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Christoblog

Les parapluies de Cherbourg

Collection Christophe L.Les parapluies de Cherbourg est le troisième film de Jacques Demy.

On se souvient qu'à la fin de Lola  , la plupart des personnages principaux partaient pour Cherbourg, en particulier l'alter ego de Demy, Roland Cassart, qu'on va retrouver dans les parapluies en diamantaire avisé. Il y a donc une continuité entre ces deux films, très joliment illustrée par un long travelling tournant dans le passage Pommeraye déserté, en guise de flash back.

Demy voulait d'ailleurs tourner Les parapluies dès 1962, mais l'idée de financer un film ENTIEREMENT chanté, ce qui n'avait encore jamais été fait, inquiétait sérieusement les producteurs et le montage du film a été plus long que prévu. Entre temps Demy a donc tourné La baie des anges.

Aujourd'hui encore c'est l'émorme pari esthétique que propose le film qui impressionne le plus. Tourner en 1962 un mélodrame avec uniquement des dialogues chantés, filmé en grande partie en extérieur, il fallait vraiment oser. D'autant plus que Demy innove aussi au niveau des couleurs, particulièrement audacieuses. Il repeint les façades des maisons en couleurs vives, choisit des papiers peints pour les intérieurs en fonction des robes des actrices, multiplie les contrastes rose/vert/rouge/orange/bleu.

L'histoire commence comme un gateau sucré et un peu indigeste, évolue vers un mélodrame doucereux, et finit par un dénouement sec comme un coup de trique.
C'est avant tout le film de la désillusion : l'amour n'est pas aussi fort qu'on peut l'espérer, et le temps arrive assez facilement à l'effriter. C'est aussi, en creux, un film très juste sur le traumatisme de la guerre d'Algérie et ses conséquences. C'est enfin un remarquable exemple de symbiose dans une équipe de film (la musique de Michel Legrand évidemment essentielle, l'éclosion d'une jeune Catherine Deneuve - 21 ans - sublime sous le regard d'un réalisateur très doué).

Demy manifeste à son troisième long métrage une maitrise assez incroyable, très à l'aise dans le placement de la caméra, se permettant même de faire regarder les actrices droit dans les yeux des spectateurs à plusieurs reprises. Sa façon de conter des histoires particulièrement cruelles (le héros principal couche avec une pute au moment ou sa marraine qui l'a élevé meurt, il refuse de saluer sa fille à la fin du film, etc..) dans une ambiance de conte de fée, est très représentatif du style Demy.

Si Christophe Honoré ou des films comme Jeanne et le garçon formidable existent aujourd'hui, c'est probablement grâce aux Parapluies.

 

Tout Demy sur Christoblog.

 

3e

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Gran Torino

Difficile de parler de Gran Torino et de l'icône Eastwood en faisant abstraction de l'avalanche de louanges que critiques, spectateurs et blogueurs ont déjà déclenché dans un bel ensemble.

Le film se laisse regarder, mais comme souvent chez Eastwood, un certain nombre de points m'empêchent de crier au chef-d'oeuvre.

D'abord la mise en scène et le jeu des acteurs sont très académiques. Eastwood surjoue volontairement, mais un petit peu trop à mon goût. La progression de l'histoire, assez convenue, ne brille pas non plus par son originalité.

Là où le film est le plus convaincant et emporte la mise, c'est dans la description insolite de l'immersion du white american old school dans le milieu Hmong. "J'ai plus en commun avec ces gens qu'avec mes propres fils" dit Walt dans le film. La façon dont les deux parties s'apprivoisent et apprennent à se connaître est réellement bien vue (je pense notamment à la longue séquence du repas durant laquelle Walt erre avec aisance parmi les étrangers qu'il haïssait quelques heures auparavant). Le sens de l'humour qui plane doucement sur toute une partie du film est aussi très agréable. Par moment il vire même au burlesque d'une façon assez inhabituelle chez Eastwood ces derniers temps (les duels d'injures avec italiens et irlandais par exemple, ou la scène des offrandes).

Quant au débat "On s'attendait à Dirty Harry chez les bridés, et c'est tout à fait autre chose / c'est tout à fait ça" il paraît un peu vain, tant on peut défendre des points de vue opposés sur la question avec la même force. Le fait est que Eastwood sent la fin approcher et sait qu'il se met en scène peut-être pour une des dernières fois. Que le fantôme d'Harry traîne dans son esprit au moment où il se filme lui-même dans un cercueil est inévitable.

Une bonne soirée, sans que je comprenne toutefois l'enthousiasme délirant de l'accueil critique vis à vis d'un film tout de même assez formaté et prévisible. 

 

3e

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Tulpan

Le personnage principal de Tulpan est la steppe kazakhe.

Le paysage dans lequel se déroule le film est en effet fascinant : plus plat, je ne crois pas que ce soit possible.

La ligne d'horizon, parfaitement horizontale, sépare exactement deux mondes : celui d'en-bas, monotone, dans lequel une yourte apparaît de loin en loin, un cauchemar pour le chef opérateur, car rien n'accroche le cadre, et celui d'en haut, plus changeant, avec ses orages, ses nuages, ses tornades.

Asa est un jeune homme qui revient d'un séjour dans la marine pour habiter chez sa soeur, son beau-frère, et leurs 4 enfants. Pour s'installer il lui faut un troupeau, pour avoir un troupeau il lui faut une femme. La première disponible s'appelle Tulpan, elle habite avec ses vieux parents à une journée de tracteur. Hélas, les oreilles d'Asa ne plaisent pas à Tulpan...

Le film vaut plus par son ambiance que par son scénario. La façon dont les personnages sont isolés dans l'immensité est poignante, la puissance de la nature y est directement sensible, comme en mer. On se rend parfaitement compte de l'interdépendance des êtres humains entre eux, et de leur lien fusionnel avec les bêtes du troupeau.

Asa qui n'a ni yourte, ni femme, ni troupeau n'arrive pas trouver sa place. Dans l'intimité de la yourte familiale où chacun dort côte à côte, il gêne. Il n'est pas compétent en tant que berger. Dans cet environnement impitoyable l'inutilité sociale est elle tenable ? Asa partira-t'il à la ville, à 500 km de là ? restera-t'il ? Voilà en résumé l'enjeu de la deuxième partie d'un film intéressant, même si certaines de ses scènes auraient gagné à être légèrement raccourcies.

 

2e

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The wrestler

Evidemment il y a toujours des grincheux que la vue de la réalité, en l'occurrence du corps, dérange, exaspère ou ennuie.

Mon voisin lors de la projection de The Wrestler était de ceux là : une remarque désagréable à chaque vomissement ou blessures de Mickey Rourke, puis pour faire bonne mesure, un commentaire final bien senti envers ces incapables qui ont donné un Lion d'Or à un film comme celui-là.

Oui, voir notre corps comme de la viande n'est pas si confortable, c'est vrai. Pour lui : viande tailladée, écrasée, poinçonnée, bourrées aux hormones, piquée, droguée, alcoolisée, brûlée aux UV, meurtrie. Pour elle : viande exhibée, percée, peinte, enveloppée dans le bon emballage, puis vendue. De la viande partout, à tel point que The Ram finit par en vendre, en frire, en trancher, et même au final couper la sienne propre avec l'outil destiné à couper celle du porc.

De la viande, oui, mais avec des sentiments dedans.

En osant un parallèle pas évident, je dirais que Hunger, magnifique film, montrait l'âme dans/en dépit du corps, et The Wrestler montre les sentiments dans/en dépit du corps. La viande s'appelle Robin, mais celui qui aime, et qui voudrait tant qu'on l'aime en retour, s'appelle Randy, et les deux cohabitent comme ils le peuvent. Le corps est fatigué, usé, les sens sont émoussés (lunettes et appareil auditif sont nécessaires), le coeur/viande est au bord de la rupture, mais à l'intérieur le coeur/sentiment est en pleine forme, il lui faut de l'amour, de l'amitié, n'importe quoi qui ressemble à un sentiment. Catcheurs, fille, amante potentielle, petit garçon qui joue à la Nintendo, public, Randy essaye toutes les pistes et toutes, ou presque, échouent.

Il fallait un drôle de cran pour tourner ce film au scénario minimaliste et quelques fois proche du mélodrame, du cran, et un acteur fabuleux. Rourke réussi une performance exceptionnelle, comme revenu d'entre les morts. La mise en scène est sobre, rugueuse comme la peau couturée du héros, caméra à l'épaule et gros grain. On dirait presque un film européen de ce point de vue. Les Dardenne ne sont pas loin.

Les décors (si on peut dire) sont gris, glauques, superbes, magnifiquement en phase avec l'histoire, comme la bande son, qui se finit dans le ton juste avec la belle chanson de Springsteen, l'enfant le plus célèbre du New Jersey où se déroule le film.

The Wrestler : l'amour, avec de la viande autour.

 

4e

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Memories of murder

Un coin de campagne en Corée, dans les années 1980.

Une jeune fille habillée de rouge est retrouvée violée puis étranglée. Puis une deuxième.

Les deux flics du coin, une brute patibulaire qui croit reconnaître un coupable en le regardant dans les yeux, et un teigneux violent et obsédé, n'arrivent pas à gérer l'affaire.

Un jeune policier de Séoul, beau et malin, rompu aux méthodes plus modernes d'enquête, vient les épauler.

Un troisième corps est découvert grâce à lui.

A partir du schéma classique du serial killer, Bong Joon-Ho réussit un film très prenant et très beau.

Bien sûr, le développement de l'enquête qui ne ménage pas rebondissements et suspense, est captivant en soi. Je ne peux pas en dévoiler grand-chose sans gâcher votre plaisir de spectateur mais sachez qu'il faut toujours écouter les histoires que se racontent les jeunes filles dans les écoles, que la radio peut se révéler une aide précieuse dans ce type d'enquête, et que les hommes portant une culotte rose se réfugient dans les mines à ciel ouvert.

Au-delà du prétexte policier, déjà très agréable, Bong Joon-Ho nous offre une mise en scène raffinée, absolument étonnante chez un jeune réalisateur dont c'est le deuxième film. Les scènes de groupe démontrent par exemple un sens du cadre et de la composition remarquable (la scène du restaurant quand le commissaire vomit). L'alliance d'un réalisme très cru par moment (les cadavres) et d'un esthétisme discret mais très présent (le ralenti sous la pluie, la façon de filmer la nature, le brio des scènes d'action, l'atmosphère magique de la mine, l'épilogue élégiaque) donne au film une beauté plastique "qui fait sens". De ce point de vue Memories of Murder rappelle évidemment le style de David Fincher et préfigure d'une certaine façon Zodiac.

Percent également dans le film le sens de l'observation sociale qui sera le terreau de l'excellent The Host, et la finesse de l'étude psychologique avec des personnages qui évoluent beaucoup de ce point de vue tout au long du film. Tous les acteurs, Song Kang-Ho en tête, sont très bons.

A noter que l'intrigue se nourrit de faits réels, et fut tourné non loin du lieux des crimes.

Un classique en puissance.

 

4e

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Kuch kuch hota hai

http://glanigan.free.fr/wp-content/uploads/Kuch_Aff.jpgKuch kuch hota hai (qui veut dire "quelque chose s'est passé") est le prototype de la comédie romantique.

Après une introduction dramatique plutôt réussie, le film glisse vers un loooong flash back (1h10 !).

L'action se passe alors dans une université où Rahul, Anjani et Tani terminent leurs études.

Anjali et Rahul sont amis, font des parties de basket endiablées que Anjali gagne toujours au grand dépit de Rahul, Anjali aime secrètement Rahul, qui aime Tani, la fille du proviseur arrivant de Londres. Dans cette partie le film développe une esthétique résolument criarde (le gars chargé des costumes semble avoir abusé de substances euphorisantes) et une approche qu'on peut qualifier de "film d'ado".

L'impression globale est de regarder une sorte de Grease indien.

Les passages chantés se font attendre un bon moment et sont assez convenus. Le plus impressionnant est d'un kitsch phénoménal (le concours interscolaire de chansons), mais comme d'habitude l'énergie des acteurs emporte la mise.

Puis Tani et Rahul se marient, et Tani meurt en accouchant d'une petite fille qui s'appelle Anjali. Tani a le temps de laisser une lettre par an que sa belle mère doit lire à Anjali le jour de son anniversaire (Au passage on peut se demander ce que retient d'une lettre une enfant de 1, puis 2, puis 3 ans, mais bon, la vraisemblance n'est pas le fort des films bollywoodiens) .

Pour son huitième anniversaire, Tani révèle à Anjali (sa fille) l'existence d'Anjali (l'ex copine de son mari). La petite fille va rechercher l'ex copine de son père, la trouver dans un camp de vacances (le costumier a du reprendre de l'ecstasy pour ce passage et en donner une dose au décorateur) et .... arrivera ce qui doit arriver dans tout bon Bollywood. Cette deuxième partie, comme dans Veer Zaara, fonctionne sur la base d'un contraste saisissant : l'Anjali garçon manqué de la première partie devient une beauté extrêmement féminine. Les scènes de retrouvailles sont assez réussies.

La complicité de l'acteur principal (notre ami Shah Rukh Khan) et de la ravissante et expressive Kajol crève l'écran. Les seconds rôles sont bons aussi, surtout dans le registre grotesque. C'est évidemment très surjoué, mais les 3 heures et quelques passent facilement, ce qui me parait a posteriori toujours fascinant.

Le film a raflé toute une série de prix à travers l'Inde et l'Asie, il a je crois été le premier film indien a entrer dans le top ten britannique.

Un bon moment, toutefois en retrait pour moi par rapport à l'intensité dramatique et la magnificence des décors et chansons de Veer Zaara. 

 

2e

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Les plages d'Agnès

Agnès Varda. Les Films du LosangeAvec un peu de retard je vois Les plages d'Agnès.

Je passe un assez bon moment sans que le film ne bouleverse ma hiérarchie 2008 (ouf !).

Pour dire vrai, en inventant un nouveau concept, l'autodocumentaire, Agnès Varda se place un peu en dehors de toute compétition.

Son habile patchwork intéresse en montrant à la fois l'histoire d'une famille, la vie d'une artiste, des fragments d'histoire culturelle (Morrison, LA), des lieux géographiques emblématiques (Venice, Sète, Paris), des gens (le ferrovipathe !!), des installations de plasticienne pas inintéressantes (les pommes de terre, les photos de théatre, la maison faite de pellicules), et surtout, oui surtout, car c'est vraiment le moment ou le film devient film, une histoire d'amour et de mort (avec Jacques Demy).

Est ce un film ? Peut-être pas. Est ce du cinéma ? Oui, sûrement.

 

3e

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Lola

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/04/14/20126855.jpgPremier film et premier bijou. Nous sommes en 1961 et la nouvelle vague vient juste de démarrer, A bout de souffle est sorti en 1960, les 400 coups en 1959. Godard a présenté son copain Jacques Demy au producteur De Beauregard qui va financer Lola (comme le raconte Agnès Varda dans Les plages d'Agnès). Le film est totalement inséré dans son époque : Demy y paye un tribu direct à Max Ophuls auquel Lola est dédicacé (en souvenir de Lola Montés ?), l'actrice Elina Labourdette renvoie au cinéma de Bresson, le directeur de la photo (Raoul Coutard) est celui d'A bout de souffle, le personnage principal masculin de Lola dit qu'il avait un seul ami , Michel Poiccard, qui s'est fait descendre (A bout de souffle encore !), etc...

A la fois dans son époque donc, et déjà porteur de tout l'univers Demy. Dialogues ciselés, mise en scène élégante et virtuose, importance des femmes.

Marc Michel joue clairement un alter ego de Demy, désanchanté mais/et enthousiaste. Mais ce sont surtout les personnages féminins qui emplissent le film. Lola d'abord, extravertie, légère, dont on se dit que le destin va être tragique et puis non, car Demy à l'art de la pirouette heureuse (ou qui semble heureuse pour être plus précis), Cécile ensuite, qui est Lola jeune, et enfin la mère de Cécile, qui est Lola plus vieille, ou disons une autre Lola qui aurait évolué différemment si les circonstances de la vie s'y étaient prêtées (elle fut danseuse comme Lola).

Le film entrecroise les destins, comme Demy savait le faire, les personnages se croisent sans se voir, il échangent ou répétent les mêmes répliques ("on part pour Marseille, on arrive en Argentine"), traversent les mêmes situations (Cécile et le soldat revivent à la fête foraine ce que Lola, qui s'appelle en réalité Cécile, a vécu avec Michel). Et à la fin tout le monde part, ou veut partir, d'une façon ou d'une autre à Cherbourg.

Le film donne une double impression : celle de pétiller irrésistiblement comme du champagne, et celle d'être parfaitement contrôlé. A certains moments il devient solaire par la grâce conjuguée du jeu d'acteur, de la mise en scène et de la photo. C'est le cas quand Anouk Aimée et Marc Michel tourne autour du passage Pommeraye, lors de la fête foraine ou lorsque Lola chante.

Nantes est enfin magnifiquement filmée (les grues du port, la place Graslin, le Katorza qui est toujours là 50 ans après), ville ouverte, où chacun rêve de partir. Le temps qui s'écoule est filmé de façon sensible, alors que le temps de narration est court (3 jours), il donne l'impression de voir des destinées entières se nouer et se dénouer.
Lola et Roland Cassard reviendront dans d'autres films, car Demy, comme Balzac, conçoit son oeuvre comme un tout.

Tout l'univers de Demy est présent dans Lola, mêlant comme nul autre légéreté et gravité. 

 

Tout Demy sur Christoblog.

 

4e

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L'étrange histoire de Benjamin Button

Rarement un film m'aura inspiré des sentiments aussi partagés que celui-ci, pour finalement aboutir à une opinion résolument positive.

L'histoire est limpide bien qu'invraisemblable : un homme nait vieux et rajeunit au fil du temps.

A partir de cette trame ténue et fragile tirée d'une très courte nouvelle de FS Fitzgerald (25 pages) David Fincher tire un film fleuve de 2h44.

Ce qui est de remarquable et étrange dans le film est le rapport qu'il entretient aux temps : temps de la projection, long, pas ennuyeux, confortable comme de vieilles pantoufles, temps de la narration, 80 ans, à l'envers, ou à l'endroit suivant le point de vue, ou symétrique, ou même parallèle si on considère l'idée géniale d'installer le jeune vieux dans une maison de retraite, temps de l'appropriation, car les sentiments qu'inspirent le film ne sont pas les mêmes pendant la projection, en en sortant, et le lendemain.

Cette faculté exceptionnelle qu'à David Fincher de rendre sensible la fine trame du temps m'avait enthousiasmé dans Zodiac, son meilleur film à mon avis. Ici, elle est dévoilée avec moins de finesse, plus d'emphase. Mais probablement est-elle susceptible de rencontrer un plus large public.

Quant à la réalisation, d'une curieuse façon, elle résiste à l'analyse : elle est volontairement "old school" par moment (les coups de foudre, l'horloge) et à d'autres (le bateau, quelques paysages, une vision des docks, les scènes avec le pygmée...) on se demande si son aspect vieillot est assumé ou pas.

J'ai détesté le non-jeu de Brad Pitt sur le moment, puis à la réflexion je me dis qu'il était difficile de jouer le personnage autrement. Et puis toutes les manipulations numériques en "motion capture" peuvent expliquer le manque d'expressivité de l'acteur (ou de ce qu'il en reste).

Cate Blanchett m'a par contre émerveillé sur ses premiers plans (elle est d'une vivacité incroyable), puis m'a énervé quand elle "allume" Pitt dans une des scènes les plus lourde du film, puis m'a semblé exceptionnellement émouvante dans la dernière partie du film, où la mélancolie le dispute au vertige (voir Brad Pitt plus JEUNE qu'il n'est est encore plus troublant que de le voir plus vieux).

En somme, le film tiraille le spectateur entre des sentiments contradictoires, des sensations étranges, comme un grand fleuve boueux dont les tourbillons sont à la fois nettement dessinés et totalement incompréhensibles.

 

3e

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Espion(s)

Guillaume Canet et Géraldine Pailhas. Mars DistributionOui, bien sûr il ne s'agit que d'un thriller français qui veut faire dans le réalisme. Donc, forcément ça ne peut pas aller bien loin.

Cette petite pique étant lancée, Espion(s) n'est pas un mauvais film.

Il commence sur les chapeaux de roue avec une immersion anxyogène dans le monde des bagagistes de Roissy, s'enlise un peu dans les méandres d'une intrigue prévisible
et londonienne, ménage quelques beaux portraits : un Guillaume Canet mal dégrossi qui ressemble de plus en plus à Jean Gabin, une Géraldine Pailhas à son meilleur niveau qui rend crédible une histoire d'amour naissante et des douleurs anciennes, un H Girardot parfait en méchant froid et manipulateur.

Par une pirouette dont le cinéma a le secret il se trouve que les deux amants se retrouve dans une salle projetant le sublime film Veer Zaara dont vous trouverez la critique quelque part ci dessous, et en plus il s'agit de la scène absolument génialissime dite "de la danse de Lodi".

Quand on connaît l'histoire d'amour intense et tragique de ce film indien, difficile de ne pas y voir l'écho de celle vécue par les deux personnages d'Espion(s).

La mise en scène de Saada est épurée, agile, assez convaincante.

Pas un mauvais moment, pas un chef-d'oeuvre non plus.  

 

2e

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Les noces rebelles

Michael Shannon. DreamWorks PicturesQuel est le plus gros défaut des Noces rebelles ?
Difficiles à dire tellement ils sont nombreux.

D'abord le scénario est indigent, mou et approximatif. Pourquoi cet homme et cette femme sont-ils ensemble : c'est encore un mystère pour moi. Je sais, vous allez me dire c'est le cas pour beaucoup de couples, mais au moins Sam Mendes aurait pu essayer de rendre PLAUSIBLE leur coup de foudre initial, ce n'est pas le cas.


Ensuite pourquoi Paris, qu'est ce qu'April y ferait, quelles sont ces compétences ? Mystère et boule de gomme. Je veux bien envisager une aventure parisienne, mais il faudrait que celle ci soit CREDIBLE. Les scènes de sexe sont risibles (d'ailleurs la salle a ri, je vous jure). Et pour finir, qu'on puisse avorter en jupon en étalant deux serviettes par terre, puis descendre tranquillement un escalier, puis seulement commencer à saigner, son corsage toujours impeccablement repassé, tout cela fait un peu PROPRET.

D'ailleurs la mise en scène de Mendes est curieusement propre elle aussi, plate et lisse, désincarnée, frappée par la même malédiction que celle de Soderbergh dans Che. Filmer froidement les banlieues froides des fifties ne suffit pas à faire un film.

Et les acteurs ? Absents. Des enfants inexistants (dans une crise de couple, c'est bizarre), un De Caprio juvénile qui n'a pas beaucoup changé depuis Titanic, un fou pas trop mal (photo) qui insuffle un peu de vie au film et une Kate Winslet qui empêche le film de sombrer corps et biens (Titanic encore, incroyable comme elle a plus / mieux vieilli que Di Caprio).

Et si Sam Mendes n'était qu'un faiseur besogneux ? A vérifier.

 

1e

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Veer Zaara

Bodega FilmsSi vous ne connaissez pas le cinéma de Bollywood, Veer Zaara peut constituer une bonne introduction à condition :

1 - que vous passiez au-delà de votre réaction de rejet lors des 10 premières minutes et que vous alliez jusqu'au bout

2 - que vous aimiez les mélos à la Douglas Sirk

3 - que vous vouliez voir un "vrai" Bollywood, faits par des indiens pour des indiens

Moyennant ces conditions vous aurez droit à du grand spectacle.

Au premier degré, Veer Zaara est une triste histoire d'amour rythmée par quelques chansons avec tout ce que Bollywood sait mettre de techniques, de couleurs, de mouvements de caméra grandioses.

Bien sûr, vous trouverez certainement que les acteurs surjouent, ce qui est normal pour un occidental. Les mimiques de Shah Rukh Khan, la mégastar indienne, vous énerveront au début, et puis vous verrez, on s'y fait. Preity Zinta a une pêche d'enfer, on dirait quand elle danse un robot animé.

Au deuxième degré, vous verrez des acteurs qui ne sont pas dupes de ce ce qu'ils font, s'arrêtant quelquefois au milieu d'une danse pour lever les yeux au ciel, ou plaisantant à moitié au milieu d'une scène tragique (Veer qui réalise qu'il devra disposer d'un tracteur pour promener Zaara et ses huit enfants). Vous apprécierez que le film aborde les relations indo-pakistanaise, ce qui est rudement osé (l'acteur principal, qui joue un sikh dans le film, est musulman). Vous regarderez les bonus et serez fascinés par l'exhumation de chansons vieilles de 30 ans pour ce film.

Au troisième degré, vous garderez le souvenir d'une ligne pure qui dessine la silhouette d'un amour infini comme peu d'oeuvre d'art ont su le montrer (on pense à Roméo et Juliette). La deuxième partie du film, excellente, parfait contrepoint du romantisme béat de la première partie, est somptueuse : rebondissements en tout genre, retournements de situation géants et ellipses improbables la rendent imprévisible. L'intensité des sentiments est telle que les acteurs n'ouvrent plus les lèvres pendant les chansons, c'est leur âme qu'on entend (?!).

"Sont ils humains ou sont ils des Dieux ?" demande un des personnages dans le film. Voilà qui résume bien l'extraordinaire histoire contée par Yash Chopra.

Si vous ne pleurez pas, c'est que vous avez un coeur de pierre.

 

3e

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Slumdog millionaire

Difficile de bouder son plaisir en regardant Slumdog Millionnaire. Un scénario bien travaillé, des acteurs qui ont la pêche, une mise en scène déjantée (un peu trop diront certains), une musique qui remue : que du bonheur.

Ouais, les cadrages de travers et les visages coupés en deux ne vous font pas un cinéaste, mais Danny Boyle n'est pas non plus Bergman, et on s'en fout en l'occurence. Slumdog millionaire, c'est pas les Fraises sauvages à Mumbai, c'est plutôt Trainspotting au pays de Bollywood, et ça déménage.

Pourquoi notre héros veut-il jouer (et gagner ?) à "Qui veut gagner des millions ?" : la réponse n'est pas si simple, et il faudra de nombreux flashbacks pour comprendre le pourquoi du comment. A part ça, on dirait par certains aspects du pur Bollywood (des sentiments qui débordent, des méchants vraiment - très - méchants, de l'amouuuuur !). Et le gentil est intelligent, bien que réservé.

Au final ce qui rend le film si plaisant, c'est l'Inde, évidemment 1000 fois plus réelle que dans A bord du Darjeeling Limited, et plus particulièrement Maximum Mumbai la ville de tous les délires. Ce qu'on voit de Bombay, surtout au début, dans la scène magistrale de la poursuite des enfants dans le bidonville, est absolument fascinant et Danny Boyle réussit parfaitement à rendre sensible la frénésie de cette ville.

Le générique de fin enfonce le clou bollywoodien pour notre plus grand plaisir. Foncez voir Slumdog Millionaire et embarquez dans un grand huit des sensations fortes, pas forcément très subtiles, mais bien relevées.

 

3e

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Bon alors, 2008 c'était comment ?

C'est l'heure des bilans, alors allons-y. Si vous avez des commentaires, faites les, ça me fera plaisir.

Meilleurs films

Les 5 premiers sont vraiment au dessus, après tout se tient + ou -.

1- Hunger

Becker Films International

Une expérience sensorielle qui dépasse le cinéma.  Le coeur, le cerveau, et les tripes sont touchés simultanément, un choc comme je n'en avais plus eu depuis longtemps au cinéma.

Peut être un chef-d'oeuvre.






2 - Into the wild
3 - Un conte de Noel
4 - La vie moderne
5 - Mesrine : l'instinct de mort

6 - La belle personne
7 - J'irai dormir à Hollywood
8 - Bons baisers de Bruges


Meilleure comédie de l'année.

Et de loin.







9 - Two lovers
10 - A bord du Darjeeling Limited
11 - Juno
12 - Paris
13 - Entre les murs
14 - Valse avec Bachir
15 - Les plages d'Agnès
16 - Burn after Reading 
 
Meilleurs acteurs / actrices
 
1 - Michael Fassbender dans Hunger
2 - Joaquin Phoenix dans Two lovers


Je n'aime pas Joaquin Phoenix.
La preuve que mon classement est objectif.








3 - Vincent Cassel dans les Mesrine
4 - Juliette Binoche dans Paris
5 - Emile Hirsh dans Into the wild
6 - Léa Seydoux dans La belle personne
7 - Colin Farrel dans Bons baisers de Bruges
8 - Mathieu Amalric dans Un conte de Noel 
9 - l'équipe d'Entre les murs
10 - les 3 frères d'A bord du Darjeeling et les 3 acteurs du Bon, la brute et le cinglé
 
Le film que je n'aime pas et je ne vais pas me faire de copains avec les lignes qui suivent
 
... No country for old men.

Ah, si la dégustation à l'aveugle existait en cinéma, je suis certain que plus de la moitié des gens qui encensent le film n'y aurait vu qu'un pâle produit B du cinéma américain. Franchement, et je veux bien le détailler plan par plan avec qui veut, comment peut on y voir autre chose qu'une succession de plans mal fichus, de succédanés de suspense, de personnages caricaturaux, de montage approximatif ? Les frères Coen sont les cinéates les plus sur-estimés du moment, comme le furent Woody Allen, puis Clint Eatswood. Il suffit que leur nom soient sur l'affiche pour que le bonhomme de Télérama rigole, sans avoir vu le film, et toute une partie du public avec.
Il se trouve que j'ai vu dans la même période Trois enterrements, qui a bien des points communs avec No country for old men et qui lui est un VRAI film.
 
Et puisque j'y pense :

La plus belle affiche : Wonderful Town













Les musiques les mieux utilisées (mais tout le monde s'en fout) : Wax Taylor dans Paris, Nick Drake dans La belle personne.

La meilleure bande-son : Hunger

La plus grosse déception : Quantum of solace

Le plus gros coup de gueule : I feel good

Les plus beaux seins : ceux de Léa Seydoux dans La belle personne et celui de Gwyneth Paltrow dans Two lovers.

Les films que je n'ai pas vu, et que je regrette de ne pas avoir vu : The dark knight, Home, L'un contre l'autre, Sur ta joue ennemie, Hellboy II, [REC], It's a free world, Smiley face, Wall E, Il divo.

On en fait tout un plat, mais c'était pas si bien : Le silence de Lorna, Soyez sympa, rembobinez, Gomorra, There will be blood, Cloverfield, Vicky Cristina Barcelona, La Zona, propriété privée, Be happy.

Les deux meilleurs films vus en DVD : Charlie et la chocolaterie et Le labyrinthe de Pan.

Enfin les deux films dont je ne saurais dire exactement si je les aime ou pas, mais qui m'ont beaucoup intéressé tous les deux  : Le premier venu et Sweeney Todd.


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Che (l'Argentin)

Avec Mesrine, voici un nouveau biopic en forme de diptyque.

Il faut espérer que cela ne devienne pas une habitude visant à doubler les recettes tout en délayant le propos, car autant le film de Richer était comme un TGV fonçant vers son point de fuite (connu dès les premières images) autant celui de Soderbergh est un tortillard qui tourne en rond sans qu'on sache exactement d'où il part et où il se dirige.

Les entrelacements d'époques, particulièrement confus au début du film, sont à ce titre exemplaires : leur sens profond reste caché. Toute la campagne cubaine du Che est montrée sans âme, sans envergure.

La mise en scène est paresseuse, la narration approximative, le montage paraît avoir été fait sur un coin de table. Les scènes censées être dramatiques (exécutions, viols, trahisons, combats) sont filmées sans conviction, sans relief.

Finalement c'est comme si toute l'énergie de Soderbergh et de Del Toro s'était épuisé avant que le film commence, dans le travail qu'ils ont du réaliser pour convaincre les studios du bien fondé de leur projet.

Le résultat est bizarrement plat et sans émotion, et ne m'encourage pas à voir la seconde partie.

 

1e

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I feel good

Le PacteJe préfère le dire tout de suite : je n'ai absolument rien contre les personnes agées et encore moins contre celles qui s'éclatent dans la chorale rock de I feel good, au contraire.

Des gens qui chantent Springsteen et les Clash ne peuvent pas être mauvais. Et d'ailleurs le concert de la fin, filmé tout simplement comme un concert, m'aurait probablement agréablement diverti.

Le problème, dans I feel good, est donc celui de qui l'a fait, à savoir le pitoyable et inutile Stephen Walker. Loin de la rigueur (et du génie) d'un Depardon, de la fantaisie raisonnée d'un Antoine de Maximy, voici l'exemple type du documentariste manipulateur, truqueur et qui n'a rien à dire.

Contemplez ses traveling inutiles sur les banlieues, ses plans dérisoires sur les serveurs ou les passants. Regardez comment il filme ses personnages en plongée pour mieux les dominer, comment il les met en scène pour mieux les ridiculiser (voir photo), comment il les pousse dans leurs travers (le sexe ou les bons mots). Ecoutez comment il ne garde d'eux que 2 ou 3 phrases. Et surtout voyez comment il exploite sans scrupule la mort et la souffrance, surveillant la veuve du récent mort pendant le concert en espérant qu'elle craque, faisant semblant de respecter l'annonce du décès d'un autre tout en l'enregistrant : honte, honte et honte. 

 

1e

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Eve

Gary Merrill et Bette Davis. 20th Century FoxEve, dont le titre original est All about Eve (ce qui est plus conforme à l'intrigue principale du film) fut couvert d'honneurs à sa sortie, puisqu'il reçut une multitude de prix, et 2 Oscars en particulier.

C'est probablement le film le plus célèbre de son auteur.

Comme tous les Mankiewicz, ou presque, Eve brille par son intelligence. Le film peint avec beaucoup de justesse le milieu théâtral, la fuite des années et l'angoisse des actrices vieillissantes, l'ambition et l'hypocrisie des jeunes souhaitant réussir. La direction d'acteur est parfaite (je devrais dire d'actrices car les personnages masculins sont bien fades à part le remarquable George Sanders dans le rôle désabusé de De Witt). Bette Davies et Anne Baxter sont excellentes. Marilyn Monroe fait une apparition, dans un rôle de cruche pulpeuse qu'elle aura malheureusement du mal à quitter par la suite.

La construction, basée sur une imbrication de flash-backs et de récits à la première personne, est fluide et complexe.

Malgré ces énormes qualités, j'ai toutefois quelques scrupules à ranger Eve parmi les chefs-d'oeuvre absolus de Mankiewicz, au même titre que La comtesse aux pieds nus par exemple, qui réunit à peu près les mêmes qualités (portraits de femmes, complexité de l'architecture narrative, multiplicité des points de vue) mais avec une puissance supérieure.

L'intrigue de Eve, bien que brillante, est quelquefois un peu sèche. Il n'empêche que le film reste largement supérieur à la production moyenne de son temps (sans parler de la production actuelle, évidemment).

3e

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The game

Film de jeunesse de David Fincher, The game n'a pas le caractère sulfureux de Fight Club, ni l'ambition artistique du très beau Zodiac.

L'idée de départ du film est la suivante. Un homme (Sean Penn) offre comme cadeau d'anniversaire à son frère (Michael Douglas) une participation à un jeu grandeur nature dont le joueur ne connait pas les règles et qui doit l'amener à se surpasser lui-même au gré des aventures qu'il va vivre.

Ce pitch excitant donne une première partie de film très réussie dans laquelle la mise en scène épurée de David Fincher fait merveille. La prestation de Michael Douglas en businessman impitoyable est très convaincante.

Les péripéties s'accumulant, le suspense faiblit quelque peu. Le rôle manipulateur de Christine apparaît en effet très rapidement. Les ficelles sont un peu grosses et on se doute un peu (beaucoup) de la fin à partir de l'épisode mexicain, car à ce moment-là il devient évident que Van Orton n'est pas la cible de tueurs. Ainsi, dans la dernière partie, la scène du toit n'est que très prévisible.

Le twist final de la chute essaye de faire rebondir une dernière fois l'intrigue, malheureusement en l'entraînant dans l'invraisemblance la plus totale.

Une bonne réalisation et un moment pas déplaisant, malgré une intrigue claudiquante qui n'atteint pas, et de loin, la perfection millimétrique de celle structurant Fight Club.

 

2e

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Mia et le Migou

Gebeka FilmsUne chose est sûre, c'est que l'animation française est une des plus performantes du monde avec celles des USA et du Japon.

Entre les productions de Michel Ocelot (Kirikou, Azur et Asmar), celles de Sylvain Chomet (Les Triplettes de Belleville) et celles de Jacques Rémy Girerd (la Prophétie des Grenouilles, Mia), nous sommes vraiment bien dotés (et je pourrais ajouter U, Nocturna Magica la nuit magique, Persepolis et d'autres) . La qualité en plus est (souvent) là. Même notre Luc Besson national apporte sa pierre à l'édifice.

C'est agréable d'emmener voir ses enfants autres chose que les sempiternelles animations 3D américaines, même si celles-ci peuvent être très bien faites .

Mia et le Migou propose donc une esthétique résolument différente des productions numériques actuelles, puisqu'elle est basée sur de bonnes vieilles planches dessinées et peintes. On peut être plus ou moins sensible à la palette de couleurs utilisée. En ce qui me concerne je n'ai pas été séduit à 100%.

Le scénario est franchement orienté écologie et son aspect démonstratif nuit probablement au développement de l'intrigue, c'est sans conteste le point faible du film. Les personnages, à part Mia et le père d'Aldrin dans une certaine mesure, peinent à trouver une véritable épaisseur. Les rebondissements divers sont d'importance et de nature trop variables pour assurer un véritable rythme au film.
Par exemple, l'idée du message de l'opérateur téléphonique qui fait une proposition commerciale est une bonne idée, mais pourquoi l'insérer dans un des moments les plus dramatiques ? Du coup, l'idée ne fonctionne plus et l'intensité de la scène en est diminuée.

Les Migous ne sont qu'esquissés, dans tous les sens du terme. La juxtaposition de voix très typées (accents du 93, de Marseille, d'Amérique du Sud...) et souvent très reconnaissables (JP Coffe, D Boon) donne une impression curieuse.

Au final, ma fille de 6 ans à aimé. C'est le principal. Reste à voir si le film lui laissera les mêmes impressions durables que Kirikou oul'Age de Glace.

2e

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Le bon, la brute et le cinglé

On ne pourrait voir dans Le bon, la brute et le cinglé qu'un remake du dernier volet de la trilogie eastwoodienne de Sergio Leone : Le bon, la brute, le truand.

En fait le film n'a pas grand chose à voir avec l'original. Il est beaucoup plus vif, déjanté, explosif

Pour ceux qui ne le savent pas (et j'en étais il y a peu) la tradition du western coréen est très ancienne (au moins autant que celle du western italien, semble-t-il). Ce qui explique peut-être la grande maestria technique dont fait preuve Kim Jee-Woon, décidément très à l'aise dans le film de genre puisque ces premiers films étaient un film fantastique (Deux Soeurs) et un thriller (A bittersweet life).

Le bon, la brute et le cinglé est délibérément cartoonesque et ne prétend ni à l'analyse psychologique, ni à la profondeur scénaristique. Si on le prend pour ce qu'il est, il atteint son but de divertissement pur centré sur l'action, souvent spectaculaire et violente, agrémentée d'une touche de burlesque bien amenée par le "cinglé", qui apporte son lot de situations cocasses (il conduit un side-car coiffé d'un casque d'aviateur, il glisse dans les escaliers au plus mauvais moment, il sodomise ses ennemis avec des bâtons sans le vouloir, il participe à un gunfight avec une tenue de scaphandrier).

Le "bon" est lisse comme un "bon", il a une Winchester et un stetson, et apporte donc la touche western classique qui convient. La "brute" a un look de rock star avec mèche de cheveux dissymétrique qui rappelle un peu Prince, ou les personnages de certains mangas.

Le tout ne s'embarrasse pas de vraisemblance : l'action se déroule en théorie pendant les années 30, dans de superbes paysages mandchous, mais je suppose qu'un oeil exercé y découvrira de nombreux anachronismes.

La fusion occident orient a rarement été aussi forte dans l'interpénétration des styles, des psychés et des thèmes, ici sur un mode joyeusement foutraque qui n'est pas déplaisant. La toute fin est un peu ratée, comme si cela n'avait pas réellement d'importance, ce qui est le cas. 

A voir si vous avez un peu de temps, ou si vous êtes en manque de cinéma tarantinesque.

 

2e

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