Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Christoblog

Medianeras

Un sympathique petit film : voilà comment caractériser le premier long métrage visible en France de Gustavo Taretto.

Lui est phobique (influence Woody Allenienne clairement revendiquée), elle est architecte qui ne construit rien et ne prend jamais l'ascenseur. Tous les deux sont seuls et cherchent l'amour, maladroitement.

Le film multiplie les inventions plus ou moins originales, comme si le réalisateur/scénariste jetait toutes ses bonnes idées d'un coup dans son premier film. Parmi les plus intéressantes il faut citer les passionnantes digressions sur l'architecture de Buenos Aires, et la scène du suicide du chien, qui m'a beaucoup plu.

C'est frais, ça se regarde sans ennui (avec toutefois un gros coup de mou vers le milieu) et ça inspire naturellement la sympathie. Typiquement le genre de film à collectionner les prix du public, consensuel, mignon, parfois percutant... et se terminant bien !

Les bégueules (dont je ne fais pas partie) disent que tout ça n'a pas beaucoup de fond et fait très bobo. Ils se gaussent de l'utilisation par le scénario des livres-jeux Où est Charlie ? Ces gens là n'ont pas de coeur, où ne sont pas seuls. Ou les deux.

 

2e

Voir les commentaires

X-men : le commencement

Dieu sait si je peux être réfractaire au concept de film de super-héros, et aux comics en général.

C'est donc un peu contraint par les bons retours sur ce film que je m'y suis rendu, et aussi parce dans le casting (il faut dire incroyable, tous les jeunes dont on parlent y sont, ou presque) figurent deux de mes acteurs favoris : le merveilleux Michael Fassbender et la craquante Jennifer Lawrence.

Surprise : la première partie du film est une séries d'études psychologiques plus qu'un film de baston. Etre spécial, accepter sa différence, devenir adulte, faire des choix (entre le bien et le mal, sans vraiment savoir où se trouvent l'un et l'autre), entretenir une amitié, discipliner ses capacités : je n'aurais pas pensé trouver tout cela dans un film Marvel.

J'ajoute que la mise en scène est très belle, limpide, rappelant parfois Spielberg ou les meilleures réussites des films de genre, comme Casino Royale par exemple. L'ambiance 60ies a beaucoup de charme, les décors sont splendides et utilisés avec beaucoup de discernement. Tous les acteurs ont une pêche d'enfer (James McAvoy en gentil et Kevin Bacon en méchant sont parfaits) et même les scènes d'action de la deuxième partie sont belles, et n'en ajoutent pas dans le spectaculaire.

Le prototype du parfait pop-corn movie. Du coup, au risque d'être déçu, j'ai bien envie de voir ce qui va arriver à tous ces mutants fort sympathiques en regardant le reste de la saga, que je ne connais pas.

 

3e

Voir les commentaires

London boulevard

London Boulevard est ridicule à tout point de vue et écrire un trop long article à son propos serait lui faire trop d'honneur. Scénario vu, revu et re-revu, bleuette à l'eau rose, personnages hyper caricaturaux, montage elliptique pour cacher les carences du film, incongruités scénaristiques, acteurs à côté de leurs pompes.

Il n'y a guère que deux choses à sauver dans le film : la bande-son et les sourcils de Colin Farrell. Ce dernier possède en effet des sourcils absolument extraordinaires, fournis, épais, long, d'un noir de jais alors que ses tempes grisonnent. Fascinant. Comme DSK.

 

1e

Voir les commentaires

L'épouvantail

L'épouvantail commence par un premier plan d'anthologie : sous un ciel magnifique, un homme descend une colline calleuse avant de franchir maladroitement une clôture de fils de fer barbelé.  Son béret, ses lunettes rondes, ses vêtements élimés et ses cigares vont rapidement nous devenir familiers. Sa violence compulsive et son goût pour la bagarre aussi. Gene Hackman trouve probablement en Max le meilleur rôle de sa carrière. Il donne une profondeur charnelle et fragile à ce clochard monomaniaque qui sillonne l'Amérique.

Face à lui, le tout jeune Al Pacino est absolument magistral. Il campe un Francis lunaire, petite boule d'énergie noiraude rappelant le jeune Springsteen des débuts, évoluant vers une prestation de clown lunaire. Le film prend d'ailleurs parfois des airs de tragi-comédie italienne : la tristesse vient après, ou par le rire.

Nos deux compères ont leurs manies. Max a économisé pour ouvrir un car wash, il empile les couches de vêtement et dort toujours en plaçant une chaussure sous son oreiller. Francis veut retrouver la femme qu'il a quitté enceinte il y a 6 ans, et transporte avec lui un cadeau pour son enfant qu'il ne connait pas : une lampe de chevet.

Le road trip plutôt sympa devient au fur et à mesure des étapes une suite d'épreuves dont on pressent qu'elles pourraient, qu'elles vont, devenir tragiques. La force du film est de ne pas dévoiler trop tôt d'où viendra la catastrophe, mais de semer dans plusieurs scènes très belles des indices qui amènent à reconsidérer l'ensemble de l'aventure une fois terminée. Dans sa dernière demi-heure la narration atteint des sommets de violence mentale, et ceux qui ont vu le film n'oublieront pas de sitôt la scène étourdissante de douleur lors de laquelle Al Pacino téléphone à Annie.

Jerry Schatzberg, dont la carrière sera pour le moins irrégulière, réussit un coup de maître dans ce film qui lui vaudra la Palme d'Or à Cannes en 1973. Sa mise en scène, sans être renversante, est plutôt efficace, alternant curieusement les plages assez lentes (la première scène, celle de la rencontre au bord d'une route déserte, dure 7 minutes) et les accélérations brutales, parfois même chargées d'adrénaline.

Mais c'est surtout pour la performance des deux acteurs que le film mérite d'être vu. Hackman et Pacino sont époustouflants en clochards funambules.

4e
 

Voir les commentaires

Exposition Kubrick à la Cinémathèque

Lisa et Louise Burns. Collection Christophe L.Visiter une exposition sur Kubrick, c'est un peu comme imaginer la musique de Mozart en regardant un piano.

Cela ne donne un aperçu que très lointain du génie de l'artiste et des qualités de son oeuvre (rythme, catharsis, mouvement...).


On se sent donc archéologue lorsqu'on pénètre dans l'exposition, muni de sa truelle conceptuelle et de son petit marteau mémoriel, empli de la curiosité malsaine et agréable de celui qui va pénétrer dans un tombeau jusque là inviolé.

 

Premier choc : les objets de tournage. Leur matérialité brute s'impose à nous et ils fonctionnent comme des madeleines de Proust. Ainsi, les robes des petites filles de Shining, exposées dans une vitrine bizarrement éclairée, glacent le sang.

 

Deuxième choc : les objets utilisés par Kubrick pour préparer ses tournages. Ils montrent avec une évidence incontournable que le cinéaste était un maniaque obsessionnel de premier plan, comme on en voit peu. Photo de repérage où le cadrage est indiqué au millimètre près, plan d'une rue pour Eyes wide shut sur lequel Kubrick a scrupuleusement indiqué le type et le nom de chaque magasin, maquette de la salle de commandement de Docteur Folamour ou du labyrinthe de Shining, tout est minutieusement préparé et aucune place ne semble laissée au hasard.

 

Troisième choc : les très belles salles consacrées aux films non tournés, aux rêves de films. On découvre ainsi les décors d'AI (finalement réalisé par Spielberg), les essais de costume de l'actrice principale pour Aryan papers, et surtout le matériel préparatoire pour ce que Kubrick disait devoir être (la modestie ne l'étouffait pas) le plus grand film jamais réalisé, son Napoléon. Il faut voir cet immense papier ou chaque petit carreau de 5 millimètres représente 72 secondes d'un film qui devait durer pratiquement 4 heures, avec indication pour chacun d'entre eux de la scène concernée. Ou le meuble qui contient des milliers de petites fiches colorées rassemblant les notes que Kubrick prenait sur Napoléon. Vertigineux, inquiétant. 

 

Quatrième choc : l'évidence que Kubrick sentait parfaitement son époque. A la fois pour la heurter (Docteur Folamour en pleine guerre froide, Lolita et Orange mécanique censurés dans plusieurs pays) ou la devancer (les innovations technologiques comme cet objectif inventé pour filmer les scènes éclairées de simples bougies dans Barry Lyndon, les photos magnifique du photographe Weegee, l'implication de grandes marques dans le design de 2001, l'Odyssée de l'Espace).

 

L'expo ne donne donc pas à « sentir » les films, mais en projetant leur reflet intellectualisé sur l'écran de notre mémoire, elle nous donne envie de nous replonger dans l'oeuvre, histoire de vérifier que cette précision d'horloger engendre bien au final l'émotion dont on a gardé le souvenir.

 

4e

Voir les commentaires

Gianni et les femmes

Pyramide DistributionGianni a la soixantaine bien tassée. Il est à la retraite, n'a jamais vraiment réussi dans la vie et ne remplit pas les canons du mâle séducteur italien. Il se laisse même bouffer par les femmes de sa vie : sa mère tyrannique, son épouse active et absente, sa fille au fort caractère. En ressent-il de la tristesse ou de l'amertume ? Peut-être un peu.

Quand son ami avocat lui explique qu'à son âge tout le monde a une maîtresse, et qu'il se met en tête de rompre son train-train quotidien pour en trouver une ... les ennuis commencent.

Gianni di Grogorio se met en scène dans la suite de son film précédent, Le déjeuner du 15 août, qui avait marqué ses débuts de réalisateur à 59 ans !  Il campe son personnage d'homme en prise au temps qui passe et à la dégradation de sa propre image avec une décontraction distante et un peu anxieuse, qui en fait une sorte de Woody Allen italien.

Mais si l'américain est obsédé par le sexe, Gianni semble mener sa recherche un peu à contre-coeur, et s'il est attiré par quelque chose, c'est probablement plus par l'amour, ou tout au moins par le fait de "ne plus être transparent", comme il le dit dans la belle scène du bar.

Le film, malgré son ton touchant et ses anecdotes assez bien amenées, ne parvient pourtant pas à nous entraîner totalement, semblant suspendu au bord de la réussite, contemplant ce qu'il aurait pu être si les gags éclataient vraiment, si le rythme était un poil plus assuré, les clichés un peu moins convenus. Il fait partie de ces films qu'on aurait aimé aimer, et dont on a du mal à dire du mal.

 

2e

Voir les commentaires

La défense Lincoln

Matthew McConaughey. Metropolitan FilmExportAyant attendu quelques jours pour écrire cette critique, me voici dans la désagréable situation de celui qui a oublié une grande partie du film, ce qui n'est pas très bon signe en ce qui concerne sa qualité, vous en conviendrez.

De quoi s'agit-il ? Un avocat sans scrupule (pas mal ce Matthew McConaughey que je ne connaissais pas bien) doit défendre un jeune homme friqué, suspecté d'avoir tenté de violer et tuer une jeune prostituée. Rapidement il apparaît que le suspect est bien le coupable, et que ce bastard a déjà zigouillé une autre fille dans les mêmes circonstances.

 

L'avocat est donc le cul entre deux chaises, et doit monter une machination assez maline (mais qu'on voit arriver à 40 kilomètres) pour piéger son client sans se mettre en danger lui-même, et sans enfreindre les codes de son métier.

Le film est mis en scène à la va comme j'te pousse, le scénario se déroule sans surprise, reflétant avec justesse l'art de Michael Connelly, et Los Angeles est toujours photogénique. Ce n'est pas désagréable à regarder et cela contentera les spectateurs de TF1 du dimanche soir.

Mais le film est surtout intéressant quand il montre le fonctionnement de la justice américaine. On y est forcément plus attentif, affaire DSK oblige, et tous les traits typiquement américains sont très bien montrés : détruire la crédibilité d'un témoin, sortir une carte de sa manche lors du procès, etc... L'affaire DSK s'invitait aussi dans La conquête quand le candidat Sarkozy drague une journaliste en lui disant "Savez-vous que tous les hommes politiques sont des bêtes sexuelles ?".

On voit par là que tout est dans le cinéma et que le cinéma est dans tout.

 

2e

Voir les commentaires

Le chat du rabbin

Autochenille Production - TF1 Droits Audiovisuels - France 3 Cinéma Le chat du rabbin est raté dans les grandes largeurs.

La 3D est pitoyable, images plates simplement superposées à des plans différents. L'animation est d'une pauvreté que je ne croyais plus voir sur un écran français, on se croirait projeté au début des années 80.

Le rythme est mollasson. Les scénettes se succèdent sans continuité et sans relief (un comble pour un film en 3D), alors que la BD réussissait à donner un certain charme au discours sur les religions. En matière d'adaptation le film prouve donc qu'on est toujours très mal servi par soi-même.

J'ose à peine évoquer la scène ridicule où on croise un Tintin raciste, idiot, maniaque, à l'accent belge. La fin part complètement en quenouille avec des scènes de rêve dans la nouvelle Jérusalem où les personnages ressemblent aux Simpson. La fin de la fin est insoutenable, et quand la voix sirupeuse d'Enrico Macias retentit, on n'a qu'une envie : s'enfuir en courant.

C'est donc une catastrophe, le pire film de l'année, qui confirme que Sfar devrait se contenter de faire ce qu'il sait faire, comme je le disais déjà au temps de Gainsbourg. Circulez.

PS du 01/06/11.
Hier soir, j'ai relu le tome 1 de la BD pour comprendre pourquoi cette dernière m'avait plu. Le problème, c'est que les plus intéressantes digressions philosophiques (planches 25 à 27 sur le logos, et 39 à 48 sur le sexe et la religion) ne sont pas du tout reprises dans le film, qui se contente finalement du squelette anecdotique de la BD, vidant le propos de sa substance. De plus il est étonnant de constater à quel point le film décalque la BD (cf les scènes de rêves) sans rien y apporter de proprement cinématographique.

 

1e

Voir les commentaires

Le complexe du castor

SND Le complexe du castor est à la fois très touchant et bancal.

Walter est en pleine dépression. Attention, pas la petite déprime que nous connaissons tous un jour ou l'autre, non, la vraie maladie, qui vous rend étranger à votre propre vie. Sa femme le vire, à regret, poussée par son grand fils, et pour protéger le plus petit.

Par miracle, Walter trouve une vieille peluche de castor qu'il enfile sur son bras gauche telle une marionnette et qui devient en quelque sorte son interprète vis à vis de l'extérieur.

Il faut reconnaître au couple Gibson / Foster l'immense mérite de rendre crédible cette situation improbable. Jodie Foster est vraiment remarquable, souple et subtile. Sa mise en scène est finalement à son image : élégante, recherchée et discrète à la fois. Mel Gibson n'a que très peu de variantes dans son jeu, mais il est très convaincant. Le castor est incroyable : je ne sais si des trucages numériques ont aidé à l'animer, mais on le croirait vivant.

Cette indépendance de la peluche (et de la part de personnalité de Walter qui le commande) augmente au cours du film jusqu'à devenir franchement inquiétante dans une scène exceptionnelle dont je ne peux évidemment rien dire...

L'histoire du fils est intéressante aussi. Il ne craint qu'une chose : ressembler à son père. Sa copine est jouée par Jennifer Lawrence,  que j'ai peiné à reconnaître après son magnifique rôle dans l'exceptionnel Winter's bone. Comme quoi, le maquillage....

Malgré toutes ces qualités, le film paraît toutefois maladroit par moment (la voix off, l'histoire du jouet), et finalement semble plus un conte qu'une histoire très travaillée. Cette impression est accentuée par certains manques, comme l'absence étonnante du corps médical dans l'histoire.

L'ensemble reste toutefois très solide, et l'émotion y rôde dans chaque plan.

 

3e

Voir les commentaires

La conquête

Saïda Jawad & Florence Pernel. Emilie de la Hosseraye / Mandarin Cinema - Gaumont 2011Dès le pré-générique, le film annonce son échec : "Bien qu'inspiré par des faits réels.... le film est ... une fiction".


Par cette formulation négative on comprend tout de suite ce que le film ne va pas être. Il ne va pas être un documentaire où on apprend beaucoup de choses (en ce qui me concerne, l'élément le plus saillant est le goût de Sarko pour le chocolat). Il ne va pas avoir la rigueur sèche et éprouvante des grands docus à la Depardon, mais plutôt la mollesse sage et paresseuse d'un téléfilm.

Par la faute d'un respect pour la vérité qu'on peine à comprendre le film ne sera pas non plus un portrait à charge, ni une ode sanguinaire consacrée à l'obsession du pouvoir, ni un film décrivant les sombres rouages politiques comme le cinéma italien des années 70 savait si bien le faire. Il ne sera pas non plus une comédie (il y aurait pourtant de quoi), ni un mélo romantique (pareil !).

La conquête est donc un non-film.

Les comédiens auraient pu le sauver, mais ils imitent leur personnage de façon outrancière (Podalydès, Le Coq en Chirac) et la copie est toujours moins savoureuse que l'original quand elle est trop sage. Seule Florence Pernel en Cécilia parvient à mettre une once de crédibilité dans son rôle.

Au final le film rend presque sympathique son personnage principal (enfant hyperactif trop gâté mais avec un bon fond), faisant apparaître Chirac comme un gros nul. Et c'est finalement de Villepin qui en prend pour son grade.

Inutile, potentiellement dangereux, La conquête peut être évité avec profit.

 

1e

Voir les commentaires

Pourquoi The tree of life mérite sa palme

Jessica Chastain. EuropaCorp DistributionJe défend d'autant plus volontiers The tree of life que je ne lui ai pas donné la note maximale (cf ma critique). Mais comme l'ont dit deux jurés sur France Inter à midi (Olivier Assayas et Mahamat Saleh Haroun) le film est tellement neuf, il donne à vivre une expérience tellement innovante, qu'il est un jalon dans l'histoire du cinéma, et la Palme d'Or s'impose naturellement.

Le coeur du film, ce qui fait sa force, c'est la façon incroyablement sensuelle avec laquelle il dresse le portrait de cette famille des années 50. La mise en scène exalte la nature dans ce qu'elle a de plus beau (des feuilles qui bruissent, des jeux d'ombre filmés "à l'envers" sur le sol, de l'eau qui coule, un papillon) et en même temps dresse un portrait impitoyable de la vie à Waco / Texas, dans les années 50. Là même où grandit Terrence Malick.

Ceux qui s'acharnent sur la minute des dinosaures ont ils saisit l'ampleur de ce qui nous est proposé ? C'est entre autres ce qu'avait raté pitoyablement Les noces rebelles. Enfermement de la femme : elle cuisine, elle danse, elle court, elle aime, elle est silencieuse. C'est l'amertume du père : quel extraordinaire portrait de raté ! Brad Pitt joue un rôle finalement d'une finesse exaltante : il aurait pu être musicien, il aurait pu être un bon père, il aurait pu garder son emploi, il aurait pu sauver le jeune garçon qui se noie, il aurait pu, comme l'Amérique aurait pu. Rayonnement sélénique de la figure maternelle, écroulement triste et gris du père, engoncé dans les conventions castratrices et une religion étriquée.

Cette partie se distingue aussi par l'évolution du jeune garçon : premier éveil amoureux à l'école, premier plaisir de casser (les carreaux) et de faire souffrir (la grenouille attachée à la fusée). Bien sûr on pourra convoquer Freud à l'appui de cette partie, comme ce regard volé avec lequel le jeune garçon surprend sa mère dénudée. Le film propose d'ailleurs plusieurs de ces plans énigmatiques où un personnage et/ou le spectateur voit à travers le miroir  (un couple qui se dispute dans une maison, un malaise en arrière plan, la mère qui flotte, un tombeau de verre).

C'est un tableau bien noir de la middle class américaine que propose The tree of life, et cette partie du film est bien plus importante que les quelques visions de cosmos (qui d'ailleurs n'en sont finalement peut-être pas, qui sait ?). Un garçon qui grandit et qui souffre : il apprend à tuer le père (métaphoriquement il le coupe, en lui coupant la parole) et à torturer son frère en jouant avec sa confiance (superbes scènes avec l'ampoule électrique, puis la carabine). Malick arrive à instaurer une tension psychologique qui fait craindre la catastrophe, l'explosion de violence (mais la catastrophe est déjà arrivée, ce qui donne à chaque seconde de cette chronique la douceur triste d'une oraison funèbre)

Toute cette partie est mise en scène de la plus belle des façons, avec un art dont on n'a pas fini d'analyser les différents éléments : caméra flottante, découpage un peu décalé, cadrage improbable, lumière exceptionnellement maîtrisée, musique élégiaque, mouvements de caméra d'une grâce surnaturelle (virevoltant dans la maison, oscillant avec la balançoire, tournoyant avec les enfants quand le père s'en va, enfin). Je suis absolument certain que tout nouvelle vision du film donnera de nouveaux éléments à admirer.

Les autres parties du film se raccorde à ce tableau familial comme un cadre met en valeur un tableau - la vie de cette famille comprend à la fois le bien et le mal, la vie et la mort, la cruauté et la compassion, l'espoir et le désespoir, le hasard et la nécessité. Si on admet l'aspect presqu'autobiographique du film, Malick se place ainsi d'une certaine façon au centre de l'univers, ce qui est outrageusement immodeste - mais par son attitude de suprême discrétion, il contredit encore cette interprétation.

Une fabuleuse tentative de tout mettre dans un film, de faire rentrer en résonance le tout et le minuscule, l'universel et le particulier, de faire dialoguer les contraires, The tree of life est une oeuvre imparfaite, et insensée. 

En complément :
Belle analyse de Matthieu Gosztola sur le site Reflets du temps. L'interview enthousiaste d'Eric Neuhof sur le site du Figaro et le papier en faveur du film de Libération. Des blogueurs défendent le film : Philsiné, et les fous furieux d'ASBAF aussi.


Voir les commentaires

The tree of life

Jessica Chastain. EuropaCorp DistributionLa partie centrale de The tree of life, qui nous montre un enfant grandir entre des frères confiants, un père sévère et une mère aimante (magnifique Jessica Chastain) offre probablement les plus beaux moments de cinéma de cette année. Non seulement la virtuosité de Malick y est portée à un suprême niveau, mais on ressens physiquement toute une palette de sensations : la peur, l'émerveillement, la honte, le désespoir, la sensualité, la colère, l'amertume, la cruauté, l'incompréhension, l'éveil des sentiments.

 

Cette partie est tout simplement éblouissante, parsemée de scènes irréelles (la mère vole en dansant, on la voit dans un cercueil de verre) et d'autres terrifiantes de réalisme (un garçon se noie, le père licencié erre dans l'usine, quelqu'un fait un malaise au second plan). Si vous étiez prêt à lire un long article (mais vous ne l'êtes pas), je pourrais écrire 3 pages de commentaires sur toutes les implications scénaristiques, biographiques, esthétiques et psychologiques qui font de cette partie un moment de cinéma qui restera dans la mémoire des cinéphiles.
Cette partie mérite donc 5*.

Malheureusement il y a le reste. A propos de la partie cosmos/dinosaures, je ne suis pas aussi critique que la plupart. J'ai trouvé qu'elle entrait en résonance avec l'histoire de la famille de multiples manières, oniriques et anecdotiques (les enfants trouvent un os de dinosaure, il écrivent le mot volcan, la rivière est toujours la même). L'instant de la mort de l'enfant peut être vu à travers le prisme de la création de l'univers comme à la fois insignifiant et primordial. Cette partie aurait pu être plus courte, c'est vrai.

Le premier passage avec Sean Penn m'a bien plu aussi. La vie dans le gratte-ciel est montrée comme dans un rêve, et les souvenirs d'enfance viennent contaminer la réalité d'une superbe manière.

Pour ma part, ce sont les scènes finales qui m'ont gâché le plaisir : niaisement new age, sans émotions ni inventivité. Le film se termine sur une note vraiment vulgaire et plutôt désagréable.

Je ne me suis absolument pas ennuyé. Trois personnes sont parties avant la fin et quelques excités ont applaudis à la fin, cela faisait longtemps que je n'avais pas vécu ce double effet en salle, typique des films cultes. Une expérience de cinéma intense bien qu'imparfaite.

Lire aussi : Pourquoi The tree of life mérite sa palme

 

3e

Voir les commentaires

Bon à tirer (B.A.T.)

Owen Wilson. Warner Bros. FranceBon à tirer est vulgaire, sans imagination, et conformiste.

Vulgaire : vous connaissez la blague de la fille que vous ramenez de boite, qui a la diarrhée et un string, et qui éternue au-dessus de votre baignoire ? Les Farrelly redécore votre salle de bain avec goût.

Sans imagination : ceux qui suivent et ont leur culture auront reconnu le prétexte d'un sketch de Coluche dans mon entame (les dragées Fuca). Dans le film, tous les gags semblent recyclés et vus 1000 fois : les deux zozos disent des horreurs alors qu'ils sont écoutés à leur insu (et ce, plusieurs fois dans le film, on va pas s'embêter à trouver de nouveaux trucs), ils s'empiffrent de brownies au haschich alors qu'il ne fallait en manger qu'un quart chacun, etc.

Conformiste : le plus dingue, c'est que dans cette affaire de maris obsédés par le sexe à qui leurs gentilles femmes donnent quartier libre pour une semaine, le plus probable arrive à coup sûr. Bien sûr les maris n'avaient "que la gueule", les femmes quant à elles vont peut-être bien profiter de la situation, alors qu'au final, attention, suspense, au final ... la fidélité, c'est quand même cool !

Le plus instructif dans le film c'est de constater qu'Owen Wilson ressemble autant à Woody Allen que dans Minuit à Paris ! Incroyable ! Il faut le voir piquer sa petite crise d'hypocondriaque : "j'ai des moisissures dans l'oreille, qui peuvent me redescendre dans la gorge".

Le titre original, Hall pass, se traduit par Passe-droit, alors qu'est ce que c'est que ce titre idiot et graveleux qui renvoie plus à l'imprimerie qu'à autre chose ? Et pourquoi mettre des majuscules et des points entre parenthèses ? Mieux aurait valu : le zizi sexuel US, ou american slip 1.

Dans ce film les Farrelly se révèlent bons à rien, plutôt que bons à tirer.

 

1e

Voir les commentaires

Le gamin au vélo

Cyril à presque 12 ans. Son père l'abandonne dans un centre spécialisé. C'est un enfant très difficile jusqu'au jour où il croise le chemin de Samantha, qui le prend en affection.

A partir de cette trame épurée, les frérots belges tissent leur toile habituelle, à partir d'ingrédients bien connus. 

D'abord des acteurs remarquables. Comment Cécile de France pouvait elle être si mauvaise dans le calamiteux Au-delà et si bonne ici ? Pataude et élégante à la fois, avec une pointe d'accent belge, véritable roc d'énergie positive, elle est magnifique. Le jeune Thomas Doret, en truite indisciplinée qui file entre les doigts des éducateurs spécialisés, est très convaincant lui aussi. Et quelle émotion de revoir Jérémie Renier en père indigne, lui qui fut découvert adolescent par les réalisateurs voici 15 ans dans La promesse.

Ensuite une mise en scène irréprochable, avec une caméra très proche des acteurs, qui semble capter la moindre émotion. Et puis un élément qui m'a particulièrement marqué dans ce film, c'est l'extrême qualité du montage et le rythme très enlevé du film, ce qui n'est pas toujours le point fort des Dardenne.

Enfin un scénario qui semble exacerber les tensions entre personnages, puis les décomprimer brutalement à travers une résolution inattendue, avant de les retendre avec encore plus de violence qu'avant. Remarquable, jusqu'au dénouement final, fort étonnant.

Si ce n'était une certaine impression de déjà vu et quelques points de détails (les virgules musicales qui ne collent pas vraiment à la sobriété du film, quelques scènes un peu plus faibles que les autres - comme celles impliquant le copain de Samantha), le film serait tout proche de la note maximale.  

 

3e

Voir les commentaires

La solitude des nombres premiers

Le PacteQuel film étonnant !

Dans un premier temps, je n'ai pas compris grand-chose à ce que je voyais. Le réalisateur tresse l'écheveau d'histoires se déroulant à 3 époques différentes (1984, 1991, 1998) présentées de façon entrelaçée. Pas facile donc de s'y retrouver, mais au bout de 15 minutes, c'est bon.

Les personnages : Mattia (génie des maths), Alice (boiteuse), Michela (soeur jumelle de Mattia, handicapée), Viola (à la fois copine et bourreau d'Alice).

Le scénario est puissant et je ne peux pas en révéler grand-chose sans courir le risque de vous gâcher le plaisir.

La mise en scène est très variée, riche, foisonnante et parfois même baroque, dans une veine qui n'est pas sans rappeler celle d'Amore, vu l'an passé. L'actrice Alba Rohrwacher, charismatique, jour d'ailleurs dans les deux films. Mais on s'attache ici encore plus aux personnages qu'à ceux d'Amore. Une dernière partie (située en 2007) nous projette dans l'avenir avec une rupture de ton assez incroyable, mais assez bien maîtrisée, jusqu'à une dernière scène réussie, ce qui est toujours une gageure pour un film de cette ambition.

Une petite question pour ceux qui vu le film (ou lu le roman) : avez vous compris cette scène où Alice surprend un groupe d'adulte en train de réciter des nombres ? Plus globalement qu'avez vous compris concernant la mère d'Alice ? Est ce que dans le roman les parents d'Alice apparaissent dans les autres époques que la première ?

Dans ces temps d'uniformité je conseille en tout cas La solitude des nombres premiers, à la fois thriller psychologique à la limite du fantastique (l'ouverture, le clown) ou du teen movie horrifique (les scènes d'humiliation), et chronique d'un amour contrarié par les différentes altérations de l'esprit (anorexie, auto-mutilation...).

 

3e

Voir les commentaires

Source code

Jake Gyllenhaal. SNDDuncan Jones s'est fait remarquer par son remarquable premier film Moon, qui, bien qu'imparfait,et non distribué en salle, possédait une charge poétique non négligeable et un scénario remarquable.

Intégrant brutalement le champ hollywoodien avec Source code, il perd en route ce qui faisait la spécificité de Moon : cette sorte de distance élégante et mystérieuse.

Pourtant le film commence bien. D'abord de très belles vues aérienne de Chicago et d'un train qui fonce à toute allure, puis une scène dans laquelle un homme se réveille dans la peau d'un autre jusqu'au moment où une bombe explose, 8 minutes après. En réalité, l'homme est quasi-mort et l'armée lui fait vivre tout cela via quelques électrodes judicieusement implantées dans son cerveau, pour retrouver le terroriste.

Il y a du Matrix là-dedans et un peu d'Inception aussi, le verbiage poseur de Nolan en moins.

Malheureusement le film se dérègle progressivement. L'intérêt de revivre x fois la même séquence pour essayer de trouver le coupable se délite rapidement alors que ce principe (condamné à errer l'éternité dans les mêmes 8 minutes si on ne parvient pas résoudre le problème !) aurait pu ouvrir sur des vertiges métaphysiques sans fond.

Quant à la fin, elle vire au happy end ridicule et laisse un arrière-goût d'inachevé dans la bouche, même si elle permet d'admirer le magnifique cloud gate d'Anish Kapoor.

Elève Duncan Jones : recalé. Devra se représenter pour un nouvel examen.

 

2e

Voir les commentaires

Minuit à Paris

Owen Wilson & Rachel McAdams. Mars DistributionOuverture de Cannes 2011. J'étais à Paris et quand je suis sorti de la projection du dernier Woody Allen, il était minuit .... à Paris.

Le lendemain, alors que mon article prenait forme dans mon petit cerveau, me voilà dans les jardins du Palais Royal vers 11h45, sous un soleil printanier, et je vois une boutique de boîtes à musique (oui, je confirme, un magasin qui ne vend que des boîtes à musique) qui ressemble à une carte postale. Plus loin, dans la galerie latérale,  des boutiques de créateurs de mode (la petite robe JP Gaultier 1300 € et son bondage 300 €) dans lesquelles de jeunes femmes qui pourraient être dans le film d'Allen essayent des impers vert pomme et des chaussures avec des talons qui font 17 centimètres. Bref, la vision de Paris qu'Allen propose dans son film se matérialisait sous mes yeux.

Du film je préfère ne pas dire grand-chose. Sous l'angle d'une analyse basique, ça ne vaut pas grand-chose. Le début est inquiétant, voir catastrophique (une succession de clichés insupportables, sur Paris d'abord, puis sur le style de Woody, à travers des scènes qu'on a l'impression d'avoir vu 1000 fois chez lui). Au deuxième degré, et en considérant que Woody se met en roue libre, le film dégage un certain charme, mais je le dis un peu à contre-coeur, tellement il regorge a priori de facilités et de nonchalance.

J'ai eu cette impression bizarre : que Woody nous parle déjà d'outre-tombe et que ces failles temporelles valaient pour lui-même. N'a t'il pas déclaré au Monde qu'il regrettait de ne pas être resté à Paris quand il y était ?

Petit complément sur les acteurs :

- Carla Bruni est affligeante : elle annone son texte en regardant le bout de ses pieds.
- Adrien Brody est excellentissime en Dali
- les autres personnages "historiques" sont très inégaux (Hemingway pas mal, Picasso raté)
- Owen Wilson prend tous les tics du réalisateur avec un degré de mimétisme étonnant
- Léa Seydoux n'est absolument pas dirigée, ses répliques télescopent celles de son partenaire, c'est très curieux et un peu désagréable
- Marion Cotillard minaude dans le style qui lui est propre
- Gad Elmaleh a 3 plans dans le film, c'en est presque insultant
- Rachel McAdams confirme son statut de gourde transparente
- Michael Sheen fait un pédant potable


2e

Voir les commentaires

Rabbit hole

Rabbit hole parle du deuil d'un enfant et se heurte à un premier problème : des cinéastes de talent ont traité récemment du même sujet, et avec une autre réussite. Je pense entre autres à Moretti (La chambre du fils), Egoyan (De beaux lendemains), Arnold (Red road), les Dardenne (Le fils).

La succession est donc difficile.

Deuxième problème : l'acteur masculin, Aaron Eckhart. Tablettes de chocolat à la place des abdos, brushing impec, machoire carrée, oeil de cocker battu, il ressemble à s'y méprendre à Ken, le copain de Barbie, l'expressivité en moins. Dire qu'il est nul n'est qu'un pâle reflet de la réalité.

Troisième problème : un scénario convenu, conformiste, américain. Tous les poncifs nous sont donc servis sur le sujet : le tri des jouets, le pétage de plomb au supermarché, la thérapie de groupe genre Alcooliques Anonymes, la tentation d'aller promener la zigounette ailleurs après 8 mois d'abstinence (oh, et puis non, ce serait trop con !), soyons fous, tapons nous un petit joint sur le parking, et à la fin tout le monde se réconcilia autour d'un so american way of life BARBECUE...

Tout cela est tellement sirupeux et insignifiant à la fois - comme du sirop d'érable qu'on aurait oublié au soleil sur une table de pique-nique - qu'on en vient à souhaiter QUE TOUT LE MONDE TUE TOUT LE MONDE, et sur une musique de heavy metal, qui plus est.

Bref.

Celle qui sauve (un peu) le film est Nicole Kidman. Une actrice botoxée que je déteste (elle a épousé le nain scientologue) et que je respecte à la fois (elle l'a quitté). D'habitude, sa façon de jouer cul et bouche serrés m'horripile, mais là, et ça me fait mal de le dire, elle n'est pas trop mal.

C'est elle qui m'empêche de descendre le film complètement et de lui infliger la plus basse note possible.

 

2e

Voir les commentaires

Où va la nuit

Diaphana DistributionPour leurs retrouvailles après Séraphine, le réalisateur Martin Provost et Yolande Moreau nous offrent une oeuvre tout en retenue, sorte de polar en mode mineur, ou de chronique familiale désabusée - et nordiste (le film se passe en Belgique ). L'ombre des Dardenne survole le film.

Une femme assassine son mari. Et elle a bien raison. Le salopard, brute patibulaire qui la frappait, buvait, et terrorisait son fils, ne méritait pas autre chose. Sans compter qu'il tue une jeune fille dans un accident de la route.

Le policier en charge de l'assassinat de ce monstre ordinaire aimerait bien laisser tomber, comme beaucoup d'autres personnages du film (Vincent, la logeuse). Seul le fils n'admet pas le geste de sa mère.

Martin Provost fait décrire à son film des arabesques élégantes, enveloppées d'une sorte d'onctuosité sèche qui rend Où va la nuit tout à fait intéressant. Il faut souligner la maîtrise du réalisateur pour créer les ambiances et son don pour les élégants mouvements de caméra.

D'habitude Yolande Moreau me donne l'impression de jouer toujours le même rôle (le sien), et en vérité, c'est encore le cas. Mais pour une fois, cela ne me dérange pas.

 Le film a un peu de mal à se conclure, mais à part ça, il est tout à fait recommandable.

 

2e

Voir les commentaires

Pina

Suite à d'amicales pressions de connaissances et de blogueurs réputés ayant plutôt bon goût (ils se reconnaîtront), je me suis hélas décidé à aller voir Pina.

Il faut dire que Les rêves dansants m'avaient enthousiasmés, tout en me familiarisant avec l'univers de Pina Bausch. Malheureusement, autant ce dernier film arrivait à être plus que ce qu'il montrait (au-delà de la chorégraphie il donnait une leçon de vie), autant Pina parvient à être moins que ce qu'il donne à voir. En d'autres termes, il me fait regretter de ne jamais avoir vu un spectacle de Pina Bausch en vrai, alors que Les rêves dansants me donnait le plaisir de ressentir ce qu'était un spectacle de Pina Bausch, même sans en avoir vu un.

Je ne sais pas à quoi tient exactement ce sentiment, mais j'ai quelques idées :
- la 3D est assez impressionnante (une fois n'est pas coutume), mais presque trop : par moment des effets de brillances donnent l'impression de "trous" dans l'image, l'effet général étant d'assister à une projection d'une sorte de Godzilla post-moderne dans un drive-in cheap de Wuppertal
- les déclarations de vénération de chaque danseur face caméra sont de trop ("Pina voyait à travers nous", "Pina savait des choses qu'on ne savait pas", "Je n'ai toujours connu que Pina", "Avant de connaître Pina j'étais introverti et peu sûr de moi") : le Tanztheater finit par ressembler à une secte
- les choix de mise en scène sont parfois lourds et peu élégants
- l'idée de faire évoluer les danseurs dans des décors extérieurs donnent des résultats très disparates en qualité

Bref, on a envie de dire à Wenders : ne nous emmerde pas avec ton ego de réalisateur et montre nous les choses un peu plus simplement ! Il y a suffisamment de génie dans la danse de Pina Bausch pour éviter un gros plan sur un tissu rouge.

Filmer un tableau de Picasso en multipliant les effets de manche (gros plan sur l'oeil du minotaure, zoom arrière sur la tâche de rouge en bas à droite, interview de l'encadreur) ne rend pas plus sensible le génie de Picasso.

 

2e

Voir les commentaires