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Christoblog

Articles avec #je n'aime pas

Midnight special

On aura rarement vu un film aussi raté que Midnight special.

Tout y est risible : les clichés innombrables, les carences scénaristiques abyssales, les répliques cul-cul, le jeu affligeant des acteurs.

Le jeune Jaeden Liebherer joue comme une enclume sous Xanax. Michael Shannon fait penser à une marmotte au sortir de son dernier rendez-vous avec le taxidermiste. Joel Edgerton affiche une palette d'expression aussi large que ses cheveux (en brosse) sont longs. Kirsten Dunst offre ici, dans un rôle de potiche à natte, la pire prestation de sa carrière. Le moindre second rôle du film semble fermement décidé à jouer le moins possible : cela en devient presque drôle (voir la direction d'acteur catastrophique du groupe qui observe le jeune Alton derrière la vitre).

On pourrait se moquer à l'infini de la façon dont Jeff Nichols raconte son histoire. Pensons par exemple à cette scène atterrante ou le jeune génie de la NSA éructe des phrases sans queue ni tête devant des coordonnées géographiques, puis finit par entourer deux chiffres au hasard en feignant le Euréka libérateur. 

Le pire du pire est probablement atteint dans les dernières images du film qui nous montre cette affreuse cité idéale toute de béton, qu'on dirait issue d'une série Z imitant Disney dans les années 80.

Jeff Nichols révèle progressivement au fil de ses films une médiocrité inquiétante.

 

1e

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Faire l'amour

On aura rarement, dans le monde du cinéma, vécu pire ratage que Faire l'amour.

Résumons-nous : le premier film de Djinn Carrénard, Donoma, promis à ne pas exister, trouve finalement le chemin du (relatif) succès, via un marketing zarbi et le coup de foudre d'un certain nombre de spectateurs, dont votre serviteur énamouré, voir ma critique.

Le deuxième film du jeune prodige black d'origine haïtienne (on pensait tenir le Spike Lee francophone) est attendu avec la dernière impatience. Les Cahiers du Cinéma l'annonce en tournage parmi les grands noms du cinéma mondial, etc.

Projeté en ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes en 2014, le film s'avère être une catastrophe. Il se trouve que j'étais dans la salle ce funeste jour (le 12 mai).

La critique est donc assassine, et comme à chaque fois qu'un film est mal accueilli à Cannes, il se passe deux choses : on annonce un nouveau montage, et la sortie est sans cesse retardée, ce qu'on comprend, puisque tout le monde sait que le film va se faire descendre. 

Deux ans après sa projection sur la Croisette, Faire L'Amour sort en salle et le résultat est sans appel : cinq critiques presse seulement et 2,2 de moyenne, une catastrophe sans précédent.

Alors si vous voulez vraiment mon avis, le voici. Le début du film est génial, et puis tout à coup, on déteste les deux personnages principaux, et ça, c'est un gros, gros problème. Le film semble devenir un vaudeville bancal et peu original. Les disputes sont horripilantes. Malgré quelques fulgurances, ce qu'on retient c'est que les personnages sont antipathiques et que le film est agressif par ses répétitions incessantes et ses approximations coupables. 

La mise en scène, qui paraissait inspirée dans Donoma semble ici maniérée. Le film tente de convaincre avec un souffle épique mais retombe comme un soufflé incroyablement raté. C'est triste à mourrir, en espérant que le cinéaste puisse se relever d'un pareil échec.

Djinn Carrénard sur Christoblog : Donoma (****)

 

1e

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The assassin

Evidemment, aller voir un film de Hou Hsiao-Hsien un vendredi soir à 21 heures, après une semaine crevante, ce n'était pas une très bonne idée.

Donc j'ai dormi. Mais pas tout le temps. 

Au début, j'ai essayé de comprendre ce que je voyais, mais mon pauvre cerveau épuisé a vite abandonné. Pas facile d'établir des relations narratives logiques entre ces différents princes, gouverneurs, chevaliers, et autres dignitaires, dont les émotions et les volontés m'ont semblé indéchiffrables.

En réalité, le fait de comprendre quelque chose importe probablement peu, les adeptes du maître de la lenteur taïwanais diront peut-être qu'il s'agit de se laisser porter par l'atmosphère envoûtante des tableaux proposés.

Pour ma part, j'ai été peu sensible aux qualités esthétiques du film, pourtant louées unanimement comme exceptionnelles. Certes, certains plans sont plutôt réussis et poétiques, mais pas plus que dans beaucoup de films.

Ses qualités plastiques ne suffisent en tout cas pas à compenser l'ennui profond que génère la vision de The assassin : dialogues clairsemés, longues plages de silence et d'immobilité (certainement signifiant à un degré qui m'est inconnu), mouvements  des personnages au ralenti, etc.

Le début du film fut pour moi un calvaire : impatiences dans les jambes, envie d'assassiner mon voisin de devant et d'énucléer à la petite cuillère celui de derrière qui mangeait des bonbons, tentation d'hurler et de vociférer en me tapant la tête contre les murs.

La seconde partie fut plus supportable : je n'ai plus vu du film que des tranches de trente secondes toutes les trois minutes.

 

1e

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Avé César

Je n'aime pas trop les films des frères Coen. Dans le monde de la cinéphilie, c'est un aveu qu'il vaut mieux faire discrètement, tant le prestige des frérots est grand. 

Lorsque mon avis, souvent tiède, est à l'unisson de la vox populi, comme cette fois-ci, je suis donc un tout petit peu plus à l'aise.

Avé César n'est pas seulement un film mineur des Coen, c'est tout simplement un mauvais film, qui ne parvient jamais à capter notre attention totale.

A la fois parodie excessive sans point de vue et hommage compassé au cinéma, Avé César rassemble tout ce qu'il y a de plus mauvais chez les Coen : un formalisme outrancier (comme la scène du sous-marin, d'un ridicule consommé), une culture élitiste de la private joke et un manque de souffle sur la durée.

Dans le marasme généralisé du film ne surnagent que quelques scènes. Suivant votre sensibilité, vous aimerez soit le passage avec les quatre religieux, soit le moment de comédie musicale, soit l'influence des communistes sur le personnage surjoué de façon pitoyable par Georges Clooney.

Le tout est sans rythme et sans inspiration.

Les frères Coen sur Christoblog : Inside Llewyn Davies (**) /  True grit (*) / No country for old men (**) / Burn after reading (**) / A serious man (*)

 

1e

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Les premiers les derniers

Un Mad Max façon bisounours, voilà à quoi fait penser le dernier film du bon géant Bouli Lanners.

Le réalisateur belge aime toujours autant filmer les personnages dans les marges, en transformant les simples paysages du Bénélux en décor d'aventure.

Ici, c'est assez réussi d'un point de vue esthétique : les images sont surprenantes et le contexte intrigant.

Les premiers les derniers est définitivement un film de "tronches" : Bouli Lanners himself en nounours fragile, Dupontel toujours aussi magnétique, Michael Lonsdale en vieux monsieur précieux qui sait ce qu'il fait, Suzanne Clément en jolie-femme-mûre-au-gros-pull-de-laine-qui-connait-la-vie. 

D'histoire il n'est pas vraiment question. Le film suit paresseusement un téléphone portable et ses personnages dans des no man's land de western belge, ne s'attachant finalement qu'à dresser à petites touches pointillistes une chronique de gentils très gentils et de méchants pas très méchants.

C'est parfaitement inconsistant.

Bouli Lanners sur Christoblog : Les géants (*)

 

2e

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The revenant

Iñárritu est doué, quand il s'agit d'emballer une scène sur un tempo d'enfer en immergeant le spectateur dans ce qui ressemble vraiment beaucoup à la réalité.

A ce titre, l'attaque initiale du camp, la rencontre avec l'ours et quelques autres scènes sont de véritables morceaux de bravoure.

Si le film s'était cantonné à un manuel de survie en milieu hostile, sec et précis, il aurait probablement plus captivé. L'ajout inutile du personnage du fils (qui n'existe pas dans le livre) et le salmigondis pseudo mystique que constituent les visions du héros tendent à dévaloriser le film, qui ne sait plus trop où se situer : à mi-chemin entre un documentaire aux belles images type National Geographic et une errance spirituelle à la Malick des mauvais jours.

Du coup, l'épreuve est beaucoup trop longue (2h40 qui durent, qui durent), d'autant plus que The revenant se résume à son contenu programmatique, qu'on connaît en entrant dans la salle : un homme survit et se venge.

DiCaprio ne m'a pas fait forte impression : porter un maquillage de scarifié et rouler des yeux en mangeant du foie cru ne fait pas un grand acteur. J'ai trouvé par contre les autres personnages de trappeurs excellents, notamment le méchant, parfaitement joué par Tom Hardy.

Le cinéma d'Iñárritu ne se réalise au final peut-être que dans la performance ébouriffante, comme c'était le cas dans Birdman. La demi-mesure semble lui être interdite.

Iñárritu sur Christoblog : Birdman (****)

 

2e

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The danish girl

Ceux qui, comme moi, avaient aimé Le discours d'un roi trouveront dans ce nouveau film de Tom Hooper une partie des qualités qui les avaient séduit dans l'histoire de Georges VI.

A savoir : une réalisation très soignée, un scénario habile sur un sujet intéressant, des thématiques modernes dans un cadre ancien, un montage plutôt alerte, et de belles scènes d'émotion.

Le cinéma de Hooper est tellement léché, tellement joli, que le réalisateur doit en permanence faire attention à ne pas franchir les limites qui feraient de ses films des illustrations glacées. Dans Le discours d'un roi, la prestation de Colin Firth, toute en subtilité, permettait de trouver un équilibre fragile, à la frontière du maniérisme.

Dans The danish girl, malheureusement, il m'a semblé que la limite du mauvais goût était plus d'une fois dépassée : Eddie Redmayne surjoue parfois à force de minauderies, alors que Matthias Schoenaerts, en potiche accomodante, ne joue pas, les décors sont trop propres pour être vrais, les scènes sont trop explicites ou trop tire-larmes (à l'exemple de l'écharpe de la fin). 

Le film, par sa direction artistique archi-propre, n'évite donc pas sur la durée le style académique corseté. La musique d'Alexandre Desplat, un peu guindée, renforce l'aspect artificiel du film.

Si l'histoire racontée est sur le papier très instructive, j'ai trouvé que le scénario de Lucinda Coxon était un peu trop sage. Il évite soigneusement les aspects les plus crus (la sexualité, les détails médicaux, les dilemnes psychologiques) pour ne se concentrer que sur les aspects les plus mélodramatiques de l'histoire. Il sacrifie aussi en partie le personnage de Gerda, dont la force de caractère est pourtant formidable.

Une déception.

Tom Hooper sur Chrsitoblog : Le discours d'un roi (****)

 

2e

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Les chevaliers blancs

Le cinéma de Joachim Lafosse a quelque chose de froid et d'intrigant.

On ne sait jamais trop quoi penser de ce qu'il nous montre : faut-il prendre les choses au premier ou au deuxième, voire troisième degré ?

De ce tableau très réaliste de ce que fut l'épopée picaresque et ridicule de l'Arche de Zoé, on ne sait pas exactement quoi retenir. Peut-être simplement cette évidence : la détermination n'a pas besoin d'être malhonnête pour être dangereuse, il lui suffit d'être stupide.

Le point faible du film est de ne pas ménager assez de suspense sur la motivation des uns et des autres, les cartes sont trop rapidement abattues dans un contexte qui nécessiterait (encore) plus de subtilité machiavélique dans l'écriture du scénario.

Le point du fort du film est de placer Vincent Lindon, icone de l'intransigeance morale depuis La loi du marché, dans la position amigüe de celui qui se trompe de combat.

Au final, malgré ses indéniables qualités de mise en scène, il n'est pas naturel de conseiller sans états d'âme la vision des Chevalier blancs : à vous de voir. 

Joachim Lafosse sur Christoblog : A perdre la raison (***)

 

2e

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Bang gang

Il y a une ambiguité terrible dans le film d'Eva Husson : on ne sait jamais vraiment si la connerie des jeunes qu'on voit à l'écran est volontairement mise en exergue, ou pas.

Dans le premier de cas de figure (ils sont vraiment aussi cons), alors le film n'est pas intéressant parce que la vie des cons ne vaut que si elle est filmée de façon brillante ou décalée, et non pas comme une bleuette éthérée qui se finit en apothéose moralisatrice, façon Larry Clark explore la Bibliothèque rose.

Dans le deuxième cas (ils ne sont pas aussi cons), la réalisatrice échoue complètement à nous faire ressentir la perversité et/ou l'inconscience de ces jeunes, et encore moins l'ambiguité morale de la situation. En montrant le ciel pour exprimer les sentiments (sur le mode simpliste de "un nuage = une contrariété"), Eva Husson filme avec ses pieds. C'est comme si Mia Hansen-Love tournait un Partouze à Biarritz.

Dans les deux cas, l'aventure est un cul-de-sac esthétique, sentimental, narratif. Pour justifier un pareil ratage, il faut entourer le film d'une série de palliatifs qui fonctionnent comme des sous-titres : un complément au titre (Une histoire d'amour moderne) et le traditionnel carton "Inspiré de faits réels" en générique de fin.

Comme si l'inanité vaporeuse et grisâtre de ce qu'on venait de voir devait être justifiée.

 

1e 

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Carol

Qu'un film d'amour mette en scène un couple homosexuel ou un couple hétérosexuel, on a besoin de croire à l'attraction mutuelle des deux protagonistes.

De ce point de vue, je n'ai pas du tout cru en l'histoire de Carol et Therese. Le film ne m'a autorisé aucune empathie : il m'a fait le même effet qu'un congélateur fera à une bûche glacée. 

Cate Blanchett est un personnage mal dessiné, prédatrice sexuelle se transformant laborieusement en amoureuse transie. Son physique est froid, son désespoir poli, ses pulsions raisonnées. Rooney Mara affiche un joli minois sans aspérité, qui n'exprime qu'une vague et terne personnalité.

J'ai traversé ce film comme on regarde l'oeil hagard une belle reconstitution de train de luxe dans un musée du Limousin : l'objet est beau, sans enjeu sociologique ou dramaturgique, juste le témoin désuet et inutile d'un temps passé. Dans Carol, à l'image du personnage joué par Kyle Chandler, cette potiche de mari, tous les êtres vivants semblent secondaires et comme passés par un bain de naphtaline. C'est certes très bien filmé, mais le scénario du film ne permettait en réalité d'envisager qu'un modeste court-métrage.

Sorte de bel objet qu'on laissera traîner avec ostentation sur sa table basse mentale, le film de Todd Haynes semble obstinément se refuser à fournir la moindre émotion.

 

2e

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Le dos rouge

Il faut être gonflé pour oser faire un film aussi azimuthé que celui-ci, lorsqu'on n'est pas un réalisateur hyper-connu. 

Antoine Barraud (remarqué par quelques-uns pour son long-métrage précédent, Les gouffres) fait donc partie de cette race là, qui n'hésite pas à prêter le flan aux pires accusations de parisianisme intellectualisant.

Essayons de résumer le film : un réalisateur (Bertrand Bonello) cherche à tourner un film à propos des monstres. Une femme mystérieuse, qui va changer d'apparence physique, lui montre des tableaux dans différents lieux, et s'ingénie à disparaître. Un journaliste qui ne pose pas de questions interviewe le réalisateur dans un bar. Ce dernier participe à des cérémonies orgiaques bizarres, et fait la fête avec les acteurs de son film. Une tâche rouge se développe sur son dos. 

Vous voyez le genre : même si j'admets que la compréhension intégrale de ce que vois n'est pas la condition indispensable à mon plaisir de spectateur, il y a quand même des limites, que Barraud franchit.

L'extrêmisme dandy qui lui fait transformer son film en trip halluciné est d'autant plus critiquable que Le dos rouge présente par moment de réels moments de grâce, notamment à chaque fois que s'exprime l'incroyable Jeanne Balibar. 

 

 2e 

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Le grand jeu

Pas grand-chose à reprocher à ce film, qui est pourtant tout à fait raté.

Scénario intéressant sur le papier, acteurs plutôt en forme, réalisation classique mais sérieuse : on nage dans un nouveau type de qualité française. 

Le problème est que le réalisateur, Nicolas Pariser, semble viser beaucoup trop haut pour son premier film. Le grand jeu entend mêler un thriller hitchcockien de haute volée sur la manipulation politique à une histoire d'amour sur fond de groupe gauchiste et rural. On songe évidemment à l'épicerie de Tarnac.

C'est très ambitieux. On trouve dans le film une réflexion sur le passé révolutionnaire des personnages qui fait penser à Assayas, une sécheresse narrative qui peut rappeler celle de Nicolas Saada dans Espion(s), mais tout cela ne fonctionne au final simplement pas. La plupart des scènes n'échappent pas à la caricature et certaines même à un certain ridicule, comme le repas entre la journaliste et le politique, ou la course poursuite dans les rues du village anglais.

C'est comme si un peintre dessinait les grandes lignes d'un tableau en pensant au Tintoret ou au Caravage, pour finir son oeuvre au stylo Bic.

Les seuls éléments positifs du film sont pour moi le jeu des acteurs masculins. Melvil Poupaud confirme l'incroyable plasticité de son jeu, et André Dussolier est toujours capable d'exprimer les pires menaces dans un simple plissement de ride.

Un coup d'essai non transformé.

 

1e

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Ixcanul

Je ne suis habituellement jamais le dernier à encourager les films maliens, ouzbeks, ou, comme ici, guatémaltèques.

Mais malheureusement, Ixcanul m'a ennuyé lors de sa première partie. J'ai trouvé que Jayro Buscamante, le réalisateur, abusait de ces recettes de "films du sud" : exposition lente et laborieuse, mutisme forcené de certains personnages, désespérance surlignée.

Dans sa deuxième partie, le film effectue un étonnant salto qui est plutôt plaisant. Le dernier plan, qui montre l'actrice cadrée de près, de face, fait résonner différemment le premier plan, très semblable, qui m'avait paru artificiellement hiératique.

Ceci étant dit, le film est beau, dégage par moment (le repas de fiançailles) une altérité culturelle impressionnante, et nous apprend un certain nombre d'éléments d'ordre sociologique sur le Guatemala contemporain : l'exclusion par la langue par exemple.

Un intérêt évident pour les amoureux de l'Amérique Centrale et les forcenés du Festival des Trois Continents. Pour les autres, je ne suis pas convaincu.

 

 2e

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New territories

En mai 2014, je me suis retrouvé en plein Festival de Cannes dans une salle de l'ACID à regarder ce film, sans vraiment comprendre ce que je voyais, puis à discuter avec la réalisatrice, Fabianny Deschamps, à l'entrée du cinéma Les Arcades.

J'aurais parié que le film ne sortirait jamais en France, et je n'avais pas tout à fait tort, car si le film a finalement trouvé une opportunité d'émergence dans les salles obscures, ce fut pour un passage express.

New territories est un film poético-conceptuel qui brode autour d'un fait divers passionant : les assassinats qui fournissent des corps de substitution pour la crémation (obligatoire dans la Chine contemporaine), lorsque les familles préfère inhumer les dépouilles.

Il m'a bien fallu la moitié du film pour comprendre que la voix off entendue depuis le début était celle d'une morte. Quant à comprendre ce que le concept d'aquamation venait faire là-dedans... ce n'est qu'après le film, et grâce à la conversation avec la réalisatrice, que je pus assembler ensemble toutes les pièces du puzzle.

Actrice hiératique, musique plombante, structure alambiquée : pourquoi faire simple quand on peut endomir le spectateur ?

 

1e

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Back home

Voilà un film qui hésite sur ton titre. Ce n'est pas bon signe. 

Louder than bombs à Cannes, assorti à une drôle d'affiche de personnes faisant du trampoline : le marketing du nouveau film de Joachim Trier ne m'avait pas convaincu sur la Croisette.

Transformé désormais en Back home avec une affiche beaucoup plus consensuelle (Isabelle Huppert y est bien visible), le film ne m'enthousiasme pas plus.

A vrai dire, c'est un calvaire pour moi d'écrire du mal d'un film dont j'attendais un éblouissement intégral. Je résume : l'opus précédent de Trier, Oslo, 31 août, est un film merveilleux, un des chef d'oeuvre du XXIème siècle. Je me présente à Cannes, le 18 mai 2015, le coeur tout ébouriffé d'une émotion prête à éclore, et je vois, je vois... un pensum d'une grande complexité, mêlant toutes sortes de thématiques fort différentes, mais n'atteignant à aucun moment ni la perfection plastique ni l'émotion irréfragable que procurait Oslo.

Certes la mise en scène est toujours élégante, mais elle ne parvient à aucun moment à me faire entrer dans le film. Gabriel Byrne adopte comme à son habitude l'expressivité de l'huitre en fin de vie. Isabelle Huppert semble à côté de son rôle, à moins que son rôle soit d'être "à côté", mais dans les deux cas, ce n'est guère passionant. 

Le film regorge de thématiques dont une seule aurait suffi à faire tout un film : blues du jeune père, émois adolescents, révélation tardive d'adultère... De cette accumulation étouffante de pathos résulte un sentiment de trop-plein : on a envie de supplier Joachim Trier de retrouver cette distinction superbe d'Oslo.

Trop sage, trop désireux d'être parfait, Back home laisse son scénario gargantuesque étouffer les talents de son réalisateur. Dommage.

 

2e

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Les cowboys

Impossible de ne pas penser aux films d'Audiard en voyant Les cowboys. Thomas Bidegain est en effet le scénariste attitré du réalisateur de Dheepan.

On retrouve donc sans surprise les caractéristiques des films de ce dernier (De rouille et d'os, Le prophète) : des histoires originales, s'étirant sur de longues périodes, de brusques ruptures, des personnages mystérieux ou mutiques.

Thomas Bidegain n'est à l'évidence pas manchot avec sa caméra. Son film est donc plutôt agréable à regarder, même si plusieurs effets (les éclairages au soleil couchant de la première scène par exemple) flirtent avec une certaine joliesse sirupeuse.

François Damiens est très bon, comme d'habitude, imposant la présence de son corps massif avec une grande autorité. Finnegan Oldfield est assez transparent.

Cette histoire de père et de frère recherchant une jeune fille disparue dans la mouvance islamiste manque toutefois de profondeur. On ne peut s'empêcher de trouver le film superficiel et même parfois maladroit, à l'image des attentats de New-York, Londres et Madrid, que Bidegain égrène sans véritable raison.

On arrive difficilement à entrer en empathie avec les personnages. Le scénario, surprenant et intéressant sur le papier, ne s'incarne pas complètement à l'écran. Il manque probablement au réalisateur le talent qui permet de donner une âme à un film au long cours : je pense au très réussi Suzanne de Katell Quillévéré, qui donnait à voir François Damiens confronté à une absence du même type, sur la durée.

Un film de scénariste, en quelque sorte.

 

 2e 

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Marguerite et Julien

Un accident industriel : voilà comment on peut qualifier le nouveau film de Valérie Donzelli, dont la filmographie se dégrade au fil des sorties.

Marguerite et Julien relève du pire dans tous les domaines : pire film en compétition à Cannes, plus mauvaises idées vues récemment dans un film (des gendarmes en képi au Moyen Age), histoire d'amour la plus plate filmée depuis longtemps, pire rôle d'Anaïs Demoustier, plus triste hommage à Jacques Demy (l'hélicoptère en souvenir de Peau d'âne), etc.

Il y a tellement de sujets de moqueries potentiels dans le film, tellement d'effets ratés, tant de tics inutiles (les scènes figées qui se débloquent, procédé d'une laideur insensée) que l'esprit critique s'affole. Sur quoi taper en premier ? Sur la banalisation ridicule de l'amour incestueux (qui ne peut quand même pas être la bluette décrite par le film) ? Sur l'extrême mauvais goût des anachronismes et de la direction artistique en général ? Sur l'aspect fauché des décors, dignes d'une kermesse de CM2 ?

Si le but de Valérie Donzelli était de suggérer une sorte d'intemporalité à travers ces grossiers artifices, c'est raté, et dans les grandes largeurs. Le film suinte la mièvrerie et la bêtise : pour évoquer l'amour, on montre un arc-en-ciel, pour la vie sauvage en forêt, un cerf ou un hibou. On est dans le degré zéro de la réflexion.

Les dialogues se mettent au diapason de la niaiserie absolue du film : "Si on a des enfants, tu seras à la fois le père et l'oncle? Oui ! Ah ben c'est grave !"

Un naufrage.

 

1e

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Macbeth

Macbeth commence plutôt bien. 

On est impressionné par la rudesse des moeurs et l'âpreté des paysages, qui évoquent un côté sombre et brutal de l'univers shakespearien, rarement montré au cinéma. L'univers de Kurzel rappelle furieusement celui du Guerrier silencieux de Winding Refn.

Hélas, le caractère réaliste et sauvage des paysages écossais s'estompe rapidement pour laisser place à un long clip esthétisant.

La bascule d'un certain vérisme à un baroque boursouflé a lieu assez tôt, lors de la grande bataille, montrée avec force ralentis et jets d'hémoglobine. Elle se concrétise totalement dans le Palais du roi, dans lequel on allume des milliers de bougies, dans un style très "hommage à Lady Diana". Il ne semble manquer alors que la musique d'Elton John.

De chronique médiévale, Macbeth devient brouet new age dans lequel cieux rouge sang et musique envahissante noient l'impact de l'histoire.

Ce glissement est particulièrement triste : le film permettait de nous remémorer l'histoire de Macbeth, incroyablement forte, et l'interprétation est plutôt bonne dans l'ensemble. Quelques trouvailles fonctionnent très bien (les sorcières).

On se demande quelle mouche a piqué Kurzel pour que celui-ci transforme au fil des minutes son austère drame écossais en Game of Thrones sauce bolognaise.

 

 2e  

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Les suffragettes

Il arrive que le sujet d'un film soit plus intéressant que le film lui-même.

C'est exactement le cas des Suffragettes, dont l'intérêt principal est de nous éclairer sur ce mouvement féministe né dans les années 1910 en Angleterre.

Non pas que la réalisatrice Sarah Gavron démérite : sa mise en scène, assez sage, ne manque pas d'élégance. Les décors sont bluffants, bien meilleurs en tout cas que ceux des Anarchistes, qui se déroule approximativement à la même époque. On appréciera l'immersion dans la blanchisserie, dans les rues de Londres ou les logements insalubres. 

Carey Mulligan est particulièrement convaincante dans son rôle de timide déterminée, Helena Boham Carter est parfaite comme d'habitude. Meryl Streep ne fait qu'une apparition, mais celle-ci est très bonne.

Bref, pas grand-chose à reprocher au film, si ce n'est son caractère gentiment émollient, son académisme suranné. Il manque un souffle, un frisson, qui nous fassent vraiment plonger dans l'histoire. Les péripéties parfois un peu alambiquées qui tentent de dynamiser le récit (le faux suspense du policier qui se rend aux courses par exemple) ne parviennent pas faire décoller notre intérêt qui restera donc poli.

 

 2e  

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Les anarchistes

Comment autant de bons ingrédients peuvent-ils se combiner pour faire un si mauvais film ? C'est la question que l'on se pose à la vision du dernier film d'Elie Wajeman.

Le sujet est pourtant intéressant, les acteurs pas si mauvais, les décors plutôt beaux (sûrement un peu trop), la photographie jolie (au point de paraître fade).

Tout ce qui constitue le film semble engoncé, désincarné, amidoné. La lumière bleue dans laquelle baignent les personnages sent la naphtaline, et la mise en scène ne parvient pas à insuffler de la vie dans cette histoire d'amour et de politique, dont on se contrefout au final.

Le scénario est particulièrement indigent, survolant les aspects historiques en enfilant les clichés du film d'infiltration (l'entrant qui se laisse contaminer par les idées du groupe qu'il infiltre, etc). L'intrigue alterne les absences, les poncifs et les platitudes. 

Adèle Exarchopoulos n'est pas très à son aise, mais ne pourra-t-on jamais plus la voir autrement que comme l'Adèle de Kechiche ? Tahar Rahim joue un peu plus finement que d'habitude, mais ce sont les seconds rôles qui brillent surtout : Guillaume Gouix, Karim Leklou et Swann Arlaud sont tous très bons.

Dommage, ils ne parviennent pas à sauver le film.

 

1e

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