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Christoblog

L'étrange histoire de Benjamin Button

Rarement un film m'aura inspiré des sentiments aussi partagés que celui-ci, pour finalement aboutir à une opinion résolument positive.

L'histoire est limpide bien qu'invraisemblable : un homme nait vieux et rajeunit au fil du temps.

A partir de cette trame ténue et fragile tirée d'une très courte nouvelle de FS Fitzgerald (25 pages) David Fincher tire un film fleuve de 2h44.

Ce qui est de remarquable et étrange dans le film est le rapport qu'il entretient aux temps : temps de la projection, long, pas ennuyeux, confortable comme de vieilles pantoufles, temps de la narration, 80 ans, à l'envers, ou à l'endroit suivant le point de vue, ou symétrique, ou même parallèle si on considère l'idée géniale d'installer le jeune vieux dans une maison de retraite, temps de l'appropriation, car les sentiments qu'inspirent le film ne sont pas les mêmes pendant la projection, en en sortant, et le lendemain.

Cette faculté exceptionnelle qu'à David Fincher de rendre sensible la fine trame du temps m'avait enthousiasmé dans Zodiac, son meilleur film à mon avis. Ici, elle est dévoilée avec moins de finesse, plus d'emphase. Mais probablement est-elle susceptible de rencontrer un plus large public.

Quant à la réalisation, d'une curieuse façon, elle résiste à l'analyse : elle est volontairement "old school" par moment (les coups de foudre, l'horloge) et à d'autres (le bateau, quelques paysages, une vision des docks, les scènes avec le pygmée...) on se demande si son aspect vieillot est assumé ou pas.

J'ai détesté le non-jeu de Brad Pitt sur le moment, puis à la réflexion je me dis qu'il était difficile de jouer le personnage autrement. Et puis toutes les manipulations numériques en "motion capture" peuvent expliquer le manque d'expressivité de l'acteur (ou de ce qu'il en reste).

Cate Blanchett m'a par contre émerveillé sur ses premiers plans (elle est d'une vivacité incroyable), puis m'a énervé quand elle "allume" Pitt dans une des scènes les plus lourde du film, puis m'a semblé exceptionnellement émouvante dans la dernière partie du film, où la mélancolie le dispute au vertige (voir Brad Pitt plus JEUNE qu'il n'est est encore plus troublant que de le voir plus vieux).

En somme, le film tiraille le spectateur entre des sentiments contradictoires, des sensations étranges, comme un grand fleuve boueux dont les tourbillons sont à la fois nettement dessinés et totalement incompréhensibles.

 

3e

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Espion(s)

Guillaume Canet et Géraldine Pailhas. Mars DistributionOui, bien sûr il ne s'agit que d'un thriller français qui veut faire dans le réalisme. Donc, forcément ça ne peut pas aller bien loin.

Cette petite pique étant lancée, Espion(s) n'est pas un mauvais film.

Il commence sur les chapeaux de roue avec une immersion anxyogène dans le monde des bagagistes de Roissy, s'enlise un peu dans les méandres d'une intrigue prévisible
et londonienne, ménage quelques beaux portraits : un Guillaume Canet mal dégrossi qui ressemble de plus en plus à Jean Gabin, une Géraldine Pailhas à son meilleur niveau qui rend crédible une histoire d'amour naissante et des douleurs anciennes, un H Girardot parfait en méchant froid et manipulateur.

Par une pirouette dont le cinéma a le secret il se trouve que les deux amants se retrouve dans une salle projetant le sublime film Veer Zaara dont vous trouverez la critique quelque part ci dessous, et en plus il s'agit de la scène absolument génialissime dite "de la danse de Lodi".

Quand on connaît l'histoire d'amour intense et tragique de ce film indien, difficile de ne pas y voir l'écho de celle vécue par les deux personnages d'Espion(s).

La mise en scène de Saada est épurée, agile, assez convaincante.

Pas un mauvais moment, pas un chef-d'oeuvre non plus.  

 

2e

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Les noces rebelles

Michael Shannon. DreamWorks PicturesQuel est le plus gros défaut des Noces rebelles ?
Difficiles à dire tellement ils sont nombreux.

D'abord le scénario est indigent, mou et approximatif. Pourquoi cet homme et cette femme sont-ils ensemble : c'est encore un mystère pour moi. Je sais, vous allez me dire c'est le cas pour beaucoup de couples, mais au moins Sam Mendes aurait pu essayer de rendre PLAUSIBLE leur coup de foudre initial, ce n'est pas le cas.


Ensuite pourquoi Paris, qu'est ce qu'April y ferait, quelles sont ces compétences ? Mystère et boule de gomme. Je veux bien envisager une aventure parisienne, mais il faudrait que celle ci soit CREDIBLE. Les scènes de sexe sont risibles (d'ailleurs la salle a ri, je vous jure). Et pour finir, qu'on puisse avorter en jupon en étalant deux serviettes par terre, puis descendre tranquillement un escalier, puis seulement commencer à saigner, son corsage toujours impeccablement repassé, tout cela fait un peu PROPRET.

D'ailleurs la mise en scène de Mendes est curieusement propre elle aussi, plate et lisse, désincarnée, frappée par la même malédiction que celle de Soderbergh dans Che. Filmer froidement les banlieues froides des fifties ne suffit pas à faire un film.

Et les acteurs ? Absents. Des enfants inexistants (dans une crise de couple, c'est bizarre), un De Caprio juvénile qui n'a pas beaucoup changé depuis Titanic, un fou pas trop mal (photo) qui insuffle un peu de vie au film et une Kate Winslet qui empêche le film de sombrer corps et biens (Titanic encore, incroyable comme elle a plus / mieux vieilli que Di Caprio).

Et si Sam Mendes n'était qu'un faiseur besogneux ? A vérifier.

 

1e

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Veer Zaara

Bodega FilmsSi vous ne connaissez pas le cinéma de Bollywood, Veer Zaara peut constituer une bonne introduction à condition :

1 - que vous passiez au-delà de votre réaction de rejet lors des 10 premières minutes et que vous alliez jusqu'au bout

2 - que vous aimiez les mélos à la Douglas Sirk

3 - que vous vouliez voir un "vrai" Bollywood, faits par des indiens pour des indiens

Moyennant ces conditions vous aurez droit à du grand spectacle.

Au premier degré, Veer Zaara est une triste histoire d'amour rythmée par quelques chansons avec tout ce que Bollywood sait mettre de techniques, de couleurs, de mouvements de caméra grandioses.

Bien sûr, vous trouverez certainement que les acteurs surjouent, ce qui est normal pour un occidental. Les mimiques de Shah Rukh Khan, la mégastar indienne, vous énerveront au début, et puis vous verrez, on s'y fait. Preity Zinta a une pêche d'enfer, on dirait quand elle danse un robot animé.

Au deuxième degré, vous verrez des acteurs qui ne sont pas dupes de ce ce qu'ils font, s'arrêtant quelquefois au milieu d'une danse pour lever les yeux au ciel, ou plaisantant à moitié au milieu d'une scène tragique (Veer qui réalise qu'il devra disposer d'un tracteur pour promener Zaara et ses huit enfants). Vous apprécierez que le film aborde les relations indo-pakistanaise, ce qui est rudement osé (l'acteur principal, qui joue un sikh dans le film, est musulman). Vous regarderez les bonus et serez fascinés par l'exhumation de chansons vieilles de 30 ans pour ce film.

Au troisième degré, vous garderez le souvenir d'une ligne pure qui dessine la silhouette d'un amour infini comme peu d'oeuvre d'art ont su le montrer (on pense à Roméo et Juliette). La deuxième partie du film, excellente, parfait contrepoint du romantisme béat de la première partie, est somptueuse : rebondissements en tout genre, retournements de situation géants et ellipses improbables la rendent imprévisible. L'intensité des sentiments est telle que les acteurs n'ouvrent plus les lèvres pendant les chansons, c'est leur âme qu'on entend (?!).

"Sont ils humains ou sont ils des Dieux ?" demande un des personnages dans le film. Voilà qui résume bien l'extraordinaire histoire contée par Yash Chopra.

Si vous ne pleurez pas, c'est que vous avez un coeur de pierre.

 

3e

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Slumdog millionaire

Difficile de bouder son plaisir en regardant Slumdog Millionnaire. Un scénario bien travaillé, des acteurs qui ont la pêche, une mise en scène déjantée (un peu trop diront certains), une musique qui remue : que du bonheur.

Ouais, les cadrages de travers et les visages coupés en deux ne vous font pas un cinéaste, mais Danny Boyle n'est pas non plus Bergman, et on s'en fout en l'occurence. Slumdog millionaire, c'est pas les Fraises sauvages à Mumbai, c'est plutôt Trainspotting au pays de Bollywood, et ça déménage.

Pourquoi notre héros veut-il jouer (et gagner ?) à "Qui veut gagner des millions ?" : la réponse n'est pas si simple, et il faudra de nombreux flashbacks pour comprendre le pourquoi du comment. A part ça, on dirait par certains aspects du pur Bollywood (des sentiments qui débordent, des méchants vraiment - très - méchants, de l'amouuuuur !). Et le gentil est intelligent, bien que réservé.

Au final ce qui rend le film si plaisant, c'est l'Inde, évidemment 1000 fois plus réelle que dans A bord du Darjeeling Limited, et plus particulièrement Maximum Mumbai la ville de tous les délires. Ce qu'on voit de Bombay, surtout au début, dans la scène magistrale de la poursuite des enfants dans le bidonville, est absolument fascinant et Danny Boyle réussit parfaitement à rendre sensible la frénésie de cette ville.

Le générique de fin enfonce le clou bollywoodien pour notre plus grand plaisir. Foncez voir Slumdog Millionaire et embarquez dans un grand huit des sensations fortes, pas forcément très subtiles, mais bien relevées.

 

3e

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Bon alors, 2008 c'était comment ?

C'est l'heure des bilans, alors allons-y. Si vous avez des commentaires, faites les, ça me fera plaisir.

Meilleurs films

Les 5 premiers sont vraiment au dessus, après tout se tient + ou -.

1- Hunger

Becker Films International

Une expérience sensorielle qui dépasse le cinéma.  Le coeur, le cerveau, et les tripes sont touchés simultanément, un choc comme je n'en avais plus eu depuis longtemps au cinéma.

Peut être un chef-d'oeuvre.






2 - Into the wild
3 - Un conte de Noel
4 - La vie moderne
5 - Mesrine : l'instinct de mort

6 - La belle personne
7 - J'irai dormir à Hollywood
8 - Bons baisers de Bruges


Meilleure comédie de l'année.

Et de loin.







9 - Two lovers
10 - A bord du Darjeeling Limited
11 - Juno
12 - Paris
13 - Entre les murs
14 - Valse avec Bachir
15 - Les plages d'Agnès
16 - Burn after Reading 
 
Meilleurs acteurs / actrices
 
1 - Michael Fassbender dans Hunger
2 - Joaquin Phoenix dans Two lovers


Je n'aime pas Joaquin Phoenix.
La preuve que mon classement est objectif.








3 - Vincent Cassel dans les Mesrine
4 - Juliette Binoche dans Paris
5 - Emile Hirsh dans Into the wild
6 - Léa Seydoux dans La belle personne
7 - Colin Farrel dans Bons baisers de Bruges
8 - Mathieu Amalric dans Un conte de Noel 
9 - l'équipe d'Entre les murs
10 - les 3 frères d'A bord du Darjeeling et les 3 acteurs du Bon, la brute et le cinglé
 
Le film que je n'aime pas et je ne vais pas me faire de copains avec les lignes qui suivent
 
... No country for old men.

Ah, si la dégustation à l'aveugle existait en cinéma, je suis certain que plus de la moitié des gens qui encensent le film n'y aurait vu qu'un pâle produit B du cinéma américain. Franchement, et je veux bien le détailler plan par plan avec qui veut, comment peut on y voir autre chose qu'une succession de plans mal fichus, de succédanés de suspense, de personnages caricaturaux, de montage approximatif ? Les frères Coen sont les cinéates les plus sur-estimés du moment, comme le furent Woody Allen, puis Clint Eatswood. Il suffit que leur nom soient sur l'affiche pour que le bonhomme de Télérama rigole, sans avoir vu le film, et toute une partie du public avec.
Il se trouve que j'ai vu dans la même période Trois enterrements, qui a bien des points communs avec No country for old men et qui lui est un VRAI film.
 
Et puisque j'y pense :

La plus belle affiche : Wonderful Town













Les musiques les mieux utilisées (mais tout le monde s'en fout) : Wax Taylor dans Paris, Nick Drake dans La belle personne.

La meilleure bande-son : Hunger

La plus grosse déception : Quantum of solace

Le plus gros coup de gueule : I feel good

Les plus beaux seins : ceux de Léa Seydoux dans La belle personne et celui de Gwyneth Paltrow dans Two lovers.

Les films que je n'ai pas vu, et que je regrette de ne pas avoir vu : The dark knight, Home, L'un contre l'autre, Sur ta joue ennemie, Hellboy II, [REC], It's a free world, Smiley face, Wall E, Il divo.

On en fait tout un plat, mais c'était pas si bien : Le silence de Lorna, Soyez sympa, rembobinez, Gomorra, There will be blood, Cloverfield, Vicky Cristina Barcelona, La Zona, propriété privée, Be happy.

Les deux meilleurs films vus en DVD : Charlie et la chocolaterie et Le labyrinthe de Pan.

Enfin les deux films dont je ne saurais dire exactement si je les aime ou pas, mais qui m'ont beaucoup intéressé tous les deux  : Le premier venu et Sweeney Todd.


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Che (l'Argentin)

Avec Mesrine, voici un nouveau biopic en forme de diptyque.

Il faut espérer que cela ne devienne pas une habitude visant à doubler les recettes tout en délayant le propos, car autant le film de Richer était comme un TGV fonçant vers son point de fuite (connu dès les premières images) autant celui de Soderbergh est un tortillard qui tourne en rond sans qu'on sache exactement d'où il part et où il se dirige.

Les entrelacements d'époques, particulièrement confus au début du film, sont à ce titre exemplaires : leur sens profond reste caché. Toute la campagne cubaine du Che est montrée sans âme, sans envergure.

La mise en scène est paresseuse, la narration approximative, le montage paraît avoir été fait sur un coin de table. Les scènes censées être dramatiques (exécutions, viols, trahisons, combats) sont filmées sans conviction, sans relief.

Finalement c'est comme si toute l'énergie de Soderbergh et de Del Toro s'était épuisé avant que le film commence, dans le travail qu'ils ont du réaliser pour convaincre les studios du bien fondé de leur projet.

Le résultat est bizarrement plat et sans émotion, et ne m'encourage pas à voir la seconde partie.

 

1e

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I feel good

Le PacteJe préfère le dire tout de suite : je n'ai absolument rien contre les personnes agées et encore moins contre celles qui s'éclatent dans la chorale rock de I feel good, au contraire.

Des gens qui chantent Springsteen et les Clash ne peuvent pas être mauvais. Et d'ailleurs le concert de la fin, filmé tout simplement comme un concert, m'aurait probablement agréablement diverti.

Le problème, dans I feel good, est donc celui de qui l'a fait, à savoir le pitoyable et inutile Stephen Walker. Loin de la rigueur (et du génie) d'un Depardon, de la fantaisie raisonnée d'un Antoine de Maximy, voici l'exemple type du documentariste manipulateur, truqueur et qui n'a rien à dire.

Contemplez ses traveling inutiles sur les banlieues, ses plans dérisoires sur les serveurs ou les passants. Regardez comment il filme ses personnages en plongée pour mieux les dominer, comment il les met en scène pour mieux les ridiculiser (voir photo), comment il les pousse dans leurs travers (le sexe ou les bons mots). Ecoutez comment il ne garde d'eux que 2 ou 3 phrases. Et surtout voyez comment il exploite sans scrupule la mort et la souffrance, surveillant la veuve du récent mort pendant le concert en espérant qu'elle craque, faisant semblant de respecter l'annonce du décès d'un autre tout en l'enregistrant : honte, honte et honte. 

 

1e

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Eve

Gary Merrill et Bette Davis. 20th Century FoxEve, dont le titre original est All about Eve (ce qui est plus conforme à l'intrigue principale du film) fut couvert d'honneurs à sa sortie, puisqu'il reçut une multitude de prix, et 2 Oscars en particulier.

C'est probablement le film le plus célèbre de son auteur.

Comme tous les Mankiewicz, ou presque, Eve brille par son intelligence. Le film peint avec beaucoup de justesse le milieu théâtral, la fuite des années et l'angoisse des actrices vieillissantes, l'ambition et l'hypocrisie des jeunes souhaitant réussir. La direction d'acteur est parfaite (je devrais dire d'actrices car les personnages masculins sont bien fades à part le remarquable George Sanders dans le rôle désabusé de De Witt). Bette Davies et Anne Baxter sont excellentes. Marilyn Monroe fait une apparition, dans un rôle de cruche pulpeuse qu'elle aura malheureusement du mal à quitter par la suite.

La construction, basée sur une imbrication de flash-backs et de récits à la première personne, est fluide et complexe.

Malgré ces énormes qualités, j'ai toutefois quelques scrupules à ranger Eve parmi les chefs-d'oeuvre absolus de Mankiewicz, au même titre que La comtesse aux pieds nus par exemple, qui réunit à peu près les mêmes qualités (portraits de femmes, complexité de l'architecture narrative, multiplicité des points de vue) mais avec une puissance supérieure.

L'intrigue de Eve, bien que brillante, est quelquefois un peu sèche. Il n'empêche que le film reste largement supérieur à la production moyenne de son temps (sans parler de la production actuelle, évidemment).

3e

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The game

Film de jeunesse de David Fincher, The game n'a pas le caractère sulfureux de Fight Club, ni l'ambition artistique du très beau Zodiac.

L'idée de départ du film est la suivante. Un homme (Sean Penn) offre comme cadeau d'anniversaire à son frère (Michael Douglas) une participation à un jeu grandeur nature dont le joueur ne connait pas les règles et qui doit l'amener à se surpasser lui-même au gré des aventures qu'il va vivre.

Ce pitch excitant donne une première partie de film très réussie dans laquelle la mise en scène épurée de David Fincher fait merveille. La prestation de Michael Douglas en businessman impitoyable est très convaincante.

Les péripéties s'accumulant, le suspense faiblit quelque peu. Le rôle manipulateur de Christine apparaît en effet très rapidement. Les ficelles sont un peu grosses et on se doute un peu (beaucoup) de la fin à partir de l'épisode mexicain, car à ce moment-là il devient évident que Van Orton n'est pas la cible de tueurs. Ainsi, dans la dernière partie, la scène du toit n'est que très prévisible.

Le twist final de la chute essaye de faire rebondir une dernière fois l'intrigue, malheureusement en l'entraînant dans l'invraisemblance la plus totale.

Une bonne réalisation et un moment pas déplaisant, malgré une intrigue claudiquante qui n'atteint pas, et de loin, la perfection millimétrique de celle structurant Fight Club.

 

2e

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Mia et le Migou

Gebeka FilmsUne chose est sûre, c'est que l'animation française est une des plus performantes du monde avec celles des USA et du Japon.

Entre les productions de Michel Ocelot (Kirikou, Azur et Asmar), celles de Sylvain Chomet (Les Triplettes de Belleville) et celles de Jacques Rémy Girerd (la Prophétie des Grenouilles, Mia), nous sommes vraiment bien dotés (et je pourrais ajouter U, Nocturna Magica la nuit magique, Persepolis et d'autres) . La qualité en plus est (souvent) là. Même notre Luc Besson national apporte sa pierre à l'édifice.

C'est agréable d'emmener voir ses enfants autres chose que les sempiternelles animations 3D américaines, même si celles-ci peuvent être très bien faites .

Mia et le Migou propose donc une esthétique résolument différente des productions numériques actuelles, puisqu'elle est basée sur de bonnes vieilles planches dessinées et peintes. On peut être plus ou moins sensible à la palette de couleurs utilisée. En ce qui me concerne je n'ai pas été séduit à 100%.

Le scénario est franchement orienté écologie et son aspect démonstratif nuit probablement au développement de l'intrigue, c'est sans conteste le point faible du film. Les personnages, à part Mia et le père d'Aldrin dans une certaine mesure, peinent à trouver une véritable épaisseur. Les rebondissements divers sont d'importance et de nature trop variables pour assurer un véritable rythme au film.
Par exemple, l'idée du message de l'opérateur téléphonique qui fait une proposition commerciale est une bonne idée, mais pourquoi l'insérer dans un des moments les plus dramatiques ? Du coup, l'idée ne fonctionne plus et l'intensité de la scène en est diminuée.

Les Migous ne sont qu'esquissés, dans tous les sens du terme. La juxtaposition de voix très typées (accents du 93, de Marseille, d'Amérique du Sud...) et souvent très reconnaissables (JP Coffe, D Boon) donne une impression curieuse.

Au final, ma fille de 6 ans à aimé. C'est le principal. Reste à voir si le film lui laissera les mêmes impressions durables que Kirikou oul'Age de Glace.

2e

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Le bon, la brute et le cinglé

On ne pourrait voir dans Le bon, la brute et le cinglé qu'un remake du dernier volet de la trilogie eastwoodienne de Sergio Leone : Le bon, la brute, le truand.

En fait le film n'a pas grand chose à voir avec l'original. Il est beaucoup plus vif, déjanté, explosif

Pour ceux qui ne le savent pas (et j'en étais il y a peu) la tradition du western coréen est très ancienne (au moins autant que celle du western italien, semble-t-il). Ce qui explique peut-être la grande maestria technique dont fait preuve Kim Jee-Woon, décidément très à l'aise dans le film de genre puisque ces premiers films étaient un film fantastique (Deux Soeurs) et un thriller (A bittersweet life).

Le bon, la brute et le cinglé est délibérément cartoonesque et ne prétend ni à l'analyse psychologique, ni à la profondeur scénaristique. Si on le prend pour ce qu'il est, il atteint son but de divertissement pur centré sur l'action, souvent spectaculaire et violente, agrémentée d'une touche de burlesque bien amenée par le "cinglé", qui apporte son lot de situations cocasses (il conduit un side-car coiffé d'un casque d'aviateur, il glisse dans les escaliers au plus mauvais moment, il sodomise ses ennemis avec des bâtons sans le vouloir, il participe à un gunfight avec une tenue de scaphandrier).

Le "bon" est lisse comme un "bon", il a une Winchester et un stetson, et apporte donc la touche western classique qui convient. La "brute" a un look de rock star avec mèche de cheveux dissymétrique qui rappelle un peu Prince, ou les personnages de certains mangas.

Le tout ne s'embarrasse pas de vraisemblance : l'action se déroule en théorie pendant les années 30, dans de superbes paysages mandchous, mais je suppose qu'un oeil exercé y découvrira de nombreux anachronismes.

La fusion occident orient a rarement été aussi forte dans l'interpénétration des styles, des psychés et des thèmes, ici sur un mode joyeusement foutraque qui n'est pas déplaisant. La toute fin est un peu ratée, comme si cela n'avait pas réellement d'importance, ce qui est le cas. 

A voir si vous avez un peu de temps, ou si vous êtes en manque de cinéma tarantinesque.

 

2e

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Two lovers

James Gray a du mal à réussir un film entièrement. La nuit nous appartient, son film précédent, un pur polar, était zébré d'éclairs de génie mais souffrait d'incohérences et d'invraisemblances rédhibitoires. La moindre n'était pas la prestation calamiteuse de Joaquin Phoenix, difficilement légitime en malfrat repenti.

Two lovers raconte une histoire d'amour triangulaire assez classique : Leonard a vécu une histoire d'amour malheureuse, il rencontre Sandra la brune, raisonnable et rassurante, et Michelle la blonde, un peu déjantée et surtout déjà prise. Il tombe amoureux fou de l'une, amoureux, un peu, de l'autre. Et le sentiment des 2 filles est inversement proportionnel au sien.

A partir de cette trame peu originale, Gray invente un suspense psychologique filmé comme un polar (les 3 premiers films de Gray en sont). Phoenix est bien dans son rôle d'adulte encore enfant (quelquefois ses pitreries en font une sorte de Louis Garrel américain) et les deux actrices, sans être outrageusement séduisantes comme peut l'être Scarlett Johansonn, sont très attachantes. Gwyneth Paltrow trouve probablement ici son meilleur rôle.

Toute la première partie est un miracle de mise en scène. Les 5 premiers plans sont magiques, la suite est filmée à la fois nerveusement et souplement. La naissance de l'amour a rarement été montré avec autant de sensualité et de finesse. Chaque scène recèle son lot d'informations, de sensations. Leonard nous inquiète, nous séduit, l'ombre de la folie plane sur lui et le suspense lié à sa maladie nous fait redouter le pire (la scène du métro). Le film atteint alors un point culminant dans la scène d'anthologie de la boite de nuit.

Sur la fin, le film devient un peu plus conventionnel dans son traitement mélodramatique, même s'il renoue avec la densité du début ponctuellement : par exemple, lorsque Leonard attend Michelle dans la cour pour partir et que nous savons qu'il sait ce qu'il va se passer.

Dans l'entrelacs des sentiments amoureux et familiaux, se dessine une histoire simple et complexe où les scènes se répondent et s'opposent avec brio (la blonde dans l'air glacial du toit, la brune dans la chaleur du lit).

L'art de Gray s'impose de film en film comme l'un des plus solides du moment.

 

3e

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Burn after reading

Brad Pitt. StudioCanalLes Coen ne sont jamais aussi bons que dans leurs films dits "mineurs".

Lorsqu'il veulent faire sérieux comme dans Barton Fink ou No country for old men , leur style s'alourdit et leur narration s'égare.

Burn after reading renoue avec la tradition burlesco-recherchée initiée par le mythique Arizona Junior. Les Coen retrouve ce rythme enjoué où ils excellent. Leur direction d'acteurs est parfaite.

Je craignais que Clooney en fasse trop : j'avais raison, mais ce n'est pas si désagréable. Brad Pitt est incroyable de stupidité. John Malkovitch excellent en aboyeur enervé. Tous les seconds rôles ont des textes ciselés.

Le scénario est bien enlevé, certes parfois un peu prévisible, et avec quelques temps morts, mais dans l'ensemble intéressant. Il y a dans ce film une certaine tradition du "léger, mais pas tant que ça si on y regarde à deux fois" qui fait l'honneur de la comédie américaine de Lubitsch à Allen en passant par Capra.

Derrière les situations comiques se devine une charge assez vive contre la CIA. Les scènes à Langley sont parfaites dans le genre, les agents étant ridiculisés avec un sérieux parfait et jouissif. "Qu'avons nous appris ?" dit à la fin le responsable de la CIA, et on a envie d'ajouter "après le 11 septembre...".

La morale du film est résolument noire, les travers de la nature humaine (sexuels et amoureux en particulier) y sont crument dénudés.

Tout cela fait de Burn after reading un divertissement tout à fait recommandable.

 

2e

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La vie aquatique

Bill Murray. Buena Vista International Le cinéma de Wes Anderson est comme une mayonnaise. Ce n'est pas parce que qu'on y met les mêmes ingrédients que ça marche à chaque fois.

Dans La vie aquatique, comme dans les autres films d'Anderson on trouve donc :

- une famille déjantée avec des relations parents / enfants compliqués

- des personnages qui se cherchent eux-mêmes, se cherchent les uns les autres et s'esquivent

- une quête, mais de quoi ?, telle est la question

- un univers visuel à mi-chemin entre pop et BD pieds nickelés

- des trouvailles visuelles géniales (les animaux fabuleux comme l'hippocampe arc en ciel ou les crabes berlingots)

un jeu décalé des acteurs

- des personnages ridicules et/ou TRES typés (Klaus, le représentant de la banque)

- des tics récurrents (les scènes filmées dans les pièces "découpées" comme des boites à hamsters)

- une francophilie évidente (l'hôtel Citroën)

Dans La vie aquatique, même si certains moments sont très bons, la mayonnaise a du mal à monter. Les extraits de films sont vraiment trop tocs, les scènes de violence vraiment trop cheaps, et les personnages n'ont pas cette profondeur, ce supplément d'âme qu'auront les trois frères de A bord du Darjeeling Limited.

Il y a dans La vie aquatique en germe une personnalité exceptionnelle qu'il faudra discipliner pour l'épanouir. A suivre. 

 

1e

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Madagascar 2

Paramount Pictures FranceJ'ai eu la dent dure ces derniers temps pour les dessins animés que j'ai été voir avec ma fille. Aussi vais-je faire preuve d'une certaine mansuétude pour Madagascar 2.

Certes la production Dreamworks ne révolutionnera pas le genre mais les personnages d'animaux New Yorkais débarquant en pleine savane africaine fonctionnent assez bien, grâce notamment, et comme souvent dans les bons dessins animés, aux personnages secondaires ou annexes.

 

Le commando de pingouins est par exemple excellent (et joue un peu le même rôle que l'écureuil de l'Age de glace), la Tatie est affreuse, les singes en syndicalistes maîtres chanteurs sont parfaitement réalistes, le gros hippopotame est d'une fatuité bien grasse, le lémurien dictateur africain est bien aussi (malheureusement si peu caricatural).

Bref, le scénario déroule sans anicroche et sans temps mort, les techniques d'animation sont parfaites. Un moment agréable.

 

2e

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Hunger

Attention chef d'oeuvre.

Le premier long métrage du vidéaste Steve Mc Queen est un coup de maître. On aurait pu craindre un objet expérimental pour public branchouillé, et c'est une vraie histoire qui nous est comptée ici. Celle de Bobby Sands, prisonnier politique de l'IRA qui est décédé suite à une grève de la faim, comme sept de ses camarades. Le film m'a appris beaucoup de chose sur cette période, que je ne connaissais pas (les menaces pesant sur les gardiens de prison, la grève de l'hygiène).

La force de la volonté de ces hommes et le pouvoir qu'ils se donnent sur leur propre corps sont hallucinants. La fermeté de Thatcher est d'une violence inouie et sa simple voix off donne des frissons. D'une certaine façon, on a du mal à admettre que ces évènements aient pu se passer chez nous, en Europe, il y a si peu de temps.

Mais le film dépasse le genre du film de prison, ou du film politique, pour visiter autre chose : la capacité qu'à une caméra à capter la réalité des sens et à la restituer aux spectateurs. Et là, c'est peut être la formation première de Steve McQueen qui joue à plein car la réussite est totale : on sent le flocon de neige se poser sur le visage, on entend ces cris furieux puis ces silences assourdissants, on inspire cette odeur de crasse et de pisse, on souffre du contact de la pommade sur les plaies, on inspire la fumée de cigarette.

Hunger est une réflexion sur le don de soi, sur la matérialité des choses, mais c'est également un objet cinématographique parfaitement conçu et réalisé. L'intérêt porté aux personnages secondaires (gardien de prison, long plan séquence magistral - 22 minutes ! - de la conversation avec le prêtre, jeune soldat terrorisé par les bastonnades) densifie le propos tout en le recentrant.

Du grand art. Et que dire de l'acteur, Michael Fassbender ? Au delà de la performance physique il donne à voir son âme.

Peut être le plus beau film de l'année, plastiquement, émotionnellement, intellectuellement.

 

4e

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J'irai dormir à Hollywood

Antoine de Maximy. Walt Disney Studios Motion Pictures France Antoine de Maximy est un drôle de coco.

Il se promène seul, avec une petite caméra fixée en surplomb de sa tête, qui lui permet de se filmer lui même avec ses interlocuteurs, une autre fixée sur son sac à dos, qui lui permet de filmer droit devant lui, et quelques autres qu'il pose de temps en temps sur un trépied ou un assemblage de fortune.

Sa légéreté lui permet de s'immiscer partout avec un certain naturel et aussi un certain culot, voire une bonne dose d'inconscience.

C'est ainsi qu'il rentre dans la propriété de Georges Clooney (parce que la grille est ouverte), ou qu'il va dans le quartier de La Nouvelle Orléans où on lui a dit de ne pas aller. Il faut le voir avec son sourire de Pied Nickelé, s'inviter au débotté dans les maisons (y compris éloignées de la route) pour dire : bonjour, puis-je dormir chez vous ?

Cela ne fonctionne que moyennement au début de son périple. Le couple de New Yorkais est too much et le film tarde un tout petit peu à démarrer, la séquence Amish fait carte postale, et pour le coup, Antoine n'arrive pas à s'incruster. Une fois parti dans les vastes espaces américains les rencontres se densifient, notre Tintin reporter reste plus longtemps avec les gens et au bout de quelques heures, ceux ci se livrent et suscitent de belles émotions, comme l'homme qui va pêcher une journée avant de rejoindre la prison pour 15 ans, la dame qui a perdu ces deux fils de 17 ans à 1 jour d'intervalle, la jeune femme Navajo.

Du corbillard rouge, je ne sais pas trop quoi en penser (à part bien sûr qu'il rappelle furieusement celui se Six Feet Under, qui lui était vert). Venant d'un autre que De Maximy, cela paraîtrait sûrement ridicule, mais là, le vendeur est lui-même tellement barge qu'il devient impossible de ne pas aimer le véhicule qui est un peu à l'image se son propriétaire : brinquebalant, tape à l'oeil, et plein d'esprit(s).

En creux, et c'est le point fort du film, ressort une belle radioscopie des problèmes américains (pauvreté, précarité, racisme - extraordinaire scène dans le bus de Miami, qu'on dirait jouée, alcoolisme, violence, sentiment anti-islamique exacerbé).

Tout le passage à La Nouvelle Orléans est impressionnant de tensions larvées, et poignant de tristesse.

La fin, comme le début, est plus convenue, jouant sur les clichés holywoodiens. Mais dans la durée et avec la confiance, De Maximy arrive à obtenir le témoignage du SDF, si sensible, si intelligent, si plein de force.

Une belle fin pour un beau voyage.

 

3e

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Mesrine : l'ennemi public N°1

Vincent Cassel. La Petite Reine / Roger ArpajouJ'avais vraiment beaucoup aimé le premier volet, et ma déception à la vision du deuxième est en proportion de mon enthousiasme initial.

A quoi tient l'efficacité d'un film ?

Même acteur, même réalisateur, même histoire, et pourtant la mayonnaise ne prend pas aussi bien. Peut être parce que le temps est ici plus resserré, alors que dans le premier volet le passage des années donnait un souffle, une ampleur à la destinée de Mesrine.

Et puis dans toute la première partie de L'ennemi public, les scènes semblent se répéter toujours identiques (fuite en voiture, fusillades..). Cassel reste très bon mais la terrible violence qui suintait de lui dans le premier volet n'existe presque plus dans le deuxième. Mesrine s'assagit, fait de l'humour, cabotine, joue avec les clichés, devient même larmoyant au chevet de son père, mais à part la scène avec le journaliste (et encore), pas de poussée d'adrénaline.

Le destin de ce personnage est tellement extraordinaire, son culot et son assurance tellement immenses, qu'on ne s'ennuie pas vraiment, mais on en est quand même pas loin : il faut dire qu'essayer de faire monter le suspense sur une fin qu'on a déjà vu en introduction est un pari risqué.

La caméra de Richet est beaucoup plus sage, moins inventive. Les seconds rôles sont moyens, on ne croit pas beaucoup en Amalric, ni en Gérard Lanvin comme révolutionnaire (Gérard Lanvin !?).
Finalement les deux films gagneraient probablement à être vus l'un immédiatement à la suite de l'autre.

 

2e

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La vie moderne

La vie moderne est un documentaire qui pourrait paraître minimaliste : des routes, des entretiens plein cadre, et quelques vignettes de vie paysanne en plan fixe.

Au début, la caméra est comme rivée au véhicule qui progresse au son de la musique de Fauré sur cette toute petite route lozérienne.

Elle balaye un paysage magnifique, s'approche de la ferme. Dans les virages elle filme ce qu'elle a devant elle, et non pas ce que nous penserions utile qu'elle filme (les brebis, la ferme). Ce premier plan, qui nous fait entrer dans un monde inconnu avec pudeur (la caméra ne s'impose pas, elle est faussement passive) et douceur (la route descend lentement dans une profonde vallée), est magistral.

Les premières interviews sont elles aussi exceptionnelles, par exemple la longue séquence ou les deux frères (Marcel et Raymond) exposent leur deux personnalités si différentes. Ce qui est frappant chez les personne(age)s que donne à voir Depardon c'est leur extrême économie de parole, le monde de la campagne n'est pas un monde où l'on gaspille inutilement. L'autre trait marquant est la qualité des personnages féminins, vives, enthousiastes, plus subtiles que les hommes, quelque soit leur age et leur éducation.

Les émotions sont brutes et intenses, non dissimulées, et Depardon par son art des questions et des silences arrivent à tirer le meilleur de chacun. Les yeux ont une expressivité rare, les visages sont superbement filmés.

Par moment le film est zébré d'un éclair de burlesque digne des meilleures gag de comédies (une casquette s'envole, un chien mord) et dans ces moments là toute la salle éclate de rire. A d'autre moment l'émotion est tellement intense que les larmes viennent naturellement aux yeux (la mort de la vache, l'émotion de celui qui raconte qu'il a vendu les deux dernières).

Les paysages, les quelques scènes volées à la vie quotidiennes sont superbes, et ponctuent le film en l'ancrant dans le réel. Clair obscur pendant la traite des vaches, fermetures des portes au coucher du soleil, orage éclatant dans la vallée.

Le fil du temps est amoureusement tressé tout au long du film, à la fois par les saisons, les années, et les routes qui défilent ... jusqu'au dernier plan, contrepoint sublime du premier.

Un très grand moment qui marque pour longtemps.

 

4e

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