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Christoblog

Articles avec #j'aime

Leila et ses frères

Pour ceux qui ont vu La loi de Téhéran, il y aura peut-être une petite déception lors de la découverte du nouveau film de Saeed Roustaee : si le film a le même sens du rythme que son prédécesseur, il est moins tape-à-l'oeil et moins immédiatement spectaculaire.

Pourtant Leila et ses frères est d'une profondeur et d'une subtilité qui surpasse le film précédent de Roustaee. 

On est littéralement emporté par le flux insensé que propose cette chronique familiale qui emprunte à la fois au machiavélisme millimétré des scénarios de Farhadi et aux thrillers psychologiques occidentaux. Les personnages sont fermement et subtilement dessinés, l'évolution de l'intrigue terriblement efficace et le tableau de la société iranienne d'une férocité éclairante (patriarcat, poids des traditions, décisions politiques). Les punchlines se comptent par dizaines et sont à la fois d'une grande cruauté et pleines de sentiments, évoquant par instant la tradition du grand roman russe.

Par le foisonnement de ses intentions et la maestria de sa mise en scène (la séquence du mariage est un chef d'oeuvre), Leila et ses frères s'impose comme un des meilleurs films de l'année, si ce n'est le meilleur. Il s'avère aussi être un des films plus féministe de la rentrée : l'avis de Leila, qui est d'évidence le plus rationnel et le moins sujet aux influences de l'ego, n'y est jamais pris en compte.

Saeed Roustaee sur Christoblog : La loi de Téhéran - 2021 (****)

 

4e

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As bestas

Beaucoup d'éléments intéressants dans le dernier thriller psychologique de Rodrigo Sorogoyen : une vraie maestria dans la mise en scène, sèche, nerveuse et souvent inspirée, et un casting irréprochable. La prestation de Ménochet est une fois de plus impressionnante, à la fois par la présence physique qu'il impose à l'écran, et les éclairs de fragilité qu'il parvient à insérer dans son rôle de personnage massif. Marina Fois est elle aussi excellente, dans un rôle où son jeu dépouillé fait merveille.

Le film ennuie toutefois par moment, du fait de l'étirement inutile de certaines scènes, et d'une inadéquation entre le script (qui tient en 5 lignes) et la durée du film (2h17). Autrement dit, tout est bien dans le film, mais tout y semble exagérément délayé.

Le personnage de la fille ne m'a pas semblé extrêmement utile dans le développement du film, et le sujet de la différence de classe sociale entre les protag aurait pu être à mon sens creusé. Reste au final une oeuvre intéressante, parsemée de moments de tension bien réalisés.

Rodrigo Sorogoyen sur Christoblog : Que Dios no perdone - 2017 (*) / El reino - 2019 (***) / Madre - 2020 (**) 

2e

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Rifkin's festival

Certes, Rifkin's festival recycle pour une énième fois de nombreux thèmes cher au cinéaste : l'hypocondrie, la judaïcité, les affres de la création. Si ces sujets donnent encore ici l'occasion de jouir de savoureuses et cinglante punchlines, on peut être lassés par la redite.

L'intérêt du film (pas immense, je l'avoue) réside plutôt pour moi dans la couche discrète mais bien présente de mélancolie dépressive qui recouvre les péripéties exposées.

L'histoire entre les personnages joués par Wallace Shawn (alter ego de Woody Allen) et Elena Alaya est assez touchante : il s'agit de l'opportunité d'une rencontre entre deux êtres que la vie n'a pas gâté, et qui finalement ne se réalisera ni sur le mode amoureux, ni a fortiori sexuel. Ainsi, ceux qui critiquent Rifkin's festival sur le mode de "un vieux libidineux cherche à se taper une petite jeune" sont bien mal avisés : il n'y a rien de pervers, ni même de sensuel entre ces deux-là, si ce n'est l'envie diffuse et mutuelle d'être apprécié pour ce qu'on est.

La critique est d'autant plus étrange que dans le même temps le personnage féminin de Sue succombe charnellement à celui joué par Louis Garrel, d'autant meilleur ici qu'il joue une tête à claque.

C'est donc une tonalité élégiaque, nostalgique et peut-être testamentaire qui domine ici, renforcée par les rêves en noir et blanc en hommage aux grands cinéastes européens qu'Allen admire et par la lumière qui baigne les doux paysages de la côte basque.

Pas un chef-d'oeuvre, mais pas une catastrophe non plus.

 

2e

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Les nuits de Masshad

Le nouveau film d'Ali Abbasi est un réquisitoire sans pitié contre toute la société iranienne. 

Abbasi vit en Suède, l'actrice principale Zar Amir Ebrahimi (justement récompensée à Cannes) à Paris, et la plupart de l'équipe du film ne pourra pas retourner à Téhéran sans risquer beaucoup. Les nuits de Masshad sont donc d'entrée un peu plus qu'un film : un acte politique, un coup de pied dans la fourmilière bien pensante des mollahs.

Dans un premier temps, le film, tourné en Jordanie, reconstitue le trajet d'un tueur de prostituées dans la ville sainte iranienne de Masshad. Il s'inspire d'un fait divers réel. Les meurtres sont montrés de façon frontale, non emphatique. La mise en scène met en valeur une tension évidente entre mission spirituelle et désir sexuel.

Certains y voient une certaine complaisance : peut-être leur cerveau leur joue-t-il des tours et trouve -t-il un peu trop d'intérêt au spectacle qui leur est proposé ? Pour ma part, je n'ai vu aucune complaisance dans ces scènes, mais une crudité qui finalement est une sorte d'hommage aux victimes : nul besoin d'édulcorer leur assassinat pour le montrer plus joli et moins cruel.

Cette première partie est étouffante. Mais elle n'est qu'une introduction pour la deuxième partie, encore plus cinglante et brutale. Le meurtrier ne regrette rien, mais une bonne partie de la société iranienne le défend et le traite en héros, encourageant massivement les meurtres de femmes impures.

Le pouvoir religieux surfe habilement sur la vague, entretient une sorte de parodie de justice et tire son épingle du jeu en manipulant le meurtrier lors d'une scène extraordinaire. 

On sort du film rincé, haletant et confondu par le rythme effréné imposé par Abbasi, estomaqué par le jeu des acteurs et la beauté de la mise en scène. Et cloué à notre siège par une dernière scène terrible.

Magnifique.

 

4e

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La nuit du 12

On peut regarder le dernier film de Dominik Moll sous deux angles.

Le premier est l'enquête policière qui décrit la quête longue et infructueuse d'un jeune commissaire, joué avec beaucoup de finesse par l'excellent Bastien Bouillon.

Sous cet angle le film est très réussi. Il est à la fois très réaliste dans sa description du travail ingrat des policiers (la photocopieuse est souvent en panne) et dans sa façon de décrire leur espoir obsessionnel de trouver une réponse à leur question. La psychologie des différents protagonistes est formidablement creusée. Bien sûr, il est difficile de ne pas songer à un Zodiac savoyard.

Le deuxième angle sous lequel on peut envisager le film, c'est sa dénonciation de la violence endémique qu'exercent les hommes envers les femmes, ou que les hommes pensent pouvoir exercer envers les femmes. Il le fait sans vulgarité et avec beaucoup de subtilité, montrant comment ce machisme atavique finit par infuser dans beaucoup d'esprits, y compris des femmes. Dans La nuit du 12, la masculinité est intrinsèquement toxique.

Un des meilleurs films français de l'année.

 

3e

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Elvis

Le début du film laisse présager le pire : montage épileptique, caméra prise de tournis, idées de raccord d'une vulgarité crasse, couleurs agressives. Pour être bref, la mise en scène que seul peut produire un ego au stade ultime de l'hypertrophie.

Heureusement, cela ne dure que dix minutes. Le style de Luhrmann s'assagit progressivement (même s'il reste hyper-démonstratif) pour petit à petit épouser avec une relative délicatesse l'épopée d'un héros qu'on va découvrir génial et torturé. L'emphase véhiculée par le trop-plein d'intentions du film convient finalement bien à la personnalité d'Elvis et à sa tragique histoire : elle est à l'image de ses costumes et de ses déhanchements, outrancière et séduisante.

Si on arrive à juguler son aversion au mauvais goût (j'y suis parvenu, hormis peut-être pour la dernière demi-heure) on ne peut être que séduit par cette histoire saisissante, jouée merveilleusement par deux acteurs prodigieux : Tom Hanks, incroyable de perversité avenante, et  Austin Butler, dont la rayonnante animalité n'a rien à envier à celle du King.

La perversion des rapports entre le colonel et Elvis est sondée avec une grande acuité, le lien qui unit le chanteur à la communauté noire est montrée avec une empathie communicative et les 2h39 du film s'écoulent vite, et bien.

Allez, disons-le, une réussite qui enthousiasmera tous les amoureux du rock (qui ne mourra jamais) et pourra bien intéresser les autres.

 

3e

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L'équipier

Il y a plusieurs films dans L'équipier.

Le premier, une plongée dans l'enfer du dopage sur le tour du France 98, est le plus intéressant. Le montage nerveux et l'énergie communicative de l'acteur / cycliste Louis Talpe rendent cette plongée dans le monde cycliste édifiante et accessible à tous.

Le deuxième est une romance à l'eau de rose, agréable mais totalement anecdotique, qui se greffe un peu artificiellement sur le propos quasi documentaire du film.

Le troisième met assez classiquement en scène des scènes de courses avec le lot habituel de suspense et d'exploits qui ponctue le genre. Cet aspect est pour moi un des points faibles du film : on ne croit pas beaucoup à ces séquences assez pauvrement réalisées et qui ressemblent plus à une course amateur entre copains qu'à une étape du Tour de France. Il y manque, certainement par manque de moyens, la démesure (et notamment la foule) qui accompagne une véritable étape de la Grande Boucle.

Le réalisateur Kieron J Walsh signe ici une oeuvre imparfaite mais plaisante, dynamisée par une bande-son euphorisante.

 

2e

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Decision to leave

Dans ce dernier opus de Park Chan-Wook, tout est beau. La mise en scène est brillante, le scénario retors à souhait (pour peu qu'on arrive à suivre ses méandres jusqu'à la fin du film), l'image sublime, les acteurs et actrices formidables.

Et pourtant, par une sorte d'effet de magie noire, le film n'est pas exceptionnel, sans que l'on puisse bien comprendre ce qui manque : l'étincelle de l'émotion, un supplément d'âme ? Le vertige amoureux et sensuel qui m'avait saisi lors de la vision de Mademoiselle est ici totalement absent.

Mais malgré ces réserves, il faut quand même encourager les spectateurs à aller voir la dernière livraison du réalisateur de Old boy, car on y voit des effets et des idées qu'on a jamais vus ailleurs. Un exemple saisissant : le monde vu de l'intérieur d'un smartphone. C'est tout bête, mais l'effet est immédiatement surprenant. Le coréen est ainsi : il invente et survole son art, quitte à laisser parfois les enjeux narratifs de son film au bord du chemin.

 

2e

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Buzz l'éclair

Au rayon des points positifs de ce spin off de la série Toy story : une perfection technique impressionnante, quelques jolies idées (les voyages dans l'espace qui changent l'écoulement du temps), un certain courage (un chaste bisou gay qui vaut une interdiction dans 14 pays musulmans) et un Buzz dont la personnalité est assez conforme au jouet qui porte son nom dans les films (un optimisme forcené associé à une efficace naïveté).

Pour le reste, le film d'Angus MacLane est un peu décevant. Après un début plutôt intéressant du point de vue scénario, il devient dans sa deuxième partie une partie de tirs lasers qui regarde vers la monotonie redondante des premiers Star Wars, sorte de space opera qui ne décollerait jamais (toute l'action se passe sur une seule planète). 

Le mode de narration Pixar reste toutefois assez efficace, maniant second degré agréable et délicats moments de surprise. 

A vous de voir, je suis partagé !

 

2e

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Je tremble, ô matador

Je tremble, ô matador représente pour moi ce que le cinéma peut produire de meilleur : une histoire intéressante et émouvante, servie par des acteurs au top et une mise en scène intelligente.

Tout est bon dans le film du chilien Rodrigo Sepulveda. L'histoire est captivante : un travesti sur le déclin, la candidature Pinochet, un révolutionnaire idéaliste beau comme un Dieu. Les ingrédients sont explosifs, les péripéties du film surprenantes.

La mise en scène est formidable, et notamment la photographie, que j'ai trouvé somptueuse. Le film est d'une beauté plastique confondante, avec en plus une sensation de plongée dans les années 80 d'un réalisme absolu.

Enfin, last not but not least, la prestation de l'acteur Alfredo Castro, dont on ne dira jamais assez qu'il est l'un des meilleurs acteurs vivants au niveau mondial, est au-delà de tous les qualificatifs : émouvant sans être larmoyant, profond sans être lourd.

Une réussite sur tous les plans, un grand moment de cinéma.

 

4e

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Don Juan

Pari osé que cette vraie fausse comédie musicale, dans laquelle l'intrigue lacunaire ne se dévoile que très progressivement.

Don Juan, pas vraiment défendu par la critique et détesté par le public, présente de nombreux aspects perturbants : une narration froide et distanciée, une composition très apprêtée, un jeu d'acteur qui penche souvent vers une sèche artificialité.

Il est donc étonnant, alors que j'ai détesté les précédents films de Serge Bozon, que je me sois laissé intriguer par cette histoire à double détente (Don Juan est follement amoureux d'une femme qui le repousse, alors que le fantôme de l'une de ses ex-victimes rôde dans les parages, sous la forme d'un père-commandeur chantonnant).

Je trouve que l'atmosphère du film vaut le détour, quelque part entre un Lynch nostalgique et un Demy éthéré. Tout n'y est pas parfait, loin de là, mais l'exercice m'a au final plu et touché. On y découvre un Tahar Rahim étonnamment à l'aise dans l'exercice du chant et un Alain Chamfort redoutablement séduisant. Quant à Virginie Efira, présente dans le film sous de multiples versions fort différentes, elle reste égale à la grande actrice qu'elle est progressivement devenue. 

Contre tous, j'ai aimé cette noire histoire d'amour.

 

2e

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Compétition officielle

Il y a en Espagne en ce moment une mode des comédies caustiques et cruelles ! Après le chef d'entreprise cynique de El buen patron, voici le clash d'egos d'une réalisatrice imbue d'elle-même (formidable Penelope Cruz), d'un acteur de type hollywoodien (Antonio Banderas au summum de superficialité bling-bling) et enfin d'un comédien de théâtre radical (Oscar Martinez très à l'aise dans son rôle de rabat-joie).

Le film enchaîne les scènettes plus ou moins amusantes avec une belle inventivité (la scène du baiser avec la figurante, celle du rocher, celle des prix). Au delà du plaisir vaudevillesque des aventures du trio, Compétition officielle propose une réflexion incidente sur la condition d'acteur, par forcément très profonde, mais la plupart du temps plaisante.

Distrayant, ne serait-ce que pour la prestation rayonnante de l'inoxydable Penelope Cruz, toujours au top.

 

2e

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Top gun : Maverick

Ce qu'il y a de remarquable dans Top gun : Maverick, c'est l'absence totale de second degré. 

Le film est d'une frontalité absolue : les sentiments qui y sont montrés sont beaux, les personnages sont magnifiques, la mise en scène impeccable, les couchers de soleil splendides. Pas de scories, pas de mauvais goût (ou quasiment pas), mais pas de méchants non plus. Et peu de suspense, car dans ce monde parfait, personne ne peut mourir.

On ne s'ennuie pourtant pas trop en regardant Tom Cruise revivre d'anciens traumas en multipliant les exploits aériens et en re-séduisant la pimpante Jennifer Connely. Joseph Kosinski fait ce qu'il faut pour que l'intérêt soit toujours maintenu à un niveau minimum, permettant de tenir à peu près éveillé les 2h11 du film. 

Donc si vous n'êtes pas réfractaire à la rhétorique du héros américain toujours en conflit avec sa hiérarchie (mais qui sauvera tout le monde à la fin), aux bons sentiments servis en pinte et aux cabrés-piqués filmés sur un bon rythme, le film vous plaira. Il représente finalement un genre en disparition : le blockbuster bien écrit et spectaculaire, dans lequel aucun super-héros ne vient pointer le bout de sa cape.

Avoir vu le premier opus (et en être nostalgique), ce qui n'est pas mon cas, représente probablement un plus.

Je vous laisse juge.

 

2e

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Clara sola

Handicap, désir sexuel et nature luxuriante forment le creuset de ce curieux film.

Clara est une femme de 40 ans qui vit avec sa mère et sa nièce dans une maison isolée, au milieu d'une forêt tropicale. Sa colonne vertébrale est de travers et son esprit ne fonctionne pas parfaitement. Mais Clara a des dons : elles peut guérir les maladies, prévoir la pluie et les animaux l'adorent. Clara se masturbe la nuit et sa mère lui trempe les doigts dans du piment frais, pour la dissuader.

A partir de cette trame pour le moins originale, la réalisatrice costaricaine Nathalie Alvarez Mesen réussit à produire un film plein, dense, dans lequel la sensualité affleure constamment, ménageant de superbes scènes. Je garderai longtemps en mémoire ces images qu'on pourrait croire échappées d'un roman de Gabriel Garcia Marquez.

A ne pas rater, si vous aimez le cinéma sud-américain et que vous n'êtes pas réfractaire à un naturalisme teinté de fantastique.

 

3e

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Coupez !

Coupez ! commence par une série Z de 30 minutes filmée en plan séquence. On se demande vraiment ce qu'on est en train de regarder. Plusieurs scènes sont complètement ratées, les dialogues sont nuls et les acteurs semblent souvent improviser maladroitement. Parfois un effet de style fait cinéma d'auteur (la caméra est fixe alors que les personnages sortent longuement du champ, ou reste par terre après être tombée, façon found footage).

Mais curieusement, l'action se poursuit cahin-caha, et le réalisateur (un Romain Duris survolté) parvient à toujours retomber toujours sur ses pieds en parvenant même parfois à nous emporter.

Après cette introduction, le film raconte la genèse de ce qu'on vient de voir : comment cette série Z a été préparée, puis tournée. Hazanavicius parvient alors à nous surprendre et à nous émouvoir. Beaucoup d'éléments inexplicables du film initial trouve alors une explication rationnelle, parfois hilarante.

Cette deuxième partie est une déclaration d'amour au cinéma et plus spécifiquement à la volonté de tourner coûte que coûte, même avec peu de moyens et en dépit des difficultés rencontrées. C'est souvent drôle, très bien rythmé et tous les seconds rôles sont formidables.

Ce remake d'un film japonais (Ne coupez pas ! de Shinichiro Ueda) est une ouverture parfaite, pétillante et réjouissante, pour le Festival de Cannes 2022.

 

3e

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Karnawal

Ce joli film argentin présente un premier intérêt, c'est la découverte de la deuxième danse importante d'Argentine avec le tango, le malambo.

Les scènes de danse sont très impressionnantes, le malambo étant intrinsèquement spectaculaire, avec son jeu de claquette et une grande expressivité dans les torsions de cheville.

Pour le reste, ce premier film est assez classique, mêlant assez habilement différents genres (thriller, drame familial, road movie) autour de l'histoire d'un jeune homme préparant un concours de malambo, alors que son père sortant de prison rentre à la maison. L'intrigue n'est pas réellement captivante mais ce n'est pas vraiment important.

Autres intérêts de ce film très dépaysant : la prestation de l'immense acteur chilien Alfredo Castro, et les paysages magnifiques d'une région méconnue d'Argentine, la quemanda de Humahuaca, à la frontière bolivienne.

Une belle découverte.

 

2e

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Hit the road

Ce qui est remarquable dans Hit the road, c'est l'équilibre délicat que le film parvient à maintenir tout au long ce ces 93 minutes, entre circonstances dramatiques et distance humoristique.

Le père est taciturne et déverse son acidité placide sur tous et toutes. La mère est magnifique, pleine de force et de beauté intérieure. Le petit garçon, insupportable pipelette, est drolatique. L'autre fils, jeune adulte, ne dit rien, et on comprend rapidement que le sujet du film, c'est son avenir.

Tout cela est déjà vu, mais sublimé ici par une légèreté presque poétique, agrémentée d'un grain de folie et d'une bonne dose d'auto-dérision. C'est léger, filmé avec une grâce toute iranienne (les cinéastes iraniens n'ont pas d'équivalent quand il s'agit de développer toute une dramaturgie à l'intérieur d'une voiture). Ce beau road movie se déroule dans des paysages magnifiques, qui donnent au film une tonalité profonde et vitale.

Un bijou.

 

3e

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Nitram

Il existe des films puissants, pesants, désagréables et au final impressionnants : Nitram fait partie de ceux-ci.

L'idéal est de voir le film de Kurzel sans en connaître la teneur, mais je suppose qu'il sera bien difficile d'y parvenir ici tant la presse présente le film comme le portrait du jeune homme qui a commis l'irréparable.

Si on supporte donc la pesanteur inhérente au film, on ne peut qu'être bluffé par le jeu exceptionnellement sensible de l'acteur Caleb Landry Jones (justement récompensé par le prix d'interprétation à Cannes), la maîtrise de la mise en scène et l'habileté de l'écriture.

On sort rincé du film, perplexe sur la nature des sentiments éprouvés, entre admiration pour la construction du film, respect pour les performances et la pudeur de la caméra (les scènes de fin) et dégoûté par l'impression de gâchis et d'impuissance qui suinte de cette histoire montrée dans toute sa sèche vérité.

Du cinéma à l'os.

Justin Kurzel sur Christoblog : Macbeth - 2015 (**)

 

2e

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Les passagers de la nuit

Le cinéma de Mikhaël Hers est d'une délicatesse tellement grande qu'elle flirte souvent avec l'insipidité.

Lors que cette délicatesse rencontre une solide architecture narrative, cela donne un excellent résultat (Amanda), lorsqu'elle illustre une absence de propos, elle emplit l'écran de cinéma d'un vide cotonneux (Memory lane).

On est ici un peu entre les deux. L'écoulement du temps, le jeu convainquant de Charlotte Gainsbourg (qui semble s'améliorer de film en film), la finesse avec laquelle les émotions et états d'âme sont captés rendent le film très appréciable et attachant.

Mais ce qui est raconté n'est en réalité pas très intéressant. Une femme au foyer qui doit se réinventer après n'avoir connu qu'un seul homme, les émois adolescents, la collision de milieux sociaux très différents : autant de sujets déjà vus mille fois et qui n'ont d'intérêt ici que parce que la patine de la mise en scène les irise d'une tonalité douce-amère, mettant en valeur les sentiments d'empathie et de partage.  

Un film touchant, dans lequel l'émotion effleure parfois, et qui se regarde comme on feuilleterait un vieil album de famille. C'est à la fois beau, sensible, et un peu vain.

Michaël Hers sur Christoblog : Mikhaël Hers sur Christoblog : Memory Lane - 2010 (*) / Amanda - 2018 (***)

 

2e

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En corps

Il en va de Klapisch comme il en a été de Lelouch : on est surpris et bouleversé quand la recette utilisée (bons sentiments et confiance absolue en la puissance narrative du cinéma) fonctionne aussi bien !

En corps commence de façon très efficace : de superbes scènes de danse, un personnage qui impose immédiatement sa présence (formidable Marion Barbeau, une révélation), et une grande densité dramatique en une seule séquence.

Lancé sur ces très bons rails, le film enchaîne ensuite une alternance de morceaux de bravoure et de temps calmes consacrés au tableau d'une lente reconstruction faisant suite à un double deuil. Sans verser dans le sentimentalisme niais, Klapisch brasse de belles et profondes émotions qui font mouche. Une des forces du film est de situer une bonne partie de son action dans  un environnement dopé par la fougue des danseurs, et dans lequel trône une Muriel Robin impériale.  Pio Marmaï est renversant en cuisinier possédé, et le couple qu'il forme avec Souheila Yacoub est très drôle.

La troupe du chorégraphe Hofesh Schechter insuffle dans En corps un souffle puissant et bienfaisant, qui célèbre l'exultation des corps, et des âmes. C'est vraiment très beau.

Cédric Klapisch sur Christoblog : Un air de famille - 1996 (***) /  L'auberge espagnole - 2002 (**) / Les poupées russes - 2004 (***) / Paris - 2008 (***) / Ma part du gâteau - 2011 (***) / Casse-tête chinois - 2013 (**) / Ce qui nous lie - 2017 (**)

 

3e

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