Plutôt agréablement surpris par son second (L'arbre), je me me suis procuré le premier film de Julie Bertuccelli.
Le scénario de Depuis qu'Otar est parti est relativement simple : une grand-mère dont le fils (qu'elle vénère) est à Paris, sa fille, et sa petite-fille vivent ensemble en Géorgie. Le fils meurt : sa soeur et sa nièce cachent sa mort à la grand-mère.
Mais évidemment un mensonge de ce genre n'est jamais simple à tenir dans le temps...
Le film est avant tout un beau triple portrait de femmes de trois générations différentes : on y retrouve cette extrême attention aux acteurs, qui rend Charlotte Gainsbourg si lumineuse dans L'arbre. Il est aussi un tableau saisissant de la Géorgie d'aujourd'hui, entre souvenir du stalinisme et coupure d'électricité.
La mise en scène est épurée, souple, efficace. Julie Bertucelli fait preuve d'un sens du cadrage très sûr. Le montage alterne temps forts et plages plus contemplatives. Un beau film, qui aurait peut-être gagné à être un poil plus nerveux. Il a collectionné les récompenses dans beaucoup de festivals, grand prix de la semaine internationale de la critique à Cannes et César de la meilleure première oeuvre en 2003.
Après la Géorgie (que Julie Bertuccelli a appris à connaître en tant qu'assistante d'Otar Iosseliani) et l'Australie, où la réalisatrice nous entrainera-t-elle pour son troisième film ?
Pour préparer la vision de Biutiful mercredi dans le cadre du désormais célèbre festival d'automne, je me suis fait un petit samedi soir DVD devant le classique deuxième (ou troisième ?) film d'Inarritu.
Le début du film m'a laissé perplexe. Le fouillis temporel mis en place par le scénario alambiqué de Guillermo Arriaga n'apporte à mon avis pas grand-chose à l'oeuvre, si ce n'est de décourager potentiellement pas mal de spectateurs. Le temps de comprendre ce qu'on voit, il se déroule une bonne demi-heure.
A partir de là on peut se concentrer sur le propos du film, qui est assez fort.
La mise en scène d'Inarritu est incroyablement puissante, tantôt constituée de vifs mouvements de caméra parfaitement maîtrisés, tantôt de gros plans absolument sidérants ou de plan fixe très beaux, comme celui qui précède de quelques secondes l'accident et montre un jeune homme ramasser des feuilles mortes. Le talent que manifeste le réalisateur laisse pantois, on pense à Scorsese par exemple, ce qui s'explique peut-être par le fait qu'Inarritu a déjà 40 ans lorsqu'il tourne 21 grammes.
Le grain de la photo, très visible, et l'aspect un peu sale de l'image surprend au début, puis s'avère parfaitement en phase avec l'histoire. Les acteurs sont absolument magnifiques et tirent le film vers le haut : un Sean Penn qui mue physiquement en fonction de son état de santé, une Naomi Watts exceptionnelle, méconnaissable, non maquillée, droguée, abattue, un Benicio del Toro hyper physique, bloc de douleur particulièrement expressif. Même notre petite Charlotte Gainsbourg est parfaite.
En somme, un film important, même si la sophistication inutile de sa construction et les petites afféteries autour de ces 21 fameux grammes le plombent un peu.
Bon, je vais laisser à d'autres le soin d'éreinter le film de Canet.
Les raisons de le faire ne manquent certes pas : un côté bobo à Arcachon très mièvre, des surlignages musicaux d'un goût horrible, une fin ratée dans les grandes largeurs, le sentiment que ce genre de film de potes a été fait mille fois, du classique Mes meilleurs copains au récent et fade Coeur des hommes.
Et pourtant, par un tour de passe-passe assez étrange, et malgré ses défauts innombrables, je ne me suis pas ennuyé en regardant les 2h36 des Petits mouchoirs.
Peut-être le fait que Cluzet, l'acteur que j'aime détester, l'homme qui ne se départit jamais de son air "j'ai un balai dans le cul", trouve ici un rôle qui lui va comme un gant : maniaque obsessionnel de première bourre, ignoble et insupportable, cible des avances d'un Magimel très bien en gay refoulé.
On peut (peut-être) trouver une qualité au film : l'art d'établir un casting assez cohérent. Valérie Bonneton par exemple est extra, et Marion Cotillard très bonne aussi, par exemple dans une scène de bouée assez amusante. Lafitte a des airs de Michel Leeb idiot (pléonasme ?). Gilles Lellouche s'en tire bien aussi, en clone de Jean Dujardin.
Canet possède un ego sur-dimensionné qui lui permet de faire passer une certaine énergie dans son film (public de jeunes femmes trentenaires en bande ce soir, qui ont applaudi à la fin du film, vous voyez le genre...). Il lui reste à trouver du talent.
Il y a quelque temps eut lieu sur ce blog une bataille homérique entre Shutter Island et The Ghost Writer.
Je vous propose aujourd'hui un combat entre Les Amours Imaginaires et Kaboom.
Ils ont beaucoup en commun :
- leur personnages principaux sont un couple d'amis homme / femme
- les deux films interrogent l'amour et la sexualité des jeunes adultes (19/20 ans) gay/hétéro/bi
- les deux films évoquent explicitement l'échelle de Mc Kinsey
- ils ont des partis pris esthétiques qu'ils poussent à leur extrémité
- ils sont tous les deux très colorés
- leur bande-son est primordiale (et excellente dans les deux cas)
- il possèdent tous les deux des scènes avec filtre monochrome bleu (?)
- dans les deux films vous noterez : des mères nymphomanes, des pères absents, des scènes de masturbation interrompues
C'est parti.
Et voilà, c'est fini, merci à tous. Finalement, l'empoignade entre le jeune prodige (auto-déclaré) et le fringant
ancien (un peu oublié) a tourné à l'avantage du premier.
Les amours imaginaires : 12 pL, neil, Phil Siné, mymp, pierreAfeu, heavenlycreature, Squizz, Fritzlangueur, cristal!, Alexandre Mathis, contre-plongee, Marcdo
Le récent Kaboom m'amène à plonger dans la filmo d'Araki en commençant par son film le plus connu.
Mysterious skin est un film fascinant, tissé de cette étoffe dont on fait les films cultes. Il est brillant, troublant, alors qu'il s'attaque à une batterie de sujets tous plus casse-gueules les uns que les autres : l'homosexualité dans un bled perdu du Kansas, la prostitution, le viol, la pédophilie, la folie, les OVNIs.
Ce qui permet au film de tenir debout et de figurer au panthéon des années 2000, c'est la tension qu'il instaure et qu'il arrive à tenir sur la durée, entre plusieurs éléments contradictoires entre eux.
La tension explicite / implicite
Certaines scènes de sexe sont insoutenables. Hors on ne voit à aucun moment un sexe masculin. Le film est donc terriblement implicite dans ce qu'il montre, et explicite dans ce qu'il suscite chez le spectateur : Araki a compris qu'un visage qui s'empourpre, une main sur un visage, un doigt sur la langue génère un plus grand malaise qu'un pénis filmé.
La tension hypersexué / asexué
Neil réagit à ce qu'il a vécu en se précipitant dans une course en avant vers le sexe, autodestructrice et suicidaire. Il lui faut toujours plus : de risque, d'expérience, de sensations. Tout le monde est amoureux de lui : Eric, Wendy, ses amants. Il est une sorte de trou noir qui attire et engloutit les autres. Bryan est l'inverse, il refoule son expérience et sa libido est en panne sèche. On ne peut pas opposition plus extrême, et il intéressant de constater que les deux mères renforcent cette opposition puisqu'elles reproduisent les caractéristiques de leur fils.
La tension réalisme / onirisme
Le film oscille constamment entre un vérisme psychologique et social, et des fulgurances poétiques qui nous entraînent dans un autre monde (les visions de Bryan, la pluie de céréales évidemment, la soucoupe volante, le dernier plan qui isole les deux protagonistes dans le noir, la vache mutilée, le malade...)
La tension cruauté (du propos) / suavité (de l'objet cinématographique)
Celle ci n'est sûrement pas discernable au premier abord, et pourtant elle est particulièrement évidente si par exemple on ferme les yeux : alors que beaucoup de réalisateurs auraient raconté cette histoire avec une bande-son volontairement stressante, Araki l'accompagne d'une petite musique, constamment douce et inoffensive, terriblement entêtante et soporifique à la fois. De même il fait évoluer ses personnages dans des décors aux nuances pastels, particulièrement cruelles par contraste. Dans la scène hallucinante des feux d'artifice tirés de la bouche de son prisonnier, Neil a un sourire d'ange.
La tension anticipation (ce qu'on devine) / réalisation (ce qui nous est révélé)
C'est sûrement là que réside l'aspect le plus étrange du talent d'Araki. Contrairement aux films qui manient le classique retournement de situation de dernière minute, Mysterious skin parvient à nous faire percevoir à tout moment ce qui va advenir ensuite. Mais cette perception est toujours incomplète, confuse, et l'on craint (avec raison) en permanence que la suite soit plus terrible que ce qu'on imagine. Cette anticipation inquiète et fiévreuse est le moteur principal du film.
Il serait sacrilège de dire à propos de Mysterious skin "je l'aime" ou "je ne l'aime pas", il fait partie de ces oeuvres qui ne vous laissent guère de choix, qui vous prennent contre votre gré et vous emmènent loin, vous laissant au final pantelant, désarçonné et amoureux du cinéma comme jamais.
The social network raconte une histoire très intéressante : comment un jeune nerd complexé a inventé Facebook et devient à 26 ans un des hommes les plus riches du monde.
A la baguette, deux pointures : Aaron Sorkin, le diabolique créateur de la série A la Maison Blanche, et David Fincher, probablement le cinéaste US le plus performant à l'heure actuelle. Du premier on reconnait immédiatement les dialogues mitraillettes (faut suivre !) et le second nous donne une belle leçon de mise en scène.
Fincher devient de film en film un réalisateur "classique", comme on pu l'être en leur temps Mankiewicz ou John Ford : mouvements de caméra amples et épurés, lumières magnifiques, petites coquetteries virtuoses (la course d'aviron), captation subtile des mouvements intérieurs des personnages, montage parfait.
Là où le film péche un peu, c'est dans la construction alambiquée basée sur les deux procès, et surtout dans la figure de Marc Zuckerberg. Ce dernier est effectivement moins intéressant que les personnages secondaires, comme le sulfureux Sean Parker, créateur de Napster, joué par un étonnant Justin Timberlake. Zuckerberg est visiblement un salaud qui réussit, ce qui ne manque jamais de fasciner les Américains.
Autant le début à Harvard est passionnant (les clubs et Facemash, moteurs de la motivation revancharde de Zuckerberg), autant les dernières images tombent un peu dans la facilité façon Rosebud, la profondeur de Citizen Kane en moins : j'ai un peu de mal à croire que l'inventeur de Facebook drague la fille qui l'a larguée il y a 6 ans avec un "tu veux devenir mon ami?" lancé via sa créature.
Cette fin sensée nous rendre Zuckerberg plus proche, plus touchant, était peut-être le prix à payer pour pouvoir faire le film ?
On va voir le dernier Woody Allen comme on va voir le dernier Lelouch : en devinant qu'il ressemblera au précédent, qui lui-même ressemblait au précédent, qui...
La petite musique allenienne semble bien usée désormais, au propre (les arrangements jazzy old fashion aigrelets) comme au figuré. Rien de nouveau dans l'intrigue : des chassés-croisés, une voix off difficilement supportable, des marivaudages en toc, une pute aux gros seins, un artiste manqué. Bref les stéréotypes usuels du maître.
Dans cet opus qu'on oubliera aussi vite que le précédent, il y a pourtant une dose de cruauté qui aurait pu sauver le film, si Woody avait chaussé les lunettes / bistouris qui avaient rendu si brillant le diamant Match Point.
Malheureusement tout est mou dans ce film, de la réalisation à la lumière en passant par le jeu ridicule des acteurs et actrices. Seule Naomi Watts semble à la hauteur : elle minaude superbement en essayant ses boucles d'oreille, puis peut vraiment être infâme avec sa mère.
Bien sûr, le parallèle avec Les amours imaginaires est inévitable.
Même intérêt pour le sexe (hétéro / gay) et l'amour chez les jeunes adultes 19/20 ans (Mc Kinsey est cité dans les deux films), même jusqu'au boutisme formel, même couleurs pétantes, même importance de la bande-son, mêmes gimmicks : séance de masturbation interrompue, mère nympho, père absent...
Autant le film du jeune Dolan m'a paru vieux et pompé, autant celui du vieux Araki me parait jeune et chtarbé.
Il faut dire que ça part à toute berzingue, et que ça ne ralentit jamais, jusqu'au bout. Ce serait un crime - en même temps qu'un casse-tête - que de raconter l'intrigue, mais sachez qu'en allant voir ce film vous allez passer par toutes les nuances de l'orgasme cinéphilique : la peur, le rire, l'excitation, la surprise, le plaisir visuel, l'admiration devant un art du montage épatant, la satisfaction de voir les pièces d'un puzzle s'assembler, le plaisir que procurent de très bons acteurs et surtout, surtout, cet élan primal qui bouscule tout sur son passage, sorte de taureau furieux qui renverse toutes les conventions, et le bon goût en premier, pour filer vers sa propre destruction. Le film est coloré, gai(y), libertaire dans sa forme et son propos. En plus, c'est anecdotique, mais on y rigole bien grâce à une dizaine de répliques imparables et délicates sur le thème pendant et après l'amour, du style "J'ai connu des frottis vaginaux qui duraient plus longtemps" ou "C'est un vagin, pas un plat de spaghetti".
Kaboom dynamite le teen movie de l'intérieur, mais sous l'extas(y)e une réflexion plus profonde rôde comme un fantôme : la mort à 20 ans, l'absence des parents, l'amitié, la nostalgie du monde avant sa fin, le sens de la vie. Il y du Lynch sous amphet dans cet Araki là.
Le dernier Lelouch est très mauvais :
- les acteurs jouent comme des pieds
- la mise en scène est paresseuse (ce débarquement poussif, qui est à Spielberg ce qu'une trotinette est à une Ferrari)
- les afféteries habituelles du réalisateur deviennent insupportables.
Tout est mauvais, mais certaines choses sont pires : les chansons (argh...), la voix off (pffff...), le personnage que joue Audrey Dana (qui confond le fait de baiser le premier venu, fut-il
nazi, et l'amour... c'est ballot), les accents américains et allemands d'acteurs français, les faux films muets, Liane Foly, les décors du vieux
Paris...
Le film n'est pas simplement nul, il devient ignominieux quand il fait des trains de déportés des lieux où on peut tranquillement draguer assis, ou quand il habille les prisonniers du camp
d'Auschwitz (tous en pleine forme) d'un joli pyjama rayé tout propre, gris et bleu.
Il est enfin d'une prétention folle du début (Lelouch nous dédie le film ainsi qu'à ces 7 enfants : c'est pas un tout petit peu de l'ego shooté au viagra, ça ?) à la fin (c'est le premier
réalisateur que je vois incorporer un best of de ses propres films dans une de ses oeuvres, de la masturbation cinéphilique d'une rare intensité).
Si le ridicule tuait, nous n'aurions plus aucun Lelouch à aller voir.
Y'en a marre que ffred voit plein de films et pas nous. Ouaip.
Aussi lançai-je un grand jeu avec plein de prix qui n'existent pas : qui verra plus de films que ffred qui, le coquin, bénéficie d'une carte UGC illimitée, entre le samedi 25/09 et le dimanche 03/10 minuit ? Au cinéma bien sûr, un scan du ticket d'entrée faisant foi en cas de contestation.
Résultat final :
ffred : 10 (Yves St Laurent - Pierre Bergé l'amour fou, Pauline et François, Hors la loi, Resident evil afterlive 3D, Les Runaways, Trop loin pour toi, Les amours imaginaires, The social network, Le dernier exorcisme, Sans queue ni tête)
Heavenlycreature / PierreAfeu : 7 (Les Runaways, Simon Werner a disparu..., Amore, The Housemaid, Homme au bain, Les amours imaginaires, La meute)
Chris : 10 (Amore, Happy few, Simon Werner a disparu..., Notre jour viendra, Poetry, Les amours imaginaires, Le bruit des glaçons, Un homme qui crie, Le voyage extraordinaire de Samy, Ces amours là)
Un grand merci aux participants, et franchement le score on s'en fout un peu. Notre ami Fred a été doublement handicapé par un week end dans les Alpes et un rhume, sinon, je pense qu'on n'aurait pas pesé lourd. En ce qui me concerne en tout cas, une super expérience : c'est fantastique de voyager en une semaine du Tchad à la Corée en passant par l'Italie, et du thriller à la comédie en passant par le drame sentimental. On pourrait remettre ça un de ces jours en calant mieux les dates: je vous ferai signe.
Le voyage extraordinaire de Samy prouve deux choses : la première, c'est que les européens égalent désormais les américains dans les techniques
d'animation, deuxièmement, que les européens sont encore loin des américains en matière de scénario (je pense à l'histoire de Nemo par exemple, qui se déroule dans le même milieu).
Si les images sont très belles et les personnages attachants, la succession de saynètes qui constitue le film ne parvient pas à capter de façon durable l'attention du spectateur adulte.
On a droit au passage à une sorte de catalogue du petit militant écologiste (la marée noire, la chasse de la baleine, les filets trainants, les ordures déversées par les bateaux, les sorties
d'égout dans la mer...) très politiquement correct.
Les 6/10 ans apprécieront probablement l'histoire de Samy, de son ami Ray et de son amoureuse Shelly, trooooop mignonne.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un film aussi beau esthétiquement. Chaque plan est une sorte de tableau vivant. La lumière est d'une exceptionnelle douceur, donnant aux textures une sensualité extrême.
Mahamat Saleh Haroun possède un don inouï pour le cadrage et la direction photo, et obtient des scènes visuellement parfaites, comme les 3 ou 4 derniers plans du film, à tomber par terre.
Le scénario, lui, est presque celui d'une tragédie grecque. Un père voit son fils lui prendre son emploi qu'il adore (maitre-nageur) et en conçoit une profonde amertume. Parallèlement, on lui réclame de contribuer à l'effort de guerre en payant une grosse somme qu'il n'a pas. Ou alors de donner son fils pour la guerre... que fera t'il ?
Le film s'attarde tranquillement sur l'évolution du personnage principal, joué par Youssouf Djaoro qui impose sa très grande présence avec beaucoup de naturel (il jouait dans le film précédent de Seleh Haroun, Daratt, primé à Venise). Peut-être certains trouveront que cette lente évolution dans le mutisme, puis la dépression, est insupportable. Ils auront d'une certaine façon raison. Moi même j'avais envie de prendre Adam par les épaules, de le secouer et de lui dire : réagis, c'est le moment.
Dans une interview donnée au Monde, le réalisateur raconte comment il a du tourner ce film, dans des conditions de sécurité très difficiles, comme "avec un pistolet sur la tempe", dit-il. Vu le résultat, déjà remarquable, on peut imaginer de quelle qualité serait une de ses oeuvres réalisée avec des moyens conséquents et une tranquillité de travail assurée.
Je dois le bien
dire, c'est un peu contre mon gré que je me suis retrouvé dans une salle pour voir le dernier Blier, qui ne me disait rien du tout : c'est le défi lancé à ffred qui m'y a poussé.
Et divine surprise, magie du cinéma : j'ai trouvé le film pas mal du tout.
Au début, j'ai été un peu désarçonné par ce cancer qui s'invite (incroyable Dupontel) et par le jeu un peu factice de Dujardin, qui ne m'avait encore jamais convaincu comme acteur.
Et puis, ce diable de Blier, vieil anar toujours en jambe, nous embringue dans une histoire improbable mais qui progressivement nous captive, mélangeant les temps (flashs backs simples, puis
intrication de plusieurs lignes temporelles), multipliant les provocations à la fois dans la mise en scène (ces regards caméra totalement déraisonnables) et le scénario.
Il en a encore dans le buffet ce vieux Blier, pour montrer un cancérologue qui donne un coup de boule à un patient qui l'emmerde, ou pour célébrer aussi joyeusement les plaisirs de la chair après
50 ans ! Tout le contraire de Notre jour qui viendra : le film est ici agréablement déstabilisant par ce qu'il raconte, il ne cherche pas l'esbroufe. La fin est complètement bancale,
mais on le pardonne au film, qui de toute façon n'est pas parfait. Les dialogues enfin recèlent quelques pépites dignes d'Audiard.
Les amours imaginaires est une petite chose pimpante, qui va plaire aux amateurs de friandise.
Le bonbon est sucré, coloré, avec juste un peu d'amertume. Le résultat n'est pas désagréable.
Xavier Dolan emprunte à beaucoup de monde dans ce film : à Wong Kar Wai le ralenti amoureux et le battement de cil de 3 secondes, à Gus Van Sant la manie de filmer les gens marchant par derrière, à Gregg Araki une scène (celle de la pluie de marshmallows), à Christophe Honoré Louis Garrel (un faux blond, puis le vrai), à Almodovar ses couleurs et ses rouges à lèvres, à Audrey Hepburn son sourire, etc.... Je trouve qu'il ne fait pas preuve en cela d'une grande maîtrise et ne fonde pas un style très personnel. Le résultat est fait de bric et de broc, répétant des recettes à satiété (zoom avant arrière saccadé, filtre de couleurs...). L'émotion n'est jamais venue en ce qui me concerne, même dans les témoignages de personnes étrangères à l'histoire, un procédé beaucoup plus réussi dans Poetry.
Finalement ce qui m'a le plus plu dans le film ce sont les acteurs. Dolan lui-même est très bien. Il a de bonnes chances de rejoindre dans cette catégorie des acteurs-réalisateurs de talent : Allen, Moretti, Eastwood.
Monia Chokri est excellente, vintage jusqu'au bout des ongles, très "nouvelle vague". Niels Schneider m'a énervé, ses airs ne m'ayant jamais convaincu et son personnage ne crédibilisant pas le scénario.
Certaines scènes sont amusantes (les deux ruptures, la visite de la mère), caustiques sans être véritablement cruelles.
Une oeuvre de jeunesse, à mon avis en mode mineur, d'un cinéaste dont on devine qu'il peut beaucoup plus.
Poetry possède le même défaut et les mêmes qualités que le précédent film de Lee Chang-Dong : Secret Sunshine.
Le défaut, c'est d'être un peu trop long (2h19).
Les qualités sont nombreuses : d'abord une faculté à construire un écheveau d'intrigues qui paraissent totalement indépendantes (le vieux malade, le fils, la poésie, la maladie), et qui progressivement se rassemblent, se croisent, se répondent. Une qualité de direction d'acteurs exceptionnelle : dans les deux films, les performances d'actrices sont remarquables.
Enfin, une délicatesse à la fois tendre et sensuelle pour décrire des évènements, qui, si y on réfléchit deux minutes, sont absolument terrifiants. Dans ce registre, les conciliabules des 5 pères, l'attitude du journaliste, l'indifférence du fils sont d'une noirceur absolue.
Lee Chang-Dong a aussi cette faculté de faire naître l'émotion au détour d'une scène (les plans qui montrent les inconnus raconter le plus beau moment de leur vie), et aussi de filmer la douleur (la mère qui s'effondre dans la rue au début du film).
2010 est donc l'année les grands mères asiatiques pleines de force mentale et d'énergie, aux prises avec des hommes (et des fils) faiblards et incompétents, comme dans Mother et Lola.
Il a plusieurs genres de mauvais films : - les mauvais films qui font du fric : a priori, ils sont faits pour ça, rien à dire - les mauvais films qui auraient pu être bons si le réalisateur ne s'était pas trompé en route - les mauvais films qui s'en foutent d'être des mauvais films, et voire même qui cherchent à l'être
Dans cette dernière catégorie on peut distinguer les séries B ou Z, fauchées, parfois sympathiques, et les films friqués, sponsorisés, qui sont pour le coup froidement antipathiques.
Notre jour viendra fait partie de ces derniers. Il n'est pas provoquant quand il voudrait être provoquant, ni drôle quand il le voudrait. Vous savez, c'est comme le cousin un peu bourré qui raconte une blague qui ne fait rire personne dans un repas de famille. Tout le monde est un peu gêné et le pauvre gars est pitoyable.
Romain Gavras a les moyens et il s'amuse : voiture de luxe dans les paysages industriels du Nord, habitants demeurés, montgolfière sur fond de coucher de soleil, petite fille rousse qui sort d'on ne sait où et qui regarde la débauche de sieur Cassel, plus cabotin que jamais (mais n'est pas Depardieu qui veut, et Gavras n'est pas Blier). Les roux sont en guerre contre le reste du monde, mais faire un film, ce n'est pas tourner un clip.
Le film est tendance, creux, vide. Il y a peut-être pire, mais je ne l'ai pas encore vu cette année.
Il y a quelques années, My name is Earl fit souffler un agréable vent frais sur le monde des comédies américaines format court (26 minutes). Pas de rires enregistrés, un tournage principalement en extérieur : ça changeait de Friends.
Le pitch était en plus rigolo : un escroc à la petite semaine gagne à la loterie, mais manque de bol, il est immédiatement renversé par une voiture et perd son billet. Il entend parler de karma à la télé et décide de rattraper toutes les mauvaises actions de sa vie : 259 si je me souviens bien.
Les saisons 1 et 2 nous entrainaient dans une loufoquerie rappelant assez l'ambiance de Arizona Junior ou de notre Kaamelott. La saison 3 tentait d'innover avec un passage de Earl en prison.
Pour la saison 4 retour au basique : une petite historiette par épisode.
Parmi les premiers épisodes, les meilleurs sont ceux qui se consacrent à un personnage en particulier : 4x01 (émouvant), 4x02 sur un vieux en train de mourir qui se révèle être un ex soldat tueur absolument féroce, 4x05 qui nous présente un ex-cascadeur qui a perdu la mémoire et revit toujours la même journée. Ces beaux épisodes nous rappellent les meilleurs moments de la série, dans lesquels absurde, tendresse et décalage forment un harmonieux mélange. La série s'attarde aussi sur l'approfondissement de certains personnages récurrent de la série, en particulier sur Randy qui tient la vedette de nombreux épisodes dont les savoureux 4x14 et 4x17 (qui voit Randy construire sa propre liste).
A mi parcours la série prend un tour particulier avec des arcs narratifs qui se développent sur plusieurs épisodes (Darnell s'avère être couvert par un programme de protection de témoin et doit s'enfuir avec Joy). Après le plaisir des retrouvailles, on sent que la série a du mal à conserver son impulsion initiale. Les derniers épisodes confirment la perte de vitesse (en particulier 4x25 et 4x26, parodie d'une émotion télé pas très drôle).
Au final cette quatrième saison se révèle assez agréable à regarder, malgré des faiblesses qui apparaissent de plus en plus (les personnages deviennent progressivement leur propre caricature). A consommer comme un paquet de pop corn.
La fin semble annoncer une cinquième saison (To be continued !) qui, on le sait maintenant, n'existera jamais. C'est peut-être mieux ainsi : il serait dommage que Earl baisse de niveau, le contexte de la série contient ses propres limites.
Simon Werner a disparu utilise le procédé désormais classique en cinéma (depuis Rashomon ?) de conter la même histoire de plusieurs
points de vue différents (4 ici), en découvrant à chaque fois de nouveaux pans de réalité.
En l'occurrence, le procédé est très habilement mené grâce à un scénario millimétré.
Nous sommes dans un établissement scolaire du 78, et un élève a disparu. Puis un autre. Puis encore un autre. Y'a t'il un tueur en série dans le coin ? Le prof de physique est bizarre,
l'entraîneur de foot aussi...
Fabrice Gobert possède un don particulier pour entretenir une sorte de suspense paranoïaque qui nous mène par le bout du nez : de la quasi certitude d'une catastrophe, on passe doucement à une
interrogation sur la banalité de tout ce qu'on a vu jusqu'à présent, avant de finir sur un dénouement qui remet à l'endroit l'ensemble de l'intrigue.
Je ne trouve pas que les dernières scènes apportent beaucoup au film, au contraire, je me serais arrêté pour ma part "cut" après la scène qui résout le cas Simon.
Une excellente surprise quand même, bien servie par de remarquables jeunes acteurs, et qu'on peut conseiller par exemple à ceux qui ont aimé Harry, un ami qui vous veut du bien.
Ridicule, c'est le premier mot qui vient à l'esprit après avoir vu Happy few.
Résumons : A est avec B, C avec D. Lors d'une soirée A couche avec D, B avec C. A couche aussi un peu avec C (les femmes !), mais sûrement pas B avec D : on n'est pas ici dans un porno gay
style Honoré.
C'est que dans cette histoire d'adultère organisé, tout le monde est bien sage. Il ne s'agit pas de faire n'importe quoi : dans cette scène ridicule de sexe dans la farine (ouah, le fantasme !),
chaque partenaire est avec son non-légitime et il ne s'agit pas de regarder à côté, et encore moins de toucher. Les corps eux, ne semblent pas trouver ça super rigolo, la sensualité et le
libertinage se sera pour une autre fois. C'est de l'adultère tristounet.
Le dénouement est particulièrement savoureux dans le genre idiot. A est vexée parce que C avait couché une fois avant le fameux repas avec D : pas bien du tout !
Si on ne croit pas une minute à cette histoire improbable de bobos qui ne semblent jamais devoir travailler, on croit encore moins au contexte socio-culturel des personnages. Les enfants sont
filmés, sans donner l'impression d'être présents dans le film. Les professions et le passé des uns et des autres sont esquissées sans profondeur : imaginer Elodie Bouchez en ex Nadia Comaneci,
c'est comme imaginer Delarue en ex moine boudhiste.
Bref tout cela n'a ni queue ni tête (dans tous les sens), et plus que ses acteurs, ce sont les spectateurs que le film roule dans la farine.
Amore est une sorte de cauchemard pour le critique, en tout cas pour moi. Le film est tellement foisonnant en terme de références, de styles de mise en scène et de propos qu'on passe rapidement du plus grand énervement à une certaine émotion.
Un bon résumé pourrait être de dire que le réalisateur, Luca Guadagnino, a voulu livrer son Guépard : portrait d'une société en déliquescence à travers la chronique familiale d'une grande famille bourgeoise milanaise.
Les thématiques s'enchevêtrent donc sur le mode du "tout fout le camp" : le patriarche meurt, le fils vend l'affaire à des Indiens, la fille découvre son homosexualité, la mère tombe amoureuse façon Lady Chatterley, les pièces rapportées (la femme d'Edo) sont traitées avec une froide cruauté. Tout cela est montré à travers une mise en scène qu'on peut qualifier de pompeuse, voire pompière (ah, le plafond bleu de l'église, ou l'assiette d'écrevisses qui illumine le visage d'Emma), assemblage de très très gros plans, de quasi noir et blanc, de kaleidoscope, d'images floutées, de variation brusque de profondeur de champ, etc.
On passe tour à tour d'un repas filmé à la Desplechin, à une scène typiquement hitchcockienne (la musique de John Adams), en passant par du Pascale Ferran pur jus. Le dernier plan (à voir après un carton de générique de fin, attention) semble même sorti d'Oncle Boonmee.
On s'ennuie par moment, on s'interroge à d'autres et Tilda Swinton arrive à être à la fois énervante, touchante, parfois sublime.
Amore est tout entier tissé de paradoxes, c'est un grand film malade.