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Christoblog

Articles avec #j'aime

Papicha

Le premier film de Mounia Meddour dégage une impression de prévisibilité. Peut-être parce que sa raison d'être tient dans la tension dramatique qu'il maintient constamment entre la montée inexorable de l'intégrisme dans l'Algérie des années 90 et l'insouciante énergie de ses jeunes protagonistes.

D'une certaine façon, on sent dès le début du film que cela ne finira pas bien.

Malgré ce sentiment de fatum qui surplombe le film, on prend tout de même plaisir à suivre l'évolution des désirs et des espoirs de ces quatre jeunes filles, en particulier parce que le scénario est assez riche pour éviter une linéarité trop évidente. 

La caméra est toujours très proche des visages et des corps, créant un sentiment qui mêle claustrophobie, intimité, douceur et séduction. La mise en scène reflète une vraie personnalité et le film parvient sans difficulté à charmer et émouvoir, par la grâce d'une interprétation parfaite (les jeunes filles bien sûr, mais aussi les personnages secondaires comme la maman). Lyna Khoudri, qui interprète Nedjma, alias Papicha, est rayonnante et porte le film sur ses épaules.

On ne peut que conseiller d'aller voir ce beau film, qui outre ses qualités intrinsèques, donne aussi à voir avec brio la vie quotidienne algéroise.

 

3e

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Chambre 212

Chambre 212 est parfois présenté comme un film mineur de Christophe Honoré, une sorte de divertimento ne prêtant pas à conséquence.

Il y a pourtant dans la légèreté du film, dans sa folle inventivité, dans sa douce noirceur et sa façon de traiter la bien-séance par-dessus la jambe, quelque chose de la quintessence du cinéma de Honoré.

Le scénario est d'abord une merveille d'invention. Des époques et des personnages qui se croisent dans d'infinis jeux de miroir, des trouvailles improbables et poétiques (la volonté en Charles Aznavour) : Honoré est un orfèvre en matière de narration, de dispositif scénique et de dialogues.

La mise en scène invente perpétuellement de nouveaux axes : la maquette de la rue, les vues en plongée absolue dans les appartement, le jeu avec les portes. Le labyrinthe émotionnel dans lequel se débattent les personnages est rendu sensible par le cinéaste.

Le casting est magistral est Lacoste n'a jamais été autant Lacoste. 

Tour à tour drôle et mélancolique, le film interroge la notion de couple qui dure plutôt que celle d'amour. Ce n'est pas si courant au cinéma et quand c'est fait avec autant de subtilité et de maestria, c'est jouissif.

 

4e

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Joker

Drôle d'assemblage que ce Joker, vrai film noir au pays des comics, faux film d'auteur qui se voit récompensé par un Lion d'or au dernier Festival de Venise.

Le réalisateur Todd Phillips, principalement connu jusqu'ici pour avoir poussivement commis les Very bad trip 1, 2 et 3, se pique ici de donner à son film une ambiance glauque qu'on dirait inspirée des 70's.

Il choisit une bande-son particulièrement austère, des couleurs grises, une absence d'effets spéciaux notables, autant d'éléments qui contribuent à donner à ce Joker un vernis de "film sérieux".

Le résultat est frappant, même si Phillips flirte constamment avec les limites du mauvais goût - et les franchit même allègrement à plusieurs occasions. Joaquin Phoenix fournit une prestation à proprement hallucinante, très au-delà du cabotinage, qui confine à la performance. Impossible en le voyant de ne pas penser au Jack Nicholson de Vol au-dessus d'un nid de coucou ou de Shining.

Au final, je ne dirais pas que le film est totalement réussi, mais il est très puissant. Il m'a ennuyé par moment, m'a énervé à d'autres, mais m'a aussi par instant étonné et séduit. Des scènes plutôt grossières alternent avec des moments de grâce irréels (la visite des deux collègues en est un bel exemple), et la trame narrative dans son ensemble, innervée par la thématique de la naissance du mal, est assez subtile.

A vous de vous faire votre propre idée.

 

3e

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Alice et le maire

Il faut reconnaître au film de Nicolas Pariser un point positif important : il parle d'un homme politique qui n'est ni corrompu, ni malhonnête, ni idiot, ni impuissant. Et à ma connaissance c'est l'une des premières fois que l'on voit ça au cinéma.

D'autre part, le scénario est assez malin, puisqu'il dessine en creux plusieurs thématiques (dont celle d'une jeunesse trentenaire en plein marasme sentimental), et l'interprétation est très solide (Luchini oublie de faire du Luchini, Anaïs Dumoustier est parfaite comme d'habitude, les seconds rôles sont plutôt convaincants).

Bref, beaucoup de qualités pour une sorte de "nouvelle qualité française", consistante à défaut d'être profonde.

Cela étant dit, et j'affirme que le film mérite d'être vu, quelques éléments m'ont toutefois gêné. Certains traits par exemple me semblent tout à fait caricaturaux (le projet Lyon 2500, le personnage de Brac). J'aurais aussi aimé que la belle idée de la philosophie qui challenge la politique soit poussée plus loin, et que globalement le film approfondisse ce qu'il effleure. C'est en gros les reproches que j'adressais au premier film de Pariser, Le grand jeu, même si celui-ci est beaucoup plus réussi.

Lyon forme en tout cas, comme dans Grâce à Dieu, un décor magnifique. Lors de sa présentation à Cannes, Nicolas Pariser a dit que la ville avait des airs de Budapest, et à la réflexion, il a raison.

Malgré mes quelques réserves, qui relèvent plus d'une déception par rapport à ce qu'aurait pu être le film, je vous le conseille : Alice et le maire est un film intelligent, et c'est suffisamment rare pour ne pas être négligé.

Nicolas Pariser : Le grand jeu - 2015 (*)

 

2e

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Port authority

Utilisant admirablement New-York comme décor naturel, le film de Danielle Lessovitz, à la limite du cinéma documentaire, est admirable.

Si le scénario ne brille pas par son originalité (une jeune fille et un jeune homme de milieux très différents tombent amoureux l'un de l'autre), le film sidère par son traitement naturaliste qui nous plonge instantanément dans un New-York paupérisé et dans le milieu incroyable du voguing.  

Si vous ne connaissez pas le voguing (ou la vogue), il faut vraiment aller voir Port authority pour découvrir ce style de danse urbaine né dans les années 1970 dans des clubs fréquentés par des homosexuels, transexuels et transgenres afro-américains. Le spectacle est impressionnant.

Au-delà de tous ces aspects contextuels le film s'apprécie aussi pour le jeu très délicat de ses acteurs, la mise en scène pleine de tact et les péripéties narratives assez malines. L'ambiance que Port authority dégage est douce, tendre et spectaculaire. 

Absolument indispensable pour les amoureux de New-York.

 

3e

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Mjolk, la guerre du lait

Le deuxième film de Grimur Hakonarson ne retrouve pas la veine tragico-comique qui faisait de Béliers une véritable révélation (Prix Un certain regard à Cannes en 2015), mais il confirme son talent de cinéaste réaliste et sensible.

On suit ici les démêlés d'un jeune couple de paysans contre la coopérative dont il font partie, coopérative censée les protéger et les aider, mais qui au final les étrangle, sous prétexte du bien commun. 

Il y avait là matière à un développement politique des plus intéressants : comment une structure apolitique et coopérative peut se transformer en mécanique infernale qui broie les plus récalcitrants ?

En choisissant de plutôt s'attacher au personnage d'Inga, le réalisateur perd en intérêt ce qu'il gagne en sensibilité (car l'interprète est tout à fait convaincante).

Le film, agréable et bien réalisé, reste toutefois anecdotique, et plaira surtout aux amoureux de l'Islande, dont je fais partie.

Grimur Hakonarson sur Christoblog : Béliers - 2015 (****)

 

2e

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Bacurau

Beaucoup de critiques font de Bacurau une lecture politique : il s'agirait à travers la destinée de ce village, de dénoncer la montée du populisme au Brésil et de mettre au contraire en exergue la force de l'entraide et de la solidarité.

Si cette lecture est inévitable (les réalisateurs eux-mêmes parlent de leur film comme d'un geste politique), il ne faut pas négliger le plaisir de spectateur tout simple qui nous saisit à la vision de cette fable anticipatrice, inégale, mais profondément originale.

Pendant la première moitié du film, on ne comprend rien à ce qu'on regarde, à tel point que cela en est presque énervant. Et puis les choses se décantent progressivement par le dévoilement d'une intrigue retorse que je tairai ici mais qui envoie le film se balader dans de multiples contrées très typées : le western, le survival, le gore, le film de vengeance, le thriller d'anticipation, le film d'action bestial à la Tarantino.

Si le rythme haletant est alors très prenant, Bacurau ne se départit cependant pas totalement de son étrangeté initiale, ce qui le rend très attachant. Je le conseille aux amateurs de découvertes.

 

2e

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Un jour de pluie à New-York

Ces quinze dernières années, les bons Allen se sont fait rares.

C'est d'autant plus plaisant de voir que Woody retrouve ici à la fois sa maîtrise, sa vivacité et son mordant. 

Du premier point de vue, celui de l'art de fabriquer un film, Un jour de pluie à New-York est quasiment parfait : un casting idéal, un scénario brillant sans être alambiqué, une mise en scène douce et élégante, un montage au cordeau, une direction artistique splendide qui donne de la ville une vision nostalgique sans être passéiste.

Le deuxième point fort du film, c'est son alacrité. A 83 ans, Woody Allen semble retrouver son ardeur juvénile à enchaîner les punchlines qui tuent, les situations bien troussée et surprenantes, et les vrais moments d'émotions. Le film est drôle, vif et parfois tendre.

Enfin, on a un grand plaisir à retrouver Woody moqueur, et parfois même cruel. Gatsby en prend pour son grade (sa façon d'embrasser notée 4/10 est une grande claque à l'ego), mais c'est surtout Ashleigh qui n'est pas épargnée. Son rôle de gourde absolue semble un moment pouvoir être sauvé par l'interprétation pleine d'emphase d'Elle Fanning, mais non, elle est vraiment trop bête, et sa dernière imbécillité lui vaudra d'être larguée dans la calèche, comble du romantisme. D'autres milieux (celui du cinéma en particulier) et personnages sont sensiblement moqués au passage.

Un jour de pluie à New-York n'est pas seulement beau, drôle et caustique : il parvient même à être profond lors de la scène qui voit la mère se confier à son fils dans un plan sublime. La superficialité des choses vole en éclat à se moment-là et donne une couleur au film un peu différente : un spleen diffus qui mêle le rire de la belle-soeur à la bêtise d'Ashleigh, qui rend les tableaux de Renoir plus beaux et l'horloge de Central Park plus romantique.

Le meilleur film de Woody Allen depuis Match point.

Woody Allen sur Christoblog : Scoop - 2006 (**)  / Vicky Cristina Barcelona - 2008 (**) / Whatever works - 2009 (**) / Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu - 2010 (*) / Minuit à Paris - 2011 (**)  / To Rome with love - 2012 (**) / Blue Jasmine - 2013 (**) / Magic in the moonlight - 2014 (**) / L'homme irrationnel - 2015 (***) / Cafe society - 2016 (**) / Wonder wheel - 2017 (*)

 

3e

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Tu mérites un amour

Le premier film de Hafsia Herzi ne raconte pas grand-chose, mais le fait bien.

Au programme, une rupture amoureuse qui se passe mal (Jérémie Laheurte, le jeune amoureux d'Adèle dans La vie d'Adèle), une tristesse qui perdure malgré de nombreuses expériences amoureuses et sexuelles (de la vénération platonique d'un amoureux timide au couple libertin pour un plan à trois, en passant par de nombreuses variations).

Hafsia Herzi s'avère une réalisatrice convaincante à l'évidence sous influence Kechichienne : caméra portée, attention extrême portée aux visages, exploration minutieuse des sentiments et émotions, interprétation qu'on jurerait parfois proche de l'improvisation (alors que les dialogues sont en réalité très écrits).

Elle est aussi parfaitement convaincante en tant qu'actrice, même si certains pourront peut-être trouver que la répétition des scènes de spleen avec larmes est un peu systématique.

Les seconds rôles sont parfaits. Djanis Bouzyani en particulier est une formidable découverte, et Olivier Bajon confirme la très bonne prestation qui lui avait valu d'être remarqué dans La prièreTu mérites un amour dessine enfin une carte du tendre dans le milieu des jeunes adultes parisiens ni riches ni pauvres.

Une vraie réussite qu'on demande à voir confirmée.

 

2e

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Chernobyl

Rien à faire, HBO est toujours la meilleure chaîne en matière de série. Chernobyl est d'une si grande qualité qu'elle fait apparaître les meilleures productions Netflix (La casa de papel, Stranger things) comme de simples divertissements sympathiques et très formatés.

A travers ses cinq épisodes, la mini-série de HBO renverse tout sur son passage : qualité incroyable d'une écriture osée et inventive, excellence de l'interprétation (mention spéciale à Jared Harris, époustouflant de réalisme triste), direction artistique absolument renversante, réalisation digne d'un excellent film de cinéma.

Devant un projet d'une telle ambition (comment les décors ont-ils pu être trouvés ?), je suis sidéré que HBO ose l'investissement que cela représente : captiver les spectateurs pendant cinq heures en leur montrant des scènes plus horribles les unes que les autres, ou en leur expliquant par le menu l'enchaînement scientifiques des réactions nucléaires ayant conduit à la catastrophe (le formidable épisode 5, aride et captivant à la fois).

On a peine à croire que la description détaillée de tant d'horreurs et d'incompétence bureaucratique puissent générer autant d'intérêt chez le specateur. C'est pourtant le cas, par la grâce de l'humanité qui suinte derrière chaque décor tristounet et soviétique, par la détermination tranquille de héros sans nom qui ont empêché une catastrophe plus grande encore, par la gravité sereine de la mise en scène.

Sidérant et d'une beauté glaçante : Chrernobyl est ce qu'on a vu de plus frappant en matière de série depuis bien longtemps.

La série est visible sur le bouquet OCS.

 

4e

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Music of my life

Music of my life fait partie de ces cas aberrants dans lesquels le distributeur français change le titre original anglais (Blinded by the light) pour un titre ... en anglais. Il perd au passage la double connotation symbolique présente dans le titre d'origine : il s'agit du premier titre du premier disque de Springsteen, et il reflète le sentiment du héros, véritablement aveuglé par la lumière springsteenienne. 

Le film de Gurinder Chadha (Joue-la comme Beckham) ne renouvelle pas le genre de la comédie sociale anglaise. Si les fans de Springsteen pourront aisément s'identifier au héros laissé pour compte qui trouve dans les odes romantiques du Boss la force de s'extraire de son milieu, les autres trouveront certainement que les ficelles comiques comme mélodramatiques sont un peu grosses, voire grossières. Ces derniers pourront tout de même profiter du film pour découvrir l'univers springsteenien s'il n'en connaissent que la version faussement testostéronée de Born in the USA.

Music of my life propose également un nouveau type d'utilisation des chansons d'un artiste dans un film, que je ne me souviens pas avoir déjà vu : il ne s'agit pas d'une comédie musicale puisque les personnages ne chantent pas vraiment (ou alors faux), on ne voit quasiment pas Springsteen chanter, et il ne s'agit pas strictement d'une BO puisque chaque morceau s'insère dans le scénario à la fois narrativement (les paroles guident l'action ou l'illustrent) et visuellement (les mots s'incrustent dans le décor). Le niveau d'intrication des paroles et du récit est tel que les personnages parlent parfois en utilisant les paroles de certaines chansons.

Feel-good movie maladroit mais parfois agréable, tiré de l'autobiographie du journaliste Sarfraz Manzoor, Music of my live est aussi le tableau sans prétention d'une émancipation dans l'Angleterre thatchérienne et raciste des années 80. A voir si vous êtes fan.

Retrouvez ma critique de l'exceptionnel spectacle Springsteen on Brodway.

 

2e

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Perdrix

Le premier film d'Erwan Le Duc est un objet filmique non identifié, qui se situe quelque part entre un Wes Anderson vosgien et un Roy Andersson rural, assemblage hétéroclite et pas toujours absolument convaincant d'humour décalé et de comédie romantique au xième degré.

Pour ma part j'ai beaucoup apprécié les scènes abracadabrantes de psychanalyse collective du chef et de terroristes nudistes. La mélancolie triste du film (finalement tout le monde est seul dans cette famille) a quelque chose de profondément séduisant, quand elle s'associe au burlesque à la Tati de certaines scènes (la priorité à droite pour le char, les étagères qui s'écroulent, etc).

Perdrix, au-delà de ses qualités de fond, ne néglige pas les morceaux de bravoures gratuits (le lac, la descente en VTT, la reconstitution de guerre, la fête en boîte), qui lui permettent d'être un spectacle total : fantaisie colorée et déjantée, non dénuée de fond romantique.

Pour l'apprécier, il faudra un esprit léger, libéré de tout a priori.

 

3e

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Une fille facile

Sans hésiter un instant à sombrer dans les clichés, j'avoue que l'image que j'avais de Zahia Dehar était celle d'une call girl écervelée et manquant cruellement de discernement (coucher avec Ribéry, franchement !).

Le film de Rebecca Zlotowski a cela d'intéressant qu'il décale totalement son propos initial : il ne s'agit pas de disserter sur l'image de Zahia, mais de dresser le portrait de deux jeunes filles, absolument dissemblables au premier regard, mais au final pas si différentes, le personnage de Naïma prenant finalement l'ascendant sur celui de sa médiatique comparse.

Le film, pas très original dans sa forme il faut bien le dire, permet au passage de dresser le délicat portrait d'un Sud délétère et rêvé à la fois, et dessine les contours d'une émancipation féminine 2.0 : et si finalement Zahia était le porte-étendard d'une féminité décomplexée ?

Une fille facile, mais un film qui ne l'est pas !

 

2e

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Roubaix, une lumière

Il y a dans le dernier film d'Arnaud Despleschin une justesse qui le rend profondément estimable.

Justesse tout d'abord dans le jeu des acteurs, tous extraordinaires. Roschdy Zem trouve probablement son meilleur rôle en saint laïc, et le jeu du duo Sara Forestier / Léa Seydoux est d'une précision sidérante. Les seconds rôles sont des acteurs non professionnels (une première pour Desplechin), ce qui confère au film une densité qui relève parfois du documentaire.

Un autre personnage essentiel du film est la ville de Roubaix elle-même (dont est originaire Desplechin), montrée sans fard mais aussi sans misérabilisme excessif. 

Une ville, le métier de policier montré sans effet particulier, des êtres humains, des intrigues effroyables mais communes : en voyant Roubaix, une lumière on se dit que le bon cinéma est finalement souvent affaire de simplicité quand il est incarné avec une telle intensité dans tous les domaines. 

Dans ce beau film sans méchants, il est principalement question de douceur et de grâce. La lumière dont parle le titre est présente chez tous les personnages, parfois simplement à l'état de lueur indécise, parfois rayonnante dans la fermeté ou l'empathie des policiers. 

J'ai été bouleversé par le torrent d'humanité que charrie le film et par la maîtrise de la direction de Desplechin, qui réalise ici un de ses tout meilleurs films.

Arnaud Desplechin sur Christoblog : Un conte de Noël - 2008 (****) / Jimmy P. - 2013 (**) / Trois souvenirs de ma jeunesse - 2014 (***)

 

4e

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Once upon a time ... in Hollywood

A l'image de son titre affublé de points de suspension dubitatifs, ou de sa durée inutilement longue, le dernier film de Tarantino est un objet complexe, mauvais film réussi ou bon film qui se cherche.

Les raisons de ne pas apprécier le film sont nombreuses : ventre mou qui s'éternise, clichés qui se multiplient, facilités tarantiniennes trop facilement identifiables, et surtout cette façon de mêler un fait divers dramatique (l'assassinat de Sharon Tate par la bande de Charles Manson) à une fiction "rêvée".

Alors oui, le film sait être par éclat brillant, et même impressionnant dans sa construction décomplexée (on imagine la tête des producteurs à la lecture du script), mais il ne parvient pas au final à être totalement convaincant.

Pour ma part j'ai pourtant (après une délibération avec une partie de moi-même) été globalement séduit par cette proposition de cinéma totale qui mixe nostalgie hollywoodienne, plaisir de faire du cinéma scène par scène, jubilation de perdre le spectateur dans un entrelacs de narrations parallèles et naïveté assumée.

Le jeu de Brad Pitt et de Leonardo di Caprio est littéralement époustouflant et contribue grandement à l'intérêt du film, qu'on peine toutefois à conseiller tellement il est bancalement attachant.

 

3e

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Une grande fille

C'est peu dire que le premier film de Kantemir Balagov, Tesnota, fit l'effet d'une bombe au Festival de Cannes 2018. Je tombai moi-même en extase devant la perfection de ce premier film, qui positionnait son auteur dans la cour des très très grands cinéastes contemporains (disons l'égal de Nuri Bilge Ceylan ou de Zviagintsev).

Le deuxième film de l'ex-assistant de Bela Tarr était donc attendu au tournant.

En s'attaquant à une période emblématique de l'histoire russe (l'après guerre à Stalingrad), Balagov ne choisit pas la facilité. Et pourtant il réussit à peu près sur toute la ligne son défi de reconstitution historique : photographie et travail sur la couleur admirables (mille bravos à la chef op Kseniya Sereda ), mise en scène au cordeau, décors et costumes formidables.

Formellement, Une grande fille est une splendeur. On peut cependant reprocher au film des longueurs perturbantes lors de scènes pénibles. 

C'est donc très beau et souvent très dérangeant : un tour de force qui fait de ce deuxième film un typique "film de festival".

 

2e

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L'oeuvre sans auteur (parties 1 et 2)

Difficile pour moi de parler de L'oeuvre sans auteur sans penser très fort à l'artiste qui a inspiré le film, Gerhard Richter, mais s'en est désolidarisé au final. 

Même s'il ne s'agit pas du tout d'une biographie, l'ombre du génial allemand plane sur le film du début à (surtout) la fin, lors de laquelle la technique picturale initiale du peintre est exposé dans les détails.

Alors oui, le film de Von Donnersmarck a des semelles de plomb, voire de béton. Il n'y a guère de finesse dans cette oeuvre aux allures de téléfilm à rallonge, curieusement distribué en France en deux parties, alors que sa longueur finale (3h09) et comparable à celle de So long, my son, présent en même temps dans les salles. 

L'intrigue frôle avec le grotesque, et pourtant j'ai été captivé par le caractère à la fois feuilletonesque et enthousiaste du film. Ce n'est certes pas du grand cinéma, mais l'intensité que les acteurs mettent dans l'interprétation associée au souffle historique qui balaie le film finissent par entraîner la curiosité et par moment l'adhésion.

Paula Beer (remarquée dans Frantz de Ozon) et Tom Shilling (révélé par Oh boy) sont tous les deux plutôt convaincant, comme le vétéran Sebastian Koch.

L'oeuvre sans auteur intéressera les amateurs d'art contemporain comme les aficionados de fresques romanesques historiques. Un plaisir coupable de milieu d'été.

 

2e

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So long, my son

L'idée de regarder pendant plus de trois heures une fresque chinoise en plein d'été peut inquiéter. Pourtant il faut vraiment conseiller ce beau film ample, à la fois majestueux et intime.

La structure narrative de So long, my son est d'abord un modèle du genre : elle paraît d'abord complexe (de par les innombrables allers-retours temporels), avant de se résoudre magiquement dans la deuxième partie, puis de se sublimer dans le dernier quart d'heure, magnifique.

Le très beau scénario est parfaitement servi par une mise en scène d'une élégance rare (il y a un peu de Jia Zhang-ke chez Wang Xiaoshuai), une photographie splendide et une très solide interprétation des acteurs principaux.

Le film se déroule sur plusieurs décennies, mêlant un drame intime complexe à la trame générale de l'évolution de la société chinoise (souvenirs de la révolution culturelle, introduction de l'économie de marché, politique de l'enfant unique) : cela donne à So long, my son une densité remarquable, qui en fait sans nul doute un des films les plus remarquables de l'année.

 

4e

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Give me liberty

Rarement un film m'aura autant fait rire et pleurer à la fois.

Il y a dans ce premier long-métrage américain du russe Kirill Mikhanovsky une énergie démesurée, une rudesse extrême mêlée à une tendresse animale, typiquement slave. 

Si le début très misérabiliste peut laisser dubitatif, le film prend rapidement son envol pour nous entraîner dans un toboggan émotionnel qui semble sans fin : les péripéties les plus étranges vont s'enchaîner dans la journée du pauvre ambulancier Vic. Elles seront tour à tour amusantes, choquantes, violentes ou décalées.

Le montage très nerveux et l'interprétation hors norme d'un casting en grande partie non professionnel donne au film une vitalité extraordinaire, une pulsation inhabituelle. Le mélange de blues américain et d'âme russe produit un résultat souvent irrésistible, parfois un peu confus, mais d'un force émotionnelle inhabituelle.

Give me liberty comprend plusieurs scènes d'anthologie que le spectateur n'oubliera pas de si tôt : les obsèques au cimetierre, le repas de la famille noire, le récital chez la mère, l'histoire du canapé, le poulet du grand-père ou les chansons à l'accordéon.

Un beau film roboratif et hilarant, regorgeant d'amour. A ne pas rater.

 

3e

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Toy story 4

Rien de nouveau sur la planète Toy story, mais le travail est une fois de plus très bien fait.

Ce nouvel opus réserve son lot de nouveautés, à savoir un magasin d'antiquités avec des poupées années 50 façon film d'horreur et deux peluches plutôt dures à cuire (puisque ce sont des jouets de stand de foire), Ducky et Bunny (dont la voix est celle du décidément omniprésent Jordan Peele).

Tout cela est raisonnablement attendrissant, ménage le double niveau de lecture enfants / parents qui fait le sel de la série, fait appel à la nostalgie avec une relative délicatesse et permet de constater à quel point la technologie a progressé depuis le premier épisode. Les thématiques abordées ne sont à dire vrai pas très nouvelles (le besoin d'amour, l'émancipation) et très consensuelles. 

Je n'ai pas été bouleversé comme dans Toy story 1 ou 3, j'ai un peu ri, beaucoup souri et écrasé une micro larme.

Pour résumer, un divertissement tout à fait recommandable en temps de canicule.

Toy story sur Christoblog, c'est : Toy story 3 - 2010 (***)

 

2e

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