De The
town, je n'ai pas grand-chose à dire si ce n'est que ce type de film est à ceux de James Gray ce que le peintre du vide-grenier de votre quartier est à Renoir.
Je veux dire : le film n'est pas honteux, il est même respectable, mais il n'est pas très bon.
Les intentions de Ben Affleck sont sincères, je n'en doute pas. Que le résultat soit au mieux efficace (à certains moments), au pire mièvre (à d'autres) n'est pas en tant que tel un élément de
critique constructive.
Quelquefois le regard critique s'émousse et la bonne volonté, le jeu compassé et les rebondissements qui n'en sont pas (on va dire des remolissements ?) font figure de caviar bon marché un
dimanche soir de fin d'été.
Benda Bilili! bénéficie sur Allociné d'une note spectateurs ahurissante (4 et quelques), aussi ai-je fait un effort pour aller voir ce documentaire tourné au Congo et en Europe et racontant la formation et l'évolution d'un groupe de musiciens handicapés.
Franchement, à part une poussée de bonne conscience téléramesque (handicap+pauvreté+Afrique+musique ne laissera pas un coeur démocrate-chrétien de marbre), je ne vois pas ce que les spectateurs ont pu trouver à ce film.
L'image est piteuse, l'évolution des péripéties poussive, la profondeur de champ sur le contexte personnel des protagonistes quasi nulle. Quant à la vision sociologique ou politique du pays, je n'en parle même pas, on n'y voit goutte.
Surnage la figure hallucinée du jeune enfant jouant d'un instrument improbable (voir ci-contre), qu'on voit grandir au fil des années.
Le niveau du film ne dépasse donc pas celui d'un reportage sur Planète.
Dans le même genre, Anvil ! a représenté en début d'année une sorte de modèle à découvrir si vous ne l'avez pas vu, dans un genre de musique ô combien différent, il est vrai.
Cher Tim, quels étaient vos intentions en tant que président du jury du dernier Festival de Cannes ?
J'ai souvent martyrisé les animaux. Dans mon dernier film, Alice au pays des merveilles, le chat est quand même sacrément déformé, et il y a des grenouilles qui souffrent beaucoup également. En tant que président je me suis dit qu'il fallait que je récompense un film animalier.
... ?
Ouais, la veille de la projection de Tonton Boonmee, j'ai un peu forcé sur certaines substances avec Johnny et Vanessa, dans une villa de la Côte. Bref, le matin de la projection de Boonmee, j'étais un peu high. Qu'est ce que je vois : un buffle ! Un beau buffle, qui s'échappe en plus, youpee ! Bon, il fait quasi nuit, je pique un petit roupillon, et quand je me réveille : un singe qui parle comme un homme. Là je me dis, c'est le film qu'il me faut pour me refaire un bon relationnel avec les animaux.
Mais, vous ne pensez pas que c'est un peu juste pour une Palme d'or ?
Voilà bien une réaction de Français. Mon petit gars, si t'es capable de faire un cunnilingus comme le poisson chat du film thai, tu peux parler, sinon, silence. Bon, après un petit somme, j'ai vu des poissons albinos dans une grotte, c'était moins bon, mais dans la nature il y a de tout. A la fin j'ai fait un mauvais retour d'acide et il me semblait qu'il y avait des personnages en double sur l'écran, mais je me trompe peut-être...
Et les autres films ?
Franchement, t'as vu des animaux dans Des hommes et des dieux, Tournée, The housemaid, Copie conforme, Poetry ? Rien, que couic, que des hommes avec des questions à la con alors que dans oncle boonmee on est dans le degré zéro de l'interrogation, le degré ANIMAL, c'est ce qui me plaisait. En plus des copains à moi, restés éveillés pendant tout le film, m'ont dit qu'il y avait aussi un documentaire médical dans le film, sur la dialyse et les insuffisances rénales. J'en ai marre des fictions, un peu de docu-fiction, ça fait du bien !
Euh, il y aussi un reportage spéléo et un doc style France 3 sur les arbres fruitiers
Et ben voilà, je vois que tu commences à comprendre ce qu'un film doit avoir de vraiment novateur au XXIème siècle : la nature est plus imaginative que le cinéaste, et surtout que le spectateur. Une autre question ?
Euh... Non. Des hommes et des dieux, c'était bien aussi. Je crois qu'on voit des oiseaux à un moment.
Ouais, c'est ce qu'on dit les autres membres du jury, c'est pour ça qu'on lui a donné le Grand Prix en Chocolat.
Si Des hommes et des dieux ne faisait "que" montrer que les
hommes sont frères, que la bonté est souveraine, que l'islam et la religion chrétienne sont deux rameaux d'une même branche, il ne serait qu'un film pontifiant dont les esprits cyniques
pourraient se gausser : "les mauvais films sont pavés de bonnes intentions", vous connaissez le discours.
Xavier Beauvois nous emmène bien plus loin que ça. Ce qu'il nous donne à voir, c'est l'itinéraire collectif et individuel de personnages placés dans une situation exceptionnelle : accepter on non
de mourir, collectivement, ou pas.
En effet, une des grandes réussites du film est de nous montrer comment le sentiment d'inéluctabilité grandit de façon irrémédiable : les neuf moines savent qu'ils vont être tués. Les seules
questions sont : quand, et par qui. A partir de ce moment, chacun suit une voix qui lui est propre : crise de la foi, assurance débonnaire, doute moral, hésitations métaphysiques, dureté
éprouvée, fatalisme tranquille. Au-delà de ces destinées individuelles, qui seraient déjà à elle seules palpitantes, le film ajoute une dimension de dynamique collective qui le projette vers un
niveau encore supérieur : comment chacun interagit avec l'autre ? Quelle influence a réellement frère Christian sur sa petite troupe ? Ces aspects sont très subtilement exposés, notamment par des
dialogues entre frères d'une rare intensité dramatique.
Il y a une troisième dimension au film qui est métaphysique, et qui renvoie chacun d'entre nous à sa propre condition. Je pense que c'est cette dimension qui va assurer au film un grand succès.
Les questions que se posent le moines sont celles que nous pouvons tous nous poser : quel est mon rôle sur cette terre, où et comment puis-je être le plus utile, où est le bon et le mauvais, où
est le sens ? Comme le dit en substance un des moines les plus modestes, partir ne ferait pas sens, ça ne ressemblerait à rien, et finalement ce n'est
même pas une option. La conséquence de cette magnifique interrogation rend presque compréhensible à un mécréant comme moi, les rites religieux catholiques les plus emblématiques, comme
l'eucharistie. Frère Christian l'explique dans une tirade un peu complexe mais lourde de sens : l'attitude des moines incarne le message d'amour de Jésus
sur cette terre.
La mise en scène est académique (comme le lance stupidement, comme une insulte, Murat dans Télérama), mais bien menée. Le jeu sur les oppositions sonores est superbe, l'intérieur du monastère est
toujours calme et serein, le contraste avec les évènements de l'extérieur étant particulièrement frappant.
Les moines gagnent une bataille acoustique contre un hélicoptère, à l'image de la bataille spirituelle qu'ils remportent sur la peur et la barbarie en restant à Thibérine. Un film qu'on
n'oubliera pas de sitôt.
Il y a une certaine jouissance à voir un film de facture classique, qui ne cherche pas midi à 14h, qui se contente de raconter une histoire avec de bons acteurs, une belle photo et une mise en scène discrète.
Nous sommes en Australie, dans les paysages absolument magnifiques de l'outback. Une famille heureuse : Dawn (étonnante Charlotte Gainsbourg), Peter, et leurs quatre enfants.
Peter meurt brutalement. Dawn et ses 4 enfants vont réagir chacun différemment, Simone pense que son père s'est réincarné dans l'arbre immense qui domine la maison, elle en parle à sa mère qui va progressivement y croire - ou en tout cas faire semblant. Dawn rencontre un homme. L'arbre semble se manifester de plusieurs façons : en envoyant ces habitants (grenouilles, chauves-souris) dans la maison, en laissant des tomber des branches, en faisant du bruit, en défonçant des canalisations avec ses racines...
Le film est avant tout l'histoire d'un deuil. Le gigantesque arbre symbolise parfaitement cette présence qui refuse de se laisser gommer, il agit comme un aimant et un miroir : il en attire certains et chacun voit ce qu'il veut y voir. La réalisatrice Julie Bertucelli trouve le ton juste pour évoquer cette histoire, grâce à une mise en scène fluide et élégante, une photo somptueuse et un montage très efficace. Le début est ainsi frappant d'efficacité sèche et douce à la fois. Vers le milieu du film, il y a une petite période d'enlisement provisoire, avant la fin qui retrouve le punch du début, jusqu'à un dernier plan très beau. Elle évite avec brio le piège du pseudo film fantastique. Le film n'est toutefois pas tout à fait exempt d'une certaine mièvrerie et son scénario est un peu trop prévisible mais au final, c'est une réussite que je conseille d'aller voir. J'oubliais : la petite actrice qui joue Simone est remarquable.
Si vous ne connaissez pas ce film, surtout ne changez rien. En commençant ce cycle "sexe et cinéma" je ne pensais pas me payer de navets d'auteurs comme celui-ci. Damien Odoul est un cinéaste
confidentiel (bien que l'Histoire de Richard O. ait été présenté en compétition à la Mostra) et je pense savoir pourquoi.
Le principe est coquet : notre héros Amalric (sexy comme un pilier de bistro dépressif, cheveux gras, barbe hirsute, fringues d'une laideur incommensurable) se tape un maximum de femmes (13
parait-il, je ne les ai pas compté) en un minimum de temps : le film ne dure qu'1h15, heureusement. Bien sûr, il y a des scènes de sexe explicites, comme on dit.
Voilà c'est tout, ça vous dit ?
PS : Le moins qu'on puisse dire c'est que la vision que le film donne des fantasmes féminins semble bien machiste (genre : fais-moi mal, viole moi, prends moi
comme une bête). La mise en scène est prétentieuse, l'image laide. Il y a un second rôle qui joue comme un pied et a une tronche de neuneu (Stéphane Terpereau) : c'est le rabatteur de Richard. Le
film se concentre sur lui dans le dernier quart d'heure, on ne sait pas trop pourquoi. Tout cela n'a aucun sens. Il faut que je choisisse un film plus rigolo pour la suite de mon
cycle.
PS 2 : j'ai regardé quelques scènes 24 heures après la première vision pour vérifier si c'était vraiment le pire film que j'ai jamais vu. Réponse : OUI. Il
détrône donc le calamiteuxChant des oiseaux.
Sexe et cinéma sur Christoblog : Année bissextile (***) de Michael Rowe, Romance (*) de Catherine Breillat.
Im Sang-soo fait partie de cette nouvelle vague de cinéastes coréens, extrêmement intéressants, qui nous offrent depuis quelques années une salve de films remarquables comme peu de nations peuvent le faire.
De Im Sang-soo on se souvient d'un excellent film, Le vieux jardin, non critiqué pour l'instant sur ce blog, et du bouffonnant et très étonnant The president's last bang.
Présent à Cannes 2010, The Housemaid mérite vraiment le détour. La réalisation y est brillante : plongée, contre-plongée, champ / contrechamp subtilement dosés, montage rythmé et subtil, décors ébouriffants, jeux des acteurs très fins (sublime Jeon Do-Yeon, déjà excellente dans Secret Sunshine), excellents seconds rôles (la vieille servante). C'est presque trop beau pour paraître vrai.
L'intrigue, remake d'un classique coréen si j'ai bien lu, est digne des grands thrillers psychologiques style Clouzot (je pense aux Diaboliques) ou Hitchcock (veine Notorious, ou Psychose).
Extrême sensualité (oui, oui, voir au dessus un simple aperçu), suspense, mise en scène franchement baroquisante (cf la dernière scène, onirique), récit par ailleurs limpide, critique sociale balzacienne, le film est donc tout cela à la fois et au final une réussite. La première scène est à montrer dans toutes les écoles de cinéma comme un exemple de montage parfait.
D'abord parce qu'un précédent opus du réalisateur m'avait intrigué et en partie séduit, d'autre part parce que j'ai une tendresse particulière pour la Thaïlande et son cinéma, enfin parce que quand un grand festival quitte les sentiers mainstream, cela me plait plutôt.
Malheureusement, et même avec toute la bonne volonté du monde, il faut bien conclure que je trouve pas grand-chose à sauver dans cette palme.
La mise en scène est rudimentaire, le plan fixe étant la norme, dont la caméra tremblotante est l'unique et rare variante (dans la grotte, sous l'eau). La photographie, qui souvent est somptueuse chez Weerasethakul, est incroyablement laide, à tel point que je pensais être tombé sur une copie endommagée. Le propos est décousu, et sa charge symbolique m'a complètement échappé.
Le gouffre entre mon esprit et le film est tellement grand que je n'ai vraiment rien compris ce que je voyais : où sont ces fameuses vies antérieures dont parlent le titre, dans le poisson chat ? Le buffle de la première scène a t'il un sens ? Et les ouvriers laotiens ? Comment raccorder les photos montrées dans la séquence du rêve dans le futur et ce qui est raconté par ailleurs ? Et quel est le rapport entre les derniers plans lynchiens dans la chambre d'hôtel et le reste du film?
Ce qu'on peut sauver dans le film tiendrait en 10 minutes, il dure malheureusement 1h50. Il fut des palmes d'or discutées ou controversées, mais là, à part quelques critiques qui considéreront que Weerasethakul est plus un artiste plasticien qu'un cinéaste, je ne vois pas qui pourra aimer, sauf à être maso ou défoncé. Ou peut-être boudhiste.
Evidemment, nous étions plus d'un à attendre la nouvelle série d'Alan Ball, le génial créateur de Six Feet Under, réputée meilleure série de tous les temps, ou presque.
Dans la foulée d'un revival vampire qui vit presque simultanément émerger le fade Twilight et le génial Morse, on se demandait franchement ce que le second degré gay de Ball pouvait bien avoir à faire avec une intrigue lourdingue dans la chaleur caoutchouteuse et moite des bayous de Louisiane.
Et à dire vrai, les premiers épisodes de True blood vous laissent un peu comme deux ronds de flans. Le générique est génial, sûrement le plus beau de toutes les séries que j'ai pu voir, mélange arty de religion, de cadavres dévorés par les vers, de sexe débridé et de vaudou torride. La composition des personnages principaux est confondant de premier degré assumé : Anne Paquin est une exquise-craquante-délicieuse télépathe vierge, son frère un obsédé sexuel comme on en voit peu (queutard est un doux euphémisme pour le qualifier), Chris Bauer est un gros (gros) nul de policier, Stephen Moyer un vampire plus exsangue que nature.
Tout cela donne une salve d'épisodes dont on ne sait pas si c'est du lard ou du cochon, la finesse et le manque d'action (relative) de SFU étant ici transmutée en fantaisie foutraque avec serial killer qui zigouille impunément des personnages dont on pensait qu'ils pouvaient tenir plusieurs saisons (la grand-mère), sexe foutrement explicite (cf premier épisode) et coup de théâtre flou totalement inattendu (voir les deux derniers épisodes).
Les personnages secondaires (Lafayette et sa soeur, le magnifique Sam Merlotte qui nous ménage un chien de sa chienne) sont particulièrement savoureux.
La patte d'Alan Ball se révèle progressivement dans cette façon de prendre les choses à rebours : je pense à l'asservissement du gros vampire par Sam et sa compagne, et sa fin aussi tragique qu'abrupte, à la façon dont la jeune victime de Bill vit sa nouvelle vie de vampire : à chaque fois le mauvais goût l'emporte, mais Ball parvient à nous le faire prendre comme quintessence de ce qui mérite d'être vécu. Irrésistiblement, l'atmosphère sèche comme un coup de trique qui préludait à chaque début/décès des épisodes de SFU nous revient en mémoire.
Si SFU pouvait être qualifié de série de bobo, True blood renoue avec un style beaucoup plus popu, bien que par moment très pointu, un peu comme si Alexandre Dumas avait croisé le chemin de Jean-Paul Gauthier.
Je vais maintenant m'attaquer à la saison 2, plein d'une impatience teintée par le goût du sang.
Les critiques de tous les films sont accessibles via l'index général.
***** Kaboom Ajami Femmes du Caire Mystères de Lisbonne Fantastic Mr. Fox Bright star Des hommes et des dieux Summer wars
****
Poetry Le bruit des glaçons Precious Mother Soul kitchen Simon Werner a disparu... Anvil ! I love you Phillip Morris Amore Un homme qui crie The housemaid Tournée Une éducation Année bissextile Toy story 3 Petit tailleur Tamara Drew
***
Cellule 211 The social network
La reine des pommes
The ghost writer
In the air
Le guerrier silencieux
Dans ses yeux
Les amours imaginaires
Inception L'arbre
Eastern plays
Greenberg
**
Lebanon
Invictus Vénus noire
Shutter island
L'illusionniste Les petits mouchoirs
The town
L'autre rive
Téhéran
Lola Biutiful
A serious man
Chant des mers du sud
Achille et la tortue
*
Enter the void
La tisseuse
Gainsbourg (vie héroïque) Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
Carlos
A single man
Océans
Copie conforme
Mammuth
Happy few
Oncle Boonmee
Alice au pays des merveilles Le voyage extraordinaire de Samy
Don Giovanni, naissance d'un opéra
Benda Bilili ! The american
Notre jour viendra Ces amours là
A l'occasion de la sortie en salle du film Le mariage de Veridale 4 septembre, je vous propose de gagner 5x 2 invitations valables partout en France.
Pour ce faire :
- répondez à la question suivante : quelle est la nationalité de la réalisatrice ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par iciavant le 8 septembre 20 h.
Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur. Voicun lien versla page du filmet un lien vers La page Facebook du distributeur.
NB : un des deux lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB oumon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)
Difficile pour moi de me faire une idée bien arrêtée sur ce film.
Le début est intéressant, exposant une idée assez stimulante : il est possible de pénétrer dans l'esprit des gens lors de leur rêve, et d'y voler des secrets. Il est également possible, bien que beaucoup plus difficile, d'y déposer des idées.
Les scènes de rêve sont filmées comme dans la réalité, et les personnages y jouent leur propre rôle, procédé qui permet quelques retournements intéressants du genre : "ce que vous voyez n'est pas ce que vous croyez".
A partir de ce schéma, Christopher Nolan bâtit une oeuvre volontairement complexe en y insérant :
une histoire d'amour compliquée entre son héros et sa femme qui ont partagé des moments intenses dans un monde de rêve, jusqu'à une tragédie dont je ne parlerai pas
une escalade dans les rêves "emboités" (je rêve que je rêve que je rêve...) vertigineuse : jusqu'à 4 niveaux
le concept assez nébuleux de Limbes (quand on meurt dans un rêve, mais seulement dans certaines conditions, on erre dans une zone indécise pendant un temps ... incertain)
L'impression est que la machine s'emballe dans une explosion de créativité non maîtrisée, un peu comme dans Lost par exemple, ou dans la série des Matrix. Nolan semble vouvoir donner son 2001, l'Odyssée de l'Espace ET son Eyes wide shut EN MEME TEMPS, ce qui n'est évidemment pas possible.
Di Caprio peut enchaîner pépère des mimiques déjà exploitées dans Shutter Island : amour tragique, remords éternels, culpabilité, doute sur la réalité qui l'entoure...
On ne peut que relever la grosse balourdise de l'approche typiquement US de la psychanalyse et de l'inconscient : les secrets y sont enfermés dans des coffres (!) les réactions de défense de l'inconscient se matérialisent dans les rêves sous forme d'armée, de milice et de tueurs (cf le niveau dans la neige, on dirait du James Bond cheap), et le sexe en est complètement absent. Les lois de la physique ne sont pas mieux traitées : dans un monde en apesanteur, débloquer le frein de sécurité d'un ascenseur ne fera pas chuter celui-ci.
La fin est un peu à l'image des hésitations, et de la sophistication alambiquée du film : on n'est pas bien sûr d'en comprendre le sens, et peut-être d'ailleurs n'y en a t-il pas, Nolan étant peut-être aussi perdu - et épuisé - que nous (cela fait longtemps qu'on est perdu avec cette histoire de totems, mais je ne vais pas développer mes arguments, sinon on y passera la nuit).
Je précise pour ceux que cette timide histoire d'amour par delà le temps et l'espace intéresse qu'ils devraient lire Hypérion de Dan Simmons, ouvrage dans lequel figure un exemple parfait de ce type d'histoire
D'abord, il faut réserver sa place de France, par le biais d'une agence spécialisée. ensuite il faut se débrouiller pour trouver le bon train au départ de Tokyo (Chuo line) qui part de la bonne
gare (Shinjuku) vers la bonne direction. Puis s'arrêter au bon endroit (Mitaka, à 20 minutes de la capitale) et trouver enfin le bus. Tout un parcours initiatique pour les vrais fans de Miyazaki
: pénétrer dans l'antre du créateur de Totoro se mérite.
Ce qu'on visite est bien un musée, et non les studios eux-mêmes.
L'ambiance est très cohérente avec les oeuvres du maître : passage un peu mystérieux où les adultes doivent se pencher pour accéder à des pièces minuscules, escaliers de fer forgé, ascenseurs
apparents, vitraux vieille Europe représentant si on les regarde de plus près les dessins animés du studio.
Au rez-de-chaussée on voit des installations spectaculaires et belles qui montrent comment fonctionne un dessin animé à l'aide de stroboscopes (sacrée persistance rétinienne !).
A l'étage ce sont les oeuvres du studio Ghibli qui sont évoquées à travers des dessins préparatoires, des aquarelles (magnifiques !), des planches peintes, des storyboards (eh oui, vous êtes
vraiment là au coeur de la création). Le tout est présenté dans des pièces simulant les bureaux ou ateliers des artistes : cendriers débordants, nombre de livres sur l'Europe occidentale
impressionnant, maquettes de machine volante, anciennes gravures, nuanciers, pots de verre remplis de centaines de crayons de couleur, etc.
Les tout petits trouvent des aires de jeu où s'amuser, dans le chat-bus de Totoro par exemple, transformé en peluche géante.
L'architecture est sympa, faite de recoins, de fresques bizarres, et de plein de détails à rechercher : petits personnages dissimulés, lézard peint sur un mur...
Dans une vraie de salle de ciné on voit un court-métrage inédit reprenant les personnages et le monde de Totoro : les chat-bus se transforment ici en TGV, en mille et une pattes, en Air-chat-bus,
conduisant jusqu'à un félidé monstrueux caché au sein d'une forêt (presque) impénétrable et dont le visage à l'expressivité de la grand-mère dans Le voyage de Chihiro.
L'orage menace, on nous interdit de nous rendre sur la terrasse (cf photo ci contre, vous remarquez les robots métalliques issus si je ne me trompe pas du Château dans le ciel), donc
j'achète des peluches de Totoro (la star absolue du musée) et une maquette du fameux avion de Porco Rosso : un Savoia S 21 un peu trafiqué. Vous pouvez aussi acheter une réplique du
fusil de Nausicaa pour la modeste somme de ... 2000 euros.
C'est beaucoup plus petit et plus beau que Disneyland, et mille fois plus classe.
Après le ridicule
Ou sont passés les Morgan ? j'enchaîne dans l'avion Pékin Paris sur Serial Noceurs.
Le film est meilleur, surtout grâce à la performance de Vince Vaughn, assez performant en obsédé du sexe, vulgaire, énergique, baratineur en diable, sorte d'esthète de la goujaterie qui ne
supporte pas de comparaison dans le genre.
Sinon, Owen Wilson est angélique (qui craque pour lui, mesdames / mesdemoiselles ?) même dans ses pratiques ignobles, et va tomber diablement amoureux de la fille du ministre des finances.
L'esthétique du film ne vaut pas tripette, et son début (une sorte de long clip/trip enchaînant les scènes de parasitage de mariage puis de filles en sous-vêtements affriolants) m'a
particulièrement énervé.
La farce noire tourne à la fable romantique, et le film perd son sel : dommage !
Après ces deux exemples typiques de comédies américaines formatée, il me saute aux yeux que la moindre originalité (l'école Apatow, les films de Reitman) semble extraordinaire dans le paysage US,
même si les films en question ne sont que tout juste bons.
Le charme des longs voyages en avion (Paris
Tokyo via Pékin, c'est 11/12 heures) réside aussi dans le fait de regarder des films que je ne serais jamais allé voir au cinéma. Certes les conditions sont déplorables (écran tout petit, VF)
mais bon, il n'y a pas grand-chose à faire d'autre...
Donc me voilà embarqué dans cette comédie kitchissime, ringarde et lourdingue, réunissant l'héroïne de Sex and the city et le bellâtre britannique préféré de ces dames.
Le résultat est pitoyable, on ne sait pas de quoi il faut rire le plus : du scénario hyper-formaté, de la vision très "Bienvenue chez les ch'tis" qui est donnée des braves gars de la campagne, de
l'invraisemblance totale des épisodes violents, du tueur mafieux à la petite semaine qui raterait un éléphant dans un couloir. C'est nul, et en plus je ne pense pas que ça le revendique. Les deux
acteurs principaux jouent leur petite musique et touchent leur enveloppe. J'étouffe plusieurs bâillements et appelle l'hôtesse pour avoir un verre d'eau... le film suivant est un peu mieux.
Christoblog va marquer une pause de 4 semaines le temps d'un périple japonnais. Le 30 juillet est programmé la visite du musée Ghibli à Mitaka, à l'ouest de Tokyo : comptez sur moi pour un article à la rentrée qui vous racontera ma visite chez Chihiro, Princesse Mononoké et Tortoro !
En attendant vous pouvez : - picorer dans ma liste de 200 et quelques critiques et me laisser des commentaires qui me montreront que Christoblog n'a pas été laissé tout seul pendant le mois d'août - noter ce blog en cochant le maximum d'étoiles, là, à droite
A bientôt à la rentrée pour les critiques d'Uncle Boonme, de Des dieux et des hommes, du dernier Woody Allen, de The Housemaid, et bien d'autres....
Punch drunk love est un objet boursouflé, sans âme, sans souffle, qui ne tient pas dans la durée. Une sorte d'exercice de style qui sert principalement son auteur, par ailleurs réputé colérique et égocentrique.
Le pauvre Adam Sandler essaye de composer un personnage à la croisée de Ben Stiller et de Mr Bean, sorte de sous-monsieur Hulot coincé et caricatural (avec le même costume bleu durant tout le film). Il essaye désespérément de paraître poétique mais l'indigence de l'intrigue et les tics du réalisateur le rendent plutôt ridicule.
Le film n'est donc qu'une succession de saynètes qui constituent autant de courts métrages plus ou moins réussis (l'harmonium, le supermarché, les méchants pas très dangereux, les effets de couleurs, la collection de bons de réduction donnant droit à des miles) mais en aucun cas un long métrage qui se tient.
A la vue de ce très surestimé Punch-drunk love, je comprends mieux pourquoi j'ai été si déçu par There will be blood : on n'y retrouve, bien que très atténués, les mêmes défauts : une afféterie bien prétentieuse dans la mise en scène, une superficialité tape-à-l'oeil, des scènes franchement ratées et des personnages transparents.
Paul Thomas Anderson devrait être plus modeste et penser plus à ses films qu'à lui-même, il deviendrait alors peut-être un peu plus cinéaste.
Le voyage que propose Les derniers jours du monde est une expérience qui dépasse celles que procurent la plupart des films.
La fin du monde est là. Sans l'être. Dans la tête du personnage principal (exceptionnel Mathieu Amalric, une fois de plus), c'est comme si elle n'existait pas. Son amour pour Lae, la mort de ses parents, sa femme (excellente Karin Viard), sa fille et son écharpe : tout cela compte plus pour lui que l'apocalypse. Peut-être est ce pour cela qu'il traverse les villes et les pays sans succomber à l'hécatombe générale.
Discrètement, l'ambiance d'apocalypse est pourtant installée avec un brio assez exceptionnel par les frères Larrieu : un vol d'hélicoptère, une patrouille sur le Lot d'encagoulés sur zodiac, une eau jaune qui sort du robinet, des explosions, une pénurie de papier, des vautours, une chouette, un hôtel rempli de cadavres.... tout cela est à la fois brillant et distant.
Le film ressemble à une fusion Dardenne-Desplechin / Kubrick-Lynch. Il doit sa sourde et profonde vitalité à une brochette d'acteurs/actrices exceptionnelle.
Dépaysant, comme un mauvais rêve dont on aime se souvenir.
C'est bizarre de penser qu'en 1995 Toy story constituait une sorte d'innovation ultime : film d'animation entièrement numérique. On était globalement surpris que cette modernité extrême puisse
susciter autant d'émotion que les bons vieux Disney .... En 2010, c'est presque l'inverse : on est surpris de voir apparaître dans le paysage numérique un dessin animé à l'ancienne, comme
L'illusionniste.
Toy story 1 (et 2 aussi) avaient impressionné par leur qualité d'émotion, de second degré, d'intelligence... L'opus 3 réunit les mêmes qualités, avec en plus, ce sentiment diffus et
profond que provoque la nostalgie et la claire perception du temps qui passe. Ce qu'ont raté dans les grandes largeurs les Bronzés, Pixar le réussit à la perfection : comment jouer avec les
sentiments de ceux qui ont vu en 1995 l'original et combler en même temps les nouveaux venus ?
Réponse :
- en recyclant habilement le meilleur des origines : un Buzz l'éclair version hispanique irrésistible
- en innovant brillamment dans le sadique : l'ours qui sent la fraise, vrai/faux méchant tout à fait machiavélique et déstabilisant
- en maniant le second degré avec brio : l'idée fabuleuse d'une Barbie et d'un Ken plus vrais que nature, dans des camps opposés
- en jouant juste ce qu'il faut avec les émotions : la dernière scène de la transmission des jouets, qui arrive à être profondément touchante sans être larmoyante
Toy Story 3 ne bouleverse pas le monde l'animation, comme a pu le faire le génial Fantastic Mr Fox en ce début 2010, mais il constitue une incontestable réussite pour Pixar,
semblant décidément condamné à éviter l'échec.
Je n'étais que
moyennement enthousiaste à l'idée d'aller voir le dernier Stephen Frears : et j'avais tout faux. Tamara Drewe est en effet un film tout à fait plaisant.
Nous sommes à la campagne, dans une drôle de chambre d'hôtes n'abritant que des écrivains en train d'essayer d'écrire (et n'y arrivant que très partiellement). Le mari de la tenancière, très
(trop) dévouée, est lui au contraire un écrivain à succès, adultère et cynique à souhait.
Dans ce petit monde rance et rural, une jeune femme sexy originaire du village et qui s'est fait refaire le nez vient semer la zizanie (et un peu plus) : Tamara Drewe.
A travers 4 saisons les couples vont se former, puis se défaire, chacun des protagonistes semblant subir plus ou moins directement les conséquences des actions d'autres, en particulier celles de
l'amour juvénile et effréné d'une jeune collégienne (cf photo) du village pour une star de rock. S'en suit une sorte de carrousel sentimental qui donne au film des airs de Songes d'une nuit
d'été.
Oh, bien sûr, Tamara Drewe ne marquera pas l'histoire du cinéma, mais on passe franchement un bon moment car le talent de Frears est celui d'un vieux routard efficace, le scénario est
millimétré et le casting franchement réussi, du rock star (une sorte de Prince blanc) aux vaches noires et blanches qui jouent un rôle déterminant dans cette histoire, en passant par les
collégiennes, très ... anglaises.
Le contentement ne serait que superficiel si la fin ne venait mettre une touche de comédie noire, à travers une accumulation de circonstances aussi drôles qu'inattendues : une spécialité anglaise
de surprendre tout le monde par une péripétie dramatique et pourtant drôle, se concluant en l'occurrence par un nez cassé.