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Christoblog

Articles avec #documentaire

Capitaine Thomas Sankara

Juste un petit mot aujourd'hui pour parler de ce documentaire que j'ai eu l'occasion de voir en avant-première et qui n'est sorti que dans .... deux salles parisiennes (L'Espace Saint-Michel et La Clef).

Le film est un collage de différentes images d'archive (comme Amy). 

Il est donc difficile de porter un jugement sur le travail du réalisateur, qui fait surtout son oeuvre d'ensemblier.

Si le film m'a intéressé, c'est parce qu'il m'a fait découvrir l'incroyable destinée de Thomas Sankara, leader du Burkina Faso de 1983 à 1987, et qui a mis en pratique nombre de mesures qui paraissent aujourd'hui incroyablement modernes et démocratiques, sur des thèmes comme l'éducation, l'égalité homme/femme, la culture, ou l'écologie. Le film montre d'ailleurs très bien ce décalage lors des interviews : le ton des journalistes parait absolument daté, alors que le phrasé de Sankara semble tout à fait contemporain.

Dans la galerie de personnages qui accompagnent Sankara, on se délecte de voir François Miterrand, à la fois étonné et agaçé par la fougue du jeune dirigeant. Les apparitions de Blaise Compaoré, ami de la première heure, et traître de la dernière, sont quant à elle glaçantes.

On pourra juste adresser au réalisateur suisse Christophe Cupelin le reproche de survoler les aspects négatifs du personnages : le portrait est résolument hagiographique.

 

2e 

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The other side

J'ai eu l'occasion de le dire de nombreuses fois sur ce blog : le genre documentaire produit régulièrement des chefs d'oeuvre, qui malheureusement sont très peu vus.

C'est encore le cas pour ce film du réalisateur italien Roberto Minervini, très remarqué pour son film précédent, Le coeur battant.

The other side est une plongée sidérante dans une Amérique des exclus et des marginaux. 

On suit d'abord longuement le couple attachant formé par Mark et Lisa, tous les deux drogués jusqu'au dernier degré. Minervini ne recule pratiquement devant aucun moment d'intimité : l'amour, le sexe, la drogue (terrifiantes piqûres dans les seins), le travail chez un ferrailleur.

On est littéralement happé, puis asphyxié, par la caméra terriblement indiscrète de Minervini. L'impression de proximité est confondante. On découvre toute la communauté qui vit autour du couple : le vieux junkie alcoolique, la soeur et sa fille (qui rêve de faire Harvard : permanence du rêve américain), la mère, la grand-mère.

A l'arrière-plan de ce tableau tendre et désespéré, c'est le portrait en creux d'une Amérique fantasmée que dessine le cinéaste. Malgré leur malheur, les protagonistes du film vouent un amour sincère à leur patrie, comme le démontre cette incroyable scène de cérémonie à tous les soldats américains morts pour la liberté, sous une banderolle "Freedom is not free".

Dans l'océan de désespoir dans lequel le couple menace de se noyer, surnage la lucidité de Mark, qui cherche à se faire arrêter par la police : il a compris que la prison pourrait l'aider à décrocher.

La mise en scène de Minervini, souple, fluide, est une sorte de miracle. La caméra explore et expose, avec une sorte de douceur résignée et un peu froide. C'est magnifique.

A un moment, le film semble se briser et bascule dans une deuxième partie beaucoup plus courte, et complètement différente : des groupes paramilitaires en plein Texas, racistes et d'une violence inimaginable.

Le contraste entre les deux parties est surprenant et ajoute de l'intérêt au film : des deux côtés la même fierté d'être américain, le même rejet d'Obama, et deux types différents d'aveuglement. 

Un film inoubliable.

 

4e

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Amy

Un documentaire édifiant et très complet qui mêle : des archives très personnelles (vidéos de smartphones, films amateurs), des interviews, des photos, des messages téléphoniques, des écrits.

Visuellement le film est entraînant : bon montage, incrustations précises et complètes.  

D'un point de vue informatif on apprend beaucoup de choses et en particulier que cette fille avait un talent naturel absolument exceptionnel (voix, et écriture). On est sidéré de voir comment le milieu qui l'entourait l'a broyée : un père au mieux maladroit au pire profiteur, un tourneur esclavagiste, un petit ami auto-destructeur, des amis impuissants, les media qui organisent la curée, les humoristes qui cherchent la mise à mort.

Le film est souvent bouleversant, toujours intéressant, par exemple quand il montre comment une vie peut basculer pour une occasion manquée (une désintox plus précoce aurait peut-être tout changé) ou comment la vie sentimentale est parfois la première source d'inspiration des artistes.

Un témoignage majeur qui rend justice à Amy Winehouse, poètesse maudite, jeune fille brisée par l'ampleur du talent qu'elle abritait en elle.

 

2e 

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Pulp, a film about life, death and supermarkets

Pulp est un groupe de rock des années 90, mais vous n'avez pas besoin d'être fan pour apprécier cet excellent documentaire de Florian Habicht.

D'abord parce que la star du film est avant tout la ville de Sheffield, cité industrieuse du nord de l'Angleterre, d'où est originaire le groupe. Le film montre superbement la ville à l'occasion du dernier concert du groupe en 2011 : son aspect quelconque, ses kiosques à journaux, ses friches industrielles, ses terrains de foot. 

Il montre aussi ses habitants, qui connaissent presque tous le groupe, quelque soit leur âge, leur sexe ou leur origine. Leur propos sont souvent délicieux, et on oubliera pas de sitôt le jeune aux cheveux teints, la chorale locale (irrésistible Help the aged) et les deux enfants assénant un message définitif à tous les parents de la planète.

Tous ces gens sont attachants et leur admiration raisonnée pour l'intelligence de Jarvis Cocker emporte l'adhésion.

Loué par des amis aussi sensibles, le chanteur de Pulp, à la fois dandy charismatique et grande asperge dégingandée, paraît irrésistible et foutrement intelligent. Drôle, inspiré, complètement possédé sur scène, il emporte le coeur du public dans un concert renversant.

Une magnifique découverte, qui n'a pratiquement pas été distribuée en France, comme malheureusement beaucoup d'excellents documentaires.

 

3e

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Spartacus et Cassandra

Ce documentaire de Ioannis Nuguet fut sans conteste un des must de la sélection ACID à Cannes 2014. 

Difficile de résumer à froid le brûlot émotionnel qu'est ce court film (1h et 20 minutes) : premier témoignage de la vie des Roms au cinéma ? reportage brûlant et indécent sur l'absence de parents inconséquents ? conte moderne en forme de Hansel et Gretel lost in the 93 ?

Spartacus et Cassandra erre constamment entre plusieurs genres (drame familial, essai auteuriste, documentaire réaliste) et plusieurs styles (réalisme magique, naturalisme bobo, documentaire sec). 

Ses limites sont à la fois ses atouts. Le film est souvent à la limite de l'indécence, flirte avec le mauvais goût, mais parvient (presque) toujours à échapper aux chausse-trappes. Un beau moment, servi par la puissance magnifique de la jeune Cassandra Dumitru, force rutilante et solaire, merveille de résilience triomphante, la cicatrice au coin des lèvres.

 

3e

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National gallery

Je suis un grand amateur du cinéma de Frederick Wiseman, le plus grand documentariste vivant, avec Raymond Depardon. Aussi ai-je foncé bille en tête découvrir son National Gallery à la dernière Quinzaine des Réalisateurs.

Passer près de trois heures dans un musée peut sembler a priori inquiétant, et soporifique. L'expérience s'avère pourtant aussi déroutante et passionnante qu'effectuer une excursion dans la forêt vierge.

Bien sûr on parle ici un peu de peinture, et les conférenciers sont vraiment fantastiques, à l'image de la première intervenante, qui dramatise toutes ses interventions. Mais des restaurateurs nous y font aussi découvrir des strates de peinture inconnues, qui sont autant de digressions magiques (les rayons X chez Rembrandt !).

Plus curieusement, nous faisons la connaissance du Directeur, capable de tacler un collaborateur en une phrase, ou de partir en vrille à propos du Duc d'Orléans (premier aristocrate à cuisiner lui-même, c'est un des nombreux enseignements du film).

Wiseman, fidèle à son habitude, se plante là et filme tout ce qu'il voit. On aura donc droit à des ébénistes, des journalistes, des danseurs, des débats houleux sur la stratégie commerciale à adopter, des doreurs à la feuille, des commissaires, des panneaux publicitaires "Picasso", des visages de visiteurs, de l'arrivée du Marathon de Londres, etc...

On réfléchit sur le fait que "penser que piquer l'image d'un chaton peut faire souffrir un chaton" est l'essence de la peinture. Vous me suivez ? National Gallery est un film qui fait du bien, un film qui vous rend (encore) plus intelligent. 

Frederick Wiseman sur Christoblog : Boxing Gym  (***) 

 

3e

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La traversée

Tourné sur un ferry qui assure la liaison Marseille Alger, le documentaire d'Elisabeth Leuvrey présente le bateau comme une puissante métaphore du déracinement.

Alors qu'ils sont physiquement entre les deux rives de la Méditerranée, les Algériens (ou les Français d'origine algérienne, on ne sait pas) qu'on écoute sont aussi sentimentalement entre les deux pays.

Beaucoup de conversations tournent autour de ce sujet : on aime y retourner en été, mais on ne pourrait plus y vivre. La conversation avec l'incroyable Ben, vers le milieu du film, y fait par exemple référence. Ben compare ses visites en Algérie à celle qu'on ferait à une vieille tante : on ressent le besoin d'y aller, puis on est pressé d'en partir, et enfin on se sent coupable de n'être pas resté plus longtemps.

La traversée est très court (1h12, tiré d'une centaine d'heures de rush) et se regarde avec intérêt. Elisabeth Leuvrey réussit quelques très jolis tableaux et possède à l'évidence un sens du cadre hors du commun. Si les témoignages sont inégaux, on croise une telle diversité de caractères que le voyage est tout de même globalement plaisant.

A signaler que le DVD est accompagné d'un très joli livret, qui prolonge et complète agréablement la vision du film. 

Cette chronique est écrite dans le cadre d'une opération DVDtrafic. Le DVD de LA traversée est sorti en mars chez Shellac. Vous pouvez retrouver tous les films 2013 sur Cinétrafic.

 

2e

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Les trois soeurs du Yunnan

Wang Bing est un magicien.

Qu'il filme la fin d'un complexe sidérurgique pour en faire un film de plus de 9 heures (A l'ouest des rails) ou ici la vie de trois petites filles dans un village isolé de tout, il parvient à chaque fois à nous captiver, à donner l'impression que la réalité est PLUS que la réalité.

De la même façon que la photographie peut dans certains cas nous donner l'illusion de voir au-delà de la surface des choses, le cinéma de Wang Bing nous projette dans une quatrième dimension vertigineuse et émouvante.

Trois petites filles (10, 7 et 4 ans) dans une maison presque sans électricité, sans eau courante, sans chauffage, sans toilettes, dans un village du Yunnan, à 3200 mètres d'altitude. La mère s'est enfuie. Le père travaille. Les trois soeurs se débrouillent comme elles peuvent durant la journée. Il faut s'ocuper des bêtes, s'épouiller, faire un peu de lessive, manger des pommes de terre. 

Durant les 2h30 que durent Les trois soeurs du Yunnan, il ne se passe pas grand-chose, et en même temps c'est le monde entier qui semble s'engouffrer dans la cour boueuse, dans ces paysages extraordinaires d'alpages, dans ces petits matins brumeux, ou dans l'attitude toujours très dignes de la grande soeur. En posant sa caméra au bon endroit, au bon moment et en cadrant à la perfection, Wang Bing nous jette à la figure un morceau d'humanité brute : c'est beau, puissant et incroyablement bouleversant.

C'est un miracle que le film soit distribué en salle, courez-le voir. Il a collectionné les récompenses : après le prix Orizzonti à Venise, il a remporté la plus haute récompense au festival des trois continents de Nantes, la Montgolfière d'or.

 

4e

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Chroniques américaines : Photographic memory

En participant aux opérations DVDtrafic (le principe est qu'on reçoit un DVD gratuitement, moyennant le devoir de faire une critique sur son blog, bonne ou mauvaise), on prend parfois le risque d'être cruellement déçu. Et d'autre fois, comme ici, d'être magnifiquement surpris.

Je n'avais jamais entendu parlé jusqu'alors de Ross McElwee, un américain qui pratique depuis longtemps (1983) le documentaire autobiographique, mettant en scène sa propre vie et celle de sa famille.

Le DVD que j'ai reçu regroupe 4 oeuvres, mais je ne vais parler aujourd'hui que de celle visionnée : Photographic memory, présenté à la Mostra de Venise 2011.

Dès les premières secondes, on est littéralement happé par la voix off, calme en toute circonstance, de Ross McElwee. Elle a le timbre des voix aimées, des amis qui racontent leurs aventures avec à la fois un engagement total et une sorte de désinvolture élégante. Ainsi, lorsque Ross parle des problèmes de communication avec son fils adoslescent, on a presque l'impression d'assister à une réunion familiale. Lorsqu'il retourne en Bretagne, sur la trace de sa propre jeunesse (car, oui, pour comprendre un jeune, peut-être faut-il commencer par se rappeler qu'on a été jeune soi-même), on est curieux de voir ce qu'il va découvrir. Et quand il part à la recherche d'un amour de jeunesse à partir d'une seule photo (ci-dessus), notre curiosité atteint des sommets.

Le film, dont une grande partie de l'intérêt tient dans un montage astucieux, est du coup aussi captivant qu'une bonne fiction.

Du coup, je n'ai qu'une envie : regarder les 3 autres films du coffret ! 

 

3e    

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La cour de Babel

A mi-chemin entre Etre et avoir de Nicolas Philibert, et Entre les murs de Laurent Cantet, La cour de Babel emprunte au premier sa bienveillance attentive et au second son environnement de collège parisien.

La particularité est que la réalisatrice pose ici sa caméra dans une classe d'accueil, qui, comme son nom l'indique, sert de sas d'entrée aux enfants étrangers, le temps qu'ils apprennent notre langue.

Filmés tout au long de l'année, les élèves serbes, sénagalais, irlandais, polonais (etc...) s'avèrent être diablement attachants. Comme c'est souvent le cas pour les documentaires bien réalisés, ils deviennent au fil du film de vrais personnages, dont on guette les réactions, qu'on apprend à connaître et dont on suit l'évolution avec intérêt. Julie Bertuccelli y révèle un vrai talent de documentariste : choix des cadres, des angles de narration, du montage. 

Elle évite l'apitoiement facile et l'émotion frelatée pour se concentrer sur l'essentiel : le travail du professeur, la découverte mutuelle, le croisement de destinées singulières. La classe devient progressivement un reflet du monde, une sorte de bulle dans laquelle la faconde irrésistible des jeunes africaines se mêle harmonieusement à la réserve d'un jeune irlandais légèrement autiste. 

Et miracle, tout ce petit monde (une expression à prendre ici littéralement) s'aime ! On pense qu'à tout moment une querelle va désintégrer la belle harmonie de la classe, mais non. Ni le sexisme, ni le racisme, ni les religions ne semblent devoir entamer durablement l'ambiance de quiétude qui règne dans la salle. La conduite à bien d'un projet artistique, le respect mutuel tendu vers un but commun (l'intégration) semble souder ces jeunes gens jusqu'à un final de fin d'année scolaire bêtement bouleversant.

Un film qui fait un bien fou et donne passagèrement envie de faire confiance au genre humain.

Julie Bertuccelli sur Christoblog : Depuis qu'Otar est parti / L'arbre

 

3e   

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Braddock America

Découvert dans la passionnante sélection ACID l'année dernière à Cannes, Braddock America est un documentaire à l'atmosphère springsteenienne, dévoilant la déchéance d'une ville minière américaine.

Mélange d'images d'archive intéressantes et de témoignages frontaux (comme chez Herzog, dans Into the abyss), le film génère de beaux moments d'émotion. Le travail de Jean-Loïc Portron et Gabriella Kessler permet également, au-delà de son thème principal sidérurgique, de pénétrer de plain-pied dans la vie d'une ville moyenne américaine : match de base-ball, séance de conseil municipal, problèmes d'obésité évidents, prédicateurs, kermesse. On a rarement été aussi profondément immergé dans l'Amérique profonde.

Le film est très joliment réalisé, avec un sens du placement de la caméra qui semble inné, et une poésie diffuse qui évoque la fin d'un monde. On est sidéré par certaines images de rues constituées de maisons abandonnées, que la mairie n'a même pas les moyens de détruire.

Un joli film, malheureusement très mal distribué.

 

2e

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Au bord du monde

Itinéraire étonnant que celui de Claus Drexel, réalisateur de la comédie Affaire de famille (avec Miou-Miou et André Dussolier), qui ici prend un virage à 180° en tournant un documentaire sur les SDF qui hantent les plus beaux sites parisiens.

Au bord du monde, présenté à Cannes 2013 dans la sélection ACiD, est un film nécessaire et utile. Il donne la parole à ceux que l'on croise dans les rues en détournant souvent le regard, et cette parole est surprenante. Dans le cas de Wenceslas par exemple, le discours est très structuré, plein de vivacité et de jeux de mots. Pour d'autres, que plusieurs années de vie dans la rue ont usé, la parole est plus difficile, elle est sujette à de petits déraillements, ou à des répétitions qui montrent cruellement que l'équilibre psychologique se détériore. Pour d'autres encore, la situation est catastrophique, et à l'évidence des soins psychiatriques seraient nécessaires - heureusement que la caméra ne s'attarde pas trop sur ces derniers, car on se sent vis à vis d'eux un peu trop voyeur.

Le film est également très surprenant par le contraste entre des images absolument sublimes de Paris la nuit (Arc de triomphe, Notre Dame, Champs Elysées, Conciergerie) et celles de ces habitants nocturnes qui apparaîssent du coup comme des fantômes. Peut-être certains trouveront-ils la beauté revendiquée de certains plans choquante, au regard de la détresse des hommes et femmes rencontrés. Cet aspect "enfer au paradis" m'a paru plutôt servir le propos du film.

L'émotion peine toutefois à se développer pleinement, peut-être à cause d'un parti pris de plans fixes et larges qui ne s'approchent jamais des visages, ou de questions parfois un peu trop intrusives à mon goût. La sidération l'emporte sur l'empathie, ce qui n'enlève rien à l'intérêt du film, que je conseille, évidemment.

 

2e

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The lebanese rocket society

Ces dernières années, on a pu voir des documentaires dont on peut dire qu'ils étaient de très grands films de cinéma (Into the abyss, La vie moderne, Twenty feet from stardom), et d'autres oeuvres moins impressionantes, mais fort plaisantes, car révélant souvent le talent original de leur auteur.

Ces oeuvres sont souvent fortement scénarisées (Sugarman) ou flirtent avec l'auto-fiction (La Vierge, les Coptes et moi) : le documentaire n'est finalement que l'expression d'une démarche artistique globale, qui se nourrit à la fois de narration et d'images. C'est dans cette catégorie qu'on pourra classer le curieux film de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige.

Au début, rien que de très classique : nos deux auteurs découvrent un peu par hasard l'existence d'un programme de construction de fusées, développé au Liban dans les années 60. A Beyrouth, ils ne trouvent pas grand-chose sur le sujet, puis tout à coup retrouvent le principal protagoniste aux USA. De fil en aiguille ils reconstituent toute l'histoire, mélange (d)étonnant d'amateurisme brillant, de situations burlesques et d'implications politiques.

Si cette partie, très classique, est un peu ronronnante, bien qu'éveillant tout de même la curiosité, le film prend une toute autre dimension quand les deux artistes imaginent de construire une sculpture représentant une des fusées, puis de l'installer dans l'université où le programme fut conçu. Cette partie, la plus intéressante, interpelle la mémoire du Proche-Orient (tout le monde semble avoir oublié ce pan de l'histoire), et est intellectuellement très stimulante.

Le film se termine par une animation fantaisiste qui imagine le Liban actuel en puissance spatiale.

A noter dans les bonus du DVD à venir (sortie le 5 mars), des présentations très intéressantes d'oeuvres conçues par les deux réalisateurs autour du film, présentées lors de diverses manifestations d'art contemporain.

Une curiosité à découvrir.

 

2e

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Twenty feet from stardom

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/215/21021589_20130722151350752.jpgComme l'année dernière avec le somptueux film de Werner Herzog, Into the abyss, on peut se demander pourquoi ce très beau documenataire n'a pas droit à une distribution plus large (5 salles en France !).

Le sujet peut paraître un peu abscons : qui sont les choristes qui accompagnent les stars du rock ?

En réalité, il s'avère passionnant à plus d'un titre :

- c'est toute l'histoire de la pop music qu'on revisite, avec des visions époustouflantes (David Bowie, grand bringue dégingandée s'esseyant au R'nB, Ray Charles monté sur ressort, Mick Jagger plus sex symbol que jamais)

- les histoires individuelles des cinq ou six protagonistes principales sont extrêmement émouvantes (tentatives de carrières solo, accident de parcours, fréquentations illustres...)

- le film est aussi un témoignage de la façon dont les Noirs se sont émancipés - et plus particulièrement les femmes noires

- on entend les témoignages très pertinents de plusieurs stars respectueuses de leurs choristes (essentiellement Bruce Springsteen, Stevie Wonder, Sting, Mick Jagger), qui réfléchissent subtilement sur ce qui sépare l'anonymat de la célébrité

- certains passages du film sont des moments de grâce, en particulier tous ceux dont la sublime Lisa Fisher est le centre

Histoire, destinées, émotions, beauté, Twenty feet from stardom vous fera à la fois rire et pleurer d'émotion. Et de plaisir. Un must.

 

3e

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A la folie

Personne (ou presque) ne connait les films de Wang Bing, et c'est bien dommage

Il faut dire que la plupart sont des documentaires aux durées dissuasives : on se souvient des 9 heures de A l'ouest des rails, narrant la fermeture d'un gigantesque complexe industriel dans le nord de la Chine.

Le nouvel opus de Wang Bing ne dure que 4 heures, et se déroule cette fois-ci au Yunnan, dans le sud de la Chine.

Dès les premières minutes du film, nous sommes immédiatement plongés dans la vie de l'hôpital psychiatrique. Comme à son habitude, Wang Bing se refuse à tout didactisme. Il place sa caméra au plus près des hommes, et laisse la situation se dérouler en la filmant. Au deuxième étage de l'immeuble-prison-hôpital, un couloir-balcon grillagé entoure la cour rectangulaire à ciel ouvert. Les pauvres chambres s'ouvrent sur le couloir, et la caméra ne quitte pratiquement jamais ce monde d'angles droits : couloir, chambre, neige, nuit, jour, couloir, cour, soleil, chambre, nuit, jour.

Le génie de Wang Bing est de parvenir à nous émouvoir aux larmes, malgré le dispositif austère de son film. Il parvient à ce miracle en nous faisant découvrir des personnages extraordinaires, placés dans des situtations extraordinaires : on se souviendra éternellement de ce jeune homme faisant son footing de nuit dans le couloir, de tel autre dont on suit les premières heures d'internement, du pauvre homme que la femme visite en lui expliquant qu'il ne peut pas revenir, de celui qui est puni par la pose de menottes. Chacun des destins montré est bouleversant, d'autant plus que la plupart des internés ne paraissent pas réellement malades.

Si les quatre heures de projection ne semblent pas si longues c'est aussi parce que Wang Bing possède un sens aigu du montage. On ne s'ennuie jamais parce que les scènes d'action succèdent à d'autres plus oniriques (plusieurs séquences montrant les activités nocturnes des plus malades semblent provenir d'un rêve). Le film comprend aussi de véritable petites histoires (une histoire d'amour), des échappées belles (on suit un homme qui est libéré), et des surprises.

On entre dans la salle en craignant d'avoir à supporter des visions insupportables et violentes de malades mentaux, on en ressort ému et bouleversé en ayant l'impression d'avoir assisté à une représentation de la comédie humaine en milieu clos, pleine de douceur.

Le film a été présenté au festival de Venise 2013 et j'ai eu la chance de le voir au Festival des 3 continents : Wang Bing est resté discuter avec nous près d'une heure après le film. Un grand monsieur, et sûrement un des dix plus grands réalisateurs en activité.

 

4e

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L'escale

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/205/21020542_20130717173436722.jpgLorsque le réalisateur Kaveh Bakhtiari, d'origine iranienne mais qui a grandit en Suisse, apprend que son cousin iranien est immigré clandestin bloqué à Athènes, il ne sait pas encore qu'il tient là un remarquable sujet de documentaire.

Il lui faudra d'abord retrouver son cousin, puis vivre dans l'appartement qui abrite les 6 ou 7 clandestins, pour commencer à construire un véritable film.

Comme souvent quand un documentaire est particulièrement réussi, L'escale parvient à être aussi captivant d'un point de vue dramaturgique qu'une oeuvre de fiction.

On s'attache progressivement à la personnalité de chacun des migrants, qui essayent tous de rejoindre des pays plus au nord, où se trouve généralement des membres de leur famille. On frémit des dangers qu'ils affrontent (la mort, la prison), même si ces risques ne sont jamais montrés frontalement à l'écran. On se réjouit, soulagés, lorsqu'on apprend qu'un de la bande a réussi à "passer".

La mise en scène de Bakhtiari, en collant au plus près des clandestins, en refusant de filmer autre chose que leur vie quotidienne, est remarquable d'efficacité. Elle peut-être extrêmement touchante, comme lorsque le groupe se risque à une sortie à la plage.

Une belle oeuvre, qui présente l'immense intérêt de montrer que l'immigration, au-delà des chiffres, est avant une affaire de visages et de destinées.

 

3e

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Leviathan

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/36/19/20536753.jpgQu'est-ce qui différencie un film de cinéma d'une installation vidéo ?

Le regard.

Celui du cinéaste, qui choisit un cadre, un mouvement, une focale, un décor, des accessoires, qui dirige des acteurs. Celui du monteur, qui choisit, trie, coupe.

Dans Léviathan, la part du réalisateur est réduite à l'extrême : tout juste choisit-il(s), peut-être, de fixer sa caméra GoPro (celle que les skieurs fixent sur leur casque) sur le ciré d'un marin plutôt qu'en haut du mat.

C'est tout.

Pour le reste, on voit la nuit et des ombres indistinctes pendant une séance d'ouverture qui parait infiniment longue, des mouettes qui volent à l'envers (ouah, l'effet !), des raies dont les ailes sont coupées, des étoiles de mer, un marin qui s'endort et des filets.

Dans le contexte d'un musée, nul doute que ces images puissent saisir le visiteur qui les surprendra à la volée, pénétrant dans une salle par hasard. Dans une salle de cinéma, elles n'ont pas beaucoup plus de valeur qu'un plan fixe qui montrerait une corbeille de fruit en train de pourrir.

Le seul élément qui rapproche franchement Léviathan d'un (vrai) film de cinéma, c'est le travail sur le son, qui montre une franche volonté, un travail d'artisan au service d'un concept réfléchi : tout ce qui manque aux images du film.

 

1e

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Sur le chemin de l'école

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/167/21016728_20130701125248747.jpg

Le principe du film est simple : suivre 4 collégiens, habitant dans des contrées très inhospitalières, sur le (long) chemin de l'école.

A partir de cette bonne idée, on imagine quel bijou aurait pu concevoir un Depardon, par exemple. Mais Plisson est à Depardon ce que Clayderman est à Chopin.

D'abord, je n'ai pu m'empêcher de penser à de nombreuses occasions que ce qui nous était proposé était arrangé, voire scénarisé, à l'exemple de cette pseudo attaque d'éléphant qu'on ne voit jamais (un bruitage significatif nous suggère que la bête est toute proche, mon oeil oui).

Ensuite il faut signaler que le film est principalement (exclusivement ?) distribué en VF. Quelle horreur d'entendre ces voix mal calibrées nuire au sentiment d'immersion qu'on devrait éprouver. Une catastrophe.

Enfin, le film ruisselle de bons sentiments pontifiants, à l'image de cette introduction énoncée avec une voix de prélat constipé, qui a le mérite d'anoncer la couleur : dans ce film, les sentiments négatifs seront bannis et tout le monde sera bien gentil (sauf le méchant muletier marocain, bouh !).

Surnagent dans cette océan de guimauve indigeste les magnifiques paysages du Kenya, de Patagonie, d'Inde et du Haut Atlas. C'est trop peu.

 

1e

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Le joli mai

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/08/83/20536411.jpgTourné en 1962 au coeur de Paris, juste après la fin de la guerre d'Algérie, Le joli mai est un documentaire remarquable à plus d'un titre.

Premier point, j'ai été sidéré par la modernité des sujets abordés par Chris Marker et Pierre Lhomme, qui sont souvent encore d'actualité ou qui entrent en résonance avec celle-ci : précarité sociale, irrationalité des réactions de la Bourse, problématique des grands ensembles urbains, racisme ordinaire, condition de la femme... On est à la fois inquiet et fasciné de voir que les progrès dans nombre de domaines sont nuls ou limités.

Le deuxième aspect fascinant du film est la capacité qu'ont les réalisateurs de mêler l'intime et l'historique.

Ils arrivent magnifiquement à extraire ce qu'il y a de profondément personnel dans chacune des interviews (le jeune algérien, le prêtre ouvrier, la costumière, le vendeur de costume) tout en l'insérant dans le grand flux de l'histoire (les procès politiques, les grèves, De Gaulle, les mutations technologiques fondamentales comme la télé).

L'ensemble dégage une poésie touchante, magnifiée par une superbe photo en noir et blanc, et remarquable par les choix de cadres, de lumières et de focales, eux aussi formidablement modernes. Même la voix off d'Yves Montant, surtout présente au début et à la fin du film, est plaisante.

Je ne peux donc que conseiller cette traversée de Paris, qui multiplie les visions étonnantes et instructives sur son peuple, toutes classes sociales confondues. Un must du moment.

 

4e

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Stories we tell

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/96/15/22/20495648.jpgDans la catégorie des cinéastes qui font un film en forme de documentaire sur leur propre famille je connaissais le génial Jonathan Caouette (Tarnation, Walk away Renée), l'impayable Maïwenn qui a glissé nombre d'éléments autobiographiques dans Pardonnez-moi, et l'incroyable inconnu Jan Raiber (Tous mes pères). Il faudra désormais ajouter à cette liste la jeune canadienne Sarah Polley.

Dans Stories we tell, elle part à la recherche de ses origines : son père (introverti), sa mère (force de la nature), ses frères et soeurs.

Rapidement un mystère sur l'identité exacte de son père surgit, et commence une quête pour répondre à la question de la paternité.

Le film, comme tous les bons documentaires qui se respectent, fontionne par la grâce d'un montage profondément manipulateur, qui démontre la puissance de cet outil au cinéma. Sugar man est un autre exemple récent de documentaire monté comme une fiction.

Le souci, c'est qu'ici la narration est un peu répétitive, et souvent trop démonstrative. Le film connaît vers son milieu une grosse panne, une fois la révélation principale dévoilée, et peine à trouver un second souffle. Il manque à Sarah Polley le lyrisme poétique et foutraque de Caouette, ou l'amateurisme burlesque de Raiber.

Si on comprend bien pourquoi et comment Sarah Polley mène son film (une quête intime, une analyse publique...), on se demande tout à coup ce que cette histoire peut avoir d'exemplaire, ou même d'intéressant.

Malgré ses réserves, l'expérience n'est pas inintéressante et reste irradiée par la personnalisité incroyablement solaire de la mère, dont on finit par se dire qu'elle est le véritable coeur du film - les pères étant au final (qu'ils m'excusent) un peu fades.

 

2e

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