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Christoblog

Contagion

On peut vraiment se demander ce qui est arrivé à un réalisateur de la classe de Soderbergh pour rater un film dans d'aussi grandes largeurs.

Je vous raconte : Gwyneth Patrol mange du cochon à Hong Kong, trompe son mari et meurt. Matt Damon prend un air tout droit sorti de Au-delà, l'infâme étron de Eastwood, et sa femme meurt (heureusement qu'il a perdu au passage ses facultés de communication avec les ténèbres). Marion la Môme Cotillard est enlevée par un gentil chinois qui ne la relâchera que si elle sauve une quarantaine d'enfant chinois qui vivent dans une sorte de club vacance de fortune (?!).

Jude Law est méchant, comme d'habitude, et il se coiffe comme Tintin, avec une petite houpette. Kate Winslet est la moins pire, dommage qu'elle meure la bave au lèvre en tentant de donner une couverture à un autre malade. Le héros de Breaking Bad est déguisé et porte une casquette.

Dans ce film dont le scénario semble avoir été écrit par une limace formolisée, tout sonne faux : l'histoire, les scènes de fin du monde, les émeutes, les réactions des personnages, la musique. Je ne vois rien à sauver, c'est un ratage complet sur toute la ligne, le film échoue à faire naître la moindre tension dramatique ou psychologique, la moindre empathie.

C'est de l'anti-cinéma, un peu comme si on voyait un journal télévisé de France 3 Minneapolis, les bons sentiments en plus (le gentil médecin se sacrifie pour le fils de l'homme de ménage). On en vient à souhaiter que l'épidémie décime tout le monde un peu plus vite que ça.

C'est très mauvais, à un point qui situe le film dans les abysses du classement de l'année 2011.

PS écrit en 2024 : le virus présenté dans le film s'inspire beaucoup de virus existants, dont le SRAS, H1N1, la grippe et surtout Nipah, qui présente bien des points communs avec le MEV du film (les animaux en cause, les attaques neurologiques). Le revoir aujourd'hui après avoir vécu la période Covid est peut-être une expérience à tenter. 

 

1e

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Les neiges du Kilimandjaro

J’ai vu le film vendredi dernier au Katorza en présence de Robert Guédiguian. La critique de son 17ème opus s’avère du coup pour moi un exercice délicat, je vais vous dire pourquoi.

J’ai été séduit par la prestation de Guédiguian qui s’est prêté au jeu des questions réponses pendant une heure, avec un sens de l’humour et une élégance dans l’argumentation auxquels je ne m’attendais pas vraiment. Il est profondément troublant en ces temps de Sarkozie décomplexée de rencontrer un homme qui affiche aussi clairement (et simplement) ses opinions issues d’une gauche historique, très lutte des classes, et en même temps d’un niveau intellectuel supérieur, citant Jaurés entre Pasolini et Capra.

Ce qui m’a beaucoup touché aussi, c’est la sensibilité qui émane de Guédiguian, manifestant une grande empathie dans sa capacité à écouter les questions des spectateurs. Bref, un beau moment d’échange avec quelqu’un qui porte ses idées avec une conviction rare et attachante.

Le film, quant à lui, m’a un peu déçu, ce qui est toujours gênant à exprimer en présence de son créateur (Robert, ne lis pas cette critique). Les neiges du Kilimandjaro prend clairement le parti d’être une fable, un conte. Guédigian nous a dit vendredi que les comédies avaient les mêmes ressorts que les tragédies, et que la seule différence résidait dans le fait que dans les comédies les situations trouvaient leur résolutions.

C’est bien le programme que propose le film, (très) librement inspiré d’un poème de Victor Hugo, Les Pauvres Gens. Un leader syndical organise un tirage au sort en vue de licencier 20 ouvriers de son entreprise. Un de ceux-ci va commettre un acte répréhensible. Le leader syndical et sa femme (indéboulonnables Darroussin et Ascaride) vont, après avoir dénoncé le criminel, trouver un moyen d’atténuer leur sentiment de culpabilité.

Le problème, suivant l'adage classique que les bons sentiments ne font pas les bons films, c'est que Les neiges du Kilimandjaro n'échappe pas à une certaine sensiblerie et présente des traits franchement caricaturaux. Si les habitués de Guédiguian jouent assez juste, les nouveaux venus sont franchement à côté de la plaque et leur texte semble totalement "plaqué". Grégoire Leprince Ringuet par exemple est à moitié crédible, et Robinson Stévenin campe un policier peu convaincant. Le film oscille donc perpétuellement entre plusieurs styles (humoristique, chroniqueur social, militant, angoissant, utopique, nostalgique, sentimental) sans réellement trouver un point d'équilibre. Certaines scènes sortent du lot (le speech de la mère à côté du bateau, la partie de bridge et sa conclusion), d'autres sont ridicules par la faute souvent d'une bande-son désastreuse (cet horrible Many rivers to cross chanté par Joe Cocker).

Je ne rentre pas ici dans le débat moral que le film peut générer : il paraît irréel (je ne peux pas trop spoiler, mais que font les services sociaux ??) et ses enjeux me laissent un peu indifférent. Je note simplement que les jeunes sont montrés d'une façon assez réaliste insupportable.

Alors, allez-y si vous voulez poursuivre ce long feuilleton mené par la bande de l'Estaque, et retrouver un petit peu de ce qui faisait le charme de Marius et Jeannette.

 

2e

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Uzak

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/35/08/95/p2.jpgPour préparer mon séjour à Istanbul à Nöel, j'ai décidé de m'attaquer à la filmographie de Nuri Bilge Ceylan : le réalisateur dont personne ne voit les films, mais qui ne repart jamais bredouille de Cannes.

Première étape avec Uzak, qui a fait connaître Ceylan au grand public et qui a emporté (excusez du peu) le Grand Prix ET un double prix d'interprétation masculine à Cannes 2003.

Pour commencer, amateur de blockbuster pétaradant et de pixarisation colorée, tu peux passer ton chemin. Ici, on est plutôt entre fans de Tarkovski et du Kiarostami des débuts. C'est Ozu qu'on convoquera, et pas Refn.

A force de voir d'autres styles de film, on oublie presque qu'il existe un cinéma dans lequel un plan fixe et silencieux de 5 minutes peut être génial, car signifiant.

Je donne un exemple. Le synopsis est assez simple : un photographe en proie à une crise existentielle (sa femme l'a quitté, il s'interroge sur son métier...) doit accueillir chez lui une vague connaissance issue du même village que lui, mais d'un niveau social bien inférieur. Une longue scène nous les montre tous les deux regarder la télévision. Puis le visiteur de lève et va se coucher. Après un moment, le photographe se lève et sort une cassette porno pour la regarder tranquillement. C'est long, il ne se passe pas grand-chose, mais c'est beau et ça dit plein de choses en même temps : la misère sexuelle du photographe, la gêne d'accueillir le visiteur, le stress d'être surpris, etc...

Nuri Bilge Ceylan s'avère être par ailleurs un réalisateur exceptionnel par ses choix de cadres, absolument géniaux, sa direction d'acteur et sa photographie, d'une beauté époustouflante, qui révèle son métier premier de photographe. Ses talents de coloristes sont aussi immenses (ces rouges !). Le film, que j'ai regardé en deux fois parce qu'il doit s'apprécier avec parcimonie et délicatesse comme un grand cru, est donc une merveille esthétique, qui regorge d'idées de mise en scène (utilisation de la profondeur de champ comme je ne l'ai jamais vu ailleurs). Les relations entre les deux acteurs sont particulièrement subtiles. Il est émouvant de savoir que le plus jeune des deux, parent éloigné de Ceylan, est mort quelques semaines après la fin du film dans un accident de voiture.

Une scène, dans ce beau film, est une splendeur : Istanbul enneigée, un bateau de travers qui semble à la fois immobile et en train de sombrer dans la mer toute blanche.

 

4e

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Carte postale de Mendoza (Argentine)

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Par Felix

 

Je suis expatrié pour un an à Mendoza en Argentine et ce depuis le mois de juillet dernier. Ici, comme ailleurs, c'est toujours un peu l'affrontement entre petites salles arts & essais et gros multiplexes qui se joue. Et clairement, le rapport de force est à l'avantage des seconds. Les petites salles sont biens rares et assez peu prisées des familles argentines qui ont pris l'habitude de se rendre dans les centres commerciaux pour voir "una pelicula".

Je ne me suis rendu que deux fois dans ces grands complexes et j'avoue que ce n'est pourtant pas l'envie qui me manque d'aller plus souvent au cinéma ! Non, c'est juste que bien souvent, la programmation est un peu pourrave, et ne m'offre que des nanars hollywoodiens que je ne daignerais même pas voir en France. Les productions américaines constituent en effet les trois quarts de la programmation des salles argentines, le reste étant réservé à quelques films argentins ou au reste du monde, parfois, rarement, presque jamais même …

Ceci étant, concernant les films français projetés en Argentine, j'ai tout de même eu quelques surprises. « Des hommes et des dieux », « Potiche » ou « Le nom des gens » sont passés dans les salles sous des noms en espagnol plus ou moins fidèles : « De dioses y de hombres », « Mujeres al poder » ou « El significado del amor ». Je vous laisse donc deviner quels films se cachent derrière « Rompecorazones », « Yo maté a mi mama » ou « Mis tardes con Margueurite ». Et sinon, les deux films que j'ai pu voir ici sont « Crazy, Stupid, Love » et « Contagion ».

J'ai bien aimé le premier et les argentins aussi d'ailleurs. Pour le second (ok, je crâne un peu vu qu'il n'est pas sorti en France), j'avoue avoir été un peu déçu. Je m'attendais à un truc qui en mette plein les yeux, qui détonne un peu et au final, Soderbergh filme un peu tout en mode tranquille-pépère, rien ne m'a surpris dans la mise en scène, tout est bien comme il faut et toujours un peu trop souligné. Tout est filmé en plan serré, en plongée/contre-plongée alors que j'attendais un truc plus époustouflant, plus large, plus haletant … plus quoi ! On ne sait jamais où il veut en venir et finalement ne nous sert ni plus ni moins que des séquences dignes d'une compilation de JT de 20H pendant la grippe H1N1. Le scénario part dans tous les sens et du coup, on voit tout le monde et personne à l'écran : les trois actrices oscarisées sont vraiment là pour la par ade et Jude Law est vraiment là parce qu'il est BG (tiens mais c'est quoi ces dents du bonheur qu'il a d'ailleurs?) Matt Damon a quant à lui le même rôle que dans « Au-delà » et c'est finalement Lawrence Fishburne qui s'en sort le mieux dans l'affaire, tout comme Jennifer Elhe qui ressemble à s'y méprendre à Meryl Streep et qui est aussi présente à l'écran que Cotillard et Paltrow réunies ! Le film n'est pas nullissime non plus et quelques scènes valent le détour, mais c'est bien trop déja-vu et un peu trop propret pour être réellement digne d'intérêt ! Hâte de voir les critiques du Festival d'automne ² s'étriper (ou pas) dessus !

Pour finir, le prix des places assez élevé pour les argentins (compter 45 pesos minimum soit plus de 7€) les incite à acheter des copies de DVD piratées que l'on trouve (très) facilement dans les rues, dans les bus ou sur les marchés. Toutes les nouveautés y sont et j'ai même pu voir « Melancholia » qui n'était pas distribué ici après les propos de Lars Von Trier à Cannes (quel film d'ailleurs !). Mon loueur de DVD préféré ne loue donc pas de vraies copies mais des exemplaires gravés, pas vraiment légal quoi. Mais bon, vu que je reste ici jusqu'en juillet et que je ne compte absolument pas me passer des dernières nouveautés, je ferme les yeux sur cette petite infraction et je regarde quelques comédies ou drame US et français dispos.

 

Voir aussi : New York, Tarbes. Si vous voulez écrire vous aussi une carte postale cinéphile, écrivez-moi.

 

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Les géants

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/82/68/60/19720401.jpgVu un soir d'avant-première dans une salle quasi vide du Katorza, je ne peux pas dire que le dernier film de l'acteur Bouli Lanners m'ai fait un gros effet.

Trois jeunes enfants sont abandonnés à eux-mêmes l'espace d'un été dans la campagne luxembourgeoise.

Que font ils ? Ils fument du cannabis, laissent la vaisselle s'empiler, parlent de branlette, se font exploiter par de méchants adultes, recueillir par une gentille dame (comme dans Babar) qui a une fille handicapée et joue du piano, se teignent les cheveux en blond, conduisent une voiture, fracturent une maison, se réfugient dans une cabane en forêt.

Ce n'est pas nul, c'est simplement inconsistant. Les fantômes d'autres cinéastes de l'enfant/adolescent (Van Sant, les Dardenne), autrement plus talentueux, rôdent dans le film.

Seule curiosité : la campagne luxembourgeoise est filmée comme s'il s'agissait de la jungle amazonienne, et c'est assez réussi.

 

1e

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Festival d'automne 2

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9 novembre : Contagion de Steven Soderbergh

16 novembre : 50/50 de Jonathan Levine : Annulé

23 novembre : L'art d'aimer d'Emmanuel Mouret

7 décembre : Carnage de Roman Polanski

7 décembre : Shame de Steve McQueen

  14 décembre : 17 filles de Delphine et Muriel Coulin

  21 décembre : A dangerous method de David Cronenberg

 

Il y a un an, un groupe d'irréductibles cinéphiles créaient le festival d'automne 2010.

Depuis, vous avez été 22 blogueurs différents à participer à l'une des 4 éditions des festivals sur Christoblog, dont la dernière vient juste de se terminer.

Rappelons brièvement les règles : le festival est ouvert à ceux qui tiennent un blog, et les critiques de films doivent être consultables par tous les participants. Chacun m'envoie avant le 8 janvier 2012 son classement des films par message privé : le meilleur film a 6 points, le moins bon 1 point. Le film gagnant est celui qui a le plus de points : il gagne La Feuille Morte d'Or, et succède ainsi à Potiche. Attention : pour que le vote d'un blogueur soit pris en compte, il doit avoir vu tous les films.

Avec son classement, chacun m'envoie également ses :

- 2 meilleurs acteurs

- 2 meilleures actrices

- 2 meilleurs scénarios

- 2 meilleurs réalisateurs

repérés parmi les films vus.

Chaque participant a enfin la possibilité d'attirer l'attention sur un film coup de coeur sorti pendant le festival mais ne faisant pas partie de la sélection. Le film le plus cité dans ce cadre reçoit un prix spécial.

Pour s'inscrire c'est simple : un commentaire sur cet article et c'est fait.

La sélection est la suivante :

Un grand merci à pierreAfeu qui offre au festival cette magnifique bannière, succédant ainsi à mymp, qui avait conçu celle du festival d'été.

Sont déjà inscrits :

- les membres fondateurs, qui ont participé à toutes les éditions :   ffredBob Morane, Gagor, pierreAfeu, heavenlycreature

- les habitués : Marcozeblog, Hallyne,  Anna, Squizzz, Tching,

- les revenants : Herodonte, fredastair, Ben, 

- les nouveaux : jujulcactus, Stoni, black-cloud, Wilyrah, dasola, pépito, Platinoch,

 

... et pourquoi pas vous ?

 

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Curling

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/79/43/30/19502664.jpgSouvent, la présence d'un réalisateur rend un film plus sympathique. Plus rarement, c'est l'inverse.

 

Lors de la projection de Curling au dernier festival Paris Cinéma, c'est ce qui s'est passé. Denis Côté, le réalisateur québécois, m'a paru suffisant. En gros, à l'entendre, il se satisfait très bien que ses films ne soient que des films de festivals, que les spectateurs (les vrais) ne vont presque jamais voir. Il a parlé avec un mépris déplaisant de telle spectatrice d'un festival au Brésil (ben oui, après tout, si on peut parcourir le monde pour montrer des films que personne n'a envie de voir, pourquoi se priver ?) qui qualifiait ses films de nordiques : il trouvait ça ridicule.

 

Comme il trouve ridicule qu'on le questionne sur les impasses scénaristiques dont Curling est parsemé : un tigre dans la neige, des cadavres dans un bois, un petit garçon qui disparait, une chambre maculée de sang. Ben oui, c'est vrai, il font chier ces spectateurs à poser des questions comme ça ! C'est tous les jours que ce type d'évènements arrivent dans votre vie, pas besoin d'en faire un fromage.

 

Bon, vous voyez le genre, j'arrête le massacre ici. Curling représente le cinéma dit d'auteur dans ce qu'il a de pire. Personnage principal mutique au charisme d'huitre (qui attire quand même une femme en moins de  deux) et au comportement illogique (tient à sa fille mais la laisse seule pendant plusieurs jours),  personnages secondaires ultra-typés (la petite punk), lenteur et dénuement, emphase et naïveté, lourdeur et suffisance (la fin, mon Dieu, quelle bêtise). 

 

Vous ne l'avez pas vu, continuez comme ça.

 

1e

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Utopiales 2011

Comme l'année dernière, Christoblog sera présent et accrédité aux Utopiales 2011, du 9 au 13 novembre à Nantes, probablement le plus important festival européen consacré à la science-fiction.

Au programme de multiples manifestations trans-genres : littérature, BD,  expositions, jeux vidéo, conférences et bien sûr cinéma. Rien que pour la littérature seront présents certains des plus grands auteurs mondiaux, excusez du peu : Tim Powers, Norman Spinrad, Lucius Shepard, Ian Mc Donald, Gérard Klein, Pierre Bordage,  Ugo Bellagamba. Tout cela sous la présidence d'Alejandro Jodorowsky himself.

Au menu cinéma, une compétition officielle, des avant-premières et des rétrospectives. Je ne manquerai pour rien au monde la projection d'Endhiran (Robot), film indien de tous les superlatifs : le plus long à concevoir (plus de 12 ans), le plus cher, le plus gros succès au box-office indien, le plus hallucinant en matière de scènes d'action.... un film qui relègue Matrix au rang de distraction pour midinettes, pour ceux qui l'ont vu.

J'aimerais aussi enfin voir un film après lequel je cours depuis 20 ans : Les 5000 doigts du Dr T.

Bref, 4 jours de plaisir dans l'ambiance très San Diego Comic-Con de la Cité des Congrés.

 

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L'exercice de l'Etat

Cet automne 2011 n'en finit pas de nous réconcilier avec le cinéma français. Voilà qu'après les films d'auteurs grand public Polisse, La guerre est déclarée et l'Apollonide, un nouveau film majeur sort sur les écrans, illustrant cette fois-ci un nouveau genre : le thriller politique.

Un duo d'acteur exceptionnel

Je n'avais jamais bien compris pourquoi Olivier Gourmet bénéficiait d'une sorte d'aura d'acteur culte. Et bien cette fois-ci, c'est clair. Il livre dans ce rôle de ministre des transports une composition sidérante de variété, tour à tour humain, détestable, ambitieux, réaliste, dur, touchant. Il incarne parfaitement ce qu'est un monstre politique, loin des clichés qui voudraient nous désigner les hommes politiques comme des pantins ou des Rastignac au petit pied. On voit ici qu'ils sont mus par des forces peu accessibles au commun des mortels.

Michel Blanc est tout bonnement bouleversant, sans états d'âme - ou plutôt avec des états d'âme, mais sans sensiblerie, droit dans ses bottes mais s'adaptant aux évènements avec une souplesse extrême, il fait coexister sous son crâne chauve tous les ingrédients qui font un grand serviteur de l'Etat, en y ajoutant sa petite touche personnelle (la musique classique, le discours de Malraux, les oeufs au bacon).

Ce duo de choc qui joue la valse de l'amitié, de l'ambition et des valeurs est entouré d'un casting quatre étoiles que je ne vais pas détailler ici, mais sachez que chaque conseiller, chaque ministre, chaque garde du corps, chaque syndicaliste est parfaitement dessiné.

Le ministère (vu) de l'intérieur

Une des réussites majeures du flm est de nous faire entrer de plain-pied dans ce qu'est la vie d'un homme politique, comme aucun film récent n'a réussi à le faire. Du coup, La conquête apparaît comme une bande dessinée un peu grotesque et Les marches du pouvoir comme un épisode de série un peu simpliste.

L'exercice de l'Etat montre tout : l'urgence extrême et permanente (somptueuse séquence d'ouverture dans les Ardennes), la primauté donnée à la communication sur la réflexion de fond, les jeux de pouvoir - mais dont on voit qu'ils sont autant liés à des idéaux (ou des idées) qu'à des calculs personnels, le sacrifice de la vie personnelle, la nécessité des décisions hyper rapides, le peu de cas qui est fait des personnes lors des décisions (cf le dernier plan, sidérant), le contraste extrême des situations rencontrées dans la même journée, etc.

C'est ennivrant et jouissif comme un grand huit lancé à toute berzingue.

Une mise en scène au cordeau

Je ne connaissais pas Pierre Schoeller, et j'en ai presque honte aujourd'hui, tellement il donne une leçon d'efficacité élégante dans ce film. Les plans sont parfaitement découpés, les mouvements de caméra discrètement somptueux. Les fioritures (le rêve initial, la musique bizarre) sont parfaitement intégrées à une trame dense, resserrée, dans laquelle chaque plan compte. Le film propose plusieurs scènes d'anthologie, que je ne peux révéler sans risque de vous gâcher le plaisir. Du grand, grand art.

Allez hop, vous faites le pont de la Toussaint, il fait mauvais, vous allez tous voir L'exercice de l'Etat, sapristi.

 

4e

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Après le Sud

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/84/00/63/19827112.jpgAprès le Sud étant un premier film, je vais essayer de ne pas être trop méchant. Vous savez en plus que je suis plutôt d'un naturel bienveillant, qui ne me pousse pas habituellement à déverser des torrents de bile sur les films que je n'apprécie pas.

 

Que raconte le film ? La journée de 4 personnages : une caissière de supermarché, sa mère obèse, son copain, et un retraité (ex leader syndical ?!).

 

La trame temporelle du film est un peu compliquée, même s'il ne s'agit finalement que d'une énième variation autour de l'effet Rashomon, consistant à revisionner les mêmes scènes plusieurs fois dans le film suivant le point de vue des différents personnages.

 

Le problème est qu'on ne s'intéresse pas du tout à ce que l'on voit. Voilà. C'est aussi simple que ça. Merci de votre attention.

 

1e

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Hors Satan

Je comprends que sous l'emprise d'un tropisme mystico-élitiste (ou de substances illicites) on soit charmé par Hors Satan.

On écrira alors des choses de ce style : Bruno Dumont réussit à nous montrer l'âme à nu, sans autre artifice que le bruit d'une feuille morte qui crisse et que celui du vent dans les landes du Boulonnais, sans autre moyen que cette mise en scène que certains jugeront austère, mais qui rend sensible par la seule grâce de ses choix primordiaux (cadrage, focale, son, photographie) la puissance d'une transcendance toute pasolinienne, et bla bla bla.

En réalité, je vous le dis, ce film c'est Ribéry filmé par Bergman, ou Antonioni chez les Ch'tis, sans l'envol mystique de L'humanité et sans les fulgurances sauvages de Flandres.

Je m'emmerdais tellement durant le film que j'ai testé le jeu suivant : fermer les paupières pendant la moitié de chaque plan, et ne les réouvrir que lorsque la luminosité les traversant indique un changement de plan (jeu rendu possible par le fait que les plans sont fixes, donc de luminosité constante, et longs, trop longs).

Ce n'est pas un jeu facile, d'abord parce que le risque de s'endormir est non négligeable (cela m'est arrivé deux fois), ensuite parce que vous ne savez pas avant combien de temps va durer chaque plan. Le jeu a quand même réussi à me faire patienter les presque deux heures que dure le film, sans que je souffre trop. De plus je n'ai pas raté grand-chose de la narration, ce qui montre bien que le film aurait pu durer 45 minutes sans qu'on y perde.

Hors Satan est assez faible dans ce qu'il expose : un méli mélo Diable / Dieu / vengeance / sexe qui rappelle que Dumont était prof de philo avant d'être cinéaste, mais qui s'avère ici indigeste au possible. Un point culminant est atteint par le dénouement, qu'on peine à croire possible tellement il est lourdingue. Va-t-il oser ? Hé oui ! Les acteurs ne sont pas professionnels, et je suis triste de le dire, mais ça se voit tellement qu'on en a mal pour eux. On les voit chercher leur marque au sol pour savoir où aller, c'est terrible.

Rapidement on en vient à souhaiter méchamment la mort brutale de tous ces personnages qui ressemblent plus à des marionnettes conceptuelles qu'à des êtres de chair et de sang, ce qui vu le sujet du film, ne garantirait même pas que ce dernier soit écourté, malheureusement.

A mon sens le point faible du début de carrière de Bruno Dumont.

 

1e

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Carte postale de Tarbes

CP2Tarbes.jpg

L'Atalante à Bayonne

Par Alain

 

Comment  aller au cinéma quand on vit à Tarbes ? On oublie, ou presque. On comble ce vide par beaucoup de sport et d’activités en extérieur. La région est magnifique, le climat très agréable et la situation géographique offre de belles possibilités que ce soit côté Atlantique, ou Méditerranée quand on a le temps, ce qui est mon cas. Sans oublier l’Espagne, aussi, à moins de deux heures.

Mais revenons au cinéma. Tarbes, son seul et unique CGR, éloigné du centre ville. Immense bloc de bêton posé au milieu de nulle part dont l’apparence extérieure est plus proche d’un blockhaus que d’un lieu festif. Le point positif : des salles confortables et accessibles aux handicapés. Tous les points négatifs : une programmation composée essentiellement de blockbusters, et pas forcément les meilleurs, aucune version originale, et les tarifs, 8,80 € ou 5,90 € avec carte d’abonnement.

Seule et unique solution, aller voir ailleurs et ne pas avoir peur d’avaler des kilomètres ! Le plus proche : Le Parvis Méridien perdu au milieu d’un centre commercial accroché au pied des Pyrénées. Assez loin de la ville, très impersonnel avec des horaires impraticables. J’oublie. Mes remèdes … À Pau, par exemple, avec Le Mélies. Deux petites salles, mais un lieu de convivialité chaleureux qui offre une programmation intéressante plus en adéquation avec le cinéma que j’aime. Les prix sont aussi plus raisonnable, 5 € l’entrée avec la carte d’abonnement. 80 kilomètres aller et retour ! Avec un minimum  pour moi d’une fois par semaine et deux films en moyenne. J’ai pu y voir l’an dernier des films très importants pour moi. Submarino, Des hommes et des Dieux, et plus récemment Une séparation.

Autre possibilité : pousser plus loin et s’arrêter à Bayonne qui propose deux salles, bientôt réunies dans un seul et unique lieu, L’Atalante et l’Autre cinéma. Les films présentés correspondent à ce que j’attends quand je veux aller au cinéma. J’y ai vu dernièrement We need to talk about Kevin, Restless, Melancholia, Et maintenant on va où, L’Appolonide, La guerre est déclarée, Balada Triste, La prima cosa bella ou Beginners… entre autres. 300 kilomètres aller et retour ! Avec un minimum d’une fois par mois et cinq films en moyenne en trois jours.

Quitte à être sur la côte Basque restons-y ! À Saint jean de Luz, par exemple, avec une pensée pour Dasola. Les Écrans Luziens offrent une belle diversité de films dans un cadre agréable, et un accueil chaleureux et très  sympathique. Les points forts : divers festivals intéressants, et des tarifs attractifs avec la carte d’abonnement qui ramène le prix à 5,50 €. J’ai pu y voir Les femmes du 6ème étage, Incendie, Angèle et Tony, et tout récemment … The Artist et Polisse. À 25 kilomètres De Bayonne ! Avec un minimum d’une fois par mois et deux à trois films en moyenne sur un séjour de trois ou quatre jours.

Arrêt quasi obligatoire au Royal à Biarritz, pour le lieu, les souvenirs, et la programmation qui reste intéressante. « Amis du Royal » ramène le prix d’entrée à 4,50 €. En ce moment c’est le seul cinéma de la région qui passe Ceci n’est pas un film. À 8 kilomètres de Bayonne. Avec un minimum d’une fois par mois et deux films en moyenne sur le temps du séjour.

La plupart du temps mes séjours au Pays Basque se font en fonction de la programmation dans les différentes salles et des horaires respectifs pour les films qui me tentent. Pouvoir profiter aussi de la région, hors saison de préférence, de l’océan en particulier, et ce, quelque soit le temps. Il y a longtemps que j’ai appris à aimer le temps qu’il fait.

Ne pas oublier l’Utopia à Toulouse. Bel endroit, et programmation intéressante qui offre une palette de films, d’hier à aujourd’hui, très intéressante. Certaines séances sont à 4 €. J’y ai vu la semaine passée Beauty et Habemus Papam. À 150 kilomètres de Tarbes. Une heure vingt par le train, pour plus de facilités et un aller et retour dans la journée. Je profite aussi de ce passage dans la ville rose pour m’égarer à l’UGC ou au Gaumont, mais plus rarement.

Je parle beaucoup des tarifs, mais après avoir bénéficié pendant de longues années de la carte UGC à Paris, je trouve que les tarifs pratiqués dans la région représentent un vrai budget. Quand on ajoute les coûts des déplacements et autres plaisirs, le cinéma devient un luxe.

J’ai calculé il y a quelques temps que je faisais une moyenne de 1.100 kilomètres par mois, pour essentiellement voir des films. Sans compter mes séjours en Espagne ou mes déplacements sur Toulouse, ville pour laquelle le train reste le plus pratique. Quand on aime … On fonce, mais on devient plus sélectif !

 

Voir aussi : New York. Si vous voulez écrire vous aussi une carte postale cinéphile, écrivez-moi.

 

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Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne

N'étant pas tintinophile invétéré, mon avis sur la dernière production de Spielberg ne se résumera pas à répondre à la question : le film est-il fidèle à la BD ?

Sur ce point, je suppose qu'on pourra gloser quasiment à l'infini, autour du thème "Bien sûr que non". En résumé je dirais que sur la forme, l'américanisation est évidente (ajout de scènes de poursuite dignes d'Indiana Jones, gommage du contexte historique, perte d'éléments liés spécifiquement au langage), alors que le fond me semble assez bien intégrer l'esprit d'Hergé.

Le personnage de Tintin est aussi insipide que dans les livres et son animation en motion capture ne m'a pas paru entièrement satisfaisante. Son regard semble trop souvent perdu dans le vague, son grain de peau n'est pas très naturel et les gestes de ses mains sont parfois empruntés.

Le capitaine Haddock est par contre très réussi. Tout à fait politiquement incorrect (surtout pour les Américains) avec son alcoolisme invétéré, il donne une qualité spécifique à toutes les scènes dans lesquelles il figure, grâce au savant mélange d'états d'âme dépressifs et de fierté marine qui fait sa marque de fabrique. 

La dynamique du scénario trouve d'ailleurs toute sa force dans la relation étroite (et somme toute incompréhensible) qui se noue entre ces deux personnages que tout oppose. Les seconds rôles sont bien utilisés (la Castafiore, Sakharine, les Dupondt). L'animation de Milou est particulièrement convaincante, même si ses poils sont comme d'habitude en animation peu réalistes. Il copie à la perfection les attitudes canines, tout en ayant l'intelligence d'un être humain.

Le film est émaillé de morceaux de bravoures très efficaces dont mes deux préférés sont le souvenir du combat de l'ancêtre de Haddock sur son bateau (le montage alterné est une splendeur) et la première poursuite qui mène aux docks, simple, amusante et originale. On parlera sûrement beaucoup de la poursuite dans la ville arabe, qui est éblouissante, mais presque trop pour mon goût.

Au final, une bonne soirée en famille et un divertissement haut de gamme.

Pour plus d'éléments de contexte je signale l'excellent article du Monde qui raconte l'histoire des rapports de Tintin et de l'Amérique en général, et de Spielberg et Hergé en particulier, qui se seront croisés fin 1982, début 1983.

 

2e

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Les marches du pouvoir

http://images.allocine.fr/medias/nmedia/18/85/39/61/19786561.jpgLe titre français du dernier film de Georges Clooney (The Ides of March) est sûrement l'oeuvre d'un traducteur un peu bourré qui s'est mélangé les pinceaux : Des idées de marche ? La marche des Iles ? Mars en avril ? Envie de marcher ? L'Italie des Marches ? Bon bref, pour les ignares, c'est ici qu'il faut vous cultiver. Vous ne voyez pas trop le rapport avec le film ? Et bien, à part bien sûr une vague thématique de trahison, moi non plus.

 

Tout ça pour dire que beaucoup de films que je vois en ce moment me laissent tiède. Les marches de pouvoir est un film sage, tourné à l'ancienne (les champ/contrechamp sont très scolaires), doté d'un scénario honnête - même si certaines ficelles sont un peu grosses. Les acteurs sont égaux à eux-mêmes. Clooney est plus que jamais celui qui a démodé le café filtre, et il le restera longtemps, j'en ai peur.

 

Ryan Gosling montre au début une grande variété de jeu, avant de prendre le volant d'une voiture pour accompagner la charmante Evan Rachel Woods à la clinique. Le fait de conduire semble le métamorphoser instantanément en chauffeur patibulaire au visage fermé, Drive is back.

 

Dans cette torpeur indolore et pas inintéressante, on ne pourra pas s'empêcher de penser à DSK (le coup de la femme de ménage semblerait lui être destiné, si Clooney connaissait son nom), à Clinton, et oui, finalement oui, la politique est quand même un milieu cruel ma bonne dame. Un bon prime time sur TF1.

 

2e

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Ici, on noie les Algériens

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/85/89/27/19819748.jpgLa même semaine sortent sur les écrans le fameux Octobre à Paris de Jacques Panijel, film culte tourné en 1962 dans une quasi-clandestinité et jamais sorti en salle, et le documentaire Ici, on noie les Algériens, de Yasmina Adi, qui en constitue une sorte de contrepoint contemporain.

Pour ceux qui ont séché leur cours d'histoire (ou qui sont trop vieux pour avoir connu des cours dans lesquels figurait cet évènement), un bref rappel des faits. En pleine guerre d'Algérie, les Algériens de Paris manifestent sans violence contre le couvre-feu dans les rues de Paris, le 17 octobre 1961. Dans un contexte marqué par les attentats du FLN en France, la répression policière est violente. On compte des dizaines de morts, des centaines de blessés, et des milliers de détentions dans des conditions abominables.

La force du travail de Yasmina Adi tient dans sa simplicité. Son documentaire est de facture classique, sans fioriture. La mise en scène alterne les documents d'archive (principalement des photos, mais aussi des coupures de presse et des enregistrements radiophoniques) et des témoignages de personnes ayant vécu les évènements. Ces derniers sont évidemment très émouvants. Manifestants, femmes ayant attendu en vain le retour de leur mari, conducteurs de bus, médecins : tous sont remarquablement clairs et dignes. Leur parole est d'une grande densité émotionnelle, sans être plaintive.

Voir sur les photos d'époque des inconnus vous regarder fixement par-delà les 50 ans d'histoire écoulés est aussi très fort. Au delà des macabres rappels qu'assène le film (les corps que la Seine rend plusieurs semaines après le drame), on apprend également des à-côtés tout aussi choquants, comme cet internement en hôpital psychiatrique des femmes de disparus manifestant quelques jours après le 17 octobre, ou comme la libération du Palais des Sports pour une série de concerts de Ray Charles (chanteur noir, comme le précise le commentateur de l'époque). Les photos montrant des milliers d'Algériens parqués dans cette enceinte n'est pas sans rappeler d'autres rassemblements terribles, celui du Vel d'Hiv en 1942 par exemple.

Sans voix off, le film réussit donc parfaitement à faire ressentir le caractère inhumain de la répression en juxtaposant simplement les images d'époque et les témoignages, dont les plus impressionnants sont ceux des femmes. Il parvient ce faisant à nous immerger dans l'époque.

En résumé, une salutaire piqûre de rappel pour nous inciter à rester vigilants face à un Etat qui sait à la fois faire perpréter ses méfaits par les fonctionnaires, puis les cacher aux journalistes s'il le faut.

Pour plus d'info, voir le site officiel du film, très bien fait.

 

3e

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The artist

Aussitôt vu, aussitôt oublié.

Oh, ce n'est pas qu'on puisse faire beaucoup de reproches à The artist. Le film est plutôt plaisant, inspirant des sentiments un peu confus mais agréables de défi insensé, de travail bien fait, de connivence intelligente et de performances d'acteur. Et puis il nous rappelle la puissance de l'art cinématographique : contre toute attente, l'absence de dialogues se fait très rapidement oublier.

The artist est toutefois rapidement limité par les règles qu'il s'est lui-même fixé : respect absolu des standards des films muets des années 30, mimiques exagérées, format carré, cartons de dialogue, musique expressive et ampoulée. Les variations "modernes" sont distillées au compte-goutte (les sons disséminés ici ou là, les quelques cadrages et mouvements de caméra notablement anachroniques), ne menaçant pas l'exercice formel que constitue avant tout le film.

Le scénario, très prévisible et convenu, ne permet pas à The artist d'accéder pleinement au statut d'oeuvre originale.

On est donc très loin de la réinterprétation géniale et déjantée du muet par Guy Maddin dans The saddest song in the world.

Un moment qui passe agréablement grâce à l'incroyable talent de Jean Dujardin et Bérénice Béjo (compagne du réalisateur, Michel Hazanavicius) mais qui ne laissera pas dans la mémoire plus de traces que le souvenir d'une bonne copie de carte postale ancienne.

 

2e

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Polisse

Avant-première le 27 septembre 2011 à l'UGC Atlantis, près de Nantes. Maïwenn est là, escarpins noirs, jean serré, veste en jean, accompagnée de Naidra Ayadi et Frédéric Pierrot.

L'intervieweur s'emmêle complètement les pinceaux, en questionnant par exemple Frédéric Pierrot à propos de La guerre est déclarée, dans lequel il joue aussi... ce qui permet à Maïwenn de couper sèchement d'un "on est là pour parler de Polisse !".

Sinon, pas facile de parler d'un film avant la séance comme c'était le cas ce soir. On apprend que les 10 acteurs ont fait un stage d'une semaine chez la police, que le scénario résulte de notes prises par Maïwenn pendant un passage à la BPM et que parfois elle distribue aux acteurs des "jokers" à l'oreille, c'est à dire si j'ai bien compris des directives qui sèment un peu d'inattendu dans la scène.

Devant l'incurie emberlificotée de son interlocuteur de l'UGC, Maïwenn se prend à nous regarder fixement (le public) puis à nous interpeller : "Hé, mais y'a que des femmes ici ? Les hommes, levez la main ! Hé toi là au premier rang, c'est ta copine qui ta forcée ? Et qui est venu sans savoir qu'on avait eu un prix à Cannes ?" (et là, trois inconscients lèvent la main).

Etonnante, déstabilisante, mais pleine d'énergie, à l'image du film.

Le moins qu'on puisse dire c'est que Polisse ne fait pas dans la dentelle. La caméra bouge, ne tient pas en place, expérimente des tas de trucs. Les acteurs en rajoutent des tonnes, mais ils le font avec une énergie telle qu'on est souvent soulevé de son fauteuil. A ce jeu ils sont tous formidables, et bien sûr Joey Starr en premier - hallucinant. Ca jase, ça papote, ça crie, ça gueule, ça parle arabe, ça jacte, ça parle de bites et d'amour, ça s'insulte, ça ne s'arrête quasiment pas une minute, comme une tornade qui brasse les sentiments et les sensations. Le scénario part un peu dans tous les sens, s'attachant à quelques personnages, égrenant les micro-histoires qui ont toutes leur ambiance et leur intérêt, s'attachant aux petits riens. 

Ce n'est pas toujours fin, même si c'est beaucoup plus écrit que cela ne le parait au premier abord, les ficelles sont un peu grosses, les effets tire-larmes sont légions, mais le film est traversé par une telle énergie qu'il est capable d'offrir des scènes d'euphorie pure (la boite de nuit) ou de fou-rires irrépressibles (le téléphone portable - mais un beau, hein).

Les histoires contées sont tristes, écoeurantes, puissantes. Il faut sûrement la potion façon remède de cheval que nous assène Maïwenn pour les faire passer.

 

4e

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Air doll

Air doll est un film étonnant qui ne peut laisser indifférent.

Il regorge en effet de qualités (une photographie magnifique, une actrice incroyable) et de défauts (un scénario poussif, une musique insistante et trop sucrée, des facilités et lieux communs à la pelle).

L'histoire racontée n'est pas des plus originales : une poupée se transforme en être humain. Ici, il s'agit d'une poupée gonflable, dont le caractère sexuel est affiché dès le pré-générique. On suit les émerveillements de l'éveil, la découverte d'une certaine forme d'amour, la naissance de l'orgasme (à base de dégonflage / regonflage...) et l'approche de la mort.

C'est beau, par moment envoutant, et Tokyo est filmé avec une maestria extraordinaire.

L'actrice Doona Bae réussit une prestation scotchante. Si au départ son jeu "orientée poupée" peut dérouter, voir exaspérer, on finit par y croire et elle parvient au bout du compte à nous émouvoir.

Au rayon des moins, on dira que le scénario connait un gros coup de mou au milieu du film. La galerie de personnage secondaire n'est pas non plus très excitante. Enfin le film n'évite pas quelques écueils d'une énormité peu pardonnable tels que la scène d'adoption d'une jolie petite poupée, ou le vol des fleurs blanches vers tous les personnages, dans les dernières scènes.

Au final, l'impression qui prédomine est tout de même celle de l'enchantement plutôt que celle de l'ennui, même si je ne me risquerais pas à conseiller le film, tant sa réception peut être variable suivant les spectateurs.

 

2e

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Another earth

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/01/04/19656180.jpgUne bonne idée pas complètement exploitée, et un vrai talent pour la mise en scène, voilà ce qu'on peut retenir de ce petit film américain indépendant, distribué dans très peu de salles.

 

Le sujet : un jeune fille tue une famille lors d'un accident de voiture, alors qu'une planète Terre N°2 apparaît dans le ciel. Cette planète semble être une planète "Miroir" comme on s'en rend compte lors d'une conversation improbable qu'une scientifique de la NASA a avec ... elle-même, située sur l'autre planète.

 

Le scénario du film effleure à peine le thème des univers parallèles, très à la mode en ce moment (cf la série Fringe et le roman de Murakami 1Q84), et explore plutôt le trauma d'avoir tué des innocents dans un accident de la circulation.

 

Les deux acteurs sont superbement dirigés : la jeune Brit Marling  est très émouvante (elle rappelle le jeu de Jennifer Lawrence dans Winter's bone) et William Mapother a une tronche incroyable (on l'a vu dans Lost).

 

J'ai trouvé la mise en scène de Mike Cahill absolument convaincante dans toute la première partie. Constituée d'éléments très disparates et parfois un peu tape à l'oeil, elle fonctionne pourtant parfaitement bien, instillant une ambiance très particulière et dessinant un portrait psychologiquement vraisemblables des différents personnages.

 

Malheureusement, le film ne tient pas la distance, la faute à un scénario qui devient petit à petit convenu, puis franchement irréaliste. La trame s'effiloche jusqu'à un dernier plan parachuté là on ne sait comment, tout à fait style "je ne sais pas comment finir mon machin, hummm, tiens je vais faire un truc de ouf qui va clore l'histoire sans vraiment la clore, mais en ouvrant de nouvelles perspectives".

 

Au final une soirée tout de même intéressante : une actrice et un réalisateur à suivre.

 

2e

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Grease

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/65/15/39/19001320.jpgL'impayable mymp publie sur son blog une série d'articles intitulée les "Inavouables", pour laquelle il a sollicité "la vieille crème des ex-blogueurs d'Allociné" (sic).

 

Il s'agit de rédiger une critique d'un film qu'on a honte d'aimer. Pour un blogueur acerbe et sûr de lui, peu d'exercices peuvent être plus difficiles, puisque par définition, le critique a raison d'aimer ce qu'il aime, et de détester ce qu'il déteste.

 

J'ai donc dû fouiller mes souvenirs d'enfance et re-visionner Grease pour m'assurer que le film était vraiment mauvais et qu'il ne me laissait pourtant pas insensible.

 

L'analyse du pourquoi du comment de cet étrange état de fait se trouve ici.

 

2e

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