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Christoblog

Articles avec #je n'aime pas

J. Edgar

Soyons positif : j'ai trouvé le dernier Eastwood bien moins mauvais que le mollasson Invictus et surtout que le pitoyable brouet mystique d'Au-delà.

Ceci dit, le film ne m'a pas enthousiasmé non plus, et ce, pour trois raisons.

La première, c'est le scénario. Il est très rare que je trouve un scénario vraiment mauvais, mais celui-ci me semble cumuler plusieurs défauts : il est trop allusif (il faut être rompu à certaines subtilités de l'histoire américaine pour tout comprendre), confus (ces aller-retours incessants entre les époques donnent le tournis), verbeux (cette voix off envahissante), discutable sur certains points (Hoover s'habillant en femme, l'homosexualité non consommée), hésitant (plongée au coeur du FBI, comme le proclame mensongèrement l'affiche, ou biopic ?).

La deuxième, c'est Di Caprio, qui m'énerve. Avec son petit air buté, sa moue et ses plis au front, on dirait qu'il ressasse sans fin son personnage d'Aviator, ou celui de Shutter Island : le dérangé contrarié.

De plus, ces exploits de maquillages commencent à vraiment m'énerver (et combien de kilos de plâtre il avait, et combien de cheveux il s'est fait arracher, et ta ta ti et ta ta ta). Le pauvre acteur qui joue Olson, lui, n'a visiblement pas eu droit au même budget : il passe directement du stade de jeune éphèbe à celui de mort-vivant au visage de cire. Consternant.

Enfin les choix esthétiques d'Eastwwod ne m'ont pas convaincu : couleurs désaturées presque blanches pour les scènes dans le passé, à l'inverse écran quasi noir pour certaines scènes de nuit, décors numériques.... le film est froid et sans âme.

Je me suis plutôt ennuyé et ai eu du mal à comprendre l'intérêt de raconter l'existence de ce petit homme médiocre et sérieux.

 

2e

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Corpo celeste

Lors du dernier Festival de Canne, Corpo celeste, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, fut un des premiers films les plus remarqués.

On comprend pourquoi. Sa réalisatrice, Alice Rohrwacher, possède une vraie sensibilité. Elle filme avec beaucoup de talent cette petite fille de 13 ans qui a été élevée en Suisse et arrive avec sa mère et sa soeur en Calabre, dans un univers qu'elle ne connaît pas.

Le point de vue adopté est, un peu comme dans Tomboy, celui de la petite fille. C'est à travers ses yeux qu'on observe le monde curieux et inquiétant des adultes, l'évolution de son propre corps qui se transforme et qui saigne, et surtout sa découverte de Jésus et de ses mystères.

Le film est en effet construit autour de deux pôles : la fin de l'enfance et la religion. Aux mystères profonds de la vie de Jésus est opposée une profonde déliquescence de la religion catholique. Un prêtre un peu raté, nourrissant de vains espoirs de promotion, une femme qui enseigne courageusement un pauvre catéchisme et s'est amourachée du prêtre, un évêque et son aide, ignobles tous deux, une collusion avec la politique, tout ce tableau est absolument terrible. Il est beaucoup plus à charge que la récente farce gentillette de Moretti. On comprend que le film ait été accusé de sacrilège en Italie.

Beaucoup de qualités donc, qui ne se développent malheureusement pas sur la base d'un scénario solide, ce qui plombe le film et ne permet pas de transformer une admiration de cinéphile en émotion de spectateur.

 

2e

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Mission impossible : protocole fantôme

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/93/03/19870015.jpgQue certains (comme les Cahiers du cinéma) trouvent un quelconque intérêt à MI4 me laisse rêveur.

 

Un film d'action de ce type ne se distingue des autres que si :

- il adopte un ton très particulier (ce qui n'est pas le cas ici, l'hypothèse d'une approche décalée à travers le personnage de Simon Pegg étant scandaleusement sous-exploitée)

- il bénificie d'un scénario haut de gamme avec de préférence un méchant puissant (dans le cas présent le scénario semble s'égarer en chemin et le méchant est insignifiant)

- il sublime les décors ou les situations rencontrées par un traitement hors du commun (MI4 propose une imagerie de carte postale)

 

Casino Royale, le premier des Bond avec Craig, excellait dans ces trois catégories. On est ici loin du compte, et le film ressemble plus à une Ratatouille (le film précédent du réalisateur Brad Bird, dont c'est le premier long-métrage qui n'est pas d'animation) qu'à du caviar.

 

On retiendra comme plaisir la première scène, très efficace (et nous permettant une rapide retrouvaille avec le Sawyer de Lost, zigouillé par notre pimpante Léa Seydoux) et une séquence au Kremlin, basée sur un écran virtuel s'adaptant au regard du spectateur, véritable allégorie du cinéma.

 

Mais c'est trop peu, pour le 150ème (et dernier) film vu en salle cette année.

 

1e

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Le cheval de Turin

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/60/75/19796808.jpg

Introduction

 

Le film décrit la vie d'un vieillard et de sa fille, dans une ferme isolée. C'est la fin du monde. Le film en décrit les six derniers jours.

 

Premier jour

 

Le premier plan est de toute beauté. Je me dis que mes a priori ne sont peut-être pas justifiés. Dans le générique, j'ai vu qu'une des boites de production s'appelait Zéro fiction, et ça m'a fait un peu peur. Je comprends progressivement que le film est décomposé en plusieurs jours. C'est un peu lent. Première phrase de dialogue au bout d'un quart d'heure. Deuxième dialogue, dix minutes après. La mise en scène baisse d'intensité. Je commence à m'emmerder sérieusement.

 

Deuxième jour

 

Je sens que ça va être horrible, quand les scènes vues dans le premier jour se reproduisent.

Lever, habillage, coup de gnôle, absorption d'une pomme de terre bouillie avec les mains. Aie, aie, aie, ça sent le pâté. La mise en scène est devenue en plus quelconque : plans fixes d'une minute sur un mur ou un linge étendu, fondus au noir grossiers, zooms moches. Le film ressemble de plus en plus à un pensum de première année de l'école de cinéma de Brno. La répétition des scènes me rappelle quelque chose, mais quoi ? Oui : le dentiste ! Vous savez : vous allez chez le dentiste pour un simple contrôle et ce dernier vous trouve une carie bien avancée. Vous avez droit à 5 séances avec dévitalisation, fraises de toutes tailles, et moulages en tout genre (avec les petits coussins oranges contre les gencives). La première fois, vous regardez le plafond en étudiant les mouvements d'une mouche. La deuxième fois, vous surveillez la répétition des gestes de préparation avec une attention inquiète. La troisième, vous pleurez dans la salle d'attente.

Hé ben, là, pareil.

 

Troisième jour

 

Le moment délicat. Il s'est vaguement passé des trucs, mais assez horriblement filmés. Un mec est venu la veille, déblatérant un salmigondis de crypto-philosophie de comptoir, et jouant comme un pied une sorte de boudha hongrois et alcoolique. Maintenant ce sont des tsiganes d'opérette qui déboulent, attiffés comme des épouvantails, et donnant prétexte à une interprétation raciste (en plus d'être sexiste) du film.

Les gens autour de moi se font indubitablement chier à mort. La mamie devant discute avec sa copine pendant les scènes de vent (très bruyantes) et consulte régulièrement les textos de ses petits-fils. Le mec derrière moi change son manteau de fauteuil toute les cinq minutes et pose régulièrement son menton sur ses genoux en soupirant. Truc incroyable qui ne m'arrive jamais : je croise le regard d'un autre spectateur qui s'emmerde autant que moi. Je rêve de faire un esclandre en me levant et en criant à la cantonnade : "Vous avez tous payé 4,5 euros pour voir cette merde, bande de cons !". Oserais-je ?

 

Quatrième jour

 

Je me demande pourquoi personne ne sort de la salle. J'ai une explication : l'effet Saut à l'élastique.

L'effet Saut à l'élastique. Votre copain Marcel vous a conseillé un restau. Vous y êtes allé, vous avez aimé. Marcel vous a dit d'écouter le groupe Jolie Poids, vous avez écouté, et vous avez aimé. Marcel vous a ensuite dit : "Tu devrais essayer le saut à l'élastique, c'est génial". Hop, aussitôt pensé, aussitôt programmé, vous voilà le week-end suivant avec 10 copains sur un viaduc métallique, fixant le néant sous vos pied pendant qu'une sorte de Bernard Lavilliers ardéchois et tatoué tente un noeud de marin inusité autour de vos chevilles, avec un élastique rouge élimé. Vous n'avez qu'une idée en tête : vous barrer en courant. Mais ce serait trop con. Vous le regretteriez ce soir sous votre couverture (trouillard ! trouillard !) et tous vos copains vous regardent.

C'est pour ça que personne ne s'en va.

 

Cinquième jour

 

Le quatrième jour s'est terminé sur une scène d'une irréelle laideur : la fille regardant par la fenêtre, comme une copie de Munch en noir et blanc, conçue sur la butte Montmartre. Le cinquième commence avec la cérémonie des patates cuites à la vapeur, alors que le puits s'est tarri hier.

Moi : Oh, mais y font quoi, y mangent des patates cuites dans quelle eau ?

Moi : Il leur en reste peut-être de la veille...

Moi : Ben y sont vraiment con de cuire des patates dedans, y ferait mieux de la boire !

Moi : Et les patates cuites sous la cendre tu connais ?

Moi : Hé connard, j'ai pas trop vu de papier alu dans le coin...

Et tout à coup, coup de théâtre : un gars en bas à gauche sort de la salle. J'ai envie de crier : "Non, pas toi, pas maintenant ! T'en a chié pendant 2 heures, et tel le cycliste dont les fesses sont tapissées d'ampoules, tu abandonnerais l'ascension de l'Alpe d'Huez dans le dernier lacet ? Non ! Cela ne se peut !". Ouf, l'incontinent est juste parti soulager sa vessie et revient, nous irons donc tous jusqu'au bout, ensemble.

 

Sixième jour

 

Le meilleur. Il dure 2 minutes. C'est comme si, alors que vous êtes torturé à mort par un monstre et que craigniez encore plusieurs séances éprouvantes, ce dernier sortait tout à coup un flingue et vous dise : "C'est fini", et vous tire une balle dans la nuque. Délivrance subite et miséricordieuse.

 

Conclusion

 

Les habitués de Christoblog se rapelleront peut-être que Le chant des oiseaux, d'Albert Serra, représentait pour l'instant le parangon de la vacuité prétentieuse en noir et blanc. Aujourd'hui, c'est Le cheval de Turin qui en constitue le nouveau mètre-étalon.

 

1e

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Père Noël Origines

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/98/00/19720573.jpgMais qui peut avoir une idée aussi bizarroïde que celle qui est à l'origine de ce film ? Et surtout comment les concepteurs ont pu trouver l'argent pour en faire un long-métrage ? Voilà les questions que vous vous poserez certainement en allant voir Père Noël Origines.

 

La réponse tient dans la hype qui entoure le réalisateur, Jalmari Helander, qui réalisa en 2003 un court-métrage avec 3500 € (Rare Exports Inc), qui connut à l'époque son heure de gloire sur Internet, et fut remarqué, dit-on, par Luc Besson.

 

On a beau aller beaucoup au cinéma, il arrive qu'on soit encore surpris pour le meilleur, pour le pire, ou comme ici, pour rien du tout.

 

Père Noël Origines commence comme du Spielberg. On a l'impression d'assister à un grand spectacle (montagne enneigée en décors naturel, travelling aérien, image soignée), et on se dit : "Voilà un thriller nordique intéressant". Et puis, on suit un petit garçon, et là on commence à penser à un Stephen King nordique. Le film change alors d'optique pour aller vers du fanstastique d'ambiance, avant de bifurquer vers une sorte de film d'action avec gros calibres. Tout ça avant un passage digne du Seigneurs des Anneaux en terme de moyens (mais d'où vient tout ce pognon, c'est hallucinant). Dans les derniers plans, il semblerait que le film soit finalement une comédie. Ca sent le délayage de court-métrage.

 

Un point à noter : l'absence totale de femmes dans le film. On ne sait pas trop si c'est volontaire, mais cela contribue à donner au film sa patine de film potache tape à l'oeil.

 

Basta, vous l'avez compris, je n'ai pas du tout adhéré à cette co-production franco-norvégo-suédo-finlandaise, et je suis prêt à parier que le bide va être retentissant. En effet, le film n'est fait pour aucun public : les enfants auront peur, les ados ne le trouveront pas assez gore, les adultes amateurs de sensations fortes l'estimeront trop sage et les autres trop osé. Les cinéphiles ont autre chose à voir en ce moment, comme Donoma par exemple.

 

1e

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La fin du silence

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/17/47/19729308.jpgJ'ai pour principe de ne pas dézinguer les premiers films.

 

En plus celui-ci se passe dans les Vosges (ma terre natale, nobody's perfect), qui forment un arrière-plan tout à fait séduisant, et, à mon avis, pas assez exploité par le cinéma français.

 

Le film rappelle dans son installation les pires coins forestiers vus sur grand écran : Délivrance, ou plus récemment Essential killing ou Winter's bone.

 

La première scène subjugue par la maîtrise affichée par le réalisateur, Roland Edzard. C'est fluide, c'est prenant, c'est brutal.

 

Puis, tristement, le film semble ensuite victime d'une sorte d'arythmie maladive qui le fait passer par des stades de profond malaise (dans ces moments, il frôle l'excellence, comme si les Dardenne rencontraient l'écrivain vosgien Pierre Pelot), et par des phases quasi-inutiles, qui ne semblent vouées qu'au remplissage devançant le prochain pic d'intensité.

 

On pense aussi souvent à la tragédie grecque, et si la trame narrative comporte bien des trous (comme si le film était un moyen-métrage un peu délayé), l'intensité du jeu des acteurs rend l'expérience assez plaisante.

 

Bon, soyons francs, ce n'est pas génial et peu de gens le verront, mais c'est le premier film d'un cinéaste dont on entendra probablement parler à nouveau.

 

2e

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Shame

Dans Shame, on voit très bien ce qu'à voulu faire Steve McQueen. Malheureusement, on voit aussi très bien, et en continu, à quel point il n'y arrive pas.

Ce qu'il a voulu faire, c'est montrer l'enfer d'une addiction peu abordée au cinéma, l'addiction au sexe, dont on a commencé à parler récemment seulement, à travers les cas de certaines personnalités, comme Tiger Woods ou Hugh Grant. Le réalisateur tente donc de nous décrire la spirale pulsion / passage à l'acte / sevrage / rechute / pulsion / etc,  assez classique dans ce genre de situation.

Le souci est qu'on ne s'intéresse jamais vraiment aux problèmes de son personnage. Sûrement d'abord par la faute d'un scénario tout à fait bancal, amorçant des pistes tout de suite refermées (le boss, l'amourette avec la jolie secrétaire), et introduisant le rôle de la soeur de façon totalement artificielle.

Carey Mulligan semble ainsi se spécialiser dans les rôles de cruche, après la maman cruche de Drive, elle s'essaye ici à la cruche pouffiasse avec une conviction moyenne et un résultat déplorable. Jamais je ne suis arrivé à voir les deux personnages comme frère et soeur. Le climax complètement raté (la tentative de suicide alors que Brandon se paye une soirée bien gratinée) est symptomatique de la lourdeur du scénario, qui ne nous épargne aucun cliché.

Le film souffre donc globalement d'un déficit de crédibilité et de mise en perspective.

Shame est glacial, glacé, et Fassbender (qui pour une fois semble avoir des difficultés à tenir le manche, si je puis dire) est obligé d'en faire des tonnes (rictus, larme en coin, grimace et prostration) pour nous faire bien comprendre qu'il est mal. La mise en scène, qui m'avait ravie dans Hunger, est ici ampoulée et ne sert rien d'autre qu'elle-même. Bien sûr certains cadres sont bien vus (comme celui du pré-générique) mais c'est le moins qu'on puisse attendre d'un plasticien.

L'ennui n'est jamais loin, et la déception cruelle.

 

1e

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L'art d'aimer

L'art d'aimer est constitué de petites histoires qui ne se connectent que de façon très artificielle.

Ces petites histoires font entendre une musique bien particulière, qui est celle de Mouret : un couple éprouve ses sentiments en tentant un adultère croisé, une femme mûre souhaite céder à ses désirs et en informe son mari, un jeune homme meurt avant d'avoir connu le véritable amour, une jeune femme propose à une amie de coucher avec son mari ("je suis pour le partage des richesses"), etc.

Le hic, c'est que cette fois-ci, la petite musique sonne un peu faux. Cela est probablement en partie dû à la structure bancale du film, mais aussi à la prestation des acteurs/actrices, qui surjouent tous et toutes de façon notable.

Un casting pourtant trois étoiles dont personne ne sort indemne, et surtout pas Frédérique Bel, qui tourne ici pour la troisième fois avec Mouret, pour son plus mauvais rôle. Le souci vient peut-être aussi du fait que ce film n'est ni caustique, ni profond, contrairement à beaucoup d'autres films de Mouret qui sont soit l'un, soit l'autre.

Du coup, le caractère un peu ampoulé des dialogues (renforcé par la voix off de Toron) fait plus penser à une parodie de Rohmer qu'à la verve casanovienne à laquelle Mouret nous a habitué.

La dernière histoire est la seule à intéresser vaguement, grâce au jeu de Judith Godrèche sur le mode très bourgeois qui faisait le sel de Un baiser s'il vous plait. Malheureusement sa résolution convenue en forme de happy end ne la rend pas plus sauvable que le reste.

Le marivaudage est donc un peu insipide pour cette fois.

 

2e

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Contagion

On peut vraiment se demander ce qui est arrivé à un réalisateur de la classe de Soderbergh pour rater un film dans d'aussi grandes largeurs.

Je vous raconte : Gwyneth Patrol mange du cochon à Hong Kong, trompe son mari et meurt. Matt Damon prend un air tout droit sorti de Au-delà, l'infâme étron de Eastwood, et sa femme meurt (heureusement qu'il a perdu au passage ses facultés de communication avec les ténèbres). Marion la Môme Cotillard est enlevée par un gentil chinois qui ne la relâchera que si elle sauve une quarantaine d'enfant chinois qui vivent dans une sorte de club vacance de fortune (?!).

Jude Law est méchant, comme d'habitude, et il se coiffe comme Tintin, avec une petite houpette. Kate Winslet est la moins pire, dommage qu'elle meure la bave au lèvre en tentant de donner une couverture à un autre malade. Le héros de Breaking Bad est déguisé et porte une casquette.

Dans ce film dont le scénario semble avoir été écrit par une limace formolisée, tout sonne faux : l'histoire, les scènes de fin du monde, les émeutes, les réactions des personnages, la musique. Je ne vois rien à sauver, c'est un ratage complet sur toute la ligne, le film échoue à faire naître la moindre tension dramatique ou psychologique, la moindre empathie.

C'est de l'anti-cinéma, un peu comme si on voyait un journal télévisé de France 3 Minneapolis, les bons sentiments en plus (le gentil médecin se sacrifie pour le fils de l'homme de ménage). On en vient à souhaiter que l'épidémie décime tout le monde un peu plus vite que ça.

C'est très mauvais, à un point qui situe le film dans les abysses du classement de l'année 2011.

PS écrit en 2024 : le virus présenté dans le film s'inspire beaucoup de virus existants, dont le SRAS, H1N1, la grippe et surtout Nipah, qui présente bien des points communs avec le MEV du film (les animaux en cause, les attaques neurologiques). Le revoir aujourd'hui après avoir vécu la période Covid est peut-être une expérience à tenter. 

 

1e

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Les neiges du Kilimandjaro

J’ai vu le film vendredi dernier au Katorza en présence de Robert Guédiguian. La critique de son 17ème opus s’avère du coup pour moi un exercice délicat, je vais vous dire pourquoi.

J’ai été séduit par la prestation de Guédiguian qui s’est prêté au jeu des questions réponses pendant une heure, avec un sens de l’humour et une élégance dans l’argumentation auxquels je ne m’attendais pas vraiment. Il est profondément troublant en ces temps de Sarkozie décomplexée de rencontrer un homme qui affiche aussi clairement (et simplement) ses opinions issues d’une gauche historique, très lutte des classes, et en même temps d’un niveau intellectuel supérieur, citant Jaurés entre Pasolini et Capra.

Ce qui m’a beaucoup touché aussi, c’est la sensibilité qui émane de Guédiguian, manifestant une grande empathie dans sa capacité à écouter les questions des spectateurs. Bref, un beau moment d’échange avec quelqu’un qui porte ses idées avec une conviction rare et attachante.

Le film, quant à lui, m’a un peu déçu, ce qui est toujours gênant à exprimer en présence de son créateur (Robert, ne lis pas cette critique). Les neiges du Kilimandjaro prend clairement le parti d’être une fable, un conte. Guédigian nous a dit vendredi que les comédies avaient les mêmes ressorts que les tragédies, et que la seule différence résidait dans le fait que dans les comédies les situations trouvaient leur résolutions.

C’est bien le programme que propose le film, (très) librement inspiré d’un poème de Victor Hugo, Les Pauvres Gens. Un leader syndical organise un tirage au sort en vue de licencier 20 ouvriers de son entreprise. Un de ceux-ci va commettre un acte répréhensible. Le leader syndical et sa femme (indéboulonnables Darroussin et Ascaride) vont, après avoir dénoncé le criminel, trouver un moyen d’atténuer leur sentiment de culpabilité.

Le problème, suivant l'adage classique que les bons sentiments ne font pas les bons films, c'est que Les neiges du Kilimandjaro n'échappe pas à une certaine sensiblerie et présente des traits franchement caricaturaux. Si les habitués de Guédiguian jouent assez juste, les nouveaux venus sont franchement à côté de la plaque et leur texte semble totalement "plaqué". Grégoire Leprince Ringuet par exemple est à moitié crédible, et Robinson Stévenin campe un policier peu convaincant. Le film oscille donc perpétuellement entre plusieurs styles (humoristique, chroniqueur social, militant, angoissant, utopique, nostalgique, sentimental) sans réellement trouver un point d'équilibre. Certaines scènes sortent du lot (le speech de la mère à côté du bateau, la partie de bridge et sa conclusion), d'autres sont ridicules par la faute souvent d'une bande-son désastreuse (cet horrible Many rivers to cross chanté par Joe Cocker).

Je ne rentre pas ici dans le débat moral que le film peut générer : il paraît irréel (je ne peux pas trop spoiler, mais que font les services sociaux ??) et ses enjeux me laissent un peu indifférent. Je note simplement que les jeunes sont montrés d'une façon assez réaliste insupportable.

Alors, allez-y si vous voulez poursuivre ce long feuilleton mené par la bande de l'Estaque, et retrouver un petit peu de ce qui faisait le charme de Marius et Jeannette.

 

2e

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Les géants

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/82/68/60/19720401.jpgVu un soir d'avant-première dans une salle quasi vide du Katorza, je ne peux pas dire que le dernier film de l'acteur Bouli Lanners m'ai fait un gros effet.

Trois jeunes enfants sont abandonnés à eux-mêmes l'espace d'un été dans la campagne luxembourgeoise.

Que font ils ? Ils fument du cannabis, laissent la vaisselle s'empiler, parlent de branlette, se font exploiter par de méchants adultes, recueillir par une gentille dame (comme dans Babar) qui a une fille handicapée et joue du piano, se teignent les cheveux en blond, conduisent une voiture, fracturent une maison, se réfugient dans une cabane en forêt.

Ce n'est pas nul, c'est simplement inconsistant. Les fantômes d'autres cinéastes de l'enfant/adolescent (Van Sant, les Dardenne), autrement plus talentueux, rôdent dans le film.

Seule curiosité : la campagne luxembourgeoise est filmée comme s'il s'agissait de la jungle amazonienne, et c'est assez réussi.

 

1e

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Curling

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/79/43/30/19502664.jpgSouvent, la présence d'un réalisateur rend un film plus sympathique. Plus rarement, c'est l'inverse.

 

Lors de la projection de Curling au dernier festival Paris Cinéma, c'est ce qui s'est passé. Denis Côté, le réalisateur québécois, m'a paru suffisant. En gros, à l'entendre, il se satisfait très bien que ses films ne soient que des films de festivals, que les spectateurs (les vrais) ne vont presque jamais voir. Il a parlé avec un mépris déplaisant de telle spectatrice d'un festival au Brésil (ben oui, après tout, si on peut parcourir le monde pour montrer des films que personne n'a envie de voir, pourquoi se priver ?) qui qualifiait ses films de nordiques : il trouvait ça ridicule.

 

Comme il trouve ridicule qu'on le questionne sur les impasses scénaristiques dont Curling est parsemé : un tigre dans la neige, des cadavres dans un bois, un petit garçon qui disparait, une chambre maculée de sang. Ben oui, c'est vrai, il font chier ces spectateurs à poser des questions comme ça ! C'est tous les jours que ce type d'évènements arrivent dans votre vie, pas besoin d'en faire un fromage.

 

Bon, vous voyez le genre, j'arrête le massacre ici. Curling représente le cinéma dit d'auteur dans ce qu'il a de pire. Personnage principal mutique au charisme d'huitre (qui attire quand même une femme en moins de  deux) et au comportement illogique (tient à sa fille mais la laisse seule pendant plusieurs jours),  personnages secondaires ultra-typés (la petite punk), lenteur et dénuement, emphase et naïveté, lourdeur et suffisance (la fin, mon Dieu, quelle bêtise). 

 

Vous ne l'avez pas vu, continuez comme ça.

 

1e

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Après le Sud

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/84/00/63/19827112.jpgAprès le Sud étant un premier film, je vais essayer de ne pas être trop méchant. Vous savez en plus que je suis plutôt d'un naturel bienveillant, qui ne me pousse pas habituellement à déverser des torrents de bile sur les films que je n'apprécie pas.

 

Que raconte le film ? La journée de 4 personnages : une caissière de supermarché, sa mère obèse, son copain, et un retraité (ex leader syndical ?!).

 

La trame temporelle du film est un peu compliquée, même s'il ne s'agit finalement que d'une énième variation autour de l'effet Rashomon, consistant à revisionner les mêmes scènes plusieurs fois dans le film suivant le point de vue des différents personnages.

 

Le problème est qu'on ne s'intéresse pas du tout à ce que l'on voit. Voilà. C'est aussi simple que ça. Merci de votre attention.

 

1e

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Hors Satan

Je comprends que sous l'emprise d'un tropisme mystico-élitiste (ou de substances illicites) on soit charmé par Hors Satan.

On écrira alors des choses de ce style : Bruno Dumont réussit à nous montrer l'âme à nu, sans autre artifice que le bruit d'une feuille morte qui crisse et que celui du vent dans les landes du Boulonnais, sans autre moyen que cette mise en scène que certains jugeront austère, mais qui rend sensible par la seule grâce de ses choix primordiaux (cadrage, focale, son, photographie) la puissance d'une transcendance toute pasolinienne, et bla bla bla.

En réalité, je vous le dis, ce film c'est Ribéry filmé par Bergman, ou Antonioni chez les Ch'tis, sans l'envol mystique de L'humanité et sans les fulgurances sauvages de Flandres.

Je m'emmerdais tellement durant le film que j'ai testé le jeu suivant : fermer les paupières pendant la moitié de chaque plan, et ne les réouvrir que lorsque la luminosité les traversant indique un changement de plan (jeu rendu possible par le fait que les plans sont fixes, donc de luminosité constante, et longs, trop longs).

Ce n'est pas un jeu facile, d'abord parce que le risque de s'endormir est non négligeable (cela m'est arrivé deux fois), ensuite parce que vous ne savez pas avant combien de temps va durer chaque plan. Le jeu a quand même réussi à me faire patienter les presque deux heures que dure le film, sans que je souffre trop. De plus je n'ai pas raté grand-chose de la narration, ce qui montre bien que le film aurait pu durer 45 minutes sans qu'on y perde.

Hors Satan est assez faible dans ce qu'il expose : un méli mélo Diable / Dieu / vengeance / sexe qui rappelle que Dumont était prof de philo avant d'être cinéaste, mais qui s'avère ici indigeste au possible. Un point culminant est atteint par le dénouement, qu'on peine à croire possible tellement il est lourdingue. Va-t-il oser ? Hé oui ! Les acteurs ne sont pas professionnels, et je suis triste de le dire, mais ça se voit tellement qu'on en a mal pour eux. On les voit chercher leur marque au sol pour savoir où aller, c'est terrible.

Rapidement on en vient à souhaiter méchamment la mort brutale de tous ces personnages qui ressemblent plus à des marionnettes conceptuelles qu'à des êtres de chair et de sang, ce qui vu le sujet du film, ne garantirait même pas que ce dernier soit écourté, malheureusement.

A mon sens le point faible du début de carrière de Bruno Dumont.

 

1e

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The unjust

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/09/81/19665351.jpgA force de voir des thrillers coréens, on finit par devenir exigeant. Celui-ci n'a pas de date de sortie en France et je doute qu'il en ait une, car il est particulièrement confus et complexe à suivre.

Pour faire simple, il entrecroise (à un rythme tout coréen qui fait ressembler Tarantino à Refn) les destinées d'un flic ambitieux et prêt à tout, d'un procureur ambitieux et prêt à tout, d'un journaliste prêt à tout, de 2 truands par définition prêts à ..., d'un autre flic, d'un tueur en série, des supérieurs du flic et du procureur (prêt à ...), d'un autre tueur, des familles des uns et des autres, etc...

Inutile de dire que pour s'y retrouver c'est coton, à tel point que le réalisateur éprouve le besoin de mettre au début de son film des incrustations pour nous indiquer qui est qui. Le scénario est alambiqué à l'extrême (le mieux est d'imaginer un hamburger dans lequel on aurait mis 12 steacks, 5 tranches de fromage et 17 sauces différentes) et totalement irréaliste (le rebondissement concernant le tueur en série est un des trucs les plus improbables qu'il m'ait été donné de voir au cinéma).

Pour le reste, c'est l'efficacité coréenne dans toute sa splendeur, décors étonnants et scènes d'actions efficaces. Comme d'habitude les subalternes sont humilés (la pratique atteint ici des sommets, avec la généralisation du coup de pied dans le tibia) et les flics de base sont ridicules.

Si vous l'avez vu, faites moi signe...

 

2e

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Drive

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Avertissement : L'article que vous allez lire ne reflète que l'avis de son auteur. Il est parfaitement subjectif. Il comprend des phrases assez dures, susceptibles de heurter la sensibilité de jeunes lecteurs admiratifs du film.

Carey Mulligan fait la lessive. Carey Mulligan descend les poubelles. Carey Mulligan fait les courses. Quand elle rencontre Ryan Gosling, elle est heureuse et pose sa main sur la sienne. Cela pourrait être beau comme du James Gray, mais c'est profond comme La Boum. Notre couple de tourtereaux transis fait une virée bucolique dans les égouts à ciel ouvert - ou les réseaux de collecte d'eaux de pluie -  de LA (comme dans Grease). Ils échouent au bord d'une rivière où le soleil brille. Andrea Arnold ou Terence Malick ont récemment tourné des scènes de bord de l'eau intenses : ici on est plutôt dans un reportage réalisé par un stagiaire de France 3 Meuse. Ryan Gosling est content. Il regarde la télé avec le petit Benicio. C'est mimi tout plein.

Carey Mulligan est donc la potiche domestique. Elle regarde le bon Ryan défoncer le crâne d'un méchant à coup de talons avec un air un peu bovin, mais qui semble pétri d'intelligence à côté de celui d'autres potiches : celles, complètement dénudées dans le club, qui regardent sans un frémissement une autre scène de violence. La première scène fait bien sûr penser à Gaspar Noé, la seconde à Tarantino. Le problème est que Refn n'a pas le courage jusqu'au-boutiste du premier, ni la verve nerveuse du second.

Soit, si ce film n'est pas celui des femmes, alors peut-être est-ce celui des hommes ? Ryan Gosling hausse une première fois le sourcil après 45 minutes de film, alors qu'il est sur le point d'être tué. A ce stade du film il a dit 17 mots et exprimé 3 sentiments différents : le néant, l'ennui, la surprise amusée. Exactement comme Mads Mikkelsen dans Le guerrier silencieux. L'impassibilité de commande semble donc être la marque de fabrique de notre ami Refn. Les autres acteurs sont des parodies de malfrats, cruels et bêtes, montrés déjà mille fois par Scorsese et tout le cinéma de Hong Kong. Les soudaines explosions de violence ont été vues et revues cent mille fois depuis le choc de Reservoir dogs et la découverte du cinéma coréen. Drive n'apporte strictement rien de neuf de ce côté là. La fourchette plantée dans l'oeil n'impressionne plus personne.

Alors peut-être un peu de mise en scène, qui justifierait le prix du même nom donné à Cannes ? Et bien non, les efforts de Refn se résument à : filmer les visages décadrés, multiplier les ralentis sur les battements de paupières de Gosling et filmer des ombres sur le sol (procédé utilisé de façon autrement plus convaincante dans The Tree of life). La bande son (hors musique) ressemble au bruit d'une scie mal réglée et essaye de faire naître une tension que l'intrigue n'arrive pas à produire elle-même. Ce sont jusqu'au générique de début (très moche) et aux plans de fin qui sont effroyablement quelconques.

Qu'est ce que le film présente d'original ou de digne d'être noté ? A part la séance d'ouverture, superbe d'intensité, je ne vois pas. Le film est empesé, pesant et poseur. C'est donc sans discussion que je décerne le prix de film le plus surestimé de l'année à ce Drive pas du tout in.

Nicolas Winding Refn sur Christoblog : Le guerrier silencieux

 

Vincent Malausa dans les Cahiers du cinéma : " A jouer sur tous les tableaux - hommage, ironie ou pure fascination - Drive multiplie les effets de saute qui menacent sa belle ligne d'intensité. Lorsque cette instabilité affecte la forme même du film - autrement dit son Graal : la question du style - dans la dernière partie, un certain pompiérisme menace même le travail maniériste de l'auteur. "

Jean Baptiste Thoret dans Charlie Hebdo : "... du style mais aucune vision, de belles idées de plans et un sens incontestable de l'épate mais aucune idée de fond, un sens de la surface et du design mais aucune densité. "

La blogosphère est toute acquise à la cause de Refn, sauf Gagor et pierreAfeu, grâce auxquels je ne me sens pas complètement seul.

 

1e

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We need to talk about Kevin

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/94/48/19736304.jpgLe problème avec les films comme We need to talk about Kevin, c'est que leur scénario est tellement fort qu'il vampirise le film.

 

Autrement dit, l'histoire garde sa force que le film soit un chef d'oeuvre, ou qu'il soit tourné avec les pieds, ce qui est plutôt le cas ici.

 

Rappelons brièvement le pitch : les relations amour / haine d'une mère et de son fils, conduisant (ou pas ?) ce dernier à tuer quelques uns de ses camarades de classe, dans la plus pure tradition Columbine.

 

Ce que je reproche au film tient principalement en deux points : il n'a pas de style, et il est beaucoup trop explicatif.

 

Sur le style, pas la peine de s'étendre, il ne ressemble à rien. Les flashbacks sont placés au petit bonheur, Lynne Ramsay semble toujours expérimenter de nouveaux trucs sans en fixer un en particulier, et sa direction d'acteur est très sommaire. Tilda Swinton joue sur un seul registre : bouche mi-ouverte, regard égaré. Ezra Miller a invariablement l'air de celui qui sait des choses que les autres ne savent pas, habité à l'évidence par des forces malfaisantes.

 

Le film nous assène ensuite tous les clichés imaginables dans ce type de situtation, dont le plus énorme : si Kevin a fait ça, c'est à cause d'Oedipe bien sûr. Et pour qu'on comprenne bien, le film accumule les scènes édifiantes : petit Kevin assiste à une fellation de maman sur papa, grand Kevin est surpris par maman en train de se masturber. Bref, c'est lourd, c'est surligné au fluo, c'est léger comme un char d'assaut. De plus Lynne Ramsay évite de nous montrer les scènes charnières du film (ce qui concerne la petite fille, le massacre lui-même). Vous allez me dire que c'est plein de délicatesse, mais je pense que c'est plutôt un évitement. Je trouve enfin que tout le film baigne dans une atmosphère non réaliste qui est assez gênante.

 

Si We need to talk about Kevin laisse tout de même une "impression durable de malaise", suivant l'expression consacrée, c'est donc presque à son insu.

 

2e

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Blackthorn

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/85/30/86/19782243.jpgEntraîné par un bouche à oreille assez enthousiaste, et ne détestant pas, finalement, me frotter à ce vieux genre jamais mort qu'est le western, me voilà parti pour voir le film que personne n'attendait.

 

Le début est assez intéressant. L'action se déroule en Amérique du Sud, dans une vallée montagneuse et humide, ce qui provoque un plaisant dépaysement. Et puis Sam Shepard est joli à regarder, comme le paysage, et comme sa gentille employée - et amante, l'Empire américain sachant toujours féconder les indigènes pour leur bonheur.

 

Les premiers flashbacks, très mauvais (genre Les mystères de l'Ouest racontés aux enfants), m'inquiètent un peu. Et c'est progressivement le film qui s'écroule progressivement, à leur suite. L'intrigue est assez basique, les personnages sont dessinés à la hache, et surtout les décors sont trop beaux, trop tape-à-l'oeil, pas assez au service de l'histoire. Le sommet de cette veine Butch Cassidy rend visite au  National Geographic est atteint dans ce fameux désert blanc, lors de confrontations sans réalisme et sans enjeux psychologiques.

 

Le film accumule alors tous les clichés possibles, ne renouvelant absolument pas le genre, mais le parodiant, le faisant sonner creux et vide. Plus l'histoire avance, plus la qualité des flashbacks empire, et plus les personnages s'engluent dans des poncifs ridicules, finissant par nous faire regretter de ne pas être aller voir Warrior ou La guerre des boutons à la place, c'est dire.

 

C'est beau comme un livre sur papier glacé, et raté dans les grandes largeurs.

 

Nouveau western sur Christoblog : La dernière piste

 

1e

 

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La grotte des rêves perdus

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/09/79/19665320.jpgJe voudrais commencer par m'adresser à mes ancêtres d'il y a 32 000 ans qui ont peint les chefs-d'oeuvre que montre le film : la frise des chevaux et le panneau des lions, en particulier. Je voudrais leur dire (et je pense tout spécialement à celui qui a un petit doigt tordu, et qui s'amusait à imprimer une trace de sa main sur un gros rocher) que leur travail m'a absolument sidéré, et que je leur donne un millier d'étoiles : 4e4e...

 

Penser à eux m'emplit d'une sorte de nostalgie liquide, je m'enfonce dans des rêveries qui aboutissent toujours à la même conclusion : nous avons réalisé si peu de progrès depuis trente siècles. Je pense par exemple à un rhinocéros figuré avec plusieurs pattes, en mouvement, comme une préfiguration du cinéma.

 

Bon, enfin, on n'est pas là pour parler préhistoire, mais cinéma. Notre ami Werner Herzog sabote totalement son sujet en hésitant dans son choix de point de vue. Parfois grandiloquent, toujours égocentrique, et dérapant de temps en temps vers le n'importe quoi (il y a des crocodiles albinos de centrales nucléaires), il ne convainc pas du tout. C'est plat, sans intérêt (autre que celui de son sujet) et parfois même pataud.

 

On aurait aimé plus d'apports scientifiques et/ou plus d'émotions partagées. Au lieu de quoi, Herzog nous impose sa vision auto-centrée, à tel point que lui et son équipe figurent sur toutes les photos du film sur internet.

 

En bref, économisez 5 à 7 euros : faites un tour sur le beau site officiel de la grotte Chauvet.

 

1e

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Crazy, Stupid, Love

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/82/68/61/19793413.jpgCe qu'il y a de mieux dans Crazy, Stupid, Love c'est l'affiche.

Elle est vraiment jolie avec ses trois photos, ses trois mots qui lui font écho, et son fond noir. Ensuite bien sûr, il y a Ryan Gosling, l'acteur qui monte, qui monte (et c'est le cas de le dire dans ce film si je peux me permettre !!). Certain(e)s l'apprécieront pour ... humm, disons, enfin vous voyez ... et d'autres, comme moi, pour son jeu très attachant, sa façon de froncer les sourcils en accent circonflexe l'air de ne pas y toucher.

Sinon, le film ne présente pas beaucoup d'autres caractéristiques enthousiasmantes. On peut porter à son crédit ce qu'il n'est pas : pas vulgaire comme la plupart des comédies US actuelles, pas complètement dénué de scénario (les rebondissements de la deuxième partie sont plaisants), pas mal réalisé, n'usant pas de ficelles trop grossières.

Il reste cependant un produit très formaté (beaucoup plus que le précédent opus du tandem Requa / Ficarra, I love you Phillip Morris), dont pas grand-chose ne dépasse et qui se termine par un classique happy-end larmoyant. 

Le point fort du film est sans nul doute son casting, assez convaincant.

Ah oui, il faut dire qu'on ne rit pas, ou si peu, ce qui est étrange pour une comédie sentimentale, qui en réalité est ici beaucoup plus sentimentale que comique.

 

2e

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