Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Christoblog

Les Soprano, l'épilogue

Warner Bros International TelevisionCrépusculaire

Cet adjectif a du être employé un bon million de fois à propos de films ou de séries (par exemple, je l'aurais pour ma part volontiers appliqué aux Damnés de Visconti), mais jamais, jamais, il ne s'appliquera mieux qu'aux 9 épisodes de l'épilogue de la saison 6 des Sopranos.

Fidèle

Oui, il a fallu l'être tout le long de ces 6 saisons, avec ses poussées de fièvre, ses temps (parfois) morts. Au final pour le fan de séries, les Soprano lutteront jusqu'au bout, au coude à coude avec The Wire et Six Feet Under pour le titre de meilleure série de tous les temps. The wire : je n'en suis qu'à la saison 3. SFU : j'ai adoré. Mais les Soprano ont quelque chose de différent : ils échappent à la temporalité . Je veux dire (je n'ai rien fumé, ni moquette, ni rien), cette série is not about mafia, elle parle de l'homosexualité, du suicide des ados, de la façon dont on peut décider de sa vie, des addictions, du remord, du divorce, de Hamlet et de Lorenzaccio mélangés,  de la psychanalyse, du rêve, du coma, du cancer, de la trahison, de la cuisson des fettucinis, d'être père, de Dieu(x), de devenir vieux et/ou fou, des canards dans la piscine, de la meilleure façon de tenir un restaurant, du FBI, du terrorisme, de Bush, de l'obésité, des Italiens et des Juifs, du terrorisme, de Scorsese, de la façon de faire un film, des mères, du viol, et de tant d'autres choses....

Et la nature ?

Une des particularités de cet épilogue est le rapport extraordinaire à la nature que cette dernière salve d'épisodes dessine. Quand Tony regarde le lac dans l'épisode 1, ou quand il regarde le soleil se lever dans les environs de Las Vegas dans un désormais mythique épisode 6 ("sous l'empire du peyotl"), on ne peut pas ne pas penser à tout ce qui nous dépasse. Vous voyez ce que je veux dire.

Tuer ou ne pas être tué, être tué ou ne pas tuer

Les Soprano n'ont rien de contemporain. En cela ils rejoignent Sophocle et Shakespeare. Les rapports entre les personnages sont ici régi par ce qui le fait le propre des tragédies antiques (ou de la loi du marché, mais est-ce différent ?) : qui peut me servir, où est le pouvoir, comment le conserver ? Dans beaucoup de ces épisodes, Tony hésite entre tuer ou pas (le 1, le 2, le 6) : le fait-il, on non ? Pourquoi ? Et vous, qu'auriez vous fait ? Et combien y a-t'il de façon de mourir ?

Savoir finir

Finir une série n'est jamais facile. Alias optait pour le happy end projeté dans le futur, apaisé et serein. Battlestar Galactica pour le twist final improbable, les 6 dernières minutes de Six Feet Under pour l'accélération brutale (et géniale) de la flèche temps. Dans 4 semaines deux monstres (Lost et 24h chrono) devront choisir leur fin. Les Soprano opte pour un final ouvert, la série se termine par un épisode assez quelconque, pourtant conçu et réalisé par David Chase lui-même. Comme un manifeste d'under statement narratif. L'ultime scène ne se termine pas, laissant deviner une fin (une partie de la famille serait assassinée, Meadow s'en sortirait grâce à un créneau raté) qui n'arrivera jamais. Coup de génie ou déception : ainsi la fin des Soprano sera-t'elle à l'image de toutes ces saisons, ni série sur la Mafia, ni comédie de moeurs, jamais là où on l'attend, tragico-comique et ennuyeuse, modeste et ambitieuse (oh ces épisodes en Italie...), ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même...

Grazie mille

Merci. Pour cette bande son exceptionnelle (des génériques de fin parties intégrantes de l'épisode, par la seule grâce de la musique). Pour ces moments de peur, de vertige, d'amour, de vie, d'ennui. Pour ces seconds rôles d'anthologie. Ces guests stars reconnaissantes (rien qu'en saison 6 : Ben Kingsley, Lauren Bacall, Sydney Pollack, Alec Baldwin). Pour Steve Van Sandt et l'ombre portée du Boss. Pour cet épisode (le meilleur de toutes les séries du monde entier) perdu dans la neige, des Coen à la puissance 10, L'enfer blanc (S3E11).

Merci pour toutes ces émotions entre empathie et horreur, rien que la vie, mieux que la vie.

 

4e

Voir les commentaires

La mort de Dante Lazarescu

Ion Fiscuteanu. Bac FilmsImaginez une sorte de croisement contre-nature d'Urgences (oui, la série US), de 4 mois, 3 semaines, 2 jours (la palme d'or méritée de Mungiu) et de Rohmer. Cela vous donnera une idée de l'OVNI que représente le film de Puiu.

Au début, disons pendant les 30 premières minutes, la situation est approximativement la même que pour Irréversible (bien que pour des raisons inverses) : vous avez envie d'arrêter. La description de la décrépitude du sus-nommé Lazarescu est franchement ennuyeuse et un peu trop caractéristique du cinéma de l'Europe de l'Est.

A partir du moment ou Dante (appelons le comme ça) quitte son appartement pour une odyssée nocturne dans les rues de Bucarest, le film prend une tournure onirique résolument originale et captivante. Au fur et à mesure que les diagnostics plus ou moins sérieux s'enchaînent, et sous l'égide d'une infirmière (tellement) si humaine, le film commence à ressembler à une pièce de Beckett passée au mixeur slave.

On suit avec intérêt, puis avec perplexité, et enfin avec passion l'odyssée de notre Dante à travers les cercles de l'enfer roumain, chaque hôpital représentant une étape vers, vers .... une dernière scène magnifique qui tirera les larmes de votre coeur de cinéphile endurci.

Hormis la première demi-heure un peu convenue, un chef d'oeuvre doux-amer. Très remarqué à Cannes 2005, avec raison.


3e

Voir les commentaires

Les poupées russes

Dans les commentaires de mon billet sur l'Auberge espagnole, pL me disait que Les poupées russes étaient mieux, et PierreAfeu qu'il ne fallait pas voir le film.

Finalement, comme mon fils a l'intégrale Klapisch en coffret, j'ai bien eu du mal à résister à l'envie de revoir les protagonistes de L'auberge espagnole.

Mon verdict : j'ai bien aimé. L'auberge espagnole avait un vernis "jeune" un peu trop marqué. L'intrigue était légère, les acteurs un peu tendres et la mise en scène virevoltait comme un papillon qui ne doit vivre que quelques heures.

Dans les poupées russes, tout paraît plus vieux, plus mûr. Les acteurs ont pris de l'épaisseur (Duris, Cécile de France, Audrey Tautou et la superbe Kelly Reilly), l'intrigue est moins simpliste que le toboggan émotionnel de L'auberge, et la mise en scène s'assume.

Preuve de cette maturité, les nombreuses mises en abyme qui parsèment le film : Duris qui écrit le scénario d'une suite (comme Klapisch !), Duris qui répète mot pour mot à sa nouvelle conquête le discours que sa copine lesbienne lui a tenu peu de temps avant, etc... Certaines scènes, complètement loufoques, sont franchement réussies, je pense à Audrey Tautou revisitant les contes de fées pour son fils : "j'ai connu 7 princes charmants....".

La fin à St Petersbourg donne une touche d'exotisme très bien venue, tant les Russes sont à la fois si Européens et si étranges.

Bref un (très) bon moment, et on se prend à attendre la suite, comme une longue série qui se poursuivrait à l'échelle d'une vie.

 

3e

Voir les commentaires

Femmes du Caire

Quel plaisir de se lever un dimanche et d'aller au cinéma à 8h45 pour voir un aussi bon film que Femmes du Caire, en présence de son réalisateur, Yousry Nasrallah.

Le film est en effet excellent de bout en bout, du superbe générique à un dernier plan qui arrache des larmes.

La Scheherazade moderne est ... animatrice de talk show : normal finalement, est ce que ce ne sont pas elles qui aujourd'hui racontent les histoires aux millions de téléspectateurs ?

Notre animatrice (magnifique) est en ménage avec un journaliste qui lorgne sur un poste de rédacteur en chef d'un journal d'état. On lui fait comprendre que sa compagne ne devrait pas trop parler de politique dans son talk show.

Cette dernière, pleine de bonne volonté, va essayer de s'exécuter, mais les choses ne sont pas aussi simples : où s'arrête la politique, ou commence la question de la condition féminine ?

A travers trois histoires magnifiques, pleines de surprises, de violences, de rebondissements, notre Sheherazade va nous ensorceler, nous emmenant des bas-fonds du Caire à la jet-set et aux ministres, dans un tourbillon de sensualité et d'inventivité romanesque qui rappelle beaucoup les romans du grand Naguib Mahfouz.

Le réalisateur, ex-assistant de Youssef Chahine, perpétue la grande tradition d'un cinéma égyptien inventif, palpitant, humaniste. Un bon et beau moment de cinéma, à ne pas rater à sa sortie en salle.


4e
 

Voir les commentaires

Irréversible

Mars DistributionBon, je viens de voir le film et je n'ai pas trop envie d'en parler, mais d'un autre côté, plus vite je le ferai et plus vite je pourrai passer à autre chose.

Vous remarquerez que j'ai mis à la fois 3* (mais j'aurais pu en mettre 4 ou 18, ça ne change pas beaucoup l'esprit de ce que je veux dire) et "Je n'aime pas".

Expliquons d'abord les 3* (ou 4, ou 18) : vous en prenez PLEIN LA GUEULE.

Vous avez beau être prévenu (je l'étais), vous êtes préparé à la scène du viol (pas la pire à mon sens), à celle de l'extincteur (ah oui, celle-là a du faire sortir des centaines de spectateurs des salles au bout de 10 minutes de film), bref vous avez beau être conditionné, le début du film est extrêmement pénible, et réussir à la regarder sans baisser les yeux une seule fois constitue à lui seul un défi, un exploit. C'est tellement chiant que ça en devient grandiose, si on peut dire. Ce qui m'a le plus emmerdé pour ma part, ce sont les rotations perpétuelles de la caméra autour de son axe, vraiment saoulantes, et le son, sorte de magma informe qui empêche d'entendre les dialogues. Cette partie, en soi, est déjà un objet cinéphilique intéressant, bien qu'objet de torture pour le spectateur lambda.

Si vous arrivez à passer le début, la suite est belle (oui, simplement belle) et la structure du film, du pire au meilleur, est excitante, réussie. La caméra dessaoule progressivement, les performances d'acteurs sont étonnantes, l'intrigue qui se noue - ou se dénoue, car le temps file à l'envers, hum je ne suis pas super clair, là - et qui éclaire le début du film, est intéressante. La fin du film est donc bien du cinéma, et pas de l'art vidéo conceptuel comme le début pourrait le laisser croire.

Que le film ait été en sélection officielle à Cannes est tout à l'honneur du festival, il fallait oser. Donc je résume : c'est immonde à regarder, c'est brillant, c'est recherché, on ne peut pas (si on est cinéphile) dire que le film ne marque pas (surtout en 2002 !) un moment essentiel du cinéma.

Alors pourquoi je n'aime pas ce film ?

Non pas pour sa violence (sa barbarie diront certains) mais pour sa surenchère d'effets. Imaginez le même film, avec moins de rouge, moins de "Tu connais Tenia" répétés 150 fois, moins de tics sonores, moins de rotations de caméra, moins de bites reconstituées en 3D (c'est dans les bonus du DVD) : alors pour le coup, vous tenez peut-être un chef-d'oeuvre.

En relisant un vieux billet sur 4 mois, 3 semaines, 2 jours , je tombe sur une phrase que j'ai écrite il y a presque 3 ans et que j'avais oubliée : "Le film réussit ce qui en cinéma est une sorte de Graal : montrer l'indicible avec la plus grande économie de moyen."

Voilà, rien à ajouter.

 

3e

Voir les commentaires

L'auberge espagnole

Ayant passé quelques jours à Barcelone la semaine dernière, j'ai eu l'idée de regarder l'auberge espagnole hier soir, que curieusement je n'avais jamais vu.

Côté Barcelone, le film montre quelques incontournables : le parc Guell, la Sagrada Familia, Barceloneta, le téléphérique qui relie le port à Montjuich. Il donne aussi une bonne vision de l'énergie et de la beauté de la ville, à travers un joli patchwork de ruelles antiques et fleuries, de murs taggés, d'avenues cossues.

Côté cinéma : que dire ? Klapisch me laisse souvent sans voix, tellement ses films peuvent paraître naïfs, démonstratifs, mal ficelés, tape à l'oeil, inconsistants, et en même temps pleins d'énergie, présentant en général de très belles galeries de personnages, et intégrant ici où là une scène particulièrement réussie (ici Cécile de France en lesbienne apprenant à Romain Duris comment draguer). Klapisch, c'est vraiment Lelouch en plus jeune.

Finalement on ne passe pas un mauvais moment (en particulier grâce à un casting féminin de jeunes actrices effarant : Cécile de France, Judith Godrèche, Audrey Tautou, Kelly Reilly). On se demande un peu pourquoi le film a pu prendre un aspect culte : peut-être parce qu'il montrait aux parents ce que faisaient vraiment leurs enfants dans le cadre du programme Erasmus ?

 

2e

Voir les commentaires

Greenberg

Il arrive parfois de l'autre côté de l'Atlantique un objet inclassable, ni vraie comédie romantique, ni drame larmoyant, ni critique sociale appuyée, ni film d'auteur plébiscité par la presse bobo occidentale, ni blockbuster. En 2009, Humpday représentait ce type d'OVNI.

Greenberg bénéficie par rapport à Humpday d'une tête d'affiche bankable (Ben Stiller himself), mais présente par ailleurs la même caractéristique : un portrait en creux de ce qu'est l'Amérique aujourd'hui.

Le tableau n'est pas rose, il est gris, voire gris noir, et même peut-être anthracite foncé. Le personnage joué par Stiller est en dépression, il est maniaque (ses courriers : extraordinaires !), new-yorkais,  quarantenaire célibataire, a séjourné en hôpital psychiatrique, et ne fait rien.

Lorsque que son frère part au Viet Nam en voyage (pour affaire, pas pour dégommer du Viet-Cong), il vient occuper sa maison en Californie. Il séduit (si on peut dire) la femme à tout faire (assistante !) de son frère : nunuche sexy et gourdasse, jouée par une formidable Greta Gerwig poupée désarticulée (dévertébrée ?). Et blonde.

Le sexe entre eux est pitoyable, un soutien gorge qui ne se dégraffe pas, un cunnilingus interrompu, c'est à en pleurer, un curetage entre deux portes, et cela fournit deux des plus belles scènes de Greenberg.

Tout dans le film, sous des dehors doucereux, respire l'échec, le ratage complet, l'incommunicabilité profonde. Du Woody Allen période September, ou une sorte de Breat Eaton Ellis sans l'aspect trash. La Californie, sa jeunesse dorée, ses villas avec piscine apparaît comme l'enfer à l'envers, Mullholland Drive sans génie et sous Prozac.

Le film doit beaucoup à l'interprétation très fine de son couple d'acteurs principaux, remarquables tous les deux.

Résumons nous : un film fondamentalement, paisiblement triste, à ne pas voir si on l'est (triste), sous peine de tentative de suicide par défaut, aux wee-wee hours. Même le nom du chien (l'être envers lequel les humains du film arrivent - un peu - finalement - à être humain) est triste : Mahler.

Malheur ?

 

2e

Voir les commentaires

Very bad trip

L'idée originale de Very bad trip (The Hangover en vo, allez comprendre pourquoi on traduit un titre anglais en anglais) est assez plaisante et porteuse de nombreuses potentialités.

Quatre hommes enterrent la vie de garçon de l'un d'eux lors d'une soirée à Las Vegas et au réveil ... ils ne sont plus que trois, l'un d'entre eux a perdu une dent, il y a un tigre dans la salle de bain de leur chambre, un bébé dans le placard, et le matelas d'un lit se trouve empalé sur le doigt d'une statue. Aucun ne se souvient de rien.

A partir de cette idée, vous (ou moi) pourriez imaginer tout un scénario compliqué dans lequel la vérité se ferait progressivement jour, dévoilant un enchaînement machiavélique de circonstances plus absurdes les unes que les autres. Ou même, en étant un peu lynchien, vous pourriez imaginer une sorte de cauchemar dans lequel nos héros découvrent avoir commis les pires ignominies...

Hélas, le film ne comprend rien de tout ça. Les explications viennent (trop) rapidement et sont (trop) simplistes. Le mystère de départ disparaît et la comédie formatée prend le dessus. Quel dommage !

 

1e

Voir les commentaires

Ajami

J'éprouve rarement le sentiment enivrant de voir un film génial. Vous le savez, si vous venez souvent sur ce blog, j'ai plutôt la dent un peu dure. 

Lisez donc bien ce billet, et ensuite foncez voir Ajami si vous avez la chance d'avoir une projection près de chez vous.

Pour faire simple : c'est le plus beau film choral que j'ai vu, et quand vous songez à la concurrence dans ce domaine (Short cuts en tête), ce n'est pas un mince compliment. Nous suivons à travers plusieurs chapitres les destinées d'Omar, plongé malgré lui dans une affaire de règlement de compte avec un clan mafieux, amoureux d'une chrétienne, de Malek, jeune clandestin de la région de Naplouse, de Dando, policier juif dont le frère a disparu, de Binj, jeune arabe branché qui sort avec une juive et dont le frère fait une grosse bêtise, et de plusieurs autres personnages. Chacun, outre son caractère propre, parfaitement dessiné, nous donne à réfléchir sur la société israélienne d'aujourd'hui.

Tous ces personnages vont se croiser, leurs histoires se heurter, s'entrechoquer. Comme dans les meilleures histoires de ce type, plusieurs scènes sont revues, avec à chaque fois un angle qui nous fait découvrir un évènement différent : du grand art.

Un scénario machiavélique, une galerie de personnages hors du commun, une vision magnifique de Jaffa, ville cosmopolite où les différentes communautés religieuses cohabitent, mais encore une mise en scène formidable, tout le contraire d'une machine tape à l'oeil : sereine, intelligente. Les deux réalisateurs savent jouer d'une palette subtile alternant les mouvements de caméras élégants, jouant magnifiquement avec les lumières orientales, offrant des gros plans de visages extrêmement touchant. Ils redonnent aussi un sens véritablement dramaturgique  - presque moral pour paraphraser Godard - au fondu au noir.

Le premier vrai gros choc de l'année 2010.  A voir absolument.

 

4e 

Voir les commentaires

Camping

Gérard Lanvin et Franck Dubosc. Daniel Angeli Et oui, j'ai vu Camping. Ca vous en bouche un coin, non ? Et en plus je vais en faire une recension sérieuse. Si vous ne savez pas ce que veut dire recension, c'est que vous jouez dans Camping.

Camping fonctionne exactement sur les mêmes ressorts que Bienvenue chez les Ch'tis. Prenez un corps étranger, réputé hautain, difficilement intégrable, et plongez le dans un milieu socio-culturel défavorisé, mais pétri de bons  sentiments et traversé de courants de solidarité tire-larmes. Ajoutez quelques addictions, quelques figures hautes en couleurs, de l'ethno-sociologique rigolo (ou presque), secouez.

Bienvenue chez les Ch'tis n'était pas un chef d'oeuvre, c'est sûr, mais globalement la recette ci-dessus fonctionnait, et comme je le dis dans ma recension (vous êtes toujours là, vous !), j'avais rigolé.

Dans Camping la recette est exécutée par un mauvais marmiton, et les blagues relèvent d'un médiocre mirliton (hum, faut que j'arrête là).  Du genre : "Chassez le naturiste, il revient au bungalow".

Dubosc est infiniment moins bon que Danny Boon (une palette beaucoup plus réduite), Lanvin idem vs Kad, le Nord est bien supérieur à la faune campingesque, les péripéties de Camping sont bâclées par rapport à celles de Bienvenue (on n'aura même pas vu le match de volley contre les nudistes : que des promesses !).

Bref, je voulais voir le 1 pour savoir si j'irais voir le 2.... et la réponse est non.

 

1e

Voir les commentaires

Lost, S6, 12ème épisode

Terry O'Quinn. ABC StudiosBon, on est passé aux choses sérieuses. Enfin, un peu plus sérieuses.

Alors que nous ne sommes plus qu'à 6 épisodes du dénouement final, attendu depuis .... 6 ans, la dernière saison se réveille un peu. Après la mise en place des premiers épisodes (les deux réalités....) et quelques centrics "passages obligés" assez ennuyeux (Jack, Ben, Kate, Sawyer, ), une vraie rupture a eu lieu avec le désormais fameux épisode "Ab Aeterno", entièrement centré sur le personnage de Richard, et présentant plusieurs particularités exceptionnelles, dont une incursion remarquée au XIXème siècle. Cet épisode concentre les satisfactions et les frustrations que génère cette ultime saison.

D'un point de vue purement informatif, Ab Aeterno apporte en effet plus de réponses que l'intégralité de n'importe laquelle des saisons précédentes : pourquoi Richard ne vieillit pas, quelles sont les relations qu'entretiennent Jacob et MIB, comment la statue a t'elle été brisée, pourquoi le Black Rock est il au milieu des terres, etc....

Et pourtant, cet afflux d'informations n'arrive pas à nous emporter émotionellement. Il manque finalement cet effet de sidération qui a si souvent fonctionné dans Lost (l'ouverture de la trappe, la découverte de Jacob, le cadavre de Locke, etc). Finalement, je pourrais résumer le sentiment global que m'inspire cette saison comme ceci : apprendre ce qu'en pense savoir déjà - et même si c'est très important - n'est pas très excitant.
 
Comme Lost n'est pas une série comme les autres, les épisodes 10, 11 et 12, traitant de Jin et Sun, Desmond et Hurley, apportent plus d'ambiguités, mais ne sont réellement pas encore totalement convaincants. Celui de Desmond est une fois de plus quasi incompréhensible, notre ami écossais jouant à saute-mouton à travers le temps.

Un ultime revirement spectaculaire est il possible ? La réalité-X qui commence à se lézarder sous les coups de butoir de Desmond va-t'elle enfin révéler sa véritable nature ? Lost finira-t'il en queue de poisson ou en apothéose ?

Réponse dans 6 semaines.

Lost, S6, mon avis après le 6ème épisode

 

2e

Voir les commentaires

Mes chouchous

En moyenne, la notation que j'ai donnée à leurs films est > à ***. Ce sont mes chouchous, et je parie qu'ils vont rafler dans les années à venir un paquet de récompenses. Ils sont jeunes, ou moins. Mais ils / elles sont très (très) bon(nes). Une chose est certaine, j'irai voir leur prochain film.

RankinAndrea Arnold, née en 1961 à Datford

Elle est géniale. Pas grand-chose à ajouter, tellement ces deux long-métrages m'ont enthousiasmé. Je ne sais pas trop d'où elle sort, et internet est un peu avare de renseignements la concernant. De ces deux opus on peut retenir : une mise en scène de très, très haute volée, des scénarios imparables en même temps qu'improbables - ce qui est paradoxal et jouissif à la fois, et des acteurs/trices sublimés, une sensualité dans la façon de filmer qui n'a pas son égal aujourd'hui.
De la palme d'or en barre.

Red road ****
Fish tank ****


Le réalisateur Fatih Akin. Pyramide DistributionFatih Akin, né en 1973 à Hambourg

Il a tout pour réussir. Il est beau, intelligent, modeste. Il a l'énorme avantage d'avoir un pied en Europe, et un en Asie. Il a aujourd'hui autour de lui une tribu d'acteurs/amis qui le suivraient au bout du monde.
Son talent est immense et il n'en a probablement exploré qu'un tout petit bout. Il sait faire des comédies, des drames, des tragi-comédies, des documentaires. Il a déjà eu l'Ours d'or et ce n'est qu'un début, en espérant que l'ogre hollywoodien ne le dévore pas, mais il est pour l'instant fidèle à sa ville natale, Hambourg.

Head on ****
De l'autre côté ***
Soul kitchen ***

Océan FilmsBong Joon-Ho, né en 1969 à Séoul

Peut-être à la base le plus doué. Son premier film diffusé largement en Europe (Memories) est un classique immédiat. On ne voit pas trop les limites que son talent pourraient admettre : il est aussi à l'aise dans le film de monstres que dans le drame familial ou le thriller. Les codes explosent avec lui, mais la mise en scène reste souveraine et le désir de bien faire est celui d'un artisan génial.

Memories of murder ****
The host ***
Mother ***

Guillermo Del Toro. Gaumont Columbia Tristar FilmsGuillermo del Toro, né en 1964 à Guadalajara

Son imaginaire est le mien.
Je suis comme un gosse un regardant ses films et aucun autre cinéaste ne me fait cet effet là.
Ses Hellboy sont vraiment à voir, même si vous êtes réfractaires au concept de super-héros, car dans les mains de del Toro, le super-héros devient être de sang et d'émotion. L'entertainment à l'état pur et plus si affinités, plus fort que Spielberg et Burton réunis.

Le labyrinthe de Pan ****
Hellboy 1 & 2 ***

Corbis SygmaChristophe Honoré, né en 1970 à Carhaix

J'ai conscience qu'il s'agit probablement de mon choix le plus discutable. Mais enfin, qui d'autre en France peut susciter un tel enthousiasme et un tel rejet en même temps. Honoré est le Truffaut du XXIème siècle, et c'est tout !
Qui ose, à part lui ?
Hein ?
Oui, peut-être Desplechin éventuellement.

Les chansons d'amour ****

La belle personne ***
Non, ma fille, tu n'iras pas danser **

Les plus observateurs vont me dire : et les Américains alors ? Ouais, j'attends vos propositions. Pour ma part j'hésite à faire entrer dans la liste Wes Anderson, mais à part lui ? Et qu'on ne me parle pas de l'autre Anderson (Paul Thomas), phénomène de mode, déjà épuisé. Sam Mendes est au mieux le mari de sa femme, au pire un habile faiseur. Eastwood, Scorsese, Allen et les Coen sont trop vieux, ils sont sous assistance respiratoire. Ah oui, il y a bien David Fincher, il va falloir que je calcule sa moyenne....
Sinon, dans l'antichambre de "Mes chouchous" il y a Philippe Lioret, Hirokazu Kore-eda, Cristian Mungiu et Tomas Alfredson.



Voir les commentaires

Head on

Cela commence comme une sorte de mariage blanc. Sibel veut s'échapper de sa  famille en se mariant à n'importe quel allemand d'origine turque. Cahit, veuf en deuil et auto-destructeur, s'en fout un peu. Tous deux viennent d'échapper à une tentative de suicide.

Le film continue comme une comédie romantique à la sauce germano-turque arrosée de cocaïne. Les préparatifs du mariage et la cérémonie elle-même sont montrés avec tous les artifices de la comédie ethnico décalée. Sibel profite ensuite de sa toute nouvelle liberté d'épouse pour baiser à tout va. Cahit fait de même avec sa vieille amie Maren. Mais comme dans toute bonne comédie romantique, ce qui est en train de se jouer dans ce couple bizarre et déjanté, c'est la germination d'un sentiment fragile... jusqu'au drame.

Le film glisse alors vers la tragédie antique en même temps qu'il file vers l'Est, direction Istanbul, en  même temps que les cheveux de Sibel raccourcissent. Cette deuxième partie est une merveille d'écriture et de mise en scène, dont je ne dévoilerai rien, afin de ne pas ternir votre joie de spectateur.

On retrouve dans Head on toutes les qualités des deux films suivants de Fatih Akin (De l'autre côté, Soul kitchen) : un sens aigu du rythme, une bande son parfaite, un montage au cordeau, une direction d'acteurs exceptionnelle (Sibel Kekili est légère comme une plume - et elle porte si bien son prénom, Birol Unel sombre comme un puits sans fond), un génie de la mise en scène qu'on dirait inné, et un de ces merveilleux scénario en mille-feuilles qui capte l'attention de la première à la dernière seconde.

Le film est ponctué par de courts intermèdes musicaux proposés par un groupe de musique traditionnelle turque interprétant une chanson d'amour, filmé en plan large sur fond de Bosphore. Ce groupe apparaît en fin de film comme un choeur antique accompagnant la progression dramatique de l'histoire. Il nous salue en un dernier plan magnifique, en même temps qu'il annonce la naissance d'un grand réalisateur.

 

4e

Voir les commentaires

La cité de Dieu

Intrigué par la réputation de ce film dont tout le monde a entendu parler (mais que peu de personnes ont vu), je me lance dans une petite soirée DVD. Les commentaires sur l'affiche sont alléchants avec des références à Scorsese et Tarantino.

Le film décrit l'ascension d'un groupe de jeunes dans le monde du crime, au sein d'une favella brésilienne, chaque membre du groupe suivant une trajectoire différente.

La première chose qui choque en regardant le film, c'est le montage hyper-saccadé, plus proche d'une esthétique de clip vidéo que d'une oeuvre cinématographique. Je suppose que par ce biais le réalisateur a souhaité nous faire sentir le caractère trépidant de la vie de ces jeunes, mais il ne réussit qu'à nous fatiguer la rétine, tout en nous empêchant de nous attacher aux personnages. Ce sont les tics d'un Danny Boyle à la puissance 10. La mise en scène est donc résolument bling-bling : soit vous adorez, soit vous n'entrez pas du tout dans le film, ce qui fut mon cas.

La progression de l'intrigue est chaotique, franchissant plusieurs années d'un coup, survolant la psychologie des personnages, fonctionnant par petites vignettes indépendantes les unes des autres. C'est finalement uniquement dans le dernier quart d'heure, à travers l'histoire de l'apprenti photographe, que le film retrouve selon moi un souffle narratif intéressant. Le film est réputé hyper-violent, mais depuis 2002, notre niveau d'acceptation de la violence a du considérablement augmenter, car il n'a aujourd'hui vraiment plus rien de choquant.

La puissance dramaturgique d'un Scorsese période Les affranchis ou Casino est donc bien loin, de même que l'élégante violence chorégraphique d'un Tarantino version Reservoir dogs. Francesco Meirelles a développé suite à ce film une série télé sur la violence dans les favellas en plusieurs saisons qui eut un grand succès au Brésil, La cité des hommes. En 2008, un film de Paulo Morelli a lui même décliné l'univers de la série sur grand écran.


1e

Voir les commentaires

A single man

Si vous avez aimé ce film, ne lisez pas la suite.

Deux mots du scénario (si on peut dire) pour commencer : un homme qui a vécu 16 ans avec un autre homme, son grand amour, n'arrive pas à faire son deuil, suite au décès accidentel de son compagnon. Aujourd'hui, il va en finir et mettre un terme à ses jours, c'est promis. Pas de bol, c'est justement aujourd'hui que le destin a choisi pour mettre sur son chemin : une copine qui lui roule une pelle, un espagnol de Madrid qui ressemble à James Dean (en mieux) et le drague ouvertement sur fond de ciel rose, un jeune étudiant non moins canon qui l'invite à un bain de minuit, tout nu. Eh oui, il y a des jours comme ça, où on veut se suicider et où rien rigole....

Petit intermède : Tom Ford, apprenti réalisateur apprend son métier.
"Euh, George a les boules, si je le filmais en couleur froide. Ouaip bonne idée ça. Et là il voit une rose qui l'émeut, allez un peu de rouge. Tiens là aussi il est tout excité par le jeune étudiant, je vais monter dans les jaunes et les oranges, ça lui fera une belle peau. Je voudrais bien faire un flash back émouvant. Je vais essayer le noir et blanc. Ouais pas mal. Mais je crois que je préfère les ralentis. Allez j'essaye : ralenti en travelling, non, je recommence, ralenti en gros plan, puis très gros plan. C'est bon ça, j'en fais plein. Et sur les yeux surtout, c'est bien le miroir de l'âme, non ? George va mieux. Je vais lui montrer une pleine lune un peu décentrée sur l'écran et lui faire faire une mimique du style : "Ah, la vie mérite d'être vécue, quand même". C'est bien George ! Comme quand t'as pleuré à l'annonce de la mort de ton mec !  J'aime bien filmer George décentré sur l'écran, ça fait style. Ouh là là , mais y a encore plein de trucs que j'ai pas testé. Allez, le chef op, on s'y met : allez un petit  ralenti aquatique, un petit flou quand George voit flou (logique non ?), un montage cut par ci, une contre-plongée par là. Dis donc, mais c'est dingue tout ce qu'on peut faire avec cet engin."
Fin de l'intermède.

Comme quoi on s'improvise pas réalisateur, comme Sfar nous l'a déjà démontré cette année.

Je m'ennuyais tellement que je me suis mis à regarder les réveils. Et voilà : pendant que Georges s'essaye à se suicider (juste avant de rencontrer le nouvel amour de sa vie) dans la douche, sur le lit, etc.... son réveil est bloqué sur 6h48. Si, si, je vous jure. Et après il remarche et indique 2h45 quand il se réveille. Adepte des faux raccords, à vos tablettes !

Pfff.... Comment finir ? Vers la fin Colin Firth dit à propos de lui-même "Pathetic !". Il a bien raison.           

 

1e                               

Voir les commentaires

Tout ce qui brille

Audrey Lamy, Géraldine Nakache et Leïla Bekhti. Pathé DistributionUne petite comédie française bien sympathique pour un samedi soir, voilà comment on peut qualifier le film de Géraldine Nakache et .... Hervé Mimran (c'est qui ?).

Le film est sans prétention. Et c'est bien, car il n'a pas les moyens d'en avoir. Il raconte simplement comment deux copines de la banlieue se laissent attirer par les lumières de la ville, et comment l'une d'elles s'y brûle les ailes. Le ton est celui de la comédie romantique et non celui de la satyre sociale. Pas de grands effets mais une petite musique basée sur des prestations d'actrices assez réussies, et des seconds rôles parfaits. Quand les larmes pourraient monter, le film rebondit, léger, vaporeux, un peu inconsistant.

On rit, surtout en réaction aux prestations énergiques de Carole, la copine blonde, jouée par Audrey Lamy. On sourit souvent, en particulier quand les deux mondes (celui de la banlieue et celui de l'upper class parisienne) se percutent. Au passage on assiste à une incroyable hard discount party dans un Shopi, assez irrésistible.

La bande son enfin est remarquable, jouant sur les contrastes, et mêlant un étonnant revival Véronique Sanson (incongru mais qui fonctionne très bien) au rap mélodique de The Streets.

Les aspects les plus profonds du scénario (le rapport au père, l'amitié, les différences de classes qui ne s'effacent jamais, la honte de son propre milieu, le rêve d'y arriver) ne sont qu'effleurés : c'est à la fois le charme du film, et sa limite.
   
2e

Voir les commentaires

Cellule 211

Alberto Amman. La Fabrique de FilmsCellule 211 vient de remporter le prix du jury du 20ème festival du cinéma espagnol de Nantes. Il a raflé d'autre part 8 récompenses aux derniers Goyas - l'équivalent espagnol de nos Césars, enfonçant l'Agora d'Amenabar au passage. C'est un des plus gros succès de tous les temps au box office espagnol.

Le pitch est le suivant : un jeune gardien de prison visite son nouveau lieu de travail la veille de sa prise de fonction. Une émeute éclate et il se trouve en situation de devoir faire semblant d'être un détenu....

Le film commence comme un film de prison tendance Prison break, un peu maladroit et caricatural. Il vire ensuite au thriller, puis au thriller politique lorsqu'entrent en scène des prisonniers de l'ETA. Par un enchainement très bien maîtrisé de l'intrigue il devient cornélien, puis cauchemardesque. Dans les dernières minutes, le cauchemar tourne à l'enfer.

Le film est tourné à l'américaine, avec une suprême efficacité et une violence parfois assez insoutenable. Les acteurs en prison sont très bons, ceux de l'extérieur très moyens. Le film ressemble à une sorte de bulldozer qui avance inexorablement et écrase tout sur son passage. Mieux vaut avoir les nerfs solides pour le suivre jusqu'au bout. Si vous aimez les sensations fortes et n'êtes pas trop regardant sur la subtilité....

 

2e

Voir les commentaires

Alice au pays des merveilles

Tim Burton est il un auteur ?

On peut légitimement se poser la question à la vision d'Alice, comme d'ailleurs à celle de ses deux Batmans, ou de la Planète des singes. Les vrais auteurs arrivent toujours à imprimer leur style à n'importe quelle oeuvre, fut-elle de commande.

Or ici, l'effrayante machine Disney arrive à formater le film suivant les pires standards en vigueur. De la légèreté et du sens de l'absurde de l'oeuvre initiale il ne reste plus qu'une confrontation binaire, des combats formatés Seigneurs des Anneaux, des monstres sortis des pires moments d'Harry Potter et des bestioles échappées du monde de Narnia.

Les bons sont fades, les méchants ne font pas peur, la poésie est aux abonnés absents. Comment Burton at-il pu accepter une scène d'un aussi mauvais goût que la danse finale ?

La bande son est insupportable, Depp est inconsistant, Alice transparente. Il n'y a guère que les premières minutes qui sont à sauver (scène du thé comprise), et encore.

A vite oublier. Une catastrophe.

 

1e

 

Voir les commentaires

Don Giovanni, naissance d'un opéra (en présence de Carlos Saura)

http://madamepickwickartblog.com/wp-content/uploads/2010/01/mozart17.jpgVu hier soir dans le cadre du festival espagnol de Nantes le dernier film de Carlos Saura. Le film a peu été montré pour l'instant (voir tout de même le site du tiff), et je ne crois pas qu'il sortira en France.

L'histoire contée est celle de Lorenzo da Ponte, libertin vénitien, prêtre, poète et célèbre librettiste de Mozart. On suit Da Ponte à Venise, puis à Vienne, où il subit une peine de 15 ans d'exil, rencontre Mozart et compose avec lui des opéras. Le film montre plus particulièrement la genèse de Don Giovanni et la façon dont chacun des protagonistes (Da Ponte, Mozart, Casanova) y met de ses obsessions et de ses sentiments. Il a été tourné avec des acteurs italiens, en italien.

Dans son introduction, Saura nous a dit brièvement qu'il avait voulu réalisé un mélange de cinéma, de théâtre et d'opéra. Et en effet le film ressemble beaucoup à du théâtre filmé, les décors extérieurs à Venise, puis surtout à Vienne, étant constitués principalement de toiles peintes. Cette option donne une connotation un peu cheap au film, qui par ailleurs donne paradoxalement à voir une débauche de moyens en ce qui concerne les costumes et les décors intérieurs. La lumière, très artificielle et travaillée, les décors de l'opéra lui-même, accentuent l'impression de mauvais goût par leur caractère ostentatoire, et parfois même anachronique (la lave en fusion dans la scène de la statue).

La vérité historique y est copieusement bafoué et l'amalgame Casanova / Don Juan est un énorme contresens. Le scénario enfin est cousu de fil blanc et l'histoire d'amour entre Da Ponte et Anetta est mièvre à souhait.

Malgré tous ces défauts, on trouve un intérêt à suivre ce film, surtout par la grâce des caractères particulièrement exceptionnels des trois protagonistes principaux. Le film donne donc envie d'écouter Mozart, de revoir Amadeus, de lire les mémoires de Casanova, et celles, moins connues, de Da Ponte.

Enfin, le lieu où le film était montré (le théâtre Graslin, dédié à l'opéra) donnait une saveur particulière à la projection. Carlos Saura (un peu chauve mais semblant très alerte) a été longuement applaudi à la fin de la séance.

Ceci étant dit le film est assez mauvais, et vous pouvez certainement trouver mieux à aller voir.   

1e

Voir les commentaires

Morse

Morse est sans aucun doute le chef d'oeuvre méconnu de 2009. Quelques rares cinéphiles avertis avaient repéré le film, mais j'avais pour ma part raté le passage en salle.

La sortie en DVD du film permet aujourd'hui une séance de rattrapage, avec choc esthétique et émotionnel garantis.

Choc esthétique parce que le film est d'une grande beauté formelle. La banlieue de Stockholm est filmée par Tomas Alfredson comme la Pologne par Kieslowski dans son Décalogue. La mise en scène est précise, calculée, sereine, jouant superbement des focales et des reflets. La photographie est magnifique, certaines couleurs semblant filmées comme jamais elles ne l'ont été (le filet vert dans le gymnase). Techniquement tout est parfaitement maîtrisé, tout fait sens, c'est absolument frappant en regardant le film une deuxième fois. Jusqu'à la bande-son qui alterne avec brio les plages silencieuses et des nappes de musique envoûtante.

Choc émotionnel ensuite. Le film hante durablement l'esprit du spectateur. Le début installe une sorte d'étrangeté distante, qui semble bien innocente au commencement, puis qui s'opacifie, se densifie progressivement. Les sentiments d'Eli et d'Oscar deviennent obsédants, ils sont à la fois humains, animaux et divins. Sans scènes gore (ou presque) le film réussit à faire un planer un malaise constant et délicieux dans sa deuxième partie, qui nous fait redouter (et espérer) le plan suivant avec de plus en plus d'intensité. Le jeu de l'ensemble des acteurs est pour beaucoup dans cette réussite.

Morse est un grand poème à la fois sombre et lumineux.

 

4e 

Voir les commentaires