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Christoblog

Articles avec #ariane ascaride

La pie voleuse

Rien ne va dans La pie voleuse. Tout sonne faux.

Je pourrais m'arrêter là, tant l'énumération des manques que présente ce film m'est douloureuse, mais que voulez-vous :  "Qui aime bien châtie bien".

Commençons par les dialogues : ils sont ridicules, mal écrits et dès les premières scènes Ariane Ascaride semble à côté de son personnage, ânonnant des répliques qu'on dirait écrites par une IA low cost. Le jeu des acteurs semble de ce fait toujours approximatif (à l'exception de celui de Darroussin, qui parvient encore une fois à tirer son épingle du jeu).

La caractérisation des personnages est elle aussi caricaturale au possible : gentille Maria, tendre Bruno, Jennifer écervelée portée sur la gaudriole. C'est comme si le scénario répugnait à donner la moindre profondeur aux protagonistes.

Quant à la conduite narrative, elle est comme le reste bâclée et même parfois ridicule : la pseudo romance unissant les personnages joués par Louis Leprince-Ringuet et Marilou Aussiloux n'hésite pas à passer des insultes au torride "Je veux ta queue" en moins de trois scènes.

Tout cela est mal servi par une mise en scène inexistante et une sorte de moralisme faisandé et chichiteux qui manipule les bons sentiments sans discernement et surtout, sans profondeur.

C'est tristement raté.

Robert Guédiguian sur Christoblog : Les neiges du Kilimandjaro - 2011 (**) / Gloria mundi - 2019 (****) / Et la fête continue ! - 2023 (**)

 

1e

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Et la fête continue !

J'ai éprouvé les mêmes sensations à la vision du dernier film de Guédiguian qu'à celle du dernier Moretti : une certaine gêne devant le radotage approximatif d'un vieux maître, zébré d'éclats agréables.

Pour ce qui est du radotage, on a ici des ingrédients bien connus : portrait de Marseille, communisme (devenu nostalgique par la force des choses), prime aux bons sentiments, grand tableau de la communauté arménienne (des petits travers à la tragédie du Haut-Karabagh).

Tout cela n'est ni très bien fait, ni vraiment convaincant, juxtaposition de scènes tout à fait ratées (les réunions politiques) ou pas vraiment réussies. 

Ce qui sauve Et la fête continue !, c'est surtout l'histoire d'amour délicate entre les personnages joués par Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, encore une fois très convaincant. La manière dont est évoquée l'effondrement des immeubles de la rue d'Aubagne, dans le "dos" d'Homère, est aussi assez bien vu.

Le tout est tout de même très fragile, fait de bric et de broc, et au final pas vraiment recommandable.

 

2e

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Changement d'adresse

Changement d'adresse marque dans l'oeuvre d'Emmanuel Mouret de nombreux changements : pour la première fois, il quitte la région marseillaise pour tourner à Paris, et il fait tourner des acteurs assez connus (Ariane Ascaride, Dany Brillant, Frédérique Bel).

Le résultat est en nette progression par rapport aux premiers long-métrages de Mouret. La composition du film se simplifie. Si la personnalité naïve et franche du "personnage" Mouret est toujours présente, les deux actrices qui lui donnent la répartie apportent un supplément d'âme au film, débarrassé des scories narratives qui encombraient parfois ses premiers films "marseillais".

Changement d'adresse prend ainsi des allures de comédie romantique à la française, et le personnage que campe à la perfection Frédérique Bel apporte dans la filmographie de Mouret une véritable part d'émotion, comparable à l'impact de la composition d'Emilie Dequenne dans Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait

A partir de ce film, il devient évident que Mouret dépasse les références auxquelles son cinéma pouvait faire penser (Rohmer, Allen) pour trouver une voie plus profonde et plus personnelle.

 

3e

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Gloria mundi

Le cinéma de Guédiguian me laissait souvent perplexe : trop simple, trop didactique, trop militant, pas assez ouvert sur les évolutions sociétales.

Ma surprise est d'autant plus grande de découvrir dans Gloria mundi toute une palette de nuances inattendues.

Les pauvres ne se contentent plus de subir, il deviennent oppresseurs d'autres pauvres. Le couple joué par Grégoire Leprince-Ringuet et Lola Naymark est formidable de ce point de vue. Même Sylvie, jouée par une Ariane Ascaride formidablement quelconque, nous donne une réplique iconoclaste dans l'éco-système Guédiguian : "Les cheminots, ils sont déjà en retraite à mon âge !".

C'est comme si toute l'oeuvre de Guédiguian se trouvait ici travaillée de l'intérieur, les personnages historiques joués par les anciens de la bande (Ascaride, Darroussin, Meylan) étant bousculés par une jeune garde écervelée mais bien vivante (Anaïs Dumoustier, merveilleuse en petite connasse).

Tout cela est déjà très intéressant, mais le film trouve son grammage final dans le personnage de Daniel, gitan marqué par le fatum, et faiseur de haïku.

Le tout ne tient debout que de justesse (ce qui rend compréhensible la réaction de rejet de certains spectateurs). Pour ma part, j'ai souvent été ému aux larmes par la précision du jeu des acteurs, et par la circulation souterraine de sentiments profonds qui innervent le films en continu (le temps qui passe, les promesses de l'avenir, la vacuité du désir). Le cinéma de Ken Loach n'est pas très loin.

Un beau mélo, qui comme les grands films de Sirk, conjugue le trivial et le sublime, parfois dans un même plan.

 

4e

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Les chatouilles

Franchement, après avoir pleuré d'émotion et de plaisir devant le spectacle d'Andréa Bescond, je ne donnais pas cher de sa version cinématographique. De la même façon qu'on est presque toujours déçu par l'adaptation au cinéma d'un livre qu'on a aimé, je redoutais de ne pas retrouver à l'écran l'énergie dégagée par la danseuse sur scène.

La surprise a donc été totale devant l'inventivité de la mise en scène proposée par Eric Métayer et sa comparse. Ils parviennent à exprimer la stupeur douloureuse de la petite fille et l'énergie sauvage de l'adulte par des procédés purement cinématographiques. Le résultat est tour à tour bouleversant (heureusement que le film s'allège un peu après les éprouvantes quinze première minutes), joyeux et surprenant. 

Outre la performance encore une fois exceptionnelle d'Andréa Bescond, il faut souligner l'incroyable composition de Karin Viard, dans le rôle d'une mère très présente, qu'on aimerait détester. Le reste du casting est impeccable, de Clovis Cornillac à Gringe, en passant par Carole Franck (dans un rôle de psy laborieuse qui vaut le déplacement à lui seul) et Pierre Deladonchamps qui ose ici camper un des pire rôle qu'on puisse proposer à un acteur.

Le film est miraculeux, parsemé de scènes inoubliables, et parvient à donner une pêche d'enfer aux spectateurs, qui viennent pourtant d'assister à un calvaire dramatique. Je le conseille vivement.

 

4e 

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L'art d'aimer

L'art d'aimer est constitué de petites histoires qui ne se connectent que de façon très artificielle.

Ces petites histoires font entendre une musique bien particulière, qui est celle de Mouret : un couple éprouve ses sentiments en tentant un adultère croisé, une femme mûre souhaite céder à ses désirs et en informe son mari, un jeune homme meurt avant d'avoir connu le véritable amour, une jeune femme propose à une amie de coucher avec son mari ("je suis pour le partage des richesses"), etc.

Le hic, c'est que cette fois-ci, la petite musique sonne un peu faux. Cela est probablement en partie dû à la structure bancale du film, mais aussi à la prestation des acteurs/actrices, qui surjouent tous et toutes de façon notable.

Un casting pourtant trois étoiles dont personne ne sort indemne, et surtout pas Frédérique Bel, qui tourne ici pour la troisième fois avec Mouret, pour son plus mauvais rôle. Le souci vient peut-être aussi du fait que ce film n'est ni caustique, ni profond, contrairement à beaucoup d'autres films de Mouret qui sont soit l'un, soit l'autre.

Du coup, le caractère un peu ampoulé des dialogues (renforcé par la voix off de Toron) fait plus penser à une parodie de Rohmer qu'à la verve casanovienne à laquelle Mouret nous a habitué.

La dernière histoire est la seule à intéresser vaguement, grâce au jeu de Judith Godrèche sur le mode très bourgeois qui faisait le sel de Un baiser s'il vous plait. Malheureusement sa résolution convenue en forme de happy end ne la rend pas plus sauvable que le reste.

Le marivaudage est donc un peu insipide pour cette fois.

 

2e

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Les neiges du Kilimandjaro

J’ai vu le film vendredi dernier au Katorza en présence de Robert Guédiguian. La critique de son 17ème opus s’avère du coup pour moi un exercice délicat, je vais vous dire pourquoi.

J’ai été séduit par la prestation de Guédiguian qui s’est prêté au jeu des questions réponses pendant une heure, avec un sens de l’humour et une élégance dans l’argumentation auxquels je ne m’attendais pas vraiment. Il est profondément troublant en ces temps de Sarkozie décomplexée de rencontrer un homme qui affiche aussi clairement (et simplement) ses opinions issues d’une gauche historique, très lutte des classes, et en même temps d’un niveau intellectuel supérieur, citant Jaurés entre Pasolini et Capra.

Ce qui m’a beaucoup touché aussi, c’est la sensibilité qui émane de Guédiguian, manifestant une grande empathie dans sa capacité à écouter les questions des spectateurs. Bref, un beau moment d’échange avec quelqu’un qui porte ses idées avec une conviction rare et attachante.

Le film, quant à lui, m’a un peu déçu, ce qui est toujours gênant à exprimer en présence de son créateur (Robert, ne lis pas cette critique). Les neiges du Kilimandjaro prend clairement le parti d’être une fable, un conte. Guédigian nous a dit vendredi que les comédies avaient les mêmes ressorts que les tragédies, et que la seule différence résidait dans le fait que dans les comédies les situations trouvaient leur résolutions.

C’est bien le programme que propose le film, (très) librement inspiré d’un poème de Victor Hugo, Les Pauvres Gens. Un leader syndical organise un tirage au sort en vue de licencier 20 ouvriers de son entreprise. Un de ceux-ci va commettre un acte répréhensible. Le leader syndical et sa femme (indéboulonnables Darroussin et Ascaride) vont, après avoir dénoncé le criminel, trouver un moyen d’atténuer leur sentiment de culpabilité.

Le problème, suivant l'adage classique que les bons sentiments ne font pas les bons films, c'est que Les neiges du Kilimandjaro n'échappe pas à une certaine sensiblerie et présente des traits franchement caricaturaux. Si les habitués de Guédiguian jouent assez juste, les nouveaux venus sont franchement à côté de la plaque et leur texte semble totalement "plaqué". Grégoire Leprince Ringuet par exemple est à moitié crédible, et Robinson Stévenin campe un policier peu convaincant. Le film oscille donc perpétuellement entre plusieurs styles (humoristique, chroniqueur social, militant, angoissant, utopique, nostalgique, sentimental) sans réellement trouver un point d'équilibre. Certaines scènes sortent du lot (le speech de la mère à côté du bateau, la partie de bridge et sa conclusion), d'autres sont ridicules par la faute souvent d'une bande-son désastreuse (cet horrible Many rivers to cross chanté par Joe Cocker).

Je ne rentre pas ici dans le débat moral que le film peut générer : il paraît irréel (je ne peux pas trop spoiler, mais que font les services sociaux ??) et ses enjeux me laissent un peu indifférent. Je note simplement que les jeunes sont montrés d'une façon assez réaliste insupportable.

Alors, allez-y si vous voulez poursuivre ce long feuilleton mené par la bande de l'Estaque, et retrouver un petit peu de ce qui faisait le charme de Marius et Jeannette.

 

2e

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