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Christoblog

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La belle personne

Evidemment, Les chansons d'amour vont marquer pour lontemps le cinéma de Christophe Honoré. Ce film était si puissant, si plein, si entier, si rythmé, qu'il emportait tout sur son passage, comme un fleuve romantique.

La belle personne n'évite pas d'une certaine façon la redite ou la nostalgie : mêmes acteurs (Garrel, Leprince Ringuet, Clotilde Hesme), apparition en guest star de Chiara Mastroianni, vues de Paris en hiver, et acteur chantant du Beaupain au plus fort de la crise.

Cette filiation n'est pourtant pas dérangeante. La belle personne est comme un addendum élégiaque aux Chansons d'amour, qui lui exploitait plutôt une veine lyrique et romantique.

La première partie du film patine un peu. Les jeunes acteurs ont du mal a trouver leurs marques, je trouve qu'il y a des problèmes de bande-son qui rendent une partie des dialogues inaudibles et les cours de l'upper-class parisienne ne passionnent pas.

Dans la deuxième partie, quand le scénario se concentre sur les personnages principaux, le film devient captivant et atteint des sommets (le nettoyage de la cour par exemple, les derniers plans). Rarement la douleur quasi physique de l'amour aura été aussi bien montré au cinéma. La musique triste du barde folk et maudit qu'était Nick Drake contribue a instaurer une ambiance envoûtante.

Christophe Honoré se révèle de film en film un cinéaste étonnant et extraordinairement doué. Ses mouvements de caméra, ses montages cut, sa façon de carresser les personnages, ses innovations stylistiques : il y a de grandes promesses dans ce cinéma-là.

Enfin impossible de conclure cette critique sans un hommage particulier à l'actrice principale, Léa Seydoux, perle opaque au teint blanc et aux cheveux noirs, qui irradie le film de sa beauté et de sa présence.

 

3e

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Entre les murs (en avant première avec Laurent Cantet et François Bégaudeau)

Haut et CourtCritique très spéciale ce soir puisque je viens d'avoir le privilège de voir Entre les murs en avant-première à l'UGC Atlantis de Nantes.

Laurent Cantet est passé avant le film, conforme à son image, tout de noir vêtu, cheveux blancs, solidement campé sur le sol, s'exprimant très clairement et avec un certain charisme. L'essentiel de son discours a porté sur sa rencontre fortuite avec Bégaudeau dans l'ascenseur d'une station de radio, son coup de foudre pour le livre, puis sur la genèse du film. Il revendique haut et fort le caractère de fiction du film ("ce n'est pas un documentaire"), acceptant par contre le terme de film-dispositif, proposé par l'intervieweur.

François Bégaudeau, présent lui aussi, ressemble furieusement ... à lui-même dans le film.


Physiquement d'abord : baskets, jean noir, t-shirt marron fonçé. Par son attitude ensuite, plus volubile que Cantet, charriant les spectateurs comme il charrie les élèves dans le film ("quels sont vos sentiments sur le film que vous allez voir ?" "Je vois des grognons au fond de la salle", etc). Dans le discours, il insiste comme Cantet sur le fait que les acteurs sont vraiment acteurs, et ne jouent pas leur propres rôles. Il raconte par exemple comment l'acteur Boubacar fait Haut et Courtsemblant de ne pas savoir ce que signifie la "légende" d'une photo, alors que le vrai Boubacar le sait, et comment il est capable de jouer 10 fois de suite cette scène.


Je vous conseille vivement sur tous ces sujets (comment est né le film) et pour un retour passionnant sur la carrière de Laurent Cantet la lecture des Cahiers du Cinéma de septembre 2008. Vous y apprendrez par exemple que l'histoire de Souleymane était dans la tête de Cantet avant qu'il lise le livre.

Et le film alors ?

Je pense qu'il va bien marcher, et que les polémiques vont enfler.
Il va marcher parce qu'il est plaisant à suivre, avec juste ce qu'il faut de rebondissements, de tension dramatique, de naturalisme, d'humour, d'émotions. Parce sa mécanique est assez bien huilée et qu'il montre ce que peu de Français peuvent voir en vrai : l'intérieur d'une salle de classe. Et comme tout endroit secret, cet endroit est attractif. Normalement, tous les profs devraient aller voir le film, ainsi que leur famille, ainsi que tous les collégiens, et leur famille, ça fait déjà du monde !
Les acteurs sont par moment assez irrésistibles et ont un sens de la répartie qui fait souvent mouche. On pourrait assister à une sorte d'emballement autour de leur personnalités, avec répliques cultes à la clé : "c'est pas un livre de pétasse".

D'un point de vue de cinéphile, on notera que le parti pris de mise en scène (gros plans et très gros plans en grande majorité, couleurs blafardes, numérique) ne nuit pas globalement au rythme du film, dont le montage est par ailleurs assez habile avec un sens de l'ellipse très efficace. Le scénario est par contre à mon sens un peu léger, les personnages des profs étant par trop caricaturaux (le bon, le rigoriste, le vieux, la bêtasse, le jeune qui craque...), ce qui ne permet pas aux François Bégaudeau. Haut et Courtsituations de développer à plein leur potentiel dramatique. Certaines intrigues sont mêmes avortées (la mère de Wei).
Est ce que le film mérite une palme d'or ?
Objectivement on peut hésiter, comparé par exemple au pur objet cinématographique qu'est Un conte de Noel. Ceci dit il reste un objet visuel, narratif et sociétal absolument hors norme, et en tant que tel, sa distinction n'est pas outrageante.

L'attribution de la Palme d'Or (au sujet plutôt qu'à la forme, comme l'avait annoncé préventivement le président Sean Penn) ne fait donc qu'anticiper les polémiques qui ne manqueront pas de se développer à la sortie du film. De quoi parle t'on exactement quand on parle d'Entre les murs : du film ? de son contenu ? de l'école aujourd'hui en France ? de ce qu'est un prof parfait ? Celui qui critiquera l'attitude de François Marin (trop progressiste, trop provocateur, angélique, égocentrique) s'opposera à celui qui défendra la discipline à l'école, mais les deux ne parleront pas cinéma.

Il y a fort à parier que le film entraîne un débat sur une question de société (l'école) que les Français n'ont plus abordé frontalement depuis longtemps, plus qu'un débat sur lui-même. C'est ce qu'a d'ailleurs fort sagement espéré Laurent Cantet ce soir à Nantes, allant jusqu'à affirmer avant de nous quitter (avec humour et un certain sens commercial) que le film méritait d'être vu 3 ou 4 fois.

Si vous aimez le cinéma et/ou vous vous souvenez avoir été à l'école et/ou avez des enfants d'age scolaire, difficile de ne pas aller vous faire une idée par vous même.

3e

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Bons baisers de Bruges

Brendan Gleeson. SNDRégulièrement arrivent ces derniers temps de très bonnes comédies anglo-saxones. L'année dernière dans la veine comédie dramatique (et grinçante), c'était Little Miss Sunshine. En début de cette année, en tant que comédie sentimentale, c'était Juno.

Et cette fois-ci c'est dans le genre comédie policière anglaise que se distingue Bon baisers de Bruges (Le titre original In Bruges est bien meilleur).

Le scénario est particulièrement bien ficelé. Le contraste entre nos deux acolytes et la merveilleuse cité médiévale, filmée à la fois comme un endroit rêvé et un lieu touristique à consommer, est en soi porteur de multiples ressorts Jordan Prentice. SNDdramatiques et comiques.

Les acteurs sont fameux, Colin Farrell en multipliant les mimiques infantiles est irrésistible, Brendan Gleeson, autre acteur irlandais dégage une force tranquille et son jeu nuancé est un parfait contrepoint aux accès juvéniles de Farrell, irlandais lui aussi. Enfin Ralph Fiennes est parfait en Harry (un ami qui vous veut du mal) sec, impitoyable et ne rigolant pas avec l'honneur (y compris pour lui même).

Le film au final ne ressemble à rien de connu. Le caractère totalement imprévisible de l'histoire et les situations burlesques - voir surréalistes - font penser à Tarantino (dans les face à face, impossible de dire à l'avance qui va tuer qui), mais la patine anglaise donne un film très européen, et aussi très anti-américain.

Une excellente soirée.

 

3e

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Valse avec Bachir

Valse avec Bachir est un film remarquable à plus d'un titre.

D'abord il met en oeuvre un processus d'animation assez original, souvent à tendance monochrome, mais utilisant aussi des contrastes colorés violents avec des couleurs vives, et incluant enfin des photos dans l'animation.

Certains objets (les palmiers par exemple) semblent être des éléments photographiques incrustés. Le travail sur certaines textures (la mer, les arbres de la forêt), certains reflets (les vitres de voitures, l'oeil du cheval), est intéressant. La façon dont les visages s'expriment est un peu trop figée, mais lors de certaines interviews, un éclair dans l'expression révèle soudain un trait de personnalité.

La narration est aussi intéressante. On s'attend avant la projection à un film sur la guerre, et on débute curieusement par un travail sur la mémoire ou plutôt l'amnésie. Les anecdotes sur la guerre elle même sont certes poignantes, mais tous les films de guerre bien faits montrent toujours la même chose : des troufions de base apeurés, terrifiés, qui en viennent à faire n'importe quoi (comme par exemple tuer des innocents ou danser au milieu des balles), des gradés absents, incompétents, gérant leur propre mal être comme ils peuvent (hilarante animation de film porno).

Ceci étant dit, j'ai trouvé qu'on accrochait quand même difficilement au film, ou alors seulement par moment. Je ne sais pas si cela est dû à un certain manque de rythme, à de réelles fautes de goût (les images de la fin sont de trop), ou à un manque de souffle artistique global.

La comparaison, inévitable, avec Persepolis penche en faveur de ce dernier sur tous les points (narration, qualité et inventivité de l'animation, rythme, beauté visuelle).

A aller voir de tout de même, surtout si vous ne savez pas exactement ce qui s'est passé dans les camps de Sabra et Chatila.

 

2e

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Roman de gare

Audrey Dana. Les Films 13Comme d'habitude avec Lelouch je ne sais pas trop quoi penser de Roman de gare.

A la première vision, j'ai pris un certain plaisir, c'est vrai. Le scénario est au début assez bien ficelé. Le passage dans la montagne est intéressant, parce qu'une douce ambiguité plane sur le récit, on ne voit pas bien où on va.

Les acteurs sont bons. Audrey Dana est un sacré bout d'actrice, les nerfs à vif, séduisante. Dominique Pinon est une "tronche". Quant à Fanny Ardant j'adore la détester, donc son personnage me convient parfaitement.

La deuxième partie est plus convenue, l'intrigue policière montre ses grosses ficelles, la crédibilité globale du projet en prend un coup.

Le film contient pas mal de Leloucheries appuyées (stations services, autoroutes, effets de surprises sans surprise, happy end, flic aussi peu crédible que possible, etc...).

Allez, on va dire pas mal dans catégorie Lelouch, qui est une catégorie à part.

 

2e

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Closer

Natalie Portman. Gaumont Columbia Tristar FilmsBien, bien. Voilà donc un film du vétéran Mike Nichols, qui fit en son temps Le Lauréat , si vous pouvez vous en souvenir.

Closer
peut d'abord se distinguer de la production américaine moyenne par la "verdeur" dirons nous, de ces dialogues, ou leur extrême crudité si on veut , qui n'a guère d'équivalent dans le cinéma américain actuel. Le cinéma des frères Farelly est cru, mais plus par les situations que par les phrases. Ici, les paroles comptent beaucoup, et la scène du dialogue sur internet vaut son pesant de .... strings.

D'ailleurs un des intérêts primordiaux du film est de voir comment Julia Roberts, qui dit peu de paroles obscènes dans le film, parait capable des pires horreurs.

Pour ceux qui connaissent Nip/Tuck, il y a bien sûr des similitudes : sexe cru, intérieurs designs magnifiquement filmés (j'ai vu le film en format blu ray, qui change vraiment l'aspect esthétique), élégance de la mise en scène.

Les 4 acteurs sont dignes de mention. Jude Law est le parfait loser à baffer, très convaincant. Natalie Portman est hot, comme d'habitude. Clive Owen est le plus fort des 4, puissant, trompeur, trompé, trompeur, mais dégageant une puissance basique incontournable.

La mise en scène est efficace, voire novatrice, les brusques sauts dans le temps étant à la fois déstabilisants et grisants.

Il ne manque pas grand-chose pour que le produit soit franchement enthousiasmant. Il manque la patte d'un Woody Allen dans Match Point par exemple, qui emporte tout par son flot de noirceur incandescente.

 

3e

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Un conte de Noël

C'est parti pour les films de Cannes avec le film de Desplechin, qui frappe tout de suite fort.

Un conte de Noel est en effet un film profond, amusant, virtuose, émouvant, captivant, bref, une Palme d'Or en puissance.

Premier point : les acteurs. Amalric est absolument prodigieux. Il signe une performance époustouflante, tour à tour cabot, insupportable, séduisant, inquiétant. Il dégage une vitalité quasi sur-humaine : qu'il tombe face contre terre, qu'il se shoote au cocktail médocs+alcool, qu'il subisse une ponction lombaire, il se relève toujours alors que les autres le croient mort (et sa soeur en particulier).

Force de la nature, ou force de l'imaginaire desplechinesque plutôt, toujours prêt à désescalader les murs de brique. Toute la distribution est à l'avenant : Catherine Deneuve, comme un sphynx, et surtout son mari (Jean Paul Roussillon), adorable. Chiara Mastroianni, pleine de sensualité. Anne Consigny comme une vitalité à l'envers, un trou noir qui absorbe tout sentiment, toute joie. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu une distribution aussi éblouissante (et j'oublie Emmanuelle Devos, craquante en juive imperturbable au milieu de ce joyeux bordel). Et Melvil Poupaud, transparent et tellement commun qu'il en devient attendrissant.

Deuxième point : un scénario magnifique. Une intrigue au départ assez simple (une soeur bannit son frère, puis ce frère s'avère un donneur de moelle osseuse potentiel susceptible de sauver la mère) vite ramifiée, puis débordée par d'autres intrigues, petites, grandes, sauvages ou tristes. Le tout est foisonnant de vie, bruissant de cinéma.

Troisième point : une mise en scène à montrer dans toutes les écoles de cinéma. Inventive, percutante, inspirée. Les personnages qui s'adressent à la caméra, le diaphragme qui isole une partie de l'image, les cadrages inhabituels, le théâtre d'ombre, etc... on n'en finirait pas d'énumérer les preuves de virtuosité, mais cette virtuosité n'est pas gratuite, elle est au service des histoires que raconte de film, et c'est ce qui est merveilleux.

Que dire de plus ? ... le jeu subtil autour des concepts temporels. A l'enchainement quasi théâtral (unités de lieu, d'action, de temps) sur quelques jours de la deuxième partie du film, répond la profondeur que donne la première partie avec ses flash back 5 ans en arrière, et bien au delà pour tout ce qui concerne la mort du petit Joseph, ombre tutélaire qui plane sur tout le récit.

Et ce sens du rythme, exprimé dans un montage à la fois haletant et maîtrisé ! Et la façon de filmer les paysages urbains de Roubaix, terre natale de Desplechin ! Et comment un simple cadrage sur une photo ancienne peut susciter l'émotion ! Et la neige, simplement la neige ! Et le choix des musiques !

Si Sean Penn, que j'adore comme réalisateur, n'avait pas dit bêtement qu'il récompenserait un film "social" (ce qui aurait du le disqualifier immédiatement en tant que président du jury), nul doute que Un conte de Noel aurait été très proche de la Palme, ou au moins du prix spécial du jury.

Le lot de consolation attribué à Catherine Deneuve est triste, mais comme elle l'a reçu avec beaucoup de dignité (ou aurait dit le personnage du film), on le prendra comme un coup de chapeau à l'oeuvre toute entière.

Du grand art. 2h23 qui s'écoulent comme un rêve tissé de cruauté et d'élans, d'émotions et de beautés.

Les références vont bien sûr du côté de Bergman, mais d'un Bergman polisson, ou un peu bourré. D'un Dostoievski chez les Ch'tis, mais avec l'intensité d'un polar, l'insolence d'un Woody Allen et un sens de la réplique vacharde jouissif (le "elle conduisait mal" pourrait rester dans les annales).

Sûrement ce qui se fait de mieux dans le cinéma français aujourd'hui, et s'il vous plait à ne rater sous aucun prétexte. 

 

4e

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Wonderful town

Anchalee Saisoontorn. Memento FilmsAlors, autant le dire tout de suite, je ne suis pas très objectif quant à ce film thailandais puisque j'étais il y a quelques semaines à quelques kilomètres du lieu de tournage (en vrai).

En plus cela fait plus d'un mois que je n'étais pas retourné dans la salle obscure...
Wonderful town est un film d'ambiance, avec la lenteur qui en est l'apanage, sans l'acuité de Kiarostami, sans la sensualité de Wong Kar Wai.

Mais pour un premier film, c'est quand même pas mal du tout.

Aditya Assarat se révèle être un cinéaste particulièrement habile dans la façon de filmer les architectures (intérieures et extérieures) ainsi que les paysages, ici, magnifiques entre mer et montagne. Sa direction d'acteurs semble un peu plus flottante et malheureusement son scénario peine un petit peu à tenir la distance d'un long métrage.

Ceci dit, le film reste une expérience sensorielle et intellectuelle stimulante.

L'ombre de la tragédie y règne en maîtresse et la fin, qu'on ne peut dévoiler sans gâter le plaisir du spectateur, est un aboutissement signifiant à l'ensemble du film, tourné tout entier dans l'ombre portée du tsunami. Prometteur. 

 

2e

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Trilogie Jason Bourne

Affiche teaser américaine. Universal Pictures La première fois que j'ai vu le premier Jason Bourne sur ma télé, je me rappelle être parti me coucher à la moitié du film. Je garde un souvenir sombre et désagréable de cette première expérience.

Aujourd'hui, après avoir acheté le coffret de la trilogie en DVD et regardé 2 fois (oui, 2 x) ce premier opus, je dois revoir mon jugement. Car La mémoire dans la peau (The Bourne Identity) premier film de la trilogie paru en 2002 a très bien vieilli.

Des premières scènes sur le bateau, réalistes et nauséeuses à souhaits (qualificatifs qui vaudront peu ou prou pour les 3 films), aux péripéties bourguignonnes, le film est assez intéressant par son ton sec et sans affects : l'actrice (Franka Potente) par exemple, n'est vraiment pas glamour, et c'est tant mieux !

L'aspect mal dégrossi de Matt Damon, sorte d'ado mal dans son corps, un peu comme Spiderman, et qui se découvre lui-même tout au long du film est plutôt bien vu. Les tueurs qui arrivent d'un peu partout sont pas mal aussi, surtout en tenant compte du fait que le dernier ne tue pas celui que l'on croit.

En ce temps là (déjà 6 ans) il n'y avait guère que certaines séries américaines (24 h chrono) qui pouvaient s'aligner sur l'aspect par moment très réaliste du film.

Dans le deuxième opus, la séquence initiale qui se passe à Goa est à la fois prometteuse (très bien rythmée) et décevante (elle sombre dans le mélo que le premier volet avait su éviter). La suite est très bonne, la réalisation de Paul Greengrass accentuant l'aspect semi-documentaire de l'aventure, notamment en filmant agréablement les transports en commun. L'atmosphère très Europe de l'Est est bien rendue et le scénario se tient. The Bourne Supremacy ne démérite donc pas, même si j'ai une légère préférence pour le tout premier de la série.

Enfin, The Bourne Ultimatum, ou La vengeance dans la peau, le dernier film de la trilogie, plutôt bien accueilli par la critique, m'a paru moins intéressant.Franka Potente et Matt Damon. United International Pictures (UIP)
 
D'abord, parce que pour la première fois, l'action se porte aux USA, ce qui donne à l'action forcément un air de déjà vu. Le scénario lui, s'"hollywoodise" si je puis dire, et s'éloigne de la sèche originalité du premier volet, dont on comprendra a posteriori que le thème (qu'on doit à l'écrivain Ludlum) ai pu enflammer l'imagination de Van Hamme pour lui donner l'idée initiale de la série BD XIII.

Meilleur que le deuxième, moins novateur que le premier, le troisième opus est toujours une classe au dessus de la production de films d'action américain moyen.
Matt Damon s'y affirme comme l'anti Tom Cruise ou l'anti Bond, héros fadasse et attachant d'une série haletante qui manie les codes du suspense urbain avec brio.

2e


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Trois enterrements

Tommy Lee Jones et Barry Pepper. EuropaCorp DistributionJe délaisse les salles pour l'instant, car il n'y a rien de vraiment passionnant. Peut-être l'approche de Cannes qui freine les sorties.


En tout cas, cela me permet de visiter ma collection de DVD non vus. Et hier soir je me suis pris Trois Enterrements, le premier film de l'acteur Tommy Lee Jones, en pleine poire.

Que dire en premier ? Que ce film est exactement ce que No country for old man aurait pu être s'il n'était pas raté. (Bon, avec une entame comme ça, je ne vais pas avoir que des amis).

D'abord un scénario jouissif, très bien construit, dévoilant progressivement ses méandres. Une mise en scène subtile, mettant somptueusement, et simplement, car les deux ne sont pas incompatibles dans ce film, les paysages de la frontera. Une galerie d'acteurs étonnantes avec un Barry Pepper à baffer, tellement représentatif d'une certaine Amérique. Et puis surtout un ton, qui manque cruellement aux films américains récents et qui pouvait ne venir que d'un metteur en scène non professionnel.

Un ton sec et dépouillé fait de montage serré, voire "cut", d'ellipses narratives, de personnages dessinés - avec quelle justesse - par une seule réplique ou une seule expression.

Bref, que du bon et un grand moment de cinéma. Je ne mets que 3 étoiles de justesse car la toute fin fait un peu dans le pathos, mais j'attends avec impatience le deuxième film de Tommy Lee Jones, annoncé pour bientôt.

3e

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Charlie et la chocolaterie

A chaque fois qu'une nouvelle porte s'ouvre dans la chocolaterie magique de Willy Wonka, c'est tout un monde nouveau que nous pénétrons, un monde magique, crédible, qui n'a rien d'enfantin, mais qui est merveilleux, au sens premier du terme : qui suscite l'émerveillement, la sidération. 

Je suis souvent assez dur avec les cinéastes réputés (et que j'aime !) mais dans ce cas, je ne peux qu'avouer que la maestria de Tim Burton entre parfaitement en résonance avec l'histoire qu'il raconte. Que tout sonne juste. Que Johnny Depp est incroyable de naïveté et de détachement cruel.

Je ne sais pas ce qu'il y a de plus admirable dans le film. Les parties chantées des oompas-lumpas qui ponctuent chaque élimination d'enfant sont incroyables de dérision et d'énergie à la fois. La scène avec les écureuils est époustouflante (elle est pourrie de l'intérieur !).
Celle de la télévision est à la fois extrêmement émouvante (un jour viendra où ce type de téléportation sera possible, on le sent physiquement) et cinéphiliquement géniale (les hommages à Kubrick, Hitchcock, etc).

Les quatre grands-parents dans le même lit et la maison de guingois sont comme sortis d'un rêve, à la fois intensément familier et profondément étranges.

J'ai trouvé ce film génial, vous l'avez compris.
Parce qu'il place Tim Burton exactement où il doit être : à l'intersection parfaite de l'enfance (merveilleuse, douce, parfaitement méchante) et de l'art adulte (magique, caustique, visuellement parfait).

C'est du grand art.

 

4e 

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Le scaphandre et le papillon

Marie-Josée Croze. Pathé Distribution A l'époque de sa sortie, je n'étais pas très motivé pour aller voir Le scaphandre et le papillon.
Pourquoi ?

Parce que j'avais lu quelques critiques tièdes, parce qu'il me semblait top bien connaître l'histoire de Bauby et de son locked-in syndrome, et parce que dans le même genre, le chef d'oeuvre de Dalton Trumbo, Johnny got his gun, me semblait insurpassable.

Résumons nous : voici l'histoire vraie du rédacteur en chef du magazine "Elle", qui fait un accident vasculaire cérébral et qui du jour au lendemain ne peut plus faire qu'un seul geste : cligner d'un oeil (et pas de l'autre, qu'il va falloir coudre pour qu'il ne se dessèche pas). Il va écrire un livre (Le scaphandre et le papillon) en le dictant lettre par lettre (cf la photo ci dessus).

Est ce qu'avec ça Julian Schnabel a de quoi faire un bon film ?

Réponse : Oui. La première partie ("vue de l'intérieur", du crâne de Bauby) est un très très beau morceau de cinéma. Schnabel joue parfaitement de la caméra (flou, cadrage fixe) pour nous faire ressentir ce que ressent le personnage principal qui découvre peu à peu son état.

A partir du moment où le film montre Bauby de l'extérieur, il devient plus conventionnel, mais reste assez juste et raisonnablement intéressant. Il évite absolument le sentimentalisme et l'apitoiement. On découvre des aspects relativement étonnants de l'histoire de Bauby, comme par exemple son sens de l'auto-dérision assez décapant.

Le film est délicat, subtil, et ne cherche pas à tirer les larmes à tout prix.

Et les acteurs ? On a trop vanté la perfomance d'Almaric, qui est bien, mais est ce une si grande performance que d'arriver à ne bouger qu'un oeil ? Les actrices sont belles, attachantes, presque trop, je me demande à quoi ressemblaient les "vraies".
Si vous avez l'occasion, voyez ce film, ne serait ce que pour rencontrer Jean Do. Il en vaut la peine.

 

3e

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Le labyrinthe de Pan

Doug Jones. Wild Bunch DistributionDans les 10 premières minutes du DVD du Labyrinthe de Pan, je n'en menais pas large. L'assemblage conte de fée et chronique de fin de guerre civile en Espagne (1944) ne me semblaient pas trop tenir la route, et je commençais à regretter mes 12,99 €€.

Et puis opère ce qu'on peut appeler la magie du cinéma, et je pèse mes mots, car ce type de sensation est bien rare (1 fois sur 20 ?).

C'est à dire : comment à partir d'un matériau de départ hypothétique (une mante religieuse qui en réalité est une fée, un Sergi Lopez raide et pas loin d'être sadique), voire franchement bizarre, un vrai cinéaste qui a un vrai projet arrive à faire une grande oeuvre.

Car plus le film s'écoule, plus on entre dans l'histoire, plus la cohérence profonde des personnagIvana Baquero. Wild Bunch Distributiones s'impose, et plus le poids du fatum se fait lourd.

En somme, tout à fait le contraire de films récents où c'est exactement le contraire qui se produit (on part du lourd pour finir dans l'inexistant, en perdant le sens au passage).


Difficile de faire le tri dans les émotions qui vous assaillent vers la fin du film : émerveillement, jouissance cinéphilique, tristesse pure, joie sans mélange...
La petite actrice, comme toute la distribution, est digne d'éloge.

Je ne me souviens pas d'un film qui entremêle si parfaitement le merveilleux et le sordide, pourtant j'en ai comme la trace ténue en tête : une nostalgie de chose vues et vécues avant de naître.

 

4e

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A bord du Darjeeling limited

Je comprend qu'on puisse ne pas aimer les films de Wes Anderson. J'ai moi-même émis de sérieuses réserves sur La vie aquatique.

Son penchant adolescent qui n'arrive pas à devenir adulte, assumé et revendiqué, peut ne pas plaire à ceux qui préfère un cinéma plus mature, ou plus construit.

 

A l'inverse, ceux qui peuvent entrer dans la bulle du réalisateur trouveront dans ce film un joyeux fourre-tout sillonnant une Inde rêvée à bord d'un (trop ?) joli train bleu qui arrive à se perdre dans un désert. "Mais comment un train peut il se perdre, il est sur des rails, non ?" se demande fort justement l'excellent Jason Schwartzman, as de la litote et du silence qui tue.

Il est question de fratrie, comme si souvent au cinéma, et plus exactement de 3 frères mal remis du décès de leur père (dont il trainent les bagages, à la fois réellement et métaphoriquement), et en manque de mère, comme on le verra.

Leurs mésaventures indiennes sont pleines d'un humour décalé, d'un burlesque au ralenti et d'un sens aigu de la répartie imparable.

Les trois acteurs sont magnifiques, avec une mention spéciale à Adrien Brody. Les guest stars sont sublimes, Natalie Portman, toujours plus mince, dans un court métrage introductif et parisien à montrer dans toutes les écoles de cinéma tellement il est bien mis en scène, Bill Murray, excellent dans un Lost in Transportation décoiffant, Anjelica Huston, pleine de force et de vie.

Sur le fond l'ambiance indienne est bien restituée, sur la forme le pays est montré plus beau qu'il n'est et dans les scènes du village l'aspect hollywoodien en devient franchement gênant.

La deuxième partie, pleine de rebondissements - dont un tragique - et de fausses fins, est moins bonne que la première durant laquelle la finesse psychologique de la mise en place des trois caractères est délectable.

Un très bon moment si vous appréciez l'humour décalé ou connaissez l'Inde.


3e

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Be kind rewind

Il y a dans ce film deux parties bien distinctes.

La première met bien en évidence les talents de Michel Gondry : une certaine poésie déjantée, une efficacité souple et racée dans la mise en scène. Cette partie est plaisante mais un peu anecdotique.

On retiendra surtout certaines performances de Jack Black par exemple quand il évacue sa radioactivité en pissant, ou le moment saisissant et un peu surréaliste ou les deux héros se transforment en caméléons sur fond de poste électrique.

La deuxième partie, pour moi moins convaincante, même si l'émotion est bien présente, tourne un peu au sentimentalisme style Cinéma Paradiso à la mode new yorkaise.

Restent la façon dont les films sont "suédés" et le résultat qui est souvent très drôle (Rush Hour 2) ou émouvant (Miss Daisy). Dans le générique de fin il est précisé qu'on peut voir les films suédés sur un site, mais je n'ai pas trouvé. Par contre beaucoup d'amateurs réalisent leur propres films suédés : Dailymotion organise même un concours. Est ce que les majors vont intervenir, comme dans le film ?

Probablement anecdotique dans la carrière de Michel Gondry, Be kind Rewind vient s'ajouter à la longue liste des films "qui montrent le tournage d'un film", ici dans une variante bricolage de génie.

Un bon moment.

 

2e

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Bienvenue chez les Ch'tis

Dany Boon et Kad Merad. Pathé DistributionBon, vous allez me dire, quelle drôle d'idée d'aller voir un film de Dany Boon.

Vous avez raison, mais j'étais à la neige, le cinéma local ne proposait rien de plus passionnant (en tout cas pas There will be blood, ni Redacted) et le cinéma français c'est aussi ça : une bonne comédie familiale avec un cinéma plein et un gars devant qui rigole fort, et pas au même moment que vous.

Au final le résultat est assez plaisant.

Dany Boon et surtout Kad arrivent à jouer des personnages attachants, sans surjouer, évitant le syndrôme De Funès. Boon arrive à ne pas être ridicule en n'apparaissant jamais complètement idiot, voir en maniant un second ou troisième degré (Ch'tivie Wonder...).

Pour ceux qui connaissent le Nord, le film est plein de souvenirs plus ou moins appuyés : les mots, la cuisine, l'alcoolisme, les baraques à frittes, le beffroi, les têtes de géant, le kop des Sang et Or du Racing Club de Lens, le char à voile sur les plages immenses, les maisons en briques....

Il faut bien l'avouer, si l'histoire ne vaut pas grand chose, on a bien rigolé, et sans se complaire dans la vulgarité. C'est déjà pas mal.

 

2e

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Paris

Je ne sais pas à quoi pensait Klapisch en tournant son film, mais le résultat est un film choral franchouillard.

Dans le genre film choral, De l'autre côté a donné récemment une forme brillante, proche de la tragédie grecque, dans lequel les personnages affrontaient leur destin.

Ici ils affrontent plutôt leurs petit tracas sur un fond de Paris de carte postale, mais le résultat n'est pas si mauvais.

Et les petits tracas, pour la première fois dans la filmographie de Klapisch, prennent la forme de la mort (Duris, le père de Luchini, l'accident de moto), sans qu'on y adhère à 100 %, je suis d'accord, mais cela produit son petit effet. De toute façon, je ne crois qu'il soit possible d'adhérer à 100 % à un film de Klapisch.

Au rayon des points forts : Juliette Binoche, plus elle est enlaidie, plus elle rayonne, comme un joyau, de l'intérieur. Son strip-tease devant un Albert Dupontel médusé est un grand moment de cinéma.

Comme toujours chez Klapisch, les acteurs sont très bien : Luchini se maintient juste sous le seuil du cabotinage (de justesse), Mélanie Laurent est hot (qui dira le contraire ?), Karin Viard impayable en boulangère raciste (accueil de la salle à Nantes pour sa tirade sur les bretonnes !), Cluzet est nul à souhait (il sait faire, mais le rêve en animation est assez bien vu), Dupontel est craquant, et Duris s'en sort bien dans un rôle chausse-trappe.

Dans les points forts aussi, des passages musicaux très beaux : la ritournelle envoutante de Wax Taylor teintée de nostalgie (quand Duris regarde les vieilles photos), Juliette qui se déchaine sur Louxor (j'adore) et le numéro exceptionnel de Luchini. Au rayon des points faibles : le reste, c'est à dire tout, ou presque (90 % du scénario, 80 % de la mise en scène), y compris des approximations coupables (l'itinéraire de l'africain, les top models aux halles...).

Klapisch est le Lelouch du XXIème siècle : films baclés, souvent horripilants, potentiellement géniaux, toujours à la limite.

Enfin est ce que Paris (le film) parle bien de Paris (la ville) ? Réponse : moins bien que Les chansons d'amour, bien sûr.

 

3e

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Juno

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/65/29/40/18868601.jpgLa publicité compare abusivement Juno à Little Miss Sunshine.

Ce dernier était plus drôle, plus déjanté, plus sombre et plus critique vis à vis de la société américaine que Juno. Les grands frères de Juno seraient plutôt les frères Farrelly, même si ces derniers sont beaucoup plus pipi caca et corrosifs.

Juno, elle, est vraiment craquante. Du haut de ses 16 ans, mal fringuée, toujours affublée de la même queue de cheval, elle marche comme un mec et a la langue bien pendue. Elle évolue au milieu de mondes décrits assez subtilement : celui petit bourgeois de son père et de sa belle mère, et celui bobo de la famille adoptant son futur bébé. Pratiquant allégrement l'auto-dérision, Juno séduit tout le monde par sa candeur crue et rapeuse sans jamais être obscène, et sa volonté de fer. Elle ne craquera qu'une fois, au bord de la route, alors qu'un train passe, dans une très jolie scène.

Un vrai vent de fraicheur souffle sur ce film à mille lieues de la comédie américaine formatée, qui confirme le talent tout à fait particulier de Jason Reitman, déjà remarqué pour Thank you for smoking.

 

3e

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Battle for Haditha

Surreal DistributionBataille pour Haditha prend le parti du tournage sur un mode quasi documentaire d’'un événement tragique qui vit les marines américains faire un carnage dans la population civile irakienne de la ville d'’Haditha.

Cet aspect documentaire est réellement très très bien réalisé : pour tout dire, on s’'y croirait et cela faisait longtemps que je n’'avais pas eu l'’impression d'’une immersion totale dans un milieu aussi typé qu'un conflit armé.

La vie quotidienne des irakiens et des marines est particulièrement bien montrée, et c'est le grand intérêt du film.

Le scénario, même s’'il lui arrive de manipuler quelques grosses ficelles, est assez habile au final et la tension croissante est prenante. On retient les messages que le réalisateur, dont c'’est le premier film non documentaire, voulait faire passer : le manque de professionnalisme effarant de l’'armée américaine, le dilemme terrible du civil irakien lambda coincé entre les américains et les extrémistes, le cynisme insoutenable et la redoutable efficacité des insurgés d'’Al Qaida, le traumatisme insurmontable des jeunes soldats.

Bataille pour Haditha forme un beau dyptique avec Dans la vallée d’'Elah, ce dernier montrant les conséquences sur le sol américain de ce que montre le premier. 

 

2e

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Lust, caution

Tony Leung Chiu Wai et Tang Wei. Focus FeaturesAng Lee est un cinéaste académique. Dans le Secret de Brokeback Mountain, cet académisme était transcendé par l'histoire d'un amour interdit, impossible, qui brillait comme un joyau étincelant. La nature était son écrin, et le film donnait la sensation du temps qui passe comme peu de films sont capables de le faire.

C'était académique, mais aussi simplement beau, comme John Ford pouvait l'être.

Dans Lust, caution les mêmes qualités se retrouvent. Le sujet est toujours tiré d'une courte nouvelle. La mise en scène est toujours très classique, sans effet spécifique. Il y a un amour compliqué. Le Shangai des années 40, magnifiquement reconstitué, très Lotus Bleu, est un écrin visuel superbe à une histoire complexe, qui s'étire sur plusieurs années.

Les mêmes qualités que dans Brokeback, mais à mon sens, avec un peu de moins de force. Le jeu des deux acteurs principaux est subtil, quelques scènes sont réellement émouvantes, mais d'autres sont un peu creuses (peut être à cause de l'inexpérience de Tang Wei, c'est son premier film) - et finalement, j'ai eu l'impression que quelque chose d'important filait entre mes doigts sans que je sache quoi exactement. Il me semble aussi que le groupe de jeunes révolutionnaires est décrit de façon trop superficielle.
Les scènes de sexes, sur lesquelles on a beaucoup glosé, sont crues : on se demande à quel point elle sont simulées, et les jeux de miroirs imbriqués (l'actrice/le vrai personnage/le personnage qui joue, et même peut-être qui joue à jouer) deviennent vertigineux.

Le titre originel "Se, Jie" résume encore mieux que le titre anglais la complexité des relations entre les personnages. "Se" veut dire à la fois la couleur, le charme, et le désir sexuel. "Jie" veut dire l'abstinence, la retenue, la prudence - et les deux termes veulent aussi dire rôle de théâtre, bague, encercler, donner l'alarme. Ceux qui ont vu le film comprendront la subtilité de ces allusions.

L'intérêt du contexte historique, la beauté visuelle du film, et la réflexion sur les rapports entre sexe et sentiments méritent au final que vous alliez voir le film.

 

3e

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