

Au-delà de ce pitch balourd, le scénario est relativement subtil et ménage une série de jolies scènes. Il est dommage d'avoir doublé l'intrigue d'histoires d'amour un peu épaisses et de seconds rôles peu crédibles (Eric Nguyen est particulièrement mauvais). 

Si le film n'est pas désagréable à regarder et fait passer plutôt un bon moment, il manque de profondeur et présente un peu trop d'imperfections pour être véritablement conseillé.

 

2e

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Aquadro

Date de sortie en France inconnue (espérons qu'il n'y en ait pas)

Me voici déambulant sous la pluie nantaise pour faire un tour au modeste festival du cinéma italien se déroulant au Katorza.

Je choisis un film au pif : Aquadro, premier film du jeune réalisateur Stefano Lodovichi. Le pitch rappelle de très loin celui de Despues de Lucia : Alberto et Amanda se filment pendant qu'ils font l'amour pour la première fois, et la vidéo se retrouve sur internet suite à un concours de circonstance malheureux.

Je n'irai pas par quatre chemins : ce premier essai est très mauvais, peinant à rendre réaliste cette aventure malheureuse, qui traîne terriblement en longueur. A une amie qui lui demande pourquoi elle aime encore le garçon qui lui a fait ça, la jeune fille répond "Il a enterré mon hamster". Voilà, il me semble que cet exemple dit tout. 

La musique est à la fois dérangeante, agressive et sirupeuse. L'image est romantico-plate (ralenti et effets de flous). Le scénario, hyper-naïf, est écrit avec des moufles. Bref, une soirée de foutue en l'air, ce sont des choses qui arrivent.

 

1e

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For those in peril

For those in peril trace le portrait sensible d'un adolescent seul rescapé d'un naufrage, dans lequel a péri son frère et quatre autres jeunes hommes. Rejeté par le village, Aaron semble avoir des problèmes mentaux, qui datent d'avant l'accident.

La première partie du film est très impressionnante et particulièrement réussie, mêlant différents supports (Super 8 des images d'enfance, grossières vidéos des journaux télévisés, images quasi-conceptuelles de l'océan) et dessinant avec délicatesse les profils des différents protagonistes. Le film culmine alors dans les confrontations entre le jeune Aaron et le père de la copine de son frère, un homme particulièrement violent, qui veut l'éloigner à tout prix de sa fille.

Malheureusement le film s'égare progressivement dans de fausses pistes (le fantastique par exemple, qui aboutit à une fin particulièrement ratée) et des tics de plus en plus insistants. Alors qu'il paraissait parfaitement maîtriser son sujet, Paul Wright semble ne plus trop savoir vers où guider son personnage, hésitant entre chronique réaliste, voyage intérieur et ode onirique.

Le film montre toutefois chez ce jeune cinéaste un énorme potentiel.

 

2e

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Ida

Il y a dans Ida une volonté de formalisme à outrance profondément désagréable. Le réalisateur Pawel Pawlikowski multiplie les effets de style : format carré (1,37:1 exactement), photographie en noir et blanc, éclairages très travaillés, succession de plans rigoureusement fixes d'une quinzaine de secondes (la caméra ne bouge pas une seule fois pendant le film).

Ces poses de styliste boulimique s'accumulent, jusqu'à devenir une signature perpétuelle qui mange tout le cadre, puis toute l'histoire, et enfin toutes les émotions. Par exemple, la manie de ne jamais cadrer les personnages au milieu de l'écran, mais toujours décentrés, et le plus souvent vers le bas, devient une afféterie un peu précieuse et disons-le, ridicule, lorsqu'elle conduit à couper les visages en deux.

Tout est tellement construit pour paraître joli (les intérieurs, les paysages, le soleil, la musique) que le film dans son ensemble paraît vain et comme engoncé dans sa propre carapace de naphtaline.

Rien d'étonnant alors que Ida tourne à l'exercice de style, et donne l'impression fâcheuse de survoler des sujets pourtant essentiels : le massacre des juifs par la population polonaise lors de la seconde guerre mondiale, la vocation religieuse, la tentation de vivre sa vie d'être humain avant de se confier à Dieu, la solitude, les procès politiques, l'alcoolisme, le suicide.

A l'image de la scène lors de laquelle les corps sont déterrés, le film est trop propre, trop froid, trop désincarné pour laisser passer de vraies émotions. Il ne parvient au final qu'à être une collection d'images que certains jugeront peut-être admirablement composées, mais qui ne sont en fait que parfaitement arrangées pour séduire.

Ida n'est pas hideux, mais sans idées.

 

1e

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Goltzius et la compagnie du pélican

Peter Greenaway semble suivre le chemin inverse de celui de Steve McQueen (Hunger, Shame, 12 years a slave) : alors que ce dernier glisse progressivement de l'art contemporain vers le cinéma mainstream, son compatriote produit des oeuvres de plus en plus conceptuelles.

Ayant vu Goltzius il y a plusieurs mois au Festival Paris Cinéma, avec l'ami mymp, je dois avouer qu'il ne me reste presque aucun souvenir du scénario du film. La lecture du pitch ne m'éveille que de vagues réminiscences : un graveur d'oeuvres érotiques qui propose au Margrave d'Alsace* de financer ses travaux, moyennant des reconstitutions de scènes licencieuses tirées de la Bible.

Plus persistantes sont dans mon esprit les sensations purement visuelles que m'a laissé le film : des surimpressions d'écriture sur les visages, une caméra qui tournoie à l'infini autour de compositions formelles très bien éclairées, quelques scènes sidérantes de beauté (des cages suspendues), un décor étrange constitué d'éléments d'époque filmés dans un entrepôt moderne.

Le film pourrait aussi bien se déguster dans une biennale d'art contemporain, par petits extraits, que dans une salle de cinéma, dans laquelle ces deux heures de fantasmes costumés épuisent un peu.

* : Le titre de margrave (dont l'équivalent est marquis) a été créé par Charlemagne au profit de ses lieutenants dans les marches frontières.

 

2e

 

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