Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Christoblog

Charlie et la chocolaterie

A chaque fois qu'une nouvelle porte s'ouvre dans la chocolaterie magique de Willy Wonka, c'est tout un monde nouveau que nous pénétrons, un monde magique, crédible, qui n'a rien d'enfantin, mais qui est merveilleux, au sens premier du terme : qui suscite l'émerveillement, la sidération. 

Je suis souvent assez dur avec les cinéastes réputés (et que j'aime !) mais dans ce cas, je ne peux qu'avouer que la maestria de Tim Burton entre parfaitement en résonance avec l'histoire qu'il raconte. Que tout sonne juste. Que Johnny Depp est incroyable de naïveté et de détachement cruel.

Je ne sais pas ce qu'il y a de plus admirable dans le film. Les parties chantées des oompas-lumpas qui ponctuent chaque élimination d'enfant sont incroyables de dérision et d'énergie à la fois. La scène avec les écureuils est époustouflante (elle est pourrie de l'intérieur !).
Celle de la télévision est à la fois extrêmement émouvante (un jour viendra où ce type de téléportation sera possible, on le sent physiquement) et cinéphiliquement géniale (les hommages à Kubrick, Hitchcock, etc).

Les quatre grands-parents dans le même lit et la maison de guingois sont comme sortis d'un rêve, à la fois intensément familier et profondément étranges.

J'ai trouvé ce film génial, vous l'avez compris.
Parce qu'il place Tim Burton exactement où il doit être : à l'intersection parfaite de l'enfance (merveilleuse, douce, parfaitement méchante) et de l'art adulte (magique, caustique, visuellement parfait).

C'est du grand art.

 

4e 

Voir les commentaires

Le diable s'habille en Prada

Anne Hathaway et Meryl Streep. Twentieth Century Fox FranceOn mesure la qualité vraiment originale de Juno en voyant un archétype de la comédie américaine formatée comme Le diable s'habille en Prada.

Dans ce film tout est calculé pour plaire, et c'est ce qui ne me plait pas.

Anne Hathaway joue si bien la cruche que cela en devient ridicule, et surtout peu crédible : comment croire qu'une jeune femme qui ne connait rien à la mode et s'habille comme....vous et moi, se transforme du jour au lendemain en super woman qui porte de la haute couture comme un mannequin.

 

J'ose à peine parler de l'histoire d'amour avec le petit copain saucier (oui oui saucier, je ne l'invente pas, on se croirait dans ... Ratatouille) qui n'accepte pas le changement dans les horaires de travail et l'apparence de sa Dulcinée. Et l'aventure parisienne avec l'écrivain est d'un "cliché" à couper le souffle.

Le film aurait pu être une étude de moeurs subtile sur les drogués de boulot, et sur le milieu de la mode. Il n'est finalement qu'un présentoir vain et inutile qui encadre une belle prestation de Meryl Streep, impeccable, comme toujours.

 

1e

Voir les commentaires

Le scaphandre et le papillon

Marie-Josée Croze. Pathé Distribution A l'époque de sa sortie, je n'étais pas très motivé pour aller voir Le scaphandre et le papillon.
Pourquoi ?

Parce que j'avais lu quelques critiques tièdes, parce qu'il me semblait top bien connaître l'histoire de Bauby et de son locked-in syndrome, et parce que dans le même genre, le chef d'oeuvre de Dalton Trumbo, Johnny got his gun, me semblait insurpassable.

Résumons nous : voici l'histoire vraie du rédacteur en chef du magazine "Elle", qui fait un accident vasculaire cérébral et qui du jour au lendemain ne peut plus faire qu'un seul geste : cligner d'un oeil (et pas de l'autre, qu'il va falloir coudre pour qu'il ne se dessèche pas). Il va écrire un livre (Le scaphandre et le papillon) en le dictant lettre par lettre (cf la photo ci dessus).

Est ce qu'avec ça Julian Schnabel a de quoi faire un bon film ?

Réponse : Oui. La première partie ("vue de l'intérieur", du crâne de Bauby) est un très très beau morceau de cinéma. Schnabel joue parfaitement de la caméra (flou, cadrage fixe) pour nous faire ressentir ce que ressent le personnage principal qui découvre peu à peu son état.

A partir du moment où le film montre Bauby de l'extérieur, il devient plus conventionnel, mais reste assez juste et raisonnablement intéressant. Il évite absolument le sentimentalisme et l'apitoiement. On découvre des aspects relativement étonnants de l'histoire de Bauby, comme par exemple son sens de l'auto-dérision assez décapant.

Le film est délicat, subtil, et ne cherche pas à tirer les larmes à tout prix.

Et les acteurs ? On a trop vanté la perfomance d'Almaric, qui est bien, mais est ce une si grande performance que d'arriver à ne bouger qu'un oeil ? Les actrices sont belles, attachantes, presque trop, je me demande à quoi ressemblaient les "vraies".
Si vous avez l'occasion, voyez ce film, ne serait ce que pour rencontrer Jean Do. Il en vaut la peine.

 

3e

Voir les commentaires

La zona, propriété privée

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/65/86/46/18906895.jpgLes critiques concernant le premier film mexicain de Rodrigo Pla sont trop bonnes.

Car ce dernier vaut essentiellement par son sujet. Un lotissement de luxe, hyper protégé des favellas alentours, vivant en quasi aurtarcie, est tout à coup pénétré par un corps étranger : quelques voleurs qui profitent d'un accident pour s'introduire dans l'espace sacralisé. Que va-t-il se passer ? Comment les habitants, la police, l'extérieur vont ils réagir ?

A partir de ce thème assez excitant (dont certains articles lus dans la presse disent qu'il ne reflète que timidement la réalité), Pla va dérouler un récit assez prévisible, mais efficacement mené.

Le résultat est suffisamment anxiogène pour avoir attiré l'attention du plus grand nombre. De mise en scène il n'est pas vraiment question, mais ce n'est pas le plus important.

Il reste du film certains plans, comme celui du terrain de golf sur fond de favella, impressionnant.

 

2e

Voir les commentaires

Le premier venu

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/65/61/62/18910240.jpgJacques Doillon est un grand cinéaste.


Et comme cela faisait 4 ans qu'il n'avait rien produit, tout le monde attendait son nouveau film avec impatience.

Le sujet : une jeune fille (étudiante et parisienne probablement) passe une nuit avec une petite frappe de la Somme. Elle se fait violer, ou pas, la chose est ambigue. Mais en tout cas elle décide de suivre son amant (violeur ?) d'un soir et de l'aimer, quoi qu'il arrive, quoiqu'il en coûte. S'en suivent 2 heures de marivaudages verbeux, assez élégantes, mais aussi par moment un peu vaines.
Problème principal : les acteurs, dans une distribution particulièrement hétérogène.

Gérald Thomassin (qui était le petit criminel de Doillon il y a 18 ans) est un diamant brut, mais sa vie est un peu à l'image de son rôle (drogue, désinvolture) et on se demande toujours quelle frontière entre l'homme et l'acteur. Clémentine Beaugrand est très mignonne au début, mais à force de regarder le bout de ses pieds en se dandinant, on se demande si le personnage a été vraiment écrit, ses attitudes sont souvent incohérentes.

C'est d'aillleurs globalement le reproche principal qu'on peut faire au film, par rapport à ceux de Rohmer ou de Mouret, qui sont également très "écrits", c'est que la cohérence interne des personnages ne saute pas aux yeux.

Guillaume Saurrel, quel bel acteur !, est le seul gars normal du coin, mais en tant que flic, est ce bien crédible qu'il n'agisse pas alors que l'agent immobilier a disparu ? Enfin Jany Grarachana, le père de Costa, semble tout droit sorti de Bienvenue chez les Ch'tis, comme, dans une moindre mesure, Gwendoline Godquin et son accent à couper au couteau. Ils sont tous les deux un peu en déphasage par rapport au triangle amoureux.

Par tranche de 10 secondes le film peut être génial. En quelques secondes et quelques mimiques d'un acteur, Doillon peut faire passer une palette incroyable de sentiments. Sur la durée de deux heures, la sauce ne prend pas car le scénario est vraiment, vraiment trop improbable.

Les paysages de la baie de Somme, baignés par une lumière rasante de fin d'hiver, s'accordent bien au film : marécageux, beaux, ringards.

2e



Voir les commentaires

Le labyrinthe de Pan

Doug Jones. Wild Bunch DistributionDans les 10 premières minutes du DVD du Labyrinthe de Pan, je n'en menais pas large. L'assemblage conte de fée et chronique de fin de guerre civile en Espagne (1944) ne me semblaient pas trop tenir la route, et je commençais à regretter mes 12,99 €€.

Et puis opère ce qu'on peut appeler la magie du cinéma, et je pèse mes mots, car ce type de sensation est bien rare (1 fois sur 20 ?).

C'est à dire : comment à partir d'un matériau de départ hypothétique (une mante religieuse qui en réalité est une fée, un Sergi Lopez raide et pas loin d'être sadique), voire franchement bizarre, un vrai cinéaste qui a un vrai projet arrive à faire une grande oeuvre.

Car plus le film s'écoule, plus on entre dans l'histoire, plus la cohérence profonde des personnagIvana Baquero. Wild Bunch Distributiones s'impose, et plus le poids du fatum se fait lourd.

En somme, tout à fait le contraire de films récents où c'est exactement le contraire qui se produit (on part du lourd pour finir dans l'inexistant, en perdant le sens au passage).


Difficile de faire le tri dans les émotions qui vous assaillent vers la fin du film : émerveillement, jouissance cinéphilique, tristesse pure, joie sans mélange...
La petite actrice, comme toute la distribution, est digne d'éloge.

Je ne me souviens pas d'un film qui entremêle si parfaitement le merveilleux et le sordide, pourtant j'en ai comme la trace ténue en tête : une nostalgie de chose vues et vécues avant de naître.

 

4e

Voir les commentaires

A bord du Darjeeling limited

Je comprend qu'on puisse ne pas aimer les films de Wes Anderson. J'ai moi-même émis de sérieuses réserves sur La vie aquatique.

Son penchant adolescent qui n'arrive pas à devenir adulte, assumé et revendiqué, peut ne pas plaire à ceux qui préfère un cinéma plus mature, ou plus construit.

 

A l'inverse, ceux qui peuvent entrer dans la bulle du réalisateur trouveront dans ce film un joyeux fourre-tout sillonnant une Inde rêvée à bord d'un (trop ?) joli train bleu qui arrive à se perdre dans un désert. "Mais comment un train peut il se perdre, il est sur des rails, non ?" se demande fort justement l'excellent Jason Schwartzman, as de la litote et du silence qui tue.

Il est question de fratrie, comme si souvent au cinéma, et plus exactement de 3 frères mal remis du décès de leur père (dont il trainent les bagages, à la fois réellement et métaphoriquement), et en manque de mère, comme on le verra.

Leurs mésaventures indiennes sont pleines d'un humour décalé, d'un burlesque au ralenti et d'un sens aigu de la répartie imparable.

Les trois acteurs sont magnifiques, avec une mention spéciale à Adrien Brody. Les guest stars sont sublimes, Natalie Portman, toujours plus mince, dans un court métrage introductif et parisien à montrer dans toutes les écoles de cinéma tellement il est bien mis en scène, Bill Murray, excellent dans un Lost in Transportation décoiffant, Anjelica Huston, pleine de force et de vie.

Sur le fond l'ambiance indienne est bien restituée, sur la forme le pays est montré plus beau qu'il n'est et dans les scènes du village l'aspect hollywoodien en devient franchement gênant.

La deuxième partie, pleine de rebondissements - dont un tragique - et de fausses fins, est moins bonne que la première durant laquelle la finesse psychologique de la mise en place des trois caractères est délectable.

Un très bon moment si vous appréciez l'humour décalé ou connaissez l'Inde.


3e

Voir les commentaires

There will be blood

There will be blood n'est pas un mauvais film. Comme No country for old man ou comme La nuit nous appartient, il représente une certaine qualité américaine.

Le scénario est ambitieux, et se rapproche de celui de Casino par exemple : ascension puis décadence d'un homme seul (et sans pitié).

La mise en scène est classique, avec quelques tics tout de même, et sans génie. Les acteurs sont bons, et Daniel Day-Lewis est même très bon, mais très bon comme on est très bon quand on essaye d'avoir un oscar, c'est à dire prévisiblement très bon.

L'aspect historique n'est pas inintéressant. Il y a par moment un certain sens de la dramaturgie, comme au début par exemple.

A part ça, on s'ennuie ferme.

Les pistes que le film ouvre (le conflit entre pouvoir spirituel et temporel, le faux frère, le fils exclu) sont toutes avortées et aucune ne trouve son plein développement dramatique comme Scorsese a su si bien le faire dans Casino par exemple ou dans les Affranchis.

A ce titre le rôle du prédicateur est totalement saboté : il devrait être l'égal du héros principal, mais il n'en est que le faire-valoir. Les deux derniers plans du film sont à ce titre pitoyables. La musique enfin - pour moi qui suis très sensible à la bande son - est insupportable : sirènes d'avions, scies circulaires fonctionnant à l'infini, cordes désacordées, la musique amplifie les carences du film.

A éviter.

 

2e

Voir les commentaires

Be kind rewind

Il y a dans ce film deux parties bien distinctes.

La première met bien en évidence les talents de Michel Gondry : une certaine poésie déjantée, une efficacité souple et racée dans la mise en scène. Cette partie est plaisante mais un peu anecdotique.

On retiendra surtout certaines performances de Jack Black par exemple quand il évacue sa radioactivité en pissant, ou le moment saisissant et un peu surréaliste ou les deux héros se transforment en caméléons sur fond de poste électrique.

La deuxième partie, pour moi moins convaincante, même si l'émotion est bien présente, tourne un peu au sentimentalisme style Cinéma Paradiso à la mode new yorkaise.

Restent la façon dont les films sont "suédés" et le résultat qui est souvent très drôle (Rush Hour 2) ou émouvant (Miss Daisy). Dans le générique de fin il est précisé qu'on peut voir les films suédés sur un site, mais je n'ai pas trouvé. Par contre beaucoup d'amateurs réalisent leur propres films suédés : Dailymotion organise même un concours. Est ce que les majors vont intervenir, comme dans le film ?

Probablement anecdotique dans la carrière de Michel Gondry, Be kind Rewind vient s'ajouter à la longue liste des films "qui montrent le tournage d'un film", ici dans une variante bricolage de génie.

Un bon moment.

 

2e

Voir les commentaires

Bienvenue chez les Ch'tis

Dany Boon et Kad Merad. Pathé DistributionBon, vous allez me dire, quelle drôle d'idée d'aller voir un film de Dany Boon.

Vous avez raison, mais j'étais à la neige, le cinéma local ne proposait rien de plus passionnant (en tout cas pas There will be blood, ni Redacted) et le cinéma français c'est aussi ça : une bonne comédie familiale avec un cinéma plein et un gars devant qui rigole fort, et pas au même moment que vous.

Au final le résultat est assez plaisant.

Dany Boon et surtout Kad arrivent à jouer des personnages attachants, sans surjouer, évitant le syndrôme De Funès. Boon arrive à ne pas être ridicule en n'apparaissant jamais complètement idiot, voir en maniant un second ou troisième degré (Ch'tivie Wonder...).

Pour ceux qui connaissent le Nord, le film est plein de souvenirs plus ou moins appuyés : les mots, la cuisine, l'alcoolisme, les baraques à frittes, le beffroi, les têtes de géant, le kop des Sang et Or du Racing Club de Lens, le char à voile sur les plages immenses, les maisons en briques....

Il faut bien l'avouer, si l'histoire ne vaut pas grand chose, on a bien rigolé, et sans se complaire dans la vulgarité. C'est déjà pas mal.

 

2e

Voir les commentaires

Paris

Je ne sais pas à quoi pensait Klapisch en tournant son film, mais le résultat est un film choral franchouillard.

Dans le genre film choral, De l'autre côté a donné récemment une forme brillante, proche de la tragédie grecque, dans lequel les personnages affrontaient leur destin.

Ici ils affrontent plutôt leurs petit tracas sur un fond de Paris de carte postale, mais le résultat n'est pas si mauvais.

Et les petits tracas, pour la première fois dans la filmographie de Klapisch, prennent la forme de la mort (Duris, le père de Luchini, l'accident de moto), sans qu'on y adhère à 100 %, je suis d'accord, mais cela produit son petit effet. De toute façon, je ne crois qu'il soit possible d'adhérer à 100 % à un film de Klapisch.

Au rayon des points forts : Juliette Binoche, plus elle est enlaidie, plus elle rayonne, comme un joyau, de l'intérieur. Son strip-tease devant un Albert Dupontel médusé est un grand moment de cinéma.

Comme toujours chez Klapisch, les acteurs sont très bien : Luchini se maintient juste sous le seuil du cabotinage (de justesse), Mélanie Laurent est hot (qui dira le contraire ?), Karin Viard impayable en boulangère raciste (accueil de la salle à Nantes pour sa tirade sur les bretonnes !), Cluzet est nul à souhait (il sait faire, mais le rêve en animation est assez bien vu), Dupontel est craquant, et Duris s'en sort bien dans un rôle chausse-trappe.

Dans les points forts aussi, des passages musicaux très beaux : la ritournelle envoutante de Wax Taylor teintée de nostalgie (quand Duris regarde les vieilles photos), Juliette qui se déchaine sur Louxor (j'adore) et le numéro exceptionnel de Luchini. Au rayon des points faibles : le reste, c'est à dire tout, ou presque (90 % du scénario, 80 % de la mise en scène), y compris des approximations coupables (l'itinéraire de l'africain, les top models aux halles...).

Klapisch est le Lelouch du XXIème siècle : films baclés, souvent horripilants, potentiellement géniaux, toujours à la limite.

Enfin est ce que Paris (le film) parle bien de Paris (la ville) ? Réponse : moins bien que Les chansons d'amour, bien sûr.

 

3e

Voir les commentaires

Juno

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/65/29/40/18868601.jpgLa publicité compare abusivement Juno à Little Miss Sunshine.

Ce dernier était plus drôle, plus déjanté, plus sombre et plus critique vis à vis de la société américaine que Juno. Les grands frères de Juno seraient plutôt les frères Farrelly, même si ces derniers sont beaucoup plus pipi caca et corrosifs.

Juno, elle, est vraiment craquante. Du haut de ses 16 ans, mal fringuée, toujours affublée de la même queue de cheval, elle marche comme un mec et a la langue bien pendue. Elle évolue au milieu de mondes décrits assez subtilement : celui petit bourgeois de son père et de sa belle mère, et celui bobo de la famille adoptant son futur bébé. Pratiquant allégrement l'auto-dérision, Juno séduit tout le monde par sa candeur crue et rapeuse sans jamais être obscène, et sa volonté de fer. Elle ne craquera qu'une fois, au bord de la route, alors qu'un train passe, dans une très jolie scène.

Un vrai vent de fraicheur souffle sur ce film à mille lieues de la comédie américaine formatée, qui confirme le talent tout à fait particulier de Jason Reitman, déjà remarqué pour Thank you for smoking.

 

3e

Voir les commentaires

Battle for Haditha

Surreal DistributionBataille pour Haditha prend le parti du tournage sur un mode quasi documentaire d’'un événement tragique qui vit les marines américains faire un carnage dans la population civile irakienne de la ville d'’Haditha.

Cet aspect documentaire est réellement très très bien réalisé : pour tout dire, on s’'y croirait et cela faisait longtemps que je n’'avais pas eu l'’impression d'’une immersion totale dans un milieu aussi typé qu'un conflit armé.

La vie quotidienne des irakiens et des marines est particulièrement bien montrée, et c'est le grand intérêt du film.

Le scénario, même s’'il lui arrive de manipuler quelques grosses ficelles, est assez habile au final et la tension croissante est prenante. On retient les messages que le réalisateur, dont c'’est le premier film non documentaire, voulait faire passer : le manque de professionnalisme effarant de l’'armée américaine, le dilemme terrible du civil irakien lambda coincé entre les américains et les extrémistes, le cynisme insoutenable et la redoutable efficacité des insurgés d'’Al Qaida, le traumatisme insurmontable des jeunes soldats.

Bataille pour Haditha forme un beau dyptique avec Dans la vallée d’'Elah, ce dernier montrant les conséquences sur le sol américain de ce que montre le premier. 

 

2e

Voir les commentaires

Cloverfield

Michael Stahl-David et Jessica Lucas. Paramount Pictures FranceJ’aime bien les films de monstres. De King Kong au Hulk de Ang Lee, en passant par Alien, La Guerre des Mondes ou le remarquable film coréen de l'’année dernière (The Host), je trouve que le sujet permet aux vrais cinéastes de pleinement s'’exprimer.

D’ailleurs en général, les films de genre, par le cadre contraint qu’'ils imposent, renforcent la créativité.  C’est donc plein d’'enthousiasme que j’'ai été voir Cloverfield, d’autant plus que le film est produit par JJ Abrams, le génial créateur des séries Alias et Lost, probablement le meilleur raconteur d’histoire sévissant en Amérique du Nord.

Le procédé (le film n'est constitué que de scènes filmées par un des personnages) est amusant car il induit simultanément plaisir et frustration. Plaisir du voyeur, frustration quand un des personnage dit « ne filme pas ça », ou que la caméra tombe et nous fait rater une scène importante (on se prend à prier pour que quelqu’un la ramasse et que le film puisse continuer…). D’'une certaine façon, ce type d’'expérience permet de mieux réfléchir à la puissance divine du metteur en scène dans un film « normal » qui nous fait voir ce qu’il veut, comme il le veut, sans que notre esprit remette en cause son côté démiurgique.

Hélas, mis à part de plaisir intellectuel et ludique, cette histoire de monstre détruisant Manhattan est d'’une grande platitude et le film est au final très décevant, certains personnages ou certaines péripéties étant même baclées.

 

Une sorte d'humour noir (le personnage qui filme joue à faire peur à ses copains dans le couloir du métro alors que de vraies horribles bestioles les observent dans le noir) sauve un peu le film, qui reste quand même très faiblard, dommage.

 

1e

Voir les commentaires

Sweeney Todd

Difficile de donner un avis sur Sweeney Todd sans évoquer d'abord le musical de Broadway dont il est l'adaptation.

N'allez pas voir ce film si vous n'aimez pas ce genre-là, avec ses morceaux chantés qui se ressemblent tous, leur orchestration grandiloquente, la minceur générale de l'intrigue et une certaine mièvrerie.

Ceci étant dit, je me suis fermement ennuyé durant toute la première heure. Au début tout est trop : trop de maquillage, trop de gris dans les décors, trop de cheveux hirsutes, trop de regards noirs de Johnny Depp, trop de noirceur quand c'est noir, trop de blondeur quand c'est blond, trop de méchanceté chez les méchants, trop de fleur bleue chez Johanna.

La deuxième heure est plus intéressante, à partir du moment où les deux comparses élaborent leur nouvelle recette de tourte.

A partir de là, la noirceur devient telle que le film redevient intéressant. On se rend compte que les gentils sont en faits plus méchants que les méchants. La virtuosité de Tim Burton s'exprime à plein, par exemple dans la séquence où Mrs Lovett rêve du bonheur en bord de mer. Le contraste avec la première partie fait l'intérêt du film, dommage qu'il faille bailler une heure pour en arriver là.

A chaque film de Tim Burton, je me demande s'il est un vrai grand cinéaste ou simplement un habile filmeur qui n'aime rien tant que transformer Johnny Depp en clone de Robert Smith.

Ce n'est encore pas avec Sweeney Todd que mes idées vont s'éclaircir.NB : si vous avez vu et aimé Borat, vous apprécierez le barbier italien !

 

2e

 

Voir les commentaires

Lust, caution

Tony Leung Chiu Wai et Tang Wei. Focus FeaturesAng Lee est un cinéaste académique. Dans le Secret de Brokeback Mountain, cet académisme était transcendé par l'histoire d'un amour interdit, impossible, qui brillait comme un joyau étincelant. La nature était son écrin, et le film donnait la sensation du temps qui passe comme peu de films sont capables de le faire.

C'était académique, mais aussi simplement beau, comme John Ford pouvait l'être.

Dans Lust, caution les mêmes qualités se retrouvent. Le sujet est toujours tiré d'une courte nouvelle. La mise en scène est toujours très classique, sans effet spécifique. Il y a un amour compliqué. Le Shangai des années 40, magnifiquement reconstitué, très Lotus Bleu, est un écrin visuel superbe à une histoire complexe, qui s'étire sur plusieurs années.

Les mêmes qualités que dans Brokeback, mais à mon sens, avec un peu de moins de force. Le jeu des deux acteurs principaux est subtil, quelques scènes sont réellement émouvantes, mais d'autres sont un peu creuses (peut être à cause de l'inexpérience de Tang Wei, c'est son premier film) - et finalement, j'ai eu l'impression que quelque chose d'important filait entre mes doigts sans que je sache quoi exactement. Il me semble aussi que le groupe de jeunes révolutionnaires est décrit de façon trop superficielle.
Les scènes de sexes, sur lesquelles on a beaucoup glosé, sont crues : on se demande à quel point elle sont simulées, et les jeux de miroirs imbriqués (l'actrice/le vrai personnage/le personnage qui joue, et même peut-être qui joue à jouer) deviennent vertigineux.

Le titre originel "Se, Jie" résume encore mieux que le titre anglais la complexité des relations entre les personnages. "Se" veut dire à la fois la couleur, le charme, et le désir sexuel. "Jie" veut dire l'abstinence, la retenue, la prudence - et les deux termes veulent aussi dire rôle de théâtre, bague, encercler, donner l'alarme. Ceux qui ont vu le film comprendront la subtilité de ces allusions.

L'intérêt du contexte historique, la beauté visuelle du film, et la réflexion sur les rapports entre sexe et sentiments méritent au final que vous alliez voir le film.

 

3e

Voir les commentaires

No country for old men

Bon, ce n'est pas facile de dire du mal d'un film des Coen quand on a adoré Arizona Junior, Blood Simple, Miller's Crossing ou Fargo.

Encore plus difficile quand la critique cannoise a dit beaucoup de bien du film, le présentant comme une Palme d'or potentielle, alors qu'à mon avis le seul rival de 4 mois, 3 semaines, 2 jours ne pouvait être finalement que Zodiac. Et que la presse en général va l'encenser la semaine prochaine.

Mais franchement, si les frères Coen ne figuraient pas au générique, qui s'intéresserait à cette série B qui se donne des grands airs ?

Résumons nous : le rythme est lent, la véracité psychologique des personnages improbable (Javier Bardem est une caricature, les seconds rôles inexistants), et surtout la dramaturgie des scènes sensées être éprouvantes, ou au moins stressantes, est complètement ratée. On s'y ennuie fermement.

Le découpage du film est bancal, par exemple toute la fin avec les plans concernant Tommy Lee Jones est pédante, sans être prenante. En réalité on ne rentre jamais réellement dans le film. D'une certaine façon, je me disais dans la salle : ca y est, les frères Coen se regardent filmer, comme parfois Woody Allen s'est regardé filmer.

Alors qu'ils ont le même potentiel que lui, les frères Coen deviennent un Tarantino sous Prozac, ils devraient faire une cure d'amphétamines. Même la traduction du titre anglais en français, bizarrement accouplée au titre original, est grotesque.

Manque de rythme, d'émotions, d'innovations. Bref, à éviter. 

 

2e

Voir les commentaires

Into the wild

Emile Hirsch. Paramount VantageInto the Wild est un film à qui je pourrais aussi bien mettre 1, 2, 3 ou 4 étoiles.

Il est par moment pompeux, apprété, grandiloquent.

Quelquefois aussi cul-cul, si américainement naïf. D'un autre côté il tente plein de chose et cela le rend profondément intéressant et touchant. Il faut essayer d'imaginer un Gus Van Sant, qui ne serait pas arty, mais plouc du Nébraska.

Le film ressemble beaucoup par certains aspects à Brokeback Mountain : même rôle joué par la nature, même attention aux sentiments des personnages, même pertinence dans la restitution du temps qui passe et des occasions ratées, même souffle romanesque. Mais Sean Penn n'a pas non plus la délicatesse d'Ang Lee, et sa mise en scène fait plus gros qui tâche que Chambolle Musigny.

Alors pourquoi 4e ? Parce que la générosité qui imprègne le film rend ses défauts attachants, parce que la bande-son est super, la nature américaine extraordinaire à regarder, les gros plans sur les visages magnifiques, le final éblouissant. Sean Penn est un vrai cinéaste physique qui filme à l'instinct et si cela implique des erreurs, cela génère aussi une connivence incomparable. Emile Hirsh (d'où il sort celui là ?) joue comme Leonardo Di Caprio dans Aviatior, avec une pointe de Titanic, il est impressionnant.

 

4e

Voir les commentaires

Le dernier voyage du juge Feng

Yulai Lu, Yang Yaning et Baotian Li. Pierre Grise DistributionJe suis généralement assez bon public pour les films asiatiques, même lents.

C'est donc plein d'a priori favorables que j'ai été voir mon premier film au cinéma en 2008, d'autant plus que ce juge Feng bénéficiait plutôt de bonnes critiques.

Déception : le film a certes les qualités de ce type de production (paysages magnifiques, dépaysement assuré, jeu des acteurs totalement surprenant, quelques situations cocasses qui arrachent un sourire) mais aussi tous les défauts (anecdote élevée au rang d'intrigue, épaisseur psychologique des seconds rôles quasi nulle, lenteur soporifique de certaines scènes, prévisibilité absolue des péripéties, incapacité à conclure).

C'est dommage, une vraie réflexion sur la confrontation justice / tradition aurait pu être développée.  

 

1e

Voir les commentaires

Les chansons d'amour

Mon premier article 2008 sera consacré à la vision en DVD d'un des films qui m'a le plus marqué en 2007 : Les chansons d'amour.

Bon, je sais en ayant parcouru les blogs que les avis sont plus que partagés sur cette oeuvre, et .... c'est ce qui me plaît, car la cinéphilie déteste les tièdes.

Evidemment, si l'idée qu'une personne normalement constituée commence à pousser la chansonnette au moment d'avoir une relation homosexuelle avec un ado breton te semble peu naturelle, et t'empêche d'adhérer pleinement au film, c'est mal parti.

Mais sinon, la vérité est que ce film :

1 - est magnifiquement joué. Garrel est le digne héritier d'Antoine Doinel et tout son personnage est sous emprise truffaldienne (cabotine parfois, mais l'entendre dire "je suis très mélancolique" lors qu'il est complétement bourré est un grand moment). Les deux filles sont craquantes, tout en étant complètement dissemblables : la blonde, pleine et lumineuse, la brune, insaisisable et virevoltante. Chiara Mastroianni est bouleversante et même les seconds rôles sont parfaits (l'autre soeur, la mère) apportant chacun un personnage totalement consistant psychologiquement

2 - est doté d'un scénario résolument moderne et en phase avec son époque, en en reflétant toutes les subtilités et tous les antagonismes (engagement/détachement, plaisir/souvenir)

3 - est monté de façon magistrale. Ce qui marque le plus en revoyant le film est l'absence totale de plan inutile. La scène du jardin de la Pépinnière est exemplaire : un plan sur les enfants qui jouent puis sur Chiara qui chante (brièvement), un plan fixe sur une allée d'arbres nus (la mort) pointant vers un point de fuite indéfini (l'absence) : toute la tragédie du deuil est dite en quelques minutes

4 - montre Paris comme la ville n'a jamais été montrée, ses stations de métro, ses balayeurs, ses cafés, ses enseignes lumineuses, ses passants, ses gens qui téléphonent dans les cabines, ses ambulances, l'ange de la Bastille, les grilles des jardins, les bureaux de tabacs, les kiosques à journaux

5 - expose une mise en scène totalement virtuose : du balais des chaises à roulettes dans le premier plan à l'acrobatie en corniche sous observation du dernier plan, tout n'est que volte, arabesque, esquive et légèreté

Je sais que l'ombre de Demy plane sur le film (l'héroine s'appelle Pommeraye comme le nom du célèbre passage couvert nantais, la scène ou Julie semble flotter sur un tapis roulant etc...) mais il est bien plus que ça. Je pense qu'il est aussi plus que le film d'une époque comme Les nuits fauves ont pu l'être pour les années Sida. Il est simplement le premier film totalement abouti d'un cinéaste hyper doué qui pourrait être le plus grand réalisateur français sur la durée : Aime moi moins, mais aime moi longtemps.

 

4e

Voir les commentaires

<< < 100 110 120 130 131 132 > >>