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Christoblog

Arrietty, le petit monde des chapardeurs

The Walt Disney Company FranceLa relève est assurée, voilà la conclusion qu'on peut tirer de la vision d'Arrietty, le petit monde des chapardeurs.

Le grand Hayao Miyazaki (70 ans) peut commencer à passer la main. Hiromasa Yonebayashi (38 ans) assure parfaitement la réalisation de cette nouvelle production des studios Ghibli.

L'histoire est simple et limpide : de petits êtres (les chapardeurs) vivent dans les maisons des humains. Ils ne doivent en aucun cas se faire remarquer de leurs hôtes, sinon, ils doivent partir et trouver une nouvelle maison. Arrietty, 13 ans, sympathise avec un jeune humain malade du coeur qui vient se reposer chez sa tante, et met du coup sa famille en danger.

Les images sont comme d'habitude magnifiques, la nature étant cette fois-ci particulièrement à l'honneur.

Le film est lent, le caractère de certains personnages semble dessiné à la hâte (le père), l'histoire manque certainement un peu de relief, mais la magie opère tout de même. C'est dans la poésie des proportions que le film est une franche réussite. Lorsqu'Arrietty et son père progresse dans la maison à l'aide d'astuces variées, lorsque la jeune chapardeuse découvre l'immense cuisine pour la première fois, on vibre réellement avec elle. Les décors exploitent à fond cet aspect de l'histoire en fournissant des tas de détails très bien trouvés : les timbres postes deviennent posters, une seule goutte émergeant de la mini-théière remplit une tasse, une épingle se transforme en épée, etc.

L'enthousiasme irréductible qui émane d'Arrietty, son appétit de vivre, d'aimer et de découvrir, est le deuxième point fort du film. Il est particulièrement attendrissant au regard du caractère maladif et très calme du jeune garçon.

A conseiller aux petits et aux grands, même si de par son scénario, Arrietty ne peut rivaliser avec les "grands" Miyazaki, dont les thèmes sont autrement plus complexes.

Le musée Ghibli à Tokyo, j'y étais.

 

2e

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Poupoupidou

Sophie Quinton. Diaphana DistributionLa première bonne surprise de l'année est française, et elle vient de Mouthe (Doubs) !

C'est en effet dans cette petite ville à la frontière suisse qu'on découvre le corps d'une jeune femme qui s'est suicidée. Suicidée ? Pas sûr, pense un écrivain de roman policier en panne d'inspiration de passage dans la petite Sibérie française...

A la fois polar (qui l'a tuée ?), comédie grinçante, thriller psychologique, comédie sentimentale, Poupoupidou est très maîtrisé. Il manie avec brio émotions, amusement et curiosité.

Les grilles de lecture y sont multiples : on peut le voir comme un film-collage de références à Marilyn, une chronique amère de la vie provinciale, un essai sur la mobilité faciale d'un acteur hors du commun, le magnifique Jean-Paul Rouve, un exemple d'habileté scénaristique autour du concept de flashbacks, l'esquisse tendre et désabusée d'un destin brisé.

Il ne lui manque pas grand-chose pour franchir le cap des 4**** : quelques traits moins appuyés, ou au contraire un surcroît de noirceur neigeuse, qui le ferait alors tendre vers le Fargo des Coen, ou mieux encore vers le film étincelant de Sam Raimi Un plan simple.

Jeu express

Le réalisateur s'est amusé à déposé le chiffre 5 sur une multitude d'objets dans le film, en référence, je suppose, à la fameuse répartie de Marilyn : "Que portez vous la nuit ?" "5 gouttes de Chanel N°5 uniquement".

Pour ma part j'en ai remarqué 6. Combien pourriez vous en citer ?

 

3e

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Tonnerre sous les tropiques

Robert Downey Jr. et Ben Stiller. Paramount Pictures France J'attendais beaucoup de ce film, mais comme souvent avec la "nouvelle comédie américaine", celle des Stiller, Carell, Black et consorts, je suis déçu.

On s'attend en effet, d'après la réputation du film, à assister à une parodie outrancière et passablement déjantée des films de guerre.

 

Or si Tonnerre sous les tropiques commence en effet dans cet esprit avec de fausses bandes-annonces assez marrantes, sa critique du système holywoodien et sa capacité d'auto-dérision s'éteignent très rapidement.

A partir du moment où nos héros sont abandonnés dans la forêt (la scène gore de la disparition du metteur en scène, la seule de vraiment mauvais goût), le film devient progressivement ce qu'il entendait initialement moquer : un blockbuster dans lequel ça canarde dru. Il y a parfois de bons moments, mais ceux ci ne suffisent pas à sauver l'ensemble. C'est finalement le maquilleur qui mérite un Oscar : il réussit un maquillage surprenant de Robert Downey Jr en noir (voir photo) assez confondant. Dans ce personnage qui s'ingénie à parler comme un black pendant toute l'aventure réside d'ailleurs l'effet comique le plus efficace. Deuxième exploit : grimer Tom Cruise jusqu'à le rendre méconnaissable, transformé en magnat ignoble jurant comme un charretier.

Lorsque ce dernier danse (incroyablement !) sur du rap, le film atteint alors son but : surprendre en décalant.

Malheureusement, il s'agit du dernier plan. 

2e

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Pieds nus sur les limaces

Ludivine Sagnier et Diane Kruger. Haut et Court Il est assez rare qu'un film  arrive à me convaincre sur la durée, lorsque j'ai été déçu par son début. C'est pourtant ce que parvient à faire brillamment Pieds nus sur les limaces.

Lily est simple d'esprit et vit à la campagne avec sa mère, qui meurt brutalement, dans des circonstances curieusement identiques à celles de la mort du père dans L'arbre. Sa soeur, bien éduquée, vivant en ville, mariée avec un homme à responsabilité, doit s'en occuper.

Les personnages sont dans les premières minutes dessinés à tellement gros traits qu'on se demande jusqu'où la caricature va nous emmener : le visage de Diane Kruger est désespérément vide, et Ludivine Sagnier semble surjouer. Et puis le film se transforme, par l'enchantement d'une sorte de féerie dictée par la nature, qui n'est pas sans rappeler le très beau Lady Chatterley de Pascale Ferran. 

Ludivine Sagnier élève son niveau de jeu et devient vraiment son personnage. Diane Kruger se met à l'unisson, dégageant progressivement un charisme fragile et des failles béantes. La mise en scène, qui montre quelques afféteries en début de film, se tend progressivement pour devenir sèche et précise. Le film culmine alors à des hauteurs qui le laisse en équilibre entre plusieurs genres tout aussi maîtrisés les uns que les autres : thriller psychologique (la douche, la visite des 3 lascars, les 3 garçons dans la caravane), drame familial (le nounours pendu), la comédie sentimentale (le rugbyman), le filme de province chabrollien (le pique-nique au bord du lac) ?

Un film dont les défauts sont compensés par de grandes qualités de mise en scène et de direction d'acteurs, et qui confirme la forme éclatante des réalisatrices françaises. A suivre.

 

3e

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Octubre

Bruno Odar. EurozoomLes frères Vega (Diego et Daniel), cinéastes péruviens, complètent la liste déjà assez longue des frères réalisateurs : Coen, Dardenne, Larrieu, Taviani. Wachowski, Farrelly, Pang...

Pour leur premier film, on peut dire qu'ils réussissent leur coup, avec le prix du jury de la section Un certain regard du dernier festival de Cannes.

Un prêteur sur gage patibulaire (voir photo), qui a les zygomatiques bloqués en position off, se voit un jour remettre un adorable poupon fille. Il recherche la mère supposée (une prostituée) et confie la garde du bébé à une voisine dévote qui aimerait bien avoir un homme dans son lit. Las ! Notre usurier continue d'aller aux putes. La pauvre. Même le fait de lui faire boire une eau dans laquelle a trempé une de ses culottes (usagée) ne le rend pas amoureux...

La mise en scène prend le parti pris d'un formalisme épuré : plans fixes uniquement, pas de musique. La photographie est très belle, le cadre parfait, le montage réussi. Le scénario est à mon avis le point faible du film : il ne se passe pas grand-chose et les frères Vega se la joue "humour à froid" ou "burlesque minimal", un peu à la Kaurismaki. Octubre a donc à la fois les qualités et les défauts des films du cinéaste finlandais, par moment développant un humour assez incompréhensible, à d'autres réussissant à captiver.

Des cinéastes à suivre en tout cas.

2e

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Le quattro volte

Les Films du LosangeQuel film étonnant !

Raconter le synopsis n'est pas chose facile. Un vieux berger tousse beaucoup. Il se soigne en mélangeant de la poussière ramassée à l'église et mélangée à de l'eau. Un jour, il perd la précieuse poussière en faisant ses besoins. Il va à l'église, qui est fermée. Il meurt. On suit ensuite la naissance d'un chevreau puis son apprentissage. Il se perd, et échoue au pied d'un arbre. Le film décrit ensuite la vie de l'arbre, jusqu'à ce qu'il serve de mât pour une fête de village. L'arbre finit en charbon de bois, puis en fumée, dans une sorte de féerie vaporeuse de toute beauté.

C'est beau, magnifiquement lent, cadré avec une rare élégance et tous les éléments de la nature semblent littéralement habités. Les jeux de lumière magnifient les objets filmés. Pourtant, il serait inexact de parler de panthéisme, ou de réincarnation, car le film n'est ni religieux, ni fantastique. Il est ... il est ... ce qu'Oncle Boonmee n'a pas pu ou su être !

Passée la première demi-heure un peu convenue, le film parvient à une densité rarement vue, et tout cela sans aucun dialogue.

Si j'avais vu le film avant de faire mon classement 2010, il n'aurait pas été loin d'intégrer mon Top 20 : un vrai espoir pour le cinéma italien, passablement sinistré.

3e

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Incendies

Incendies est tiré de la célèbre pièce de Wajdi Mouawad, que je n'ai pas vue.

Pour commencer, j'ai un problème avec le scénario. Je veux bien admettre les coïncidences, c'est même souvent le ressort dramatique par excellence, mais là, franchement, et même en considérant que le monde est petit, ça fait beaucoup. Je pense à la prison + la piscine, ceux qui verront le film comprendront.

Mais bon, passons. Ce ne serait pas si grave si le réalisateur canadien n'avait échangé sa caméra contre une truelle. Il utilise les morceaux musicaux comme des parpaings, les changements de focale comme des marteaux-piqueurs et les flashbacks comme des bulldozers. La nuance n'est pas son fort, témoin cette scène ridicule ou le jeune fils fait une plaisanterie sur le viol vraiment mal venue.

Les scènes de violence ne sont pas tournées de façon professionnelle (lors de l'assassinat de Wahab on dirait que le flingue est en plastique) et la volonté de faire de la belle image nuit cruellement au réalisme du film (le bus en feu...).

De nombreux plans de remplissage nuisent également au rythme du film, qui apparait finalement bancal et comme inachevé. Heureusement que les actrices jouant Nawal et Jeanne Marwan tirent leur épingle du jeu : elles sauvent globalement l'essentiel.

Denis Villeneuve fera bien mieux ensuite, lorsqu'il aura réduit son style à l'essentiel.

 

2e

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TOP 20 des meilleurs films sortis en 2010 du N° 5 au N° 1

N° 5

J'ai découvert ce film au Festival des 3 continents 2009, alors qu'il s'appelait encore Schéhérazade Tell me a story, ce qui était un fort joli titre, correspondant parfaitement au contenu puisque l'héroïne nous raconte littéralement des histoires. Un mix de Desperate Housewives et des romans foisonnants de Naguib Mahfouz, si vous pouvez imaginer. Lire la critique



N° 4

Je ne sais pas si vous vous rappelez avoir lu en cachette sous vos draps quand vous étiez enfant Les 3 mousquetaires ou Le club des cinq. Si oui, c'est exactement le type de sentiment que m'a procuré ce film, avec de plus une mise en scène virtuose. Lire la critique




N° 3

Au-delà des émotions, sûrement le film qui m'a fait la plus grosse impression en termes purement cinématographiques cette année : scénario incroyable, photo splendide, mise en scène parfaite, et une brochette d'acteurs excellents. Lire la critique




N° 2

Bright star est un poème éblouissant, servi par une réalisatrice en état d'apesanteur et une actrice habitée. De la magie pure. Lire la critique






N° 1

Au-delà de toute considérations intellectuelles, tout simplement le film que j'ai eu le plus de plaisir à regarder depuis fort longtemps. Rire, sidération, angoisse, plaisir des yeux, mystère, curiosité intellectuelle, vertige métaphysique, Kaboom est un grand huit cinématographique qui démarre à 100 à l'heure et ne s'arrête jamais.  Lire la critique



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Somewhere

Sofia Coppola filme très bien l'ennui. Si bien qu'on finit par s'ennuyer ferme en regardant son film.

Résumons nous : un acteur hollywoodien qui a tout (Ferrari, alcool et blondasses a gogo) ne trouve pas beaucoup de sens à sa vie. Sa fille de 11 ans avec qui il va vivre quelque temps lui fait sentir ce qu'il a raté. Voilà. C'est tout. (Ici baillez).

On a connu Sofia Coppola (un peu) plus subtile que dans ce film. Illustration : premier plan fixe sur un circuit de voiture, la Ferrari noire sort et entre dans le champ une dizaine de fois. Baillez. Encore plus lourd : pour illustrer l'incommunicabilité entre le père et sa fille, le film fait crier au père "Excuse moi de ne pas avoir été là" alors que ce dernier se trouve sous un hélicoptère qui envoie les décibels comme 10 groupes de heavy metal. Et tout est à l'avenant. Autre tic insupportable :  les répétitions de scène (je joue à la Wii, puis je rejoue, je me douche, puis je me redouche, je me trompe de nom en baisant une fois, puis deux, je reçois un message d'insultes, puis un deuxième, puis un troisième). Re-baillez.

Allez. Je lance la vacherie attendue (je ne serai pas le seul) : il fallait probablement avoir couché avec le président du jury (Tarantino) pour avoir le Lion d'Or cette année. C'est d'autant plus triste que ces dernières années Venise s'était distingué par la sûreté de ces choix (par exemple le magnifique The Wrestler en 2008).

Finalement, Sofia Coppola filme le milieu qu'elle connaît avec les moyens de ce même milieu : le résultat n'est pas dérangeant (comme peuvent l'être les romans de Bret Easton Ellis par exemple), il est simplement vain et auto-parodique, comme un collage raté de ses trois films précédents.

Bien sûr, certains esthètes pugnaces aimeront. Je peux deviner ce qu'ils écrireront. Ca ressemblera à ça :
Sofia Coppola réussit parfaitement à donner cette sensation de vide qui emplit petit à petit l'esprit du personnage principal par une succession de vignettes originales et poétiques, qui flottent dans le temps comme autant de bulles irisées. La jeune Cléo apporte une gravité virevoltante dans ce vide abyssal et le remplit comme elle remplit l'espace de la patinoire par ses arabesques et celui de la piscine par ses singeries expressives, et bla, et bla... je pourrais continuer comme ça pendant une heure.

Mais au final (l'homme gare sa Ferrari en plein désert et part, seul, marchant sur la route tel un lonesome cow-boy post-moderne) croyez moi : vous re-re-baillerez !

Sofia Coppola sur Christoblog, c'est aussi Marie Antoinette.

 

1e

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TOP 20 des meilleurs films sortis en 2010 du N° 10 au N° 6

N° 10

Comme un diamant noir dans ma liste de 20 films, Mardi, après Noël brille d'un éclat particulier. Coup de force cinématographique d'une tranquille assurance, il semble illustrer le quotidien comme jamais un film ne l'a fait. Et il contient la plus belle scène vue au cinéma cette année. Lire la critique




N° 9

Chaque année produit désormais son lot de films documentaires de haut niveau. 2010 ne fait pas exception : j'aurais pu intégrer le croustillant Anvil ! dans mon top 20 mais je préfère finalement ce film solaire, épanouissant, qui vous réconcilie avec la vie. Lire la critique




N° 8

Une imagerie qui concilie le meilleur du Japon traditionnel façon Myazaki et les délires geeks les plus extravagants, une intrigue somptueuse qui manie la tendresse et décrit la complexité de mondes numériques et virtuels : un bijou de grande classe passé quasi inaperçu. Je vous le conseille en DVD. Lire la critique




N° 7

Des hommes et des dieux présente de nombreuses imperfections mais un mérite sans pareil : il raconte une histoire d'hommes portés par des valeurs. Son succès s'explique aussi simplement que ça : il est le western spirituel du XXIème siècle. Les moines sont des cow-boys de l'âme, assiégés par le mal, et John Ford n'est pas loin : paysages, gros plans sur les visages, émotions. Lire la critique



N° 6

Je suis loin d'être un inconditionnel de Wes Anderson, mais sur ce coup, il frôle la perfection. C'est drôle, frais, malin, inventif, délicieux. Une soirée mémorable.  Lire la critique





Avant de dévoiler mon TOP 5 d'ici quelques jours voici une liste de films (parfois encensés ailleurs) qui n'y figureront pas :
Trop faibles :
Rubber, Oncle Boonmee, Mammuth, Gainsbourg, Another Year, A single man, Enter the void, The American
Trop moyens :
Vénus noire, Shutter Island, Le nom des gens, Invictus, Buried, Biutiful, A serious man
Pas assez bons :
The social network, Inception, The ghost writer, Dans ses yeux, La comtesse, Les amours imaginaires, Amore, Tournée, Precious

Vous allez me dire : que reste-t-il ? Réponse vendredi.


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Une chambre en ville

Continuant d'explorer la filmographie de Jacques Demy, je me plonge avec délice en ce début d'année 2011 dans le remarquable Une chambre en ville.

Le film est exceptionnel à plus d'un titre. Il constitue d'abord un des plus anciens projets de Demy (1963), qui faillit le réaliser en 1975 avec Deneuve et Depardieu. Il est ensuite, avec Lola, LE film de Demy sur sa ville, Nantes, qui en constitue le décors naturel. Il est enfin un nouveau pari complètement fou qui rappelle Les Parapluies de Cherbourg : complètement chanté, avec des couleurs absolument extraordinaires et une histoire digne des grands opéras.

On ne peut qu'être fasciné par l'audace de Demy qui met dans la bouche de Danièle Darrieux les phrases chantées "Tu me prends pour une conne" ou "J'emmerde les bourgeois", dans celle de Piccoli affublé de cheveux roux et d'un costume vert Babar "Tu es ma petite pute", dans celle de Dominique Sanda lui répondant "Salaud, ordure, SS" et dans celle de Richard Berry répliquant à la grande Darrieux "J'en ai rien à foutre".

Ce qui surprend, comme toujours chez Demy, c'est que le résultat de ces visions de coloriste, de metteur en scène et de musicien ne sont jamais mièvres, alors que chez n'importe qui d'autre, elle le seraient. Sûrement cela vient-il de ce mélange constant de trivialité / perversité / romantisme / sentiments que Demy distille dans ces films, associé à un montage très nerveux.
Dominique Sanda est nue sous sa robe, le spectre de l'inceste envahit Peau d'âne, les 2 héros des Parapluies s'ignorent dans une dernière scène terrible : rien n'est rose, le noir rôde.

En 1982, la sortie du film causa une sorte de bataille d'Hernani, 80 critiques de grands journaux se liguant pour se payer une tribune dans le Monde incitant les Français à aller voir le film : « Le film à voir aujourd'hui, c'est Une chambre en ville » (sous-entendu plutôt que L'As des As) et Belmondo y répondant avec une vindicte qui ne l'honore pas dans "Une lettre ouverte aux coupeurs de têtes".

Le film prête enfin à toute une interprétation sociologique (il se passe durant les grandes grèves ayant secoué les chantiers navals de Nantes en 1955) assez inhabituelle chez Demy : l'ouvrier, le "métallo" y est écrasé par le patron, mais en plus il est interdit d'amour (et de sexe) avec la bourgeoise. 

Un film étonnant, ébouriffant, un coup de génie visionnaire, que tout le monde devrait avoir vu.

Tout Demy sur Christoblog.

 

4e

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TOP 20 des meilleurs films sortis en 2010 du N° 15 au N° 11

N° 15

Quand on sait dans quelles conditions a été tourné ce film, on ne peut qu'être abasourdi par le talent de son metteur en scène, Mahamat Saleh Haroun : quel chef d'oeuvre pourrait-il produire avec des moyens normaux ? Lire la critique





N° 14

Deux actrices magnifiques, un sujet d'une force exceptionnelle, j'ai été bouleversé par ce film très remarqué du vétéran Civeyrac, dont j'ai adoré la mise en scène épurée, brillante, inspirée. Lire la critique





N° 13

C'est drôle, c'est rythmé, c'est bien mis en scène. Mon chouchou Fatik Akin signe une petite friandise cinématographique après une série de films plus graves qui comprenait au moins un chef d'oeuvre : Head on. Si Soul kitchen sait être parfaitement hilarant, c'est aussi par la grâce de son acteur principal, le génial Adam Bousdoukos. Lire la critique



N° 12

Ceux qui me connaissent le savent : je considère que Bong Joon-ho est probablement un des 10 plus grands cinéaste en activité.
Mother est moins surprenant que The Host et moins complet que Memories of murder, mais il reste un grand film. Scénario, direction d'acteur, mise en scène au cordeau, scènes d'anthologie : c'est du solide. Lire la critique



N° 11

C'est drôle, c'est brillant, et si ce n'est pas génial, c'est bien agréable à regarder. Catherine Deneuve est grandiose, elle convoque avec elle toute sa carrière et l'ombre de Demy plane sur le film : couleurs, ultime chanson, trivialité assumée. Même Depardieu n'arrive pas à gacher la bonne impression générale.
Du boulevard de haute qualité. Lire la critique


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Sound of noise

Bengt Nilsson. Wild Bunch DistributionLe pitch de Sound of noise défie le bon sens. Une bande de musiciens anarchistes se mettent en tête de jouer une oeuvre écrite par l'un d'entre eux : Musique pour la ville et 6 batteurs. L'idée : faire irruption dans un endroit donné (un hôpital, une banque...) et jouer le morceau avec les objets présents.
Le policier qui est chargé de débrouiller cette affaire peu commune s'appelle Amadeus, déteste la musique (il y fait une allergie), et n'entend pas les sons émis par les objets touchés par le gang lors de leur prestations (?!).

Avouons-le, difficile de faire plus saugrenu.

Au début le film fonctionne assez bien, son rythme entraînant jouant sur les contrastes emporte l'adhésion et des rires fusent dans la salle. Au fil des minutes, l'intérêt s'étiole progressivement, même si les 4 morceaux "joués" constituent à chaque fois des temps forts. La romance naissante et les relations entre le policier et son frère chef d'orchestre ne dépassent pas le stade des poncifs : on voit finalement que le film est tiré d'un court métrage réalisé par les deux auteurs. La sauce a été allongée.

Le spectacle n'est pourtant pas au final désagréable, et voir un film suédois par ce froid glacial, c'est de saison. 

 

2e

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TOP 20 des meilleurs films sortis en 2010 du N° 20 au N° 16

L'heure des bilans arrive.
Je me rends compte que j'ai été pile 100 fois au cinéma en 2010.

Alors, allons-y pour les 20 meilleurs films vus en 2010, et pour faire durer le suspense, je vais délivrer mon classement en 4 fois.


N° 20

Ce film bizarre et passé inaperçu a été pour moi une vraie bonne surprise, avec une actrice étonnante et des partis-pris de mise en scène (entre autre un huis clos total) osés mais saisissants et parfaitement maîtrisés.
Avec en plus un scénario très prenant et une jolie chute (de reins, mais pas seulement). Lire la critique

 


N° 19

Simon Werner est une sorte d'OVNI dans le paysage cinématographique français contemporain. Résolument old school dans sa réalisation, mais tentant audacieusement une approche à la Rashomon dans son découpage et son scénario.
Intellectuellement, j'ai été enthousiasmé. Lire la critique

 


N° 18

Même s'il a un petit peu fléchi en 2010 le cinéma coréen reste encore une mine d'or. Témoin ce très beau film, certes long mais d'une grande densité et d'une noirceur confondante.
Une actrice superbe. Lire la critique

 

 

 

 


N° 17

2010 a été une année faste pour les réalisatrices françaises (La vie au ranch, La reine des pommes, L'arbre, La comtesse), mais de tous ces films, c'est vraiment Belle Epine que j'ai envie de sortir du lot. Tout y est beau et Léa Seydoux y est magnifique.
Au vu de ce premier film assez exceptionnellement réussi, on peut attendre énormément de Rebecca Zlotowski. Lire la critique


 

 

 

N°16

C'était tout début 2010, et j'avais été séduit par ce film hors norme, en tout cas vu des Américains. Finalement je me rends compte avec le temps qu'il a laissé une trace vraiment profonde dans mon esprit.
Ewan McGregor y est confondant et Jim Carrey impérial. Lire la critique



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Another year

Affreux.

Il y a des films mauvais, des films ennuyeux et des films insupportables. Another year fait partie de cette dernière catégorie, qui englobe en l'espèce les deux premières.

L'acteur principal (Jim Broadbent) est nul. Quand il regarde la caméra, on a l'impression qu'il oublie ce qu'est le cinéma. Il éructe de temps à autre une phrase convenue avant d'aller pianoter sur son ordinateur au ralenti. Une catastrophe. Sa femme est à peine meilleure.

Le couple principal est donc inexistant et on se prend souvent à se demander : mais quel intérêt de s'intéresser à ces faux bobos même pas drôles ?

Le problème N°1 du film est que chaque personnage semble écrit une fois pour toute en début de film et ne change plus d'un iota jusqu'à la fin, ignorant superbement les interactions avec les autres. Le fils, la copine du fils, l'ami Ken : ces personnages ne sont que des caricatures grossières. Le vrai personnage un peu intéressant du film est Mary (Lesly Manville), la copine sur le retour qui drague tout ce qui bouge, y compris le fils de ses amis. Elle est aussi caricaturale que les autres, mais elle évolue et on s'intéresse un peu à elle.

Quant aux messages que véhicule le film, on ne peut qu'être interrogatif : Cultivez votre jardin ? Ne vous occupez que superficiellement de vos amis ? Soyez écologiquement conforme ? Je sais tourner un film sur la solitude ? Je peux être aussi chiant qu'Antonioni ? A force de brouiller les pistes, Mike Leigh s'embourbe, avec une rare inélégance, et sur la longueur (2h09 interminables).

Bon, je renonce un peu à raconter tout ce qui fait de ce rogaton une des pires productions de 2010, parce que le coeur n'y est pas. 

 

1e

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Les émotifs anonymes

Benoît Poelvoorde & Isabelle Carré. StudioCanalEn cette fin d'année, Les émotifs anonymes peuvent constituer une option tout à fait raisonnable pour une bonne soirée ciné, pas prise de tête et très agréable.

Le scénario n'est pas d'une originalité folle (euphémisme !) et la mise en scène, si elle est propre, n'est pas à se rouler par terre.

Le film vaut donc principalement par le jeu assez extraordinaire des deux acteur/trice principaux.

Isabelle Carré est absolument magnifique en timide maladive, ingénue et parfois mutine. Elle sait multiplier les expressions et un seul frémissement de son visage peut évoquer une galaxie de sensations. Il y a en elle un peu de la Sabine Azéma des débuts. Benoît Poelvoorde est lui aussi au sommet de son art, tour à tour amusant et émouvant. Il réussit à garder cette fameuse expressivité qui la rendu célèbre tout en la rendant ici totalement crédible et en phase avec son personnage, il faut le dire taillé parfaitement à sa mesure.

Spectacle de qualité, sans une trace de vulgarité, le film culmine dans deux scènes de repas mémorables. Je sens un remake américain bien lourd pour dans un an.

 

3e

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Megamind

DreamWorks AnimationLa nouvelle production Dreamworks exploite le filon du méchant (au fond pas si méchant que ça) après Moi, moche et méchant.

La première demi-heure est époustouflante, méritant ****. Le rythme est très soutenu, les personnages extraordinairement attachants et/ou marrants, le second degré est manié avec dextérité (ce "No you can't" !), les scènes d'action sont dignes des plus impressionnants blockbusters, et le scénario est diabolique.

Ensuite, le film redevient progressivement mainstream, bien que certains aspects restent délectables et que les qualités énumérées ci-dessus subsistent, même si elles se diluent légèrement.

Un divertissement haut de gamme tout de même, aux thématiques pas si bêtes : qu'est ce que le bien, le mal, le libre arbitre ? Encore meilleur que Gru selon moi, et la 3D est très satisfaisante de surcroit.

 

3e

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Aidez Christoblog

Christoblog a disparu de la liste des 50 blogs les mieux notés : http://blogs.allocine.fr/accueil/topblog.blog

Bien sûr, je m'en fous.

Cependant, je me demande si vous êtes capables, amis blogueurs, de le faire ré-apparaître dans la liste des 50 en cochant le maximum d'étoiles là, à droite ? Hein ? Vous pensez pouvoir le faire ? Ah ouais, ben c'est c'est ce qu'on va voir.

Ouais !
Aujourd'hui 21 décembre Christoblog est 47 ème : merci à vous.

Et aujourd'hui 30 décembre 35 ème !


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Le voyage du directeur des ressources humaines

En cette période de fin d'année je vous conseille chaudement le nouveau film d'Eran Riklis (Les citronniers) : vous y trouverez votre compte d'émotions, de sourires, se surprises et de découvertes.

Le film s'avère être un trait d'union symbolique entre deux des pays les plus intéressants cinématographiquement à l'heure actuelle : Israel et la Roumanie.

Première partie à Jérusalem. Une employée d'une grande boulangerie meurt dans un attentat. Personne ne réclame son corps. Il s'avère qu'elle avait été licenciée il y a 1 mois, sans que le DRH ne le sache. Article de journal incendiaire, imbroglio : ce dernier doit pour restaurer l'image de son entreprise raccompagner le corps en Roumaine.

Deuxième partie en Roumanie, où le contraste est saisissant, tant du point de vue de la météo que des mentalités. Le film prend alors les dimensions d'une épopée picaresque de première qualité avec tous les ingrédients propres au genre : évolution des relations entre personnages, lieux improbables, problèmes administratifs et techniques de tout genre.

Le film est brillamment réalisé, monté dans un excellent tempo, parfaitement interprété par les acteurs et en particulier Mark Ivanir, qui trouve un ton très juste.

Bref,  pas grand-chose à reprocher à cette friandise cinématographique qui sait distiller toute une palette d'émotions sans jamais être mièvre : pas étonnant que le film ait obtenu le Prix du public au dernier festival de Locarno.

 

3e

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Nobody knows

Après le très beau Still walking, j'ai eu envie de me plonger dans la filmographie de Hirokazu Kore-Eda.

Nobody knows a très bien été accueilli à Cannes 2003, décrochant un prix d'interprétation masculine par l'intermédiaire de son jeune acteur de 14 ans, Yagira Yuya (photo ci-contre).

Le prétexte est simple : 4 enfants (2 filles, 2 garçons) sont livrés à eux-mêmes dans un appartement tokyoïte, alors que leur mère poursuit au loin une énième histoire d'amour. On devine au passage que chacun des enfants a un père différent, bien que l'identité des géniteurs n'est d'ailleurs qu'imparfaitement établie.

Le film m'a déçu. Je l'ai trouvé long (2h20) mais surtout manquant de ressorts dramatiques (il n'y en a qu'un en vérité, traité en ellipse de telle façon qu'il n'émeut pas réellement). Le scénario est lâche et décevant, et même si l'interprétation des acteurs est passable, je trouve que la personnalité de chacun des enfants n'est pas assez développée. Je m'attendais à plus d'inventivité de la part du scénariste.

J'ai aussi trouvé que l'image DVD était vraiment mauvaise, ceci expliquant en partie peut-être ma déception. La vie quotidienne à Tokyo (les supérettes, les rayons de mangas, les Pachinkos, la ligne de métro Yamanote, les distributeurs de boissons, etc) est par contre parfaitement montrée et cela contribue à donner un certain charme à ce film lent et un peu paresseux.

En bref je n'ai pas retrouvé cette sérénité tendue qui émanait de Still walking

 

2e

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