Juliette Binoche rit, renifle, chigne, pleure, bouge les sourcils, n'est pas maquillée, regarde au loin, hurle, se tait, gémit, se lamente, se coiffe, sourit, écrit, laisse un frisson parcourir ses joues, tremble, sanglote, etc.
Je pourrais continuer tout au long de l'article, mais je pense que vous l'avez compris, Camille Claudel, 1915 est un film à César, dédié à Juliette Binoche. On peut apprécier, bien sûr, c'est le cas de gens très bien, mais on peut aussi royalement s'ennuyer, ce qui fut mon cas.
Rappelons les faits : Camille Claudel, artiste maudite, ex-maîtresse de Rodin, est internée en asile psychiatrique (à tort ou à raison ?), et y restera jusqu'à la fin de ses jours, visitée de temps à autre par Paul Claudel, son frère. La deuxième partie du film est d'ailleurs consacré plutôt à ce dernier, et plus précisément à de longs monologues empreints d'une religiosité qui m'a laissé de marbre.
Le film n'a pas de ressort dramatique, et son propos aurait probablement plutôt convenu à un moyen métrage. Ceci étant dit, il faut reconnaître que Bruno Dumont est probablement le meilleur filmeur de bâtiments et surtout de paysages en activité. Les plans sur l'hospice et la nature environnante sont de toute beauté. L'utilisation de véritables malades mentaux dans le film ne m'a par contre pas du tout convaincu : leur intégration à la trame du film ne m'a paru si naturelle, et du coup le côté exhibitionniste m'a parfois gêné.
Il y a des films sur lesquels on n'a même pas envie de taper. Ils sont tellement médiocres, vides et immédiatement oubliables qu'écrire trop longtemps à leur sujet leur ferait trop d'honneur.
Au bout du conte fait partie de ces films. Ceux dont l'intégralité des bons moments sont dans la bande annonce (et encore, il ne s'agit que d'énièmes rodomontades à la Bacri). Ceux dont on se dit en sortant qu'il reposent sur du vent, qu'ils ne sont que l'ombre d'un film.
Tout est mauvais dans la dernière production Jaoui/Bacri, de Biolay en loup, dont le personnage s'appelle subtilement Wolf, au procédé type Instagram qui transforme l'écran de cinéma en écran de téléphone portable effet "verre poli".
L'idée de plaquer des éléments de contes sur une histoire d'une banalité affligeante ne fonctionne pas, il s'agit d'une fausse bonne idée, qui au final donne du sous-sous-Woody Allen.
Spring breakers est un film pop, vous l'entendrez dire sur tous les tons.
Qu'est-ce qu'un film pop ? Un film qui manie les couleurs acidulées dans les décors et les bikinis, qui triture la bande-son comme César le métal, qui bouge toujours sa caméra, qui multiplie les
effets d'images (grain, netteté) comme dans un clip, qui cherche le rythme dans le montage, qui ose une scène dans laquelle on danse sur du Britney Spears en faisant une farandole en cagoule rose
et mitraillettes, un film qui se moque du réalisme.
Est-ce qu'un film pop est un film ? Ou bien est-ce un long clip ? On peut raisonnablement se poser la question tellement le film d'Harmony Korine est finalement vide de sens, ne fondant sa
légitimité que sur la répétition et le bégaiement (les tics sonores récurrents, les montages alternés systématiques, les situations se reproduisant). De cette narration redondante découle qu'on
ne s'intéresse finalement que très peu au parcours des personnages, réduits à de simples silhouettes singeant des attitudes archétypales. Il y a dans le cinéma de Korine quelque chose qui
rappelle celui de Sofia Coppola : la forme prend tellement le pas sur le fond que l'auto-complaisance menace constamment l'équilibre de l'entreprise.
De quoi traite au fond le film ? De ce qu'on veut bien y voir : décadence du rêve américain, difficulté de passage à l'âge adulte, documentaire sur les spring breaks... Comme toute bonne coquille
creuse, on pourra la remplir de ce qu'on voudra.
Friandise artificielle bizarrement privée de sensualité alors que les personnages n'y sont jamais habillés (où est le sexe ?), Spring breakers laisse dans la bouche l'amertume d'une
barbe à papa trop sucrée.
Drôle d'impression que j'ai ressentie à la vision de Neige, le film de
Jean-Henri Roger et de Juliet Berto, l'égérie de Rivette. Le film, qui date de 1981, paraît vraiment d'un autre temps. Le monde qu'il décrit, peuplé de R12, paraît bien éloigné du nôtre, mais la
façon de le filmer aussi.
On chercherait en vain une trame qui puisse maintenir l'attention, tant le film passe d'un sujet à l'autre, d'un personnage à l'autre, avec une immersion dans le réel de Pigalle et une image un
peu sale qui rappelle furieusement le cinéma de Cassavetes, mais en mode franchouillard.
Si le scénario est inexistant et inintéressant, on est attentif aux compositions d'acteurs que l'on suivra ultérieurement (Jean-François Stévenin, Jean-François Balmer, Patrick Chesnais) et à
certaines figures absolument étonnantes montrées (exhibées pourrait-on dire) par le film, comme celle du jeune travelo.
Comme parfois, si le film m'a en fait ennuyé, j'ai été littéralement fasciné par l'interview de Jean-Henri Roger (décédé en 2012), que je ne connaissais pas, et qui se révèle fascinante par ce
qu'elle nous apprend de la nouvelle vague et d'une certaine façon de faire du cinéma : à l'arrache, sans un sou, en filmant en décors naturel au milieu des vrais passants, sans figurant. Ainsi,
Roger raconte une scène incroyable du film dans laquelle le travelo dont je parle plus haut se fait accoster par de VRAIS flics, alors que la caméra tourne du trottoir opposé.
C'est en entendant un homme parler du cinéma comme cela, avec des étincelles au fond des yeux, que l'on se sent subitement fier d'être cinéphile.
Cette critique a été réalisée dans le cadre de l'opération DVDTrafic. Le DVD est sorti le 20 novembre 2012, distribué par Epicentre films”.
Découvrez d’autres films sur Cinetrafic dans des catégories aussi diverses et variées que film a voir ou bien film sur la drogue.
Tristesse parce que ce film est le symbole de la dégradation et de l'uniformisation du cinéma américain. Les premiers opus de Die hard, (1988, 1990, 1995) donnaient à voir en John McClane un
anti-héros plutôt original, mauvais coucheur, alcoolique, mauvais mari et mauvais père. A la baguette on trouvait par deux fois un excellent réalisateur, John McTiernan, qui savait filmer
l'action et le suspense avec une certaine classe.
Aujourd'hui, Bruce Willis ne vieillit pas, il est devenu un bon père de famille qui a envie de faire un gros calin à son fils, et les studios confient la réalisation à un tâcheron de seconde
zone.
Le cinéma US fout le camp.
Consternation parce que voir autant de moyens produire aussi peu de résultats donne l'impression d'une gabegie éhontée. 132 voiture dézinguées de toutes les façon possibles, de gros camions qui
défoncent tout, des décors improbables comme tirés des pires années Bond, des hélicoptères de toutes les formes, des armes de tous calibres qui pétaradent sans jamais toucher les héros, un
festival de pyrotechnie, des cascades invraisemblables... et tout ça pour quoi ? Pour rien, tellement le film est une collection de clichés éculés, servie sur une nappe de décibels qui rend la
projection comparables aux séances de torture à Guantanamo.
Passion est ce genre de film qui essaye de se maintenir constamment
sur le fil qui sépare le ridicule du spectaculaire. En ce sens il est très proche du giallo, et en particulier du cinéma de Dario Argento.
Première partie : jeu d'influence entre deux garces dans un milieu professionnel très codifié. C'est propre, mais déjà entâché de multiples insultes au bon goût (et même à un simple respect du
réalisme narratif). Par exemple, pourquoi après deux minutes de film, les deux protagonistes éclatent de rire, après un seul verre d'alcool, comme si ce dernier contenait l'euphorisant le plus
radical ? Cette partie m'a personnellement rappelé la série Damages, en infiniment moins bien. Reste tout de même au
crédit du film l'interprétation nickel de la brune et de la blonde, Mulholland Drive es-tu là ?
Deuxième partie du film. De Palma perd son sang-froid et semble avoir abusé de la vodka givrée : le cadre est systématiquement de travers et l'éclairagiste semble avoir oublié une ampoule sur
deux. Le film part complètement en vrille, alternant rêve dans le rêve qui semble être la réalité alors qu'il s'agit d'un rêve, et fin qui cache une sous-fin qui enchaîne sur une vraie fin, avant
qu'un réveil brutal ne nous signifie que le rêve dont on croyait qu'il simulait la réalité était en fait une énième variation dans la trame narrative avant le rebondissement final qui cache
lui-même une chute qui s'avère surprenante, si tant est qu'à ce point quelque chose puisse paraître surprenant.
Alors oui, devant une telle escalade dans les effets tapageurs, certains pourront s'extasier en prétextant que l'extrême mauvais goût, sur une sphère, ne sera pas loin de rejoindre le génie. Ce
n'est pas mon cas.
Antiviral est d'une beauté confondante. L'univers visuel qu'il propose
est bluffant, enthousiasmant. Antiviral est un magnifique tableau, dont on regrette vite qu'il dure plus de 5 minutes.
Parce que malheureusement, Antiviral n'est pas un film. Il est l'idée d'un film.
Il est permis de penser que le rejeton Cronenberg (trop visiblement élevé au lait de son père) se soit follement amusé à composer son film comme une succession de scènes cultes, chacune d'entre
elles ayant de moins en moins de rapport avec les autres au fur et à mesure que le film progresse.
D'ailleurs, la version montrée à Cannes 2012 a été complètement remontée pour la sortie en salle, et à la limite, on se dit en voyant le film que l'art du montage pourrait proposer 11000 versions
d'Antiviral tellement son propos est sybillin et son style maniéré.
Le film est clippesque, et sa bande-annonce en ajoute dans le genre en masquant par ailleurs la véritable intrigue du film (il ne s'agit pas de ressembler aux stars comme le laisse penser la BA,
mais de s'inoculer leurs maladies, ce qui est à la fois plus malsain, plus drôle mais moins vendeur).
Produit d'une beauté inouïe mais sans aucune suite dans les idées. Pas vraiment, pas encore, du cinéma.
Film étonnant, porteur de beaucoup de promesses, puis s'écrasant sur la conscience du cinéphile comme une
crotte d'oiseau sur un pare-brise de voiture, le dernier film du sulfureux Jean-Claude Brisseau est un épiphénomène critique classique. On s'extasie devant ce qui est original, parce que c'est
original. Du coup le film a obtenu le Léopard d'or à Locarno.
La fille de nulle part a été tourné avec un budget dérisoire et les anecdotes de tournage ne manquent pas. Vous savez, celles qui font style fauché mais doué, du genre : "Le film a été
tourné dans l'appartement de Brisseau" ou "Les travellings étaient réalisés avec une poussette".
Le fait est que les limites techniques du film sont évidentes : prises de son catastrophiques à l'extérieur, effets surnaturels un peu bricolés. Mais le pire est sans nul doute le jeu de Brisseau
en tant qu'acteur, qui est véritablement terrible : il récite son texte comme un élève de 5ème en apprentissage. Au début du film, on imagine que cela fait partie d'un dispositif qui viserait à
inventer une sorte de croisement entre les dialogues de Mouret et le style Ruiz, mais cela s'estompe rapidement pour devenir simplement énervant.
Quant au fond du film, il intrigue au début : une jeune fille SDF entre dans la vie d'un professeur de maths veuf à la retraite, qui est en train décrire un livre sur les croyances. L'arrivée de
la jeune fille s'accompagne de phénomènes surnaturels que le vieil homme refuse de considérer comme tels. Malheureusement, les élucubrations métaphysiques de Brisseau révèlent petit à petit leur
inconsistance, et le scénario part progressivement en quenouille pour échouer lamentablement dans les pires poncifs.
Happiness therapy fait miroiter d'une façon mensongère un sujet intéressant, pour ensuite ne faire que l'effleurer. C'est très frustrant.
Pat sort de l'hôpital psychiatrique où il était soigné pour des troubles bipolaires. On souhaiterait en savoir plus, on aimerait que l'aspect maladie soit traité de façon un poil plus approfondie, pour que le contraste comique soit poussé à son paroxysme. Mais Pat est désespérément normal, et son obsession de reconquérir son ex est d'une banalité confondante.
Tiffany a couché avec les 11 membres de son bureau, là aussi on aimerait que cet aspect soit plus développé, non pas par curiosité salace, mais pour que le personnage joué par Jennifer Lawrence gagne en épaisseur psychologique.
Le film prétend être une comédie concernant deux personnes atteintes de dysfonctionnements psychologiques, elle n'est qu'une banale comédie sentimentale sur laquelle les scénaristes ont plaqué quelques noms de maladies et de médicaments (le gag du name dropping de médicaments est approximativement le seul en rapport avec les troubles des deux personnages, et il n'est pas très réussi).
La bonne surprise (relative) du film est à chercher du côté de la famille de Pat. La mère (Jacki Weaver) est assez attendrissante. Le père (De Niro, toujours cabotin) est abonné aux troubles obsessionnels compulsifs (les télécommandes !), instrumentralisant son fils en une sorte de porte-bonheur humain.
Les seconds rôles, essentiels dans toute bonne comédie US, sont très inégaux, Chris Tucker faisant le job en black doué pour la danse (original comme idée, non ?) mais Anupam Kher campant un psy plutôt raté.
Comment pensez-vous que cela finisse ? Par un concours de danse réussi (Flashdance, sort de ce film) et un convolage en règle de notre couple (pas si) azimuté (que ça). Décevant.
Lincoln est probablement un personnage intéressant. Le problème, c'est que le film de Spielberg n'en donne qu'un très vague aperçu.
Il est curieux de constater comment le réalisateur novateur et inventeur de formes qu'était Spielberg a ses débuts s'ossifie progressivement, pour devenir petit à petit un formaliste empesé.
Tout sonne faux dans Lincoln. Daniel Day Lewis peine à varier ses expressions, les autres acteurs se contentent de dessiner des silhouettes, les éclairages sont outrés, les décors ressemblent à des décors, etc... Je ne suis jamais parvenu à entrer dans l'histoire qui nous est contée, d'autant plus que le scénario est d'une faiblesse criarde.
Le suspense du vote devant conduire à l'adoption du 13ème amendement, abolissant l'esclavage, est en quelque sorte sabordé, complètement sous-exploité, à tel point que la scène finale en devient presque incompréhensible (alors que le pays entier compte les oui et les non, aucune des deux parties n'anticipe le résultat final, alors qu'il se dessine de façon évidente). Les scénaristes de Borgen auraient du être appelés en renfort !
Les arguties politiques incompréhensibles, les culs-de-sac narratifs, les invraisemblances évidentes, les raccourcis sur le contexte familial : tous ces éléments devraient conduire à demander aux scénaristes de rendre immédiatement leurs salaires.
Académique, ampoulé, factice, le film cumule approximativement les mêmes défauts que Cheval de guerre, et il y a de fortes chances que si vous avez aimé l'un, vous aimerez l'autre, et inversement.
Le plus étrange est que la fin même de Lincoln ne nous arrache aucune larme, alors que les grosses ficelles du scénario nous inspirent plutôt des sourires condescendants (oh, le brave député anti-esclavagiste qui aime sa servante noire, et couche avec elle).
Reste toutefois, en ces temps de loi sur le mariage pour tous, une réflexion stimulante sur le concept d'égalité.
Mais où est donc passé le cinéaste délicat du Vieux jardin, ou de ce chef d'oeuvre qu'est Une femme coréenne ?
En voyant The housemaid, je me posais déjà la question, mais lors de la projection à Cannes, en compétition officielle, de son dernier film, j'ai su que Im Sang-Soo s'était bel et bien égaré quelque part en un territoire rutilant et chromé, où les émotions nuancées n'existent plus.
L'ivresse de l'argent peut être vu comme un décalque de The housemaid, même milieu feutré de super-riches, même goût pour le sexe, à la différence qu'ici ce goût est assumé par une vieille rombière, ce qui ne rend pas le film plus aimable.
L'exercice pratiqué par Im Sang-Soo est sans nul conteste extrêmement brillant techniquement et plastiquement (ces mouvements de caméra !), mais cette maestria s'exerce avec tellement d'ostentation qu'elle nuit à l'attrait du film, dans lequel les personnages sont confinés à des caricatures parfois grotesques, qui rejouent sans fin la même partition sur le thème sexe / pouvoir /argent.
Quant aux derniers plans, je ne les ai absolument pas compris, et la rupture de ton qu'ils entraînent me laisse absolument perplexe.
Heavenlycreature essaye toujours
de me convertir aux films d'horreur en me prêtant des DVD qu'il pense pouvoir me plaire.
Avec ce premier film de Lucky McKee (2002), on en est pas loin.
L'histoire n'est pas d'une originalité folle : une jeune femme moche (enfin, tout est relatif), et atteinte de strabisme, est complexée, timide, sans ami, et malheureuse. Elle tombe amoureuse
d'un beau garçon et se fait draguer par sa collègue de bureau, la sublime Anna Faris.
Ah oui, il y aussi une poupée qui fait peur, comme il est de coutume.
Après 45 minutes plutôt intéressantes par la description froide et sobre de l'accumulation de frustations, le film vire vers un côté plus sombre et terrifiant. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est
qu'il le fait là aussi avec une économie de moyens méritoire, qui ne nuit pas à la tension que l'on ressent, bien au contraire.
La toute fin, sur laquelle il convient de jeter un oeil (wouarf, wouarf), sombre par contre dans le gore, c'est un peu dommage.
Il y a beaucoup de bonnes choses dans le film de l'argentin Armando Bo (scénariste
d'Inarritu pour Beautiful, pas le meilleur film de ce dernier).
Par exemple la prestation de l'acteur John McInerny en Elvis est bluffante. Ce n'est pas tant que la ressemblance soit physique (elle ne l'est pas), mais le personnage de Carlos EST Elvis
Presley, vit en Elvis, pense en Elvis, et chante en Elvis. Chaque prestation scénique est d'ailleurs un morceau de bravoure qui nous donnerait (presque) envie d'écouter le King d'origine.
Les mouvements de caméra sont aussi très beaux (comme celui du premier plan, lynchien) même s'ils deviennent à force un peu trop virtuoses (la caméra qui tourne systématiquement autour d'Elvis).
Le scénario n'est pas non plus inintéressant, même si son aspect un peu télécommandé nuit à l'efficacité du film. Alors que Carlos/Elvis est en passe de réaliser un projet personnel qu'on devine
assez vite, il doit s'occuper temporairement de sa fille, suite à un accident de voiture qu'a eu son ex-femme : c'est assez bien amené et cela donne lieu à quelques jolies scènes.
Tout est donc réuni pour faire un bon film (et les critiques sont plutôt flatteuses), et pourtant cela ne fonctionne pas. En tout cas pour moi. Mystères du cinéma et boule de gomme narrative,
Ultimo Elvis m'a laissé froid. Tout y est trop, trop prévisible, et très, très lent.
Curieuse coïncidence que le cinéma réserve parfois, il se trouve que deux films récents très différents montrent la même scène : une femme sénégalaise qui arrose le pas de sa porte, lors du départ d'un proche.
Comme un lion débute donc comme Aujourd'hui, mais les deux films n'ont que ça en commun. Autant le film de Gomis se caractérise par une sensibilité à fleur de peau et une photographie somptueuse, autant le pensum de Collardey se distingue par son esthétique de reportage animalier et sa psychologie de roman de gare.
Dans cette histoire de joueur de foot africain de 16 ans exploité par des agents véreux, il n'y a guère que quelques scènes mettant en scène Jean-François Stévenin à sauver. Le reste est très faible, qu'on pense à la pitoyable prestation de Marc Barbé en joueur caractériel, à la tentative de filmer le foot en direct (avec la même conviction qu'un boucher découpe un poireau) ou aux personnages secondaires annonant leur texte comme ils le peuvent, au sein d'un scénario indigent.
En fait, tout est mauvais dans Comme dans un lion, et je mets quiconque au défi de me prouver le contraire.
Prétentieux : voilà le mot qui me venait constamment à l'esprit durant la (trop) longue projection de The master.
Dès les premières images, il est clair que l'expérience va être éprouvante. Le plan inaugural sur le sillage du bateau est ainsi à la fois moche, peu signifiant et plein d'orgueil, accompagné qu'il est par une musique pompière (ba da ba boum, ba da ba boum).
Le deuxième plan sur le visage du soldat est aussi poseur et vide : décadré juste comme il faut, dans un genre très "je me regarde filmer". La séquence sur la plage multiplie ensuite les effets, sans qu'on comprenne bien de quoi il est question.
La première moitié du film décline les tares de ces premiers plans, la palme de l'énervement revenant à une bande-son INSUPPORTABLE, alternant les morceaux dissonants (tsiiii, ploc, tsi, tsi, plac, tsiiiiiiii, tsi, plac, plaaaac), les surimpressions sonores, les morceaux à contre-emploi. Bref, tout ce qui semble avoir été possible d'inventer pour être dérangeant dans une bande originale est dans le film.
Côté visuel, c'est du même tonneau. Les vignettes s'enchaînent sans que jamais un sens ne semblent les relier. PTA réussit le prodige de nous rendre absolument ennuyeuse une histoire qui, potentiellement, possédait tous les atouts pour nous intéresser. L'analyse du pourquoi d'un tel prodige pourrait nous occuper un bon moment, mais je pense pouvoir dire qu'il résulte, entre autre, de l'incroyable grand écart entre le manque de véritable talent dans la mise en scène (ces champs / contrechamps d'un classicisme éprouvant) et d'autre part les afféteries pompeuses que PTA utilise comme une sorte de passeport valant "cinéma d'auteur".
Dans la deuxième partie du film, le comble de l'hermétisme auto-centré est atteint lors d'une séquence mémorable, chef d'oeuvre de montage raté dans les grandes largeurs, qui intercale plusieurs scènes d'origine disparate dont on se demande bien ce qu'elles peuvent signifier (il s'agit de la séquence durant laquelle Freddie Quell fait l'aller-retour entre les deux murs).
A partir de ce moment, PTA se fait du spectateur un ennemi juré, tellement ce dernier est largué et s'estime trahi dans sa dignité de public-payeur. Le réalisateur se fout à l'évidence de la gueule du monde dans une poussée narcissique de première bourre, méprisant à la fois son histoire et ses acteurs (qui se démènent comme des pauvres diables tous les deux). Parmi le long chapelet de reproches objectifs qu'on peut faire au film, un des plus net est sa faculté de penser, à l'image de la façon de faire du gourou, que répéter quatre fois les mêmes figures les rend plus aimables ou plus claires.
Le dernier plan est à l'image des premiers : laid. Mais il a au moins le mérite de n'être suivi par aucun autre.
The master fait partie de ces rares films qui vous font culpabiliser d'avoir été au cinéma pour les voir : il vous donne honte d'être assez idiot pour y avoir gâché quelques heures de votre vie.
Gilles Bourdos signe avec son Renoir un film d'un académisme désuet et sucré, dont on pouvait penser qu'il n'avait plus sa place sur les écrans français.
L'image est dorée, la nature souveraine, et des halos esthétiques entourent la chevelure de la magnifique jeune actrice Christa Theret qu'on voit beaucoup en tenue d'Eve, métier oblige (elle est
le modèle d'Auguste Renoir dans le film).
Si la forme m'a semblé un peu lourde, j'ai été plutôt séduit par le propos, qui nous fait découvrir la cruauté froide de Renoir père (joué admirablement par un grand Michel Bouquet, artiste
égoïste en majesté), et les relations ambigues qu'il entretient avec ses enfants, dont le tout jeune Jean Renoir (Vincent Rottiers, un peu léger). Le scénario s'éparpille malheureusement, alors
qu'il aurait pu être une sorte de chant funèbre filmé dans un environnement idyllique (belle apparition des soldats défigurés). A noter la belle musique d'Alexandre Desplat.
Le film vaudra donc pour les cinéphiles plus pour l'illustration de la naissance de la vocation d'un grand cinéaste (édifiante !), que pour ses qualités intrinsèques.
Lundi 3 décembre au Katorza, à Nantes, j'étais bien embêté. Laurent Cantet, qui est un cinéaste que j'aime, était là pour présenter son film, et ce dernier ne m'a pas plu.
Du coup, j'ai préféré partir à la fin de la séance, avant qu'il ne revienne. Les applaudissements étaient parcimonieux et je sentais que l'ambiance allait être pesante.
Foxfire raconte l'histoire d'un gang de fille qui sévit dans les années 50 au Etats-Unis.
Sous la conduite d'une chef charismatique, le gang commence par mener des actions féministes, punissant les pervers et les harceleurs. Cette partie est sympa, et on se dit : mais si toutes les
filles du monde faisaient cela, ça commencerait à devenir franchement drôle !
Ensuite le gang fait des bêtise, sa leader part en prison et au retour, les filles fondent une communauté crypto-communiste dans une grande maison abandonnée. Manquant de ressources, elles
en viennent à faire une grosse, grosse bêtise.
On suit tout cela sans déplaisir, mais sans grand intérêt non plus. Si le style de Cantet est assez reconnaissable (une caméra très proche des actrices, qui prend son temps, et qui oscille un
peu), il manque au film les tensions incroyables qui irriguaient ses oeuvres précédentes. Ici rien n'accroche véritablement l'attention et je me suis surpris plusieurs fois à penser à des détails
périphériques à l'histoire, du genre : "Mais pourquoi ne voit-on jamais aucune famille de toutes ces filles ?" ou "Cela aurait été intéressant de creuser les réactions de racisme de la petite
communauté" ou "Ce rejet des hommes couvre-t-il une tendance homosexuelle collective ?".
Certains encensent l'actrice principale, Raven Adamson, que j'ai juste trouvé convenable, et qui tire à mon avis sa réputation d'un physique particulier de garçonne.
Cantet nous a dit en introduction avoir dédié 4 ans de sa vie à ce film, je ne serai donc pas plus dur que nécessaire.
Pour apprécier le dernier film d'Ang Lee il faut aimer les images du type de
celle-ci, à gauche.
Et ce n'est pas mon cas.
Les baleines fluo qui surgissent dans la nuit, les couchers de soleils éblouissants, les bateaux échoués au fond de l'océan façon Titanic, le tout dans un style qui fait passer Yann
Arthus-Bertrand pour un photographe trash, très peu pour moi.
Je ne suis pas entré dans l'esthétique très artificielle du film (à partir du moment où l'on sait que le tigre est numérique, tout paraît faux), ni d'ailleurs dans le salmigondis mystico
panthéiste qui l'enrobe. Que veut dire d'ailleurs cette histoire ? Quelle est sa morale ? On est évidemment très embêté pour le dire tant le film brouille les pistes pour mieux plaire au plus
grand monde. La pirouette finale est à ce titre exemplaire : elle dit sans dire, fait un parallèle avec Dieu dont on ne saisit pas le sens, et peut être interprétée comme on le souhaite.
Quelques petites choses à sauver dans le film : la 3D bien utilisée (notamment dans le générique de début, une sorte de 40 millions d'amis exotique, avec un très beau nasique, qui ressemble beaucoup à Depardieu, vous ne
trouvez pas ?), une première partie en Inde assez joliment filmée et bien montée, et un acteur plutôt bon.
Fourre-tout novo-kitsch qui dispense du prêt-à-penser panthéiste.
Voilà ce qu'on peut déduire du dernier film d'Abel Ferrara, qui nous raconte la dernière journée avant l'apocalypse de Cisco et Skye, bobos installés dans un joli loft du Lower East Side, à New-York.
Elle va passer sa journée à peindre et à faire l'amour (coucou les frères Larrieu !). Lui ne fait rien, discute avec le dalaï-lama qui cause dans le poste, hésite à se remettre à la cocaïne pour ce dernier instant, parle avec des amis sur Skype, observe ses voisins qui mangent des steaks.
Tout cela est inintéressant au possible, et les tentatives de Ferrara pour nous faire ressentir que ces petites choses sont intenses parce ce que sont les dernières, sont désespérément vaines. En réalité, on ne croit pas à ce qu'on voit, c'est aussi simple que ça, et dussions nous y croire, on n'aurait qu'une envie, dire que ces zigotos prétentieux et lourdingues l'ont bien mérité.
Enlacer le livreur de repas vietnamien, really ? Faire une crise de jalousie envers l'ex de son mec, empêchant celui-ci de parler à sa fille ? Se plaindre sur la terrasse des méchants industriels, des experts incompétents ? Allez hop, ces gens-là méritent bien le gros trou dans la couche d'ozone.
Le film parvient à être d'une laideur abyssale lorsque Ferrara nous montre des images absolument immondes et ridicules, en surimpression des visages de ses acteurs. On en vient à souhaiter que tout cela s'arrête en vrai, et c'est ce qui arrive enfin après 1h22 de souffrance, lors Skye prononce ses derniers mots d'une profondeur et d'une originalité que je vous laisse mesurer : "Nous sommes déjà des anges". Pouah...
A quoi peut bien bien servir un film comme Cogan ?
Au plaisir du spectateur ? C'est peu problable, tant sa position de polar bavard et low-fi cassera les pieds de la plupart. Ceux (et celles !) qui iront pour Brad Pitt en ressortiront bien
déçu(e)s puisque celui-ci n'apparaît que très peu. Il est pourtant assez brillant, surtout quand il regarde bouche-bée Gandolfini faire son Tony Soprano.
A édifier le cinéphile ? Ce dernier s'amusera à lister les références que le film lui inspire, des Sopranos aux Affranchis en passant par Tarantino et John Woo. Il notera au
passage quelques curiosités comme le travail étonnant sur la bande-son, et une belle maîtrise globale du réalisateur Andrew Dominik (L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert
Ford). Mais cela ne suffira pas à le captiver.
A amener une star sur la Croisette ? Peut-être : on ne voit pas sinon pourquoi Thierry Frémeaux aurait sélectionné en compétition officielle ce film, somme toute assez terne et anecdotique.
A renouveler le polar ? Certains l'ont espéré, surtout en insistant sur la mise en perspective politique de ces mésaventures de tueurs pieds nickelés sur fond de campagne présidentielle
américaine de 2008. Mais cet axe, assez séduisant sur le papier, ne fonctionne pas vraiment. Les discours d'Obama et de Bush à la télé n'entrent finalement pas en résonance avec les pitoyables
actions criminelles que le film nous montre, sauf peut-être dans ce dernier plan, le meilleur du film, qui voit Brad Pitt énoncer cette phrase-programme : "America is not a country, it's a
business".