Le cinéma, c'est comme la cuisine : les bons ingrédients ne font pas forcément les meilleurs plats.
Exemple. Jarmusch est un réalisateur solide, RZA arrive à installer une bande son à tendance rap / trip hop assez plaisante, Whitaker est plein d'humanité, le contraste philosophie asiatique /
clan mafieux décrépit / culture black pourrait être (d)étonnant, les scènes d'action sont bien tournées, il y a dans le film ces petites pincées de poésie qui pourraient le faire s'envoler (les
pigeons, le bateau sur le toit, le Français du marchand de glace) : voilà, tout y est, mais la sauce ne prend pas, à cause notamment de quelques longueurs, quelques lourdeurs.
Curieusement le film commence par une scène qui renvoie par son sujet à la dernière de La vida
loca : l'initiation d'un jeune enfant au sein d'une mara.
Je ne sais si c'est la comparaison avec le documentaire très fort de Christian Poveda, mais ce film américo-mexicain tourné à l'américaine m'a laissé assez froid, même s'il fait une preuve d'une
efficacité narrative indiscutable.
Il parait plus long qu'il n'est, et si sa mise en scène est bien léchée, les ressorts mélodramatiques sont un peu trop gros pour emporter l'adhésion.
Pour ceux qui n'ont pas pu voir La vida loca, le film donne un aperçu de la violence qui règne dans ses gangs appelés mara, mais ne montre quasiment pas à quel point la mara est une
micro société en soi.
Si Haneke n'était pas l'ami (le mentor ?) d'Isabelle Huppert, présidente du jury, est-ce que son pensum aurait décroché la Palme d'Or ?
Non, bien sûr. Un prophète et Fish tank le surpassent à l'évidence.
Allez, je ne vais pas faire durer cette critique plus qu'il ne faut : le postulat de base est intellectuellement fort discutable. Haneke laisse penser (et les journalistes avec lui, qu'il ne contredit pas) que des mauvais traitements dans l'enfance engendrent forcément des comportements de type sadique à l'âge adulte. Quelle simplification idiote ! Si tel était le cas, la moitié de l'Europe aurait sombré dans le fascisme tous les vingt ans ces cinq derniers siècles, chaque génération devenant le bourreau de la suivante. Et à l'inverse, les assassins du Rwanda ou du Cambodge n'ont pas eu à subir à ce que je sache les tourments d'une éducation religieuse rigoriste !
En ce qui concerne le film lui-même :
- Points forts : des acteurs très bons, un noir et blanc magnifique (à tel point que par moment je me suis surpris à penser "mais à quoi sert la couleur ?")
- Points faibles : le reste. Un scénario ouvert qui laisse le spectateur sur sa faim, une mise en scène chichiteuse (laisser la caméra à un endroit fixe en laissant les personnages passer hors champ doit faire chic aux yeux de Haneke, car il le fait plusieurs fois, le temps de prendre un café peut-être), un montage indolent
Bref, à voir si vous ne voulez pas rater la Palme. Sinon, passez votre chemin.
Avant première de Lucky Luke à l'UGC Atlantis de Nantes ce soir.
On y va en famille, principalement pour voir Jean Dujardin en vrai. Ce dernier est cool, chaussures noires, jean, blouson de cuir noir, chemise blanche, dents étincelantes et sourire ravageur.
Conforme à l'image que l'on peut s'en faire. Huth en basket, jean, T-shirt. Les deux plaisantent avec la salle, n'hésitent pas à chambrer un peu, se laissent aller à une séquence de photos et
autographes.
Dans leur intervention on sent comme une justification. Dujardin explique bien qu'il faut prendre le film au premier degré, que c'est un "vrai" film, que Huth est un "vrai" réalisateur. A un
moment il avoue que Lucky Luke n'est pas drôle comme personnage. Huth raconte comment il était heureux de tourner en Argentine, et nous annonce qu'on va en avoir pour notre argent de paysages.
Bref, ça pue un peu.
Les deux concluent par un prémonitoire : "Si vous aimez le film dites-le, si vous ne l'aimez pas, dites aux gens d'y aller quand même".
Et ben non, je suis honnête moi, je dis la vérité.
Le film est en effet pas loin de la catastrophe. Sans trop détailler, parce qu'il ne sert à rien d'être cruel, mais quand même : le scénario c'est du grand n'importe quoi, la mise en scène est
tape à l'oeil au possible. Le plus triste, ce sont les acteurs. Dujardin joue comme il le dit au premier degré un Lucky Luke absolument pas crédible. On repense à ses brillantes performances au
second degré, en particulier dans le dernier OSS. Le reste de la distribution ne vaut pas grand chose, à part peut-être Sylvie Testud.
Huth filme les paysages argentins comme des Découvertes du Monde, et semble faire joujou avec ses décors en carton pâte. Il passe d'un style à l'autre sans suite dans les idées : privates jokes
(son nom écrit sur un mur, Lucky Luke en lettrage Hollywood, référence à Dutronc), quelques touches d'humour décalé quand même (les ongles de pieds, l'escargot), des allusions directes à la BD,
une sorte de final psychédélique (on pense au Joker de Batman en moins bien) et 5 secondes de dialogue brillant (le "je vais lui agrandir son trou de balle").
OK. Je résume. Un gros gloubi-boulga indigeste, sans queue ni tête, probablement un des pires films de l'année. C'est clair ?
L'intérêt de District 9 réside principalement dans sa reconstitution "réaliste" d'un camp d'aliens
échoués sur terre par accident. La poésie qui se dégage de l'immense vaisseau stationnant au-dessus de Jo'burg (Afrique du Sud) rappelle un peu la sourde nostalgie qui se dégage des romans de RC
Wilson.
A part ça, l'analogie avec l'apartheid est évidente, sans que cela prête beaucoup à conséquence.
Le scénario ne vaut pas tripette. Le héros principal est transparent et les clichés sont légions. L'appel téléphonique de l'épouse éplorée par exemple : n'importe quel spectateur devinera dès les
premières secondes qu'il y a un piège. Que les méchants n'interviennent pas immédiatement est encore plus bizarre. Etc.....
On se prend à penser à La mouche, le film de Cronenberg, mais l'empereur de l'altérité est évidemment 100 000 kilomètres au dessus de Peter Jackson et de
son réalisateur factotum.
District 9 est un divertissement qui n'est pas honteux sans être génial. Ce n'est déjà pas si mal.
Kim Jee-Woon est le cinéaste coréen spécialiste des films de genre : horreur (2 soeurs), western (Le bon, la brute et le cinglé), et ici film de gangster avec gunfight, à la mode Hong-Kongaise.
Le film a des airs de Kill Bill. On pense aussi à certains Scorsese.
Un malfrat va, parce qu'il tombe amoureux de la copine de son boss, avoir un petit moment de faiblesse. Sa nervosité va augmenter et lui faire commettre d'autres erreurs. Ses ennemis vont presque le tuer, mais pas complètement .... dommage pour eux, car dans la deuxième partie du film le héros se venge méthodiquement de tous ceux qui ont voulu sa mort.
Le film est propre, presque trop. La mise en scène est super léchée, avec quelques bonnes idées (le jeu avec les reflets, la patinoire, la scène où les deux protagonistes doivent remonter le plus vite possible un flingue pour pouvoir se tirer dessus, et quelques autres).
Mais globalement il manque au film un supplément d'âme, la virtuosité d'un Woo, la perfection chorégraphique d'un Tsui Hark, le réalisme romantique d'un Johnny To.
Un exercice de style, académique et quelquefois convenu, pas vraiment convaincant sans être complètement raté.
Je pensais à l'époque de Reservoir Dogs qu'avec Tarantino, trop ne serait jamais trop.
Pulp fiction me donnait raison, puis Jackie Brown aussi, dans un genre différent.
Ensuite les Kill Bill m'ont laissé perplexe. Déjà un peu trop de combattants (combien déjà, plus de cent ?), trop de scènes juxtaposées en oubliant que
finalement un film est un tout, trop peu de sens en réalité. Trop de références cinéphiliques pour initiés. Le quasi anecdotique Boulevard de la mort
m'avait franchement interpellé : que devenait Tarantino ? pourquoi la belle mécanique semblait elle tourner à vide ?
Inglourious Basterds ne (re)fait pas de Tarantino un cinéaste de premier plan. C'est un film qui est trop.
Trop long d'abord. Il faut attendre une bonne heure pour commencer à mordre, les deux premières parties sont totalement insipides. Et diablement bavardes : de longs tunnels de dialogues sans
intérêt.
Trop caricatural : quand les archétypes écrasent les personnages, l'émotion ne peut plus être au rendez-vous : Mélanie Laurent, vous y croyez une seconde, vous ? (et je ne parle pas du Noir
projectionniste, personnage ridicule)
Trop mièvre : la musique de chiotte (la version trafiquée de la lettre à Elise au début est probablement une tentative de singer le grand Ennio Morricone ?) alors que d'habitude la bande son est
un point fort de l'univers de Tarantino. La course de Mélanie Laurent à travers champ ! Le second degré du second degré n'est jamais loin du n'importe quoi.
Trop facile : proposer une scène de scalp pour réveiller le public, faire tourner la caméra autour des personnages comme dans le début de Reservoir, mettre des incrusts pour préciser qui est qui,
mettre deux ennemis en face l'un de l'autre se mettant mutuellement en joue (ou en testicule pour être plus précis) ...
Trop d'onanisme cinéphilique : le film est bourré de références (aux stars du cinéma allemand, au 12 salopards d'Aldrich, aux séries B italiennes - d'où vient le titre du film lui-même, au cinéma
français sous l'occupation), mais ça sert à quoi ?
Trop trop.
Pas assez de rythme, de virtuosité, d'effet de surprise, de cohérence narrative, d'efficacité scénaristique, qui sont habituellement des marqueurs tarantinesques.
Le côté cartoon, qui fonctionne assez bien quand Tarantino reste dans l'univers mythologique américain, résiste assez mal au frottement à l'Histoire. Le problème n'est pas que le Hitler de
Tarantino ne soit pas crédible, il est qu'il n'est pas intéressant.
Et l'uchronie que propose le film pose question : que veut elle dire, si elle veut dire quelque chose ? L'étape d'après c'est quoi : Tarantino à Buchenwald ? Pour dire quoi, pour faire naître quel type de sentiments ?
Bien sûr tout n'est pas nul : les performances d'acteurs tout d'abord, Christoph Waltz fabuleux et justement récompensé à Cannes, Brad Pitt, qui commence à exceller dans les rôles d'idiot (c'est
à se demander). Et puis de temps en temps un éclair de génie (le visage de Mélanie Laurent dans la fumée) ou un zeste d'efficacité (le gunfight dans la cave). Les digressions sur la nourriture et
les boissons en général. Le jeu sur les langues (avec mention spéciale pour l'italien).
Mais tout cela ne fait pas un grand film. Juste un Tarantino.
Frustrations sexuelles d'une épouse modèle dans les années 50 aux US : cela vous rappelle quelque chose ?
Eh oui, Loin du Paradis n'est pas si loin du pensum académique de Sam Mendes : Les Noces Rebelles. Dans les deux cas, des cinéastes modernes mettent en scène des situations de mélodrames que d'autres ont parfaitement filmé avant eux.
Quel intérêt, en 2003 comme en 2009, de montrer l'aliénation d'une américaine des années 50 dont le mari est homosexuel, et qui se découvre un penchant pour un homme noir d'un autre milieu social - ce qui n'est pas très bien vu, quelle surprise - dans le même style que les cinéastes de l'époque ?
Si les scènes d'homosexualité étaient montrées avec plus de réalisme, si le traitement chromatique de l'image était moins daté, si l'histoire d'amour entre Dennis Haysbert et Julianne Moore était plus développée, on pourrait y voir quelque intérêt.
Pour ma part, je me suis ennuyé ferme et n'ai vraiment jamais accroché, mais peut-être ma vision récente des chefs d'oeuvre de Douglas Sirk y est pour quelque chose : ce n'est pas dans les nouveaux chaudrons qu'on fait les meilleures vieilles soupes.
Phénomènes
est à l'image de la carrière de son réalisateur, Night Shyamalan.
Sixième Sens, son troisième film, mais celui qui a marqué sa rencontre avec le grand public était franchement réussi.
Même si les ficelles y étaient un peu grosses, il fonctionnait, et bien malin celui qui peut se targuer d'avoir vu arriver le twist final sans avoir été prévenu avant. Incassable présentait un
petit intérêt. Les films suivants marquent une longue dégringolade se terminant avec le pénible Jeune fille de l'eau, puis ce tristounet Phénomènes.
Et bien, pour le film, c'est pareil. Commencement sur les chapeaux de roues avec des images intrigantes, bizarres. Un terrible virus se répand qui pousse ses victimes à se suicider. Une ambiance
qui évoque un peu Hitchcock et de très loin le Spielberg de la Guerre des Mondes, sans le sens inné de l'entertainment de ce dernier, évidemment.
Et puis au bout de 20 ou 30 minutes, le film périclite, se délite progressivement, sous l'influence du jeu transparent de Mark Wahlberg (mais pourrait il en être autrement ?), de l'indigence du
scénario, du ridicule des péripéties.
L'ensemble est enrobé d'une sorte de message écologique mièvre et se finit en eau de boudin avec une dernière scène ridicule à Paris.
Comme quoi une bonne idée ne fait pas un film, loin de là.
Je ne me souviens pas trop du moment ou
L'illusionniste est sorti. Il me semble peu de temps après Le prestige, un autre film sur le même milieu. Je
confondais d'ailleurs un peu les deux, n'ayant pas vu le Prestige non plus.
Sur DVD ce qui frappe en premier lieu ce sont les couleurs volontairement jaunies, le flou hamiltonien et la reconstitution toute hollywoodienne de la Vienne du début du siècle. Tout ce décorum
fait un peu toc.
L'histoire d'amour adolescente est tournée de façon vraiment mièvre. Lorsque Eisenheim commence ses tours l'intérêt montre d'un cran, mais malheureusement les numéros ne sont pas assez développés
à mon goût.
Norton n'est vraiment pas un acteur que j'apprécie, je le trouve totallement insipide. Il l'est toutefois moins que Jessica Biel, absolument transparente. La bonne surprise vient de Paul
Giamatti, changeant radicalement de monde après Sideways, mais toujours aussi "terrien", et accrochant l'intrigue à quelque chose de crédible.
Le film apparaît seulement sur sa fin comme un long prologue destiné à conduire à un twist insensé et diabolique, et dont le policier prend conscience grâce à une succession de flash backs très
rapides, exactement comme à la fin de Sixième sens. Mais n'est pas Shyalaman qui veut.
Bénéficiant d'une très belle édition DVD chez Potemkine voici l'occasion de découvrir un film dont on a dit beaucoup de bien, par Im Sang-soo, le réalisateur d'Une femme coréenne et du Vieux Jardin.
Le thème du film est la reconstitution de l'assassinat du président/dictateur Park Chung-hee en 1979. Il montre la journée avant, puis la nuit suivant le crime.
Tout d'abord, et comme dans beaucoup de films coréens on est fasciné par la qualité technique de la production : mise en scène, photo, jeu des acteurs. Ensuite surpris par la première demi-heure, un peu pagailleuse, passant d'un personnage à l'autre sans que l'on comprenne bien ce qui se passe, ni qu'on s'attache aux personnages. La scène du crime est assez ahurissante, l'assassin (directeur de la CIA coréenne si je ne m'abuse) se décidant semble-t'il sur un coup de tête, entraînant ses collaborateurs dans un plan dont le moins qu'on puisse dire est qu'il est complètement foireux. La dernière partie, qui montre les suites de l'assassinat est dans la même veine surréaliste, le meurtrier n'a rien anticipé et vogue à vue, ses aides ne savent plus quoi faire et tournent en rond dans la ville déserte, le conseil des ministres se réunit dans une ambiance délétère. On se croirait dans un drame shakespearien revu en opéra-bouffe.
Comme dans beaucoup d'autres films coréens, les personnages masculins sont tournés en ridicule et se révèlent incapables, quelque soit leur niveau : du général qu'on découvre en slip, jusqu'au trouffion qui ne connaît pas son chef et au garde du corps qui hésite à partir. Truffé de scènes tout à fait étonnantes et originales (comme le nettoyage des cadavres à la mitraillette, ou de longs et somptueux travellings), The president's last bang est une curiosité à découvrir.
Le coeur a un peu de mal à s'impliquer dans la narration, mais la tête y trouve son compte.
J'aime bien Johnnie To. Son dyptique Election 1 et 2, vu il y a deux ans, était vraiment
excellent et faisait penser au meilleur Scorsese par son ampleur dramatique, la complexité de ses personnages et l'intensité de sa dramaturgie.
Vengeance commence bien, par une séquence assez caractéristique du style de To : parfaitement maitrisée, maniant l'ellipse superbement. Quand notre Johnny
à nous arrive, c'est à dire juste après, ca se gâte. Oh, ce n'est pas qu'il est spécialement mauvais, mais comment dire : on croit à son personnage comme on croirait à Danny Boon dans un biopic
de Sartre.
Et son accent n'arrange rien. L'intrigue se développe ensuite filandreusement : l'ex tueur à gage venu à Macao venger sa fille perd peu à peu la mémoire, progressivement il ne sait plus qui il
doit tuer, ni pourquoi. En soi, le sujet est intrigant, et même peut-être passionant. Le problème c'est que les quelques mimiques de Johnny (moue satisfaite en cuisinant les pâtes, digne de la
palette de Don Camillo) casse la magie. Le film aurait été bien plus fort avec un acteur du cru, c'est sûr.
To paraît lui même peu inspiré, sombrant par moment dans un maniérisme pompier sans intérêt, nous ménageant des scènes ridicules (la désignation des tueurs par quelques mots piqués dans le
journal, la séance de tir sur le vélo). On a même droit à un passage ridiculement new age dans lequel Johnny en immersion dans la mer, et sous la pleine lune, voit tous les morts venir le saluer.
Tristement Johnny devient meilleur lorsque son personnage perd sa mémoire : n'y voyez pas malice de ma part.
Les gun fights sont filmés poussivement, sans imagination, comme du sous John Woo. Bref, vous pouvez passer votre chemin et éviter cette première déception cannoise.
Pour commencer, entendons-nous bien : je suis fan de Miyazaki depuis les années 80. Et je considère que Le Voyage de Chihiro est un véritable chef-d'oeuvre. C'est pourquoi j'attends avec impatience et anxiété toute nouvelle production des studios Ghibli.
Alors, je ne vais pas pouvoir le cacher bien plus longtemps : Ponyo m'a pas mal déçu, comme d'ailleurs le précédent opus, Le Château ambulant.
Bien sûr, on retrouve ici des fulgurances typiques du maître : la somptueuse scène d'ouverture sous-marine, les vagues/personnages/poissons inquiétantes et ondulantes.
Cependant il manque quelque chose qui rende le film marquant et inoubliable : peut-être un méchant qui tienne la route, un onirisme qui s'assume jusqu'au bout (comme dans Chihiro), ou un scénario qui tienne la distance d'un long-métrage.
Le film n'est malheureusement pas loin d'être ennuyeux, et je me suis surpris à me laisser contaminer par les bâillements de Ponyo. L'écologisme un peu new wave qui baigne le film n'est pas la meilleure veine poursuivie par Miyazaki, je préférais de loin le sanglier inquiétant de Princesse Mononoke.
Au final reste une désagréable impression de redite et aussi celle d'un film un peu trop infantile pour un public adulte.
Aguiché par les promos de la FNAC sur les comédies déjantées américaines (Farrelly, Carell, Stiller) me voilà doté de 6 DVD à regarder, dans un genre que je connais à vrai dire assez mal.
Au pif je commence donc par cette histoire de puceau de 40 ans : après tout, l'idée en vaut une autre.
Autant être clair : le début est passablement raté. On ne rit pas, ce qui est le comble pour une comédie, et on sourit à peine. Petit à petit le film développe une intrigue qui va le projeter vers un registre différent de celui pour lequel il est vendu (la comédie grasse).
C'est le jeu "blanc" de Carell qui permet le tour de passe-passe. Au fur et à mesure du film ce dernier paraît le seul mec normal de la distribution, les autres sont des allumés, des barges, des obsédés et les autres filles (à part sa copine) sont des folles ou des nymphomanes. Au final le film tire plutôt vers la comédie romantique, ce qui trouve son aboutissement dans un final très Bollywood. Donc pas mal, sans plus.
A noter que la seule scène hilarante du film (l'épilation d'un torse terriblement poilu) est revenue trois fois dans mon week end : dans 40 ans toujours puceau, dans une pub pour Granola au ciné, et dans la bande annonce de l'Age de Glace 3.
Ce film est un peu comme un bonbon très sucré, du genre de ceux qui
alternent les lignes blanches et les lignes colorées, et qui aurait été farci au sel.
A la vue c'est rigolo, et pas forcément appétissant. Dans la bouche c'est un peu dur et sucré. A l'intérieur, c'est piquant et amer.
Le registre des 2 acteurs principaux (Rock Hudson a la banane sauvage et Jane Wyman en jeune vieille) est tellement limité que le film en devient géométrique : on ne peut s'intéresser qu'aux
relations entre les personnages, ces derniers sont trop inexpressifs.
Du coup, l'intérêt du film c'est bien sûr l'extraordinaire cruauté du contexte social (enfants, conventions des classes sociales, différence d'age, image de soi) qui empêche la veuve de vivre son
amour pour le jeune jardinier.
Le résultat final, bien qu'intéressant et émaillé de scènes étonnantes (le poste de télévision offert comme un cercueil aux illusions, les interventions délirantes et psychanalytiques de la
fille), est tout de même un peu indigeste et relativement daté.
Il y avait tellement de gens bien qui avaient aimé ce film ... que je me suis laissé tenter par l'édition BluRay.
Erreur. Je me suis plus qu'ennuyé.
J'ai trouvé qu'il était difficile, voire impossible, de s'intéresser aux personnages : Batman est transparent, le Joker n'est pas trop mal, mais la mort d'Heath Ledger amène à surévaluer nettement sa prestation. Les autres sont inexistants.
L'atmosphère est trop propre, le son trop fort, l'intrigue inintéressante et tarabiscotée. Le film donne nettement l'impression de vouloir impressionner à tout prix en multipliant les ambiances froides et les postures hiératiques, sans donner véritablement vie aux protagonistes.
Quelques images sont assez réussies mais globalement The Dark Knight a été pour moi un (très) long tunnel d'ennui quasi-incompréhensible et prétentieux. Une sorte d'exercice de style vain et ampoulé.
Ce qu'il y a de plus réussi dans le film ce sont les buildings, très bien filmés et presque les personnages les plus expressifs du film.
Le cinéphile aventureux que je suis s'est levé tôt ce dimanche matin, pour aller voir Le Chant des Oiseaux à 10h20 au Katorza dans le cadre du festival espagnol.
Bon.
Imaginez le film le plus lent, le plus ennuyeux que vous ayez vu jusqu'à présent : Zabriskie point, Still life ou un autre, qu'on va appeler X. Le chant des oiseaux est à X ce que X est à Casino Royal. C'est dire.
Autre image : on vous interdit de bouger (par exemple vous passez une IRM) et en même temps on vous enfonce des aiguilles sous les ongles en vous forçant à écouter un silence total. C'est aussi ça, Le chant des oiseaux.
On devait être entre une quarantaine de spectateurs dans la salle.
La première à craquer fut une dame d'un certain âge. Ensuite il y eut une sorte de quiproquo : un homme parlait fort devant la porte du fond, et on ne savait pas trop s'il tentait un happening ou s'il craquait nerveusement. En réalité, il essayait d'inciter une de ses connaissances à quitter le lieu de torture. Un peu plus tard, deux hommes ont tergiversé assez longuement avant de se décider à sortir : ils devaient hésiter à déranger tout le rang.
A la fin de la projection un malade mental a applaudi, je rêvais de voir les services d'internement d'urgence venir lui mettre une camisole. Les autres spectateurs, qui venaient de souffrir inutilement depuis plus d'une heure trente auraient pu tout aussi bien le lyncher, ça ne m'aurait pas choqué.
Conclusion :
1-ne plus JAMAIS aller voir un film d'Albert Serra
2-se méfier comme de la peste des Cahiers du Cinéma
NB : Certains d'entre vous, outragés, diront : "il ne parle même pas du film !". Je leur répondrai que c'est parce qu'il n'y a pas de film.
Arte diffusait hier soir un film destiné à sortir sur les écrans mercredi
prochain, comme elle l'avait déjà fait l'année dernière avec le très bon film de Christophe Honoré, La Belle Personne.
Le pitch de La Journée de la Jupe est le suivant : une prof surmenée, malmenée dans un établissement difficile, pète les plombs et est amenée par un
concours de circonstances à prendre sa classe en otage.
Autant le dire tout de suite, je n'ai vraiment, mais vraiment pas aimé la façon de jouer d'Adjani, notamment dans la première partie du film. J'ai trouvé qu'elle
était peu crédible en prof et qu'elle surjouait sans parvenir à nous faire ressentir sa réelle détresse psychologique. Les éléments externes à la classe (les profs, le principal, les membres du
RAID, la ministre) sont eux aussi totalement factices, artificiels (Jackie Berroyer en fait par exemple vraiment trop, quant aux problèmes de coeur de Podalydes, on s'en fout
carrément).
Finalement un peu comme dans Entre les Murs, les raisons d'aimer le film viennent des acteurs qui jouent les élèves. Eux paraissent bien réels et nous
donnent à voir un océan de bêtise, de racisme, de violence, de sexisme. Le tableau dressé de cette jeunesse là est bien plus noir et désespéré que celui d'Entre les Murs, dans lequel des
raisons d'espérer subsistaient. Dans la Journée de la Jupe, qui est peut-être (malheureusement) plus réaliste encore, point de salut.
Peut-être une polémique naîtra-t'elle de la "vengeance" que met en oeuvre Adjani par moment. Certains esprits chagrins diront que cette image donnée des enseignants est négative. Ce sera idiot
car si le film montre bien une réalité sociologique côté des élèves, la destinée de la prof me semble très personnelle (son origine étrangère...) et peu représentative d'une majorité (même si
bien sûr le même type de tensions peuvent être ressenties par beaucoup).
Un bon téléfilm de vendredi soir qui ne manque pas de rebondissements. Une curiosité aussi puisque Adjani n'avait plus tourné au cinéma depuis 2003. Le film a été présenté à Berlin cette
année.
Il fait partie de ces gens avec qui il doit être très agréable d'aller manger une tête de veau en discutant de la dernière intégrale présentée à la cinémathèque française. Son immense érudition, son sens de la répartie, son expérience en font un passionnant chroniqueur de l'actualité cinéphilique.
C'est parce que je l'aime que cela m'embête de ne pas avoir aimé Bellamy.
J'aimerais pouvoir dire que son travail s'apparente à celui d'Hitchcock, par la façon qu'il a d'attacher plus d'importance aux relations entre les personnages qu'à l'évolution psychologique de chacun d'eux. Ce serait presque vrai, sauf que le suspense n'est pas au rendez-vous.
La machine se grippe, peut-être dans les invraisemblances ehontées du scénario (tomber sur une vendeuse qui est la petite amie du cadavre en allant acheter des étagères : incroyable, non ?). Ou alors dans le jeu artificiel de la plupart des acteurs (Gamblin remportant la palme du tout et n'importe quoi). Ou dans les répliques paresseuses ("C'est mal de tuer" dit Bellamy). Ou dans le suspense avorté (ridicule séance de la chanson au tribunal, fin prévisible). Ou dans les clichés rebattus (la bimbo est une salope qui couche avec le commissaire Leblanc).
Bon j'arrête là, cela me rend triste. Chabrol semble s'amuser en dilettante pour son dernier film au cinéma, alors que la matière du scénario méritait mieux.
Le plus triste est que par moment, on peut sentir la patte d'un grand réalisateur, dans le tout début par exemple où par la simple grâce du montage (lent au cimetière marin, puis saccadé pour approcher de Bellamy) Chabrol arrive à exprimer tout un contexte.
Quel est le plus
gros défaut des Noces rebelles ?
Difficiles à dire tellement ils sont nombreux.
D'abord le scénario est indigent, mou et approximatif. Pourquoi cet homme et cette femme sont-ils ensemble : c'est encore un mystère pour moi. Je sais, vous allez me dire c'est le cas pour
beaucoup de couples, mais au moins Sam Mendes aurait pu essayer de rendre PLAUSIBLE leur coup de foudre initial, ce n'est pas le cas.
Ensuite pourquoi Paris, qu'est ce qu'April y ferait, quelles sont ces compétences ? Mystère et boule de gomme. Je veux bien envisager une aventure parisienne, mais il faudrait que celle ci soit
CREDIBLE. Les scènes de sexe sont risibles (d'ailleurs la salle a ri, je vous jure). Et pour finir, qu'on puisse avorter en jupon en étalant deux serviettes par terre, puis descendre
tranquillement un escalier, puis seulement commencer à saigner, son corsage toujours impeccablement repassé, tout cela fait un peu PROPRET.
D'ailleurs la mise en scène de Mendes est curieusement propre elle aussi, plate et lisse, désincarnée, frappée par la même malédiction que celle de Soderbergh dans Che. Filmer froidement
les banlieues froides des fifties ne suffit pas à faire un film.
Et les acteurs ? Absents. Des enfants inexistants (dans une crise de couple, c'est bizarre), un De Caprio juvénile qui n'a pas beaucoup changé depuis Titanic, un fou pas trop mal (photo) qui
insuffle un peu de vie au film et une Kate Winslet qui empêche le film de sombrer corps et biens (Titanic encore, incroyable comme elle a plus / mieux vieilli que Di Caprio).
Et si Sam Mendes n'était qu'un faiseur besogneux ? A vérifier.