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Christoblog

Etreintes brisées

Ce n'est probablement pas avec ce film qu'Almodovar pouvait espérer gagner la Palme d'Or. Il n'est pas mauvais, ce n'est simplement pas le plus abouti de son auteur, loin de là

Moins alerte que Volver, moins complexe que La mauvaise éducation, moins intense que Parle avec elle, Etreintes brisées souffre un peu d'anémie.

On s'intéresse d'assez loin aux personnages, sans que je sache bien expliquer pourquoi : peut être sont ils un peu trop caricaturaux dans leur ensemble à l'image du fils gay Ray X, et même dans une certaine mesure du personnage de Lena elle-même.

De temps à autre, Almodovar, qui semble globalement tourner ce film avec le frein à main serré, se lâche et redevient un immense cinéaste le temps d'une scène (lorsque Pénélope "double" son propre personnage projeté sur l'écran par exemple, une scène sublime, ou lors des travelling latéraux entre Harry et celui qu'il ne sait pas être son fils, ou en filmant simplement des draps). 

Un petit creux relatif donc à mon sens dans la carrière de l'espagnol, en forme d'hommage passionné à Penelope Cruz, et un peu limité par cela peut-être. Pedro devrait peut-être se ressourcer en allant voir ailleurs et autre chose, comme Woody Allen l'a fait en allant tourner 3 fois en Angleterre, puis une fois en Espagne. Almodovar à New York, ça aurait de la gueule, non ?

A voir quand même bien sûr, ne serait-ce que pour Penelope en blonde.

 

3e

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The president's last bang

Bénéficiant d'une très belle édition DVD chez Potemkine voici l'occasion de découvrir un film dont on a dit beaucoup de bien, par Im Sang-soo, le réalisateur d'Une femme coréenne et du Vieux Jardin.

Le thème du film est la reconstitution de l'assassinat du président/dictateur Park Chung-hee en 1979. Il montre la journée avant, puis la nuit suivant le crime.

Tout d'abord, et comme dans beaucoup de films coréens on est fasciné par la qualité technique de la production : mise en scène, photo, jeu des acteurs. Ensuite surpris par la première demi-heure, un peu pagailleuse, passant d'un personnage à l'autre sans que l'on comprenne bien ce qui se passe, ni qu'on s'attache aux personnages. La scène du crime est assez ahurissante, l'assassin (directeur de la CIA coréenne si je ne m'abuse) se décidant semble-t'il sur un coup de tête, entraînant ses collaborateurs dans un plan dont le moins qu'on puisse dire est qu'il est complètement foireux. La dernière partie, qui montre les suites de l'assassinat est dans la même veine surréaliste, le meurtrier n'a rien anticipé et vogue à vue, ses aides ne savent plus quoi faire et tournent en rond dans la ville déserte, le conseil des ministres se réunit dans une ambiance délétère. On se croirait dans un drame shakespearien revu en opéra-bouffe.

Comme dans beaucoup d'autres films coréens, les personnages masculins sont tournés en ridicule et se révèlent incapables, quelque soit leur niveau : du général qu'on découvre en slip, jusqu'au trouffion qui ne connaît pas son chef et au garde du corps qui hésite à partir. Truffé de scènes tout à fait étonnantes et originales (comme le nettoyage des cadavres à la mitraillette, ou de longs et somptueux travellings), The president's last bang est une curiosité à découvrir.

Le coeur a un peu de mal à s'impliquer dans la narration, mais la tête y trouve son compte.

 

2e

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Looking for Eric

Après Johnny Hallyday chez Johnnie To, voici à nouveau, dans un tout autre registre, un acteur non professionnel français dans un film étranger.

Eric Cantona s'en tire merveilleusement bien, bien mieux à mon avis que notre Johnny national dans Vengeance.

A la limite de l'auto-parodie, que dis-je, à fond dans l'auto-parodie, Canto est assez génial. Maniant le Français à merveille, avec la mauvaise foi délicieuse qu'on lui connait, enchainant les aphorismes à la noix comme des perles sur un collier (voir dans le générique de fin le plus célèbre d'entre eux, celui des mouettes), roulant des gros yeux en expliquant que le NON doit venir des BALLS, il est à la fois conforme à son image et plein d'humanité, voire de poésie.

Ce en quoi le film est très intéressant, c'est qu'il est avant tout un film de Loach avant d'être un film avec Cantona. Un Loach assez léger mais très émouvant, rythmé sur un excellent tempo et dans une gamme douce amère qui sonne très juste. Toute la première partie est réellement excellente grâce à des acteurs et actrices remarquables (Steve Evets exceptionnel, Stéphanie Bishop très bonne). Les flash backs sont très bien filmés et l'ensemble (réalisme à l'anglaise / accent de Manchester / romantisme / Cantona en fantôme de luxe) fonctionne à la perfection, un peu comme un conte moderne.

Avec l'intrigue du pistolet, le film baisse à mon avis d'un ton, qui correspond d'ailleurs à une baisse de fréquence dans les apparitions cantonesques. D'une certaine façon, il reproduit dans cette deuxième partie le schéma de Gran Torino (conflits inter générationnels, violence de gang) dans un registre évidemment totalement différent.

Finalement un bon moment en provenance de Cannes.

 

3e

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Vengeance

Johnny Hallyday. ARP SélectionJ'aime bien Johnnie To. Son dyptique Election 1 et 2, vu il y a deux ans, était vraiment excellent et faisait penser au meilleur Scorsese par son ampleur dramatique, la complexité de ses personnages et l'intensité de sa dramaturgie.

Vengeance commence bien, par une séquence assez caractéristique du style de To : parfaitement maitrisée, maniant l'ellipse superbement. Quand notre Johnny à nous arrive, c'est à dire juste après, ca se gâte. Oh, ce n'est pas qu'il est spécialement mauvais, mais comment dire : on croit à son personnage comme on croirait à Danny Boon dans un biopic de Sartre.

Et son accent n'arrange rien. L'intrigue se développe ensuite filandreusement : l'ex tueur à gage venu à Macao venger sa fille perd peu à peu la mémoire, progressivement il ne sait plus qui il doit tuer, ni pourquoi. En soi, le sujet est intrigant, et même peut-être passionant. Le problème c'est que les quelques mimiques de Johnny (moue satisfaite en cuisinant les pâtes, digne de la palette de Don Camillo) casse la magie. Le film aurait été bien plus fort avec un acteur du cru, c'est sûr.

To paraît lui même peu inspiré, sombrant par moment dans un maniérisme pompier sans intérêt, nous ménageant des scènes ridicules (la désignation des tueurs par quelques mots piqués dans le journal, la séance de tir sur le vélo). On a même droit à un passage ridiculement new age dans lequel Johnny en immersion dans la mer, et sous la pleine lune, voit tous les morts venir le saluer. Tristement Johnny devient meilleur lorsque son personnage perd sa mémoire : n'y voyez pas malice de ma part.
Les gun fights sont filmés poussivement, sans imagination, comme du sous John Woo. Bref, vous pouvez passer votre chemin et éviter cette première déception cannoise.

 

1e

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Star trek

Paramount PicturesN'étant pas un spécialiste de Star Trek, c'est vierge de tout a priori que je suis allé à la rencontre de Spok, le bonhomme bizarre aux oreilles pointues.

Ce qui m'intriguait plutôt, c'était de voir ce que donnait la nouvelle production de JJ Abrams. De ce côté là on n'est pas dépaysé : lettrages sortis de Fringe, matière rouge qui rappelle la boule géante en suspension au dessus de la ville russe dans Alias, paradoxes temporels comme dans Lost. La mise en scène est très efficace et les scènes d'ouverture (le combat, puis la poursuite dans l'Iowa) en sont de magnifiques exemples : rapides, efficaces, et installant en quelques minutes des personnages attachants, tout en donnant à voir des images somptueuses.

A part la mise en scène, appréciable, le reste me laisse assez froid, le scénario est peu profond, et à part Spok, très intéressant, les autres personnages sont un peu fades. Le paradoxe temporel est traité légèrement à mon sens et avec beaucoup moins de subtilité que dans bon nombre d'oeuvres traitant du sujet. Les quelques personnages "exotiques" (la femme verte, etc) sont amusants.

Par rapport à d'autres productions d'Abrams, le manichéisme outrancier des personnages, surtout le "méchant", est décevant. Les dernières scènes laissent présager une suite : si c'est le cas, espérons que les intrigues y seront un peu plus subtiles et les évènements un peu moins improbables.

 

2e

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Romaine par moins 30

Sandrine Kiberlain. UGCAllez, après la (super) bonne surprise OSS 117 pourquoi ne pas être un peu aventureux et continuer d'explorer le continent des comédies françaises ?

Voici donc la suite des aventures de Romaine, personnage inventé par Agnès Obadia, la réalisatrice, et précédemment joué par elle même dans une série de courts-métrages que je n'ai pas vu (mais sont ils visibles ?).
 
Au programme, les mésaventures canadiennes d'une fille un peu flippée, pleine de petites et de grandes phobies, passablement maladroite, semblant toujours dépassée par les évènements (quoique, la fin montre que pas tant que ça finalement). Sandrine Kiberlain est curieusement à l'aise dans ce rôle de loufoque qui se réveille dans le lit de mecs qu'elle ne connaît pas, ou qu'un acupuncteur en délicatesse avec le fisc néglige.

Le début du film, vif, alerte, est très réussi et culmine admirablement dans une scène de mariage nocturne d'anthologie. Après ce climax, forcément le rythme faiblit un peu mais l'histoire reste plaisante et jamais niaise.

J'ai vu le film un samedi soir, après un bon restau et ma conclusion est : un bon film de samedi soir. 

 

2e

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Still walking

Un beau film.

Le sujet est assez traditionnel : une famille se réunit à l'occasion de l'anniversaire de la mort du fils aîné, qui s'est noyé en sauvant un enfant.

Le fils cadet est plus ou moins un raté, il est évidemment brimé et mal dans sa peau. Il s'est marié avec une veuve qui a déjà un enfant. Il y a aussi une soeur, insouciante et pleine de vie, mariée à une sorte de benêt et qui a deux enfants turbulents.

Les parents vivent dans le souvenir de leur aîné mort, à l'évidence leur préféré. Le père est une sorte de Pialat médecin, bougon et taciturne, la mère est encore alerte mais d'une cruauté étale. Finalement, une sorte de La vie des morts au Japon.

Le film est agréable à regarder, quoiqu'un peu long, et très subtil. Les acteurs et actrices sont beaux, bons et chacun développe sa personnalité tout au long du film. Les thèmes traités sont multiples et la mise en scène est délicate, réfléchie et sereine. La photographie est belle.

Certains moments sont magiques (la visite surréaliste de l'enfant sauvé par le frère noyé, le papillon). L'ombre portée du mort n'empêche pas le film d'être plein de vie.

Un succès critique mérité.

 

3e

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OSS 117 : Rio ne répond plus

Allez, une fois n'est pas coutume : je l'avoue, j'ai bien rigolé.

Le premier degré est inexistant, le deuxième fonctionne, le troisième est jouissif, le quatrième, bien qu'improbable, marche aussi. Le cinquième semble réservé aux initiés, mais tout le monde peut en profiter.

Dujardin est extraordinaire. Il invente un style à lui tout seul (ses sourcils !), encore plus abouti que dans le premier opus. Ses rôles moins rigolos joués récemment contribuent peut-être à conférer une densité particulière au personnage. Dans ce film les moments où il quitte son rôle de play-boy obtus (le camp hippie, le vertige) sont particulièrement bien vus.

Personne depuis les Monty Python avait réussi a jouer aussi bien dérision et charme, non-sens british et sensibilité à fleur de peau.

Le film sort d'un no-man's land (la comédie française second degré) pour y retourner, en nous gratifiant au passage d'un chapelet de répliques collectors. Les décors sont splendides, l'atmosphère 60ies très bien reconstituée.

D'une certaine façon, et je me risque à un parallèle osé, OSS 117 enfonce Bond et la partie sud-américaine de son Quantum of Solace (si je puis dire, et nobostant le fait qu'un doigt dans les fesses sorti de son contexte, etc...).

Rien à dire de plus sinon qu'un crocodile grillé serait le bienvenu. Peut-être à l'amicale nazi du coin ?

 

3e

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Ponyo sur la falaise

Pour commencer, entendons-nous bien : je suis fan de Miyazaki depuis les années 80. Et je considère que Le Voyage de Chihiro est un véritable chef-d'oeuvre. C'est pourquoi j'attends avec impatience et anxiété toute nouvelle production des studios Ghibli.

Alors, je ne vais pas pouvoir le cacher bien plus longtemps : Ponyo m'a pas mal déçu, comme d'ailleurs le précédent opus, Le Château ambulant.

Bien sûr, on retrouve ici des fulgurances typiques du maître : la somptueuse scène d'ouverture sous-marine, les vagues/personnages/poissons inquiétantes et ondulantes.

Cependant il manque quelque chose qui rende le film marquant et inoubliable : peut-être un méchant qui tienne la route, un onirisme qui s'assume jusqu'au bout (comme dans Chihiro), ou un scénario qui tienne la distance d'un long-métrage.

Le film n'est malheureusement pas loin d'être ennuyeux, et je me suis surpris à me laisser contaminer par les bâillements de Ponyo. L'écologisme un peu new wave qui baigne le film n'est pas la meilleure veine poursuivie par Miyazaki, je préférais de loin le sanglier inquiétant de Princesse Mononoke.

Au final reste une désagréable impression de redite et aussi celle d'un film un peu trop infantile pour un public adulte.

 

2e

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40 ans, toujours puceau

Steve Carell. United International Pictures (UIP)Aguiché par les promos de la FNAC sur les comédies déjantées américaines (Farrelly, Carell, Stiller) me voilà doté de 6 DVD à regarder, dans un genre que je connais à vrai dire assez mal.

Au pif je commence donc par cette histoire de puceau de 40 ans : après tout, l'idée en vaut une autre.

Autant être clair : le début est passablement raté. On ne rit pas, ce qui est le comble pour une comédie, et on sourit à peine. Petit à petit le film développe une intrigue qui va le projeter vers un registre différent de celui pour lequel il est vendu (la comédie grasse).

C'est le jeu "blanc" de Carell qui permet le tour de passe-passe. Au fur et à mesure du film ce dernier paraît le seul mec normal de la distribution, les autres sont des allumés, des barges, des obsédés et les autres filles (à part sa copine) sont des folles ou des nymphomanes. Au final le film tire plutôt vers la comédie romantique, ce qui trouve son aboutissement dans un final très Bollywood. Donc pas mal, sans plus.

A noter que la seule scène hilarante du film (l'épilation d'un torse terriblement poilu) est revenue trois fois dans mon week end : dans 40 ans toujours puceau, dans une pub pour Granola au ciné, et dans la bande annonce de l'Age de Glace 3.

On s'en fout, vous me direz.

C'est vrai.

 

2e

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Tout ce que le ciel permet

Ce film est un peu comme un bonbon très sucré, du genre de ceux qui alternent les lignes blanches et les lignes colorées, et qui aurait été farci au sel.

A la vue c'est rigolo, et pas forcément appétissant. Dans la bouche c'est un peu dur et sucré. A l'intérieur, c'est piquant et amer.
Le registre des 2 acteurs principaux (Rock Hudson a la banane sauvage et Jane Wyman en jeune vieille) est tellement limité que le film en devient géométrique : on ne peut s'intéresser qu'aux relations entre les personnages, ces derniers sont trop inexpressifs.

Du coup, l'intérêt du film c'est bien sûr l'extraordinaire cruauté du contexte social (enfants, conventions des classes sociales, différence d'age, image de soi) qui empêche la veuve de vivre son amour pour le jeune jardinier.

Le résultat final, bien qu'intéressant et émaillé de scènes étonnantes (le poste de télévision offert comme un cercueil aux illusions, les interventions délirantes et psychanalytiques de la fille), est tout de même un peu indigeste et relativement daté.

 

2e

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The dark knight

Il y avait tellement de gens bien qui avaient aimé ce film ... que je me suis laissé tenter par l'édition BluRay.

Erreur. Je me suis plus qu'ennuyé.

J'ai trouvé qu'il était difficile, voire impossible, de s'intéresser aux personnages : Batman est transparent, le Joker n'est pas trop mal, mais la mort d'Heath Ledger amène à surévaluer nettement sa prestation. Les autres sont inexistants.

L'atmosphère est trop propre, le son trop fort, l'intrigue inintéressante et tarabiscotée. Le film donne nettement l'impression de vouloir impressionner à tout prix en multipliant les ambiances froides et les postures hiératiques, sans donner véritablement vie aux protagonistes.

Quelques images sont assez réussies mais globalement The Dark Knight a été pour moi un (très) long tunnel d'ennui quasi-incompréhensible et prétentieux. Une sorte d'exercice de style vain et ampoulé.

Ce qu'il y a de plus réussi dans le film ce sont les buildings, très bien filmés et presque les personnages les plus expressifs du film.

 

1e

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Les trois royaumes

 Lin Chi-Ling. Metropolitan FilmExportEn regardant Les trois royaumes, j'ai retrouvé des sensations que j'éprouvais petit le mardi soir en regardant les westerns sur la troisième chaîne.

Des bons, des méchants (mais des méchants classe, pas des idiots ou des brutes).

De la bravoure, du courage, de l'intelligence, de l'amitié, de l'amour, de l'astuce, de l'émotion. Une narration simple et limpide. Une beauté visuelle époustouflante.

Pour son retour au pays, John Woo n'a pas lésiné sur les moyens, les décors et les trucages sont à la hauteur des films hollywoodiens, voire au-delà. On reconnait la patte de maître Woo à l'extrême fluidité de sa caméra, au sens des mouvements originaux, aux tics récurrents (envol de colombes, scènes aux milliers de chandelles, ralentis appuyés).
 
Alors qu'il a pu s'égarer quelquefois aux US, ses talents trouvent ici une occasion de se déployer en pleine harmonie avec l'histoire et le style de son film.

Le cadre dans lequel se déroule la majeure partie du film est sidérant de beauté (le camp de la falaise rouge). Sa topographie très lisible est un des atouts majeures de l'histoire : cette partie reprend les codes de la tragédie antique dans un immense théâtre naturel. Comme dans les meilleurs westerns ce sont donc les grecs qui peuvent être convoqués en référence de cette belle histoire antique, en particulier Homère et ses héros tour à tour rusés et/ou courageux. Le film doit beaucoup aux acteurs, excellents, avec une mention spéciale pour le couple Tonny Leug / Takeshi Kaneshiro. L'actrice est aussi très émouvante.

Un bien beau divertissement.

 

3e

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Le chant des oiseaux

Le cinéphile aventureux que je suis s'est levé tôt ce dimanche matin, pour aller voir Le Chant des Oiseaux à 10h20 au Katorza dans le cadre du festival espagnol.

Bon.

Imaginez le film le plus lent, le plus ennuyeux que vous ayez vu jusqu'à présent : Zabriskie point, Still life ou un autre, qu'on va appeler X. Le chant des oiseaux est à X ce que X est à Casino Royal. C'est dire.

Autre image : on vous interdit de bouger (par exemple vous passez une IRM) et en même temps on vous enfonce des aiguilles sous les ongles en vous forçant à écouter un silence total. C'est aussi ça, Le chant des oiseaux.

On devait être entre une quarantaine de spectateurs dans la salle.

La première à craquer fut une dame d'un certain âge. Ensuite il y eut une sorte de quiproquo : un homme parlait fort devant la porte du fond, et on ne savait pas trop s'il tentait un happening ou s'il craquait nerveusement. En réalité, il essayait d'inciter une de ses connaissances à quitter le lieu de torture. Un peu plus tard, deux hommes ont tergiversé assez longuement avant de se décider à sortir : ils devaient hésiter à déranger tout le rang.

A la fin de la projection un malade mental a applaudi, je rêvais de voir les services d'internement d'urgence venir lui mettre une camisole. Les autres spectateurs, qui venaient de souffrir inutilement depuis plus d'une heure trente auraient pu tout aussi bien le lyncher, ça ne m'aurait pas choqué.

Conclusion :

1-ne plus JAMAIS aller voir un film d'Albert Serra

2-se méfier comme de la peste des Cahiers du Cinéma 

NB : Certains d'entre vous, outragés, diront : "il ne parle même pas du film !". Je leur répondrai que c'est parce qu'il n'y a pas de film.

 

1e

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Je vais bien, ne t'en fais pas

Mélanie Laurent. Mars DistributionEmoustillé par la vision de Welcome, je me procure le précédent film de Philippe Lioret.

Et..... je retrouve bien dans ce film, en germe, tout ce qui éclatera pleinement dans le film suivant par la grâce d'un sujet autrement plus politique (au bon sens du terme).

A savoir :

1 - un sens du casting épatant. Mélanie Laurent est parfaite. Kad Merad est profond. Tous les acteurs jouent juste, même les deuxièmes ou troisièmes rôles.
2 - un art de la mise en scène consommé (montage bien rythmé, alternance des plans larges et resserrés, utilisation des focales et des premiers/deuxièmes plans)
3 - une impression de réalité que le cinéma français peine généralement à nous donner

L'intrigue est certes un peu juste, mais les promesses d'un beau et grand cinéma français, réaliste et sentimental à la fois, sont là.

 

2e

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La journée de la jupe

Isabelle Adjani. Rezo FilmsArte diffusait hier soir un film destiné à sortir sur les écrans mercredi prochain, comme elle l'avait déjà fait l'année dernière avec le très bon film de Christophe Honoré, La Belle Personne.

Le pitch de La Journée de la Jupe est le suivant : une prof surmenée, malmenée dans un établissement difficile, pète les plombs et est amenée par un concours de circonstances à prendre sa classe en otage.

Autant le dire tout de suite, je n'ai vraiment, mais vraiment pas aimé la façon de jouer d'Adjani, notamment dans la première partie du film. J'ai trouvé qu'elle était peu crédible en prof et qu'elle surjouait sans parvenir à nous faire ressentir sa réelle détresse psychologique. Les éléments externes à la classe (les profs, le principal, les membres du RAID, la ministre) sont eux aussi totalement factices, artificiels (Jackie Berroyer en fait par exemple vraiment trop, quant aux problèmes de coeur de Podalydes, on s'en fout carrément).

Finalement un peu comme dans Entre les Murs, les raisons d'aimer le film viennent des acteurs qui jouent les élèves. Eux paraissent bien réels et nous donnent à voir un océan de bêtise, de racisme, de violence, de sexisme. Le tableau dressé de cette jeunesse là est bien plus noir et désespéré que celui d'Entre les Murs, dans lequel des raisons d'espérer subsistaient. Dans la Journée de la Jupe, qui est peut-être (malheureusement) plus réaliste encore, point de salut.

Peut-être une polémique naîtra-t'elle de la "vengeance" que met en oeuvre Adjani par moment. Certains esprits chagrins diront que cette image donnée des enseignants est négative. Ce sera idiot car si le film montre bien une réalité sociologique côté des élèves, la destinée de la prof me semble très personnelle (son origine étrangère...) et peu représentative d'une majorité (même si bien sûr le même type de tensions peuvent être ressenties par beaucoup).

Un bon téléfilm de vendredi soir qui ne manque pas de rebondissements. Une curiosité aussi puisque Adjani n'avait plus tourné au cinéma depuis 2003. Le film a été présenté à Berlin cette année. 

 

2e

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The chaser

Haut et CourtLe cinéma coréen a décidément le génie du film de genre : western, horreur, film de monstre, thriller, policier.

The Chaser est une variation habile sur le thème du serial killer comme l'était déjà l'excellent Memories of Murder, dont j'ai parlé récemment sur ce blog.

Ici, l'originalité est que le tueur est découvert dans les 5 premières minutes du film, exactement de la même façon que The Host donne à voir le monstre très rapidement. La conséquence est que le film commence par ce qui est bien souvent, dans d'autres oeuvres, la fin. C'est une façon de dire : bon voilà, ce gars est vraiment un sadique, il en a tué 9 ou 12, peu importe, maintenant voyons voir comment le film peut évoluer, et les personnages avec.

Le tueur emmène donc sa victime dans une maison qui n'est pas la sienne, est dérangé, doit sortir, puis par un concours de circonstances étranges est démasqué dans la rue. Mais la police n'a pas de preuves, ou pas assez. Commence donc un jeu du chat et de la souris totalement prenant et d'une violence rare, alors que la victime agonise doucement dans la pièce ensanglantée

Le film montre superbement les ruelles de Séoul, en particulier sous la pluie battante. Il est vif, bien monté. Les personnages comme souvent dans les films coréen sont très ... directs, voire vulgaires. Comme souvent aussi les autorités sont tournées en ridicule, ou du moins leur incompétence n'est pas dissimulée. Les deux personnages principaux sont bien joués, ils donnent tous les deux une noirceur profonde au film.

Petit défaut : certains effets sont trop marqués, mais c'est le premier film d'un tout jeune réalisateur, dont il parait qu'il n'a pas encore tout à fait fini ses études de cinéma. On ne lui en tiendra donc pas rigueur.

Un très beau coup d'essai, qui vient d'obtenir un prix au festival du film asiatique de Deauville. A voir, si vous pouvez supporter une certaine dose de violence et de tension.

 

3e

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Welcome

Firat Ayverdi. Guy FerrandisTrès agréable surprise.

Depuis quand n'avait-on pas vu un film français se coltiner avec un problème social contemporain, tout en étant un bel objet cinématographique ?

Depuis Ressources Humaines de Laurent cantet, peut-être... 

Evacuons tout de suite la polémique douteuse montée de toute pièce par Eric Besson à propos de la comparaison avec les méthodes utilisées envers les juifs lors de la shoah. C'est ridicule, et en plus ce qu'a dit Lioret n'était pas faux. Mais passons.

Ce que montre Welcome de la vie des migrants à Calais est remarquable. Plus encore, le rôle de la police, ce qu'encourent les habitants s'ils aident les clandestins : tous ces sujets sont très intéressant.

Le film parvient à dresser un tableau saisissant de la situation, non pas d'une façon didactique mais à travers deux prismes :

- celui du thriller autour de l'aventure d'un jeune kurde, thriller très percutant, d'abord dans le camion, puis dans la mer
- celui de l'évolution psychologique du personnage principal, remarquable Vincent Lindon, qui contre toute attente n'en fait pas trop, et dont l'anglais est délicieux

Il est très touchant de voir comment les liens se tissent entre lui et le jeune acteur (remarquable aussi), passant très rapidement d'un prétexte pour reconquérir sa femme à quelque chose de plus profond : l'amour de son prochain, la compassion, et ce faisant sa propre humanité. D'une certaine façon, le mécanisme à l'oeuvre chez Lindon est probablement celui qui conduisit les Justes à sauver des juifs pendant la seconde guerre mondiale, et c'est très beau de le voir à l'écran.

Philippe Lioret, d'une façon qui me surprend beaucoup, révèle un sens de la composition très sûr, dans les plans presque abstraits de la piscine, des athmosphères glauques, et l'épisode très réussi de la traversée, où les sensations éprouvées face aux tankers puis dans la tombée de la nuit sont très fortes. Le montage est excellent lui aussi, vif, alerte, signifiant (rapide passage de Sarkozy !).

Il y a certes un peu de sensiblerie ici ou là, quelques petits défauts que les autres se chargeront de noter. Mais quand les qualités d'émotions et de mise en scène sont là, pourquoi faire la fine bouche ?

 

4e

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Bellamy

J'aime Claude Chabrol en tant que personne.

Il fait partie de ces gens avec qui il doit être très agréable d'aller manger une tête de veau en discutant de la dernière intégrale présentée à la cinémathèque française. Son immense érudition, son sens de la répartie, son expérience en font un passionnant chroniqueur de l'actualité cinéphilique.

C'est parce que je l'aime que cela m'embête de ne pas avoir aimé Bellamy.

J'aimerais pouvoir dire que son travail s'apparente à celui d'Hitchcock, par la façon qu'il a d'attacher plus d'importance aux relations entre les personnages qu'à l'évolution psychologique de chacun d'eux. Ce serait presque vrai, sauf que le suspense n'est pas au rendez-vous.

La machine se grippe, peut-être dans les invraisemblances ehontées du scénario (tomber sur une vendeuse qui est la petite amie du cadavre en allant acheter des étagères : incroyable, non ?). Ou alors dans le jeu artificiel de la plupart des acteurs (Gamblin remportant la palme du tout et n'importe quoi). Ou dans les répliques paresseuses ("C'est mal de tuer" dit Bellamy). Ou dans le suspense avorté (ridicule séance de la chanson au tribunal, fin prévisible). Ou dans les clichés rebattus (la bimbo est une salope qui couche avec le commissaire Leblanc).

Bon j'arrête là, cela me rend triste. Chabrol semble s'amuser en dilettante pour son dernier film au cinéma, alors que la matière du scénario méritait mieux. 

Le plus triste est que par moment, on peut sentir la patte d'un grand réalisateur, dans le tout début par exemple où par la simple grâce du montage (lent au cimetière marin, puis saccadé pour approcher de Bellamy) Chabrol arrive à exprimer tout un contexte.

Dommage, cher Claude. 

 

1e

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Les parapluies de Cherbourg

Collection Christophe L.Les parapluies de Cherbourg est le troisième film de Jacques Demy.

On se souvient qu'à la fin de Lola  , la plupart des personnages principaux partaient pour Cherbourg, en particulier l'alter ego de Demy, Roland Cassart, qu'on va retrouver dans les parapluies en diamantaire avisé. Il y a donc une continuité entre ces deux films, très joliment illustrée par un long travelling tournant dans le passage Pommeraye déserté, en guise de flash back.

Demy voulait d'ailleurs tourner Les parapluies dès 1962, mais l'idée de financer un film ENTIEREMENT chanté, ce qui n'avait encore jamais été fait, inquiétait sérieusement les producteurs et le montage du film a été plus long que prévu. Entre temps Demy a donc tourné La baie des anges.

Aujourd'hui encore c'est l'émorme pari esthétique que propose le film qui impressionne le plus. Tourner en 1962 un mélodrame avec uniquement des dialogues chantés, filmé en grande partie en extérieur, il fallait vraiment oser. D'autant plus que Demy innove aussi au niveau des couleurs, particulièrement audacieuses. Il repeint les façades des maisons en couleurs vives, choisit des papiers peints pour les intérieurs en fonction des robes des actrices, multiplie les contrastes rose/vert/rouge/orange/bleu.

L'histoire commence comme un gateau sucré et un peu indigeste, évolue vers un mélodrame doucereux, et finit par un dénouement sec comme un coup de trique.
C'est avant tout le film de la désillusion : l'amour n'est pas aussi fort qu'on peut l'espérer, et le temps arrive assez facilement à l'effriter. C'est aussi, en creux, un film très juste sur le traumatisme de la guerre d'Algérie et ses conséquences. C'est enfin un remarquable exemple de symbiose dans une équipe de film (la musique de Michel Legrand évidemment essentielle, l'éclosion d'une jeune Catherine Deneuve - 21 ans - sublime sous le regard d'un réalisateur très doué).

Demy manifeste à son troisième long métrage une maitrise assez incroyable, très à l'aise dans le placement de la caméra, se permettant même de faire regarder les actrices droit dans les yeux des spectateurs à plusieurs reprises. Sa façon de conter des histoires particulièrement cruelles (le héros principal couche avec une pute au moment ou sa marraine qui l'a élevé meurt, il refuse de saluer sa fille à la fin du film, etc..) dans une ambiance de conte de fée, est très représentatif du style Demy.

Si Christophe Honoré ou des films comme Jeanne et le garçon formidable existent aujourd'hui, c'est probablement grâce aux Parapluies.

 

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3e

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