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Christoblog

Articles avec #documentaire

La maison de la radio

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/43/80/20460238.jpgVu en avant-première au Katorza, à Nantes, en présence de Nicolas Philibert.

Comme toujours au Katorza, Nicolas Philibert s'est longuement prêté au jeu des questions réponses, à l'issue de la projection de son film. Doux, précis, attentif, le réalisateur de Etre et avoir et de La ville Louvre, a très bien exliqué sa démarche de documentariste : choisir où poser sa caméra, se fier au hasard qui fait bien les choses, puis passer de très long mois, seul, au montage du film pour passer d'une centaine d'heures de rush à un film de 1h43.

L'objectif de ce documentaire est ambitieux. Filmer la radio en train de se faire, mettre des images sur les ondes sonores, est une affaire délicate, et même dangereuse. On pourrait en effet craindre que la magie de la radio ne soit ternie, souillée par les images : on n'a pas forcément envie de savoir quelle tête à ce présentateur qu'on écoute tous les jours dans sa voiture.

Nicolas Philibert a tourné dans les radios du groupe Radio France. On voit donc des émissions de France Inter, de France Culture et France Musique. Les sujets sont variés et c'est un des plaisirs du film que de passer d'une émission très connue (la matinale de France Inter) à la production de choses beaucoup plus pointues comme une dramatique sur France Culture, qui pour moi est la plus belle partie du film.

Ce qui frappe dans La maison de la radio, ce sont les choix audacieux de Nicolas Philibert (comme quoi le documentaire vaut bien la fiction en matière de réalisation) : cadrage au plus près, refus du hors champ, gestion des tempos et du montage alterné. On est frappé par le sentiment presque religieux qui semble habiter les présentateurs, techniciens et producteurs que l'on voit à l'écran. Leur travail souvent solitaire (étonnant plans des journalistes écrivant leur papier dans la nuit), leur concentration extrême, l'expressivité des visages lorsque les présentateurs s'expriment : tout cela est étonnant et donne une idée très belle et puissante de la création radiophonique.

Ajoutez à cela des personnages hors du commun (la rédac chef à la gouaille irrésistible, Frédéric Lodéon émergeant à peine de sa pile de CD, le stagiaire qui se fait tancer avec un sourire désarmant, l'écrivaine attendant anxieuse la première question) et vous obtiendrez les ingrédients d'une bonne soirée, hors des sentiers battus.

 

2e

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Sugar man

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/38/66/20146742.jpgRodriguez est un artiste américain qui enregistre 2 albums dans les années 70, puis disparait de la circulation, au point qu'on pense qu'il s'est suicidé. Pendant ce temps, ses chansons font de lui une star ... en Afrique du Sud, alors engluée dans l'appartheid. A l'insu de son plein de gré, si je puis dire.

Une situation ubuesque donc : comment devenir une superstar à des milliers de km de chez soi, qu'un couple de sud africains (un journaliste et un bijoutier) vont se piquer de creuser pendant des dizaines d'années, avant que  Malik Bendjelloul (suédois comme son nom l'indique) n'en fasse un film.

Notre ami Malik, autant le dire d'entrée, est un sacré roublard. Son film, en fait un documentaire, est scénarisé de telle façon qu'il nous enfarine le popotin d'une bien belle façon, et que de ce point de vue il se rapproche finalement plus d'une fiction. Fausses images d'archive, montage signifiant au possible, animations pour reconstituer une atmosphère, coups de théâtre : tout est fait pour nous haper dans cette histoire abracadabrantesque ... et ça marche !

Difficile en effet de ne pas reconnaître avoir été surpris (à quoi tient la réussite, qui sépare Rodriguez de Dylan ou Springsteen ?), ému (petites larmes obligatoires), et charmé par la musique (une sorte de Nick Drake américain, j'ai trouvé) et la personnalité du bonhomme.

En arrière fond, l'incroyable énergie motrice de l'artiste musicien (comme dans le remarquable Anvil !) dope le film de bout en bout, ne laissant que peu de place aux hésitations légitimes du cinéphile pinailleur (un peu de remplissage quand même).

Bref, à voir. Et à écouter.

 

3e

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Journal de France

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/19/21/20102709.jpg

Janvier est aussi le mois durant lequel on visionne quelques films en séance de rattrapage de l'année précédente.

Hier soir, par le biais de l'opération Cinetrafic, j'ai eu la chance de renouer avec ce cinéaste / photographe / reporter de génie qu'est Raymond Depardon.

Journal de France est co-signé par Depardon et sa compagne, Claudine Nougaret. Il nous montre en un montage parallèle d'une part les pérégrinations du photographe dans la France profonde pour la réalisation de son expo à la BNF, et d'autre part des chutes de ses travaux précédents, ce qui permet de revisiter en accéléré toute la carrière du maître.

Les deux parties présentent un intérêt.

Celle qui suit Depardon en France est tranquille, sereine. Elle fait ressentir presque physiquement le talent très particulier du photographe qui réside à la fois dans l'obstination maniaque et l'acuité du regard. Accessoirement elle donne à voir quelques unes des magnifiques photos de l'exposition. J'ai presque regretté que cette partie ne laisse pas plus Depardon s'exprimer...

La partie qui révèle les archives est très inégale. Parfois quelconque, elle devient extrêmement intéressante quans elle présente des images rares et prenantes (les mercenaires en Afrique par exemple). Pour les néophytes, elle constitue une excellente introduction à l'univers de Depardon en donnant à voir l'essence de son travail dans les tribunaux, les asiles psychiatriques (intense scène à Paris), et dans le Sahara. Les images de Claudine Nougaret filmée avec amour par Depardon sont aussi superbes.

Parfois surgissent dans le film des moments d'une belle intensité poétique : j'ai adoré le montage qui montre dans la continuité des quidams filmés dans plusieurs villes différentes du monde.

Journal de France prouve parfaitement à quel point Depardon est artiste jusqu'au bout des ongles, et on aurait envie que la promenade en sa compagnie ne s'arrête jamais...

Raymond Depardon sur Christoblog : La vie moderne (****)

2e

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Les invisibles

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/55/11/20101917.jpgPrésenter Les invisibles comme un documentaire regroupant des témoignages d'homosexuels étant nés il y a 70 ou 80 ans est réducteur.

Il s'agit certes de cela, mais pas seulement. La force du film est surtout de nous présenter des personnes, certes homosexuelles, mais avant tout amoureuses, ou l'ayant été. Les invisibles est donc un grand film d'amour, comme en témoignent la scène inaugurale, magnifique, du coup de foudre dans le rétroviseur, ou celle dans laquelle une femme parle du grand amour de sa vie, Gundrun.

Dans l'évocation du temps qui passe, des lieux qui comptent, des photos qui traversent le temps, surgit à chaque témoignage l'histoire d'une vie, et de ses amours. On oublie souvent d'ailleurs que ce sont des homosexuels qui parlent, sauf lorsque les souvenirs évoquent l'engagement politique dans les années 60 et 70, ou les odieux et violents rejets dont toutes ces personnes ont été les victimes (famille, travail, église, parti communiste). 

Le talent de Sébastien Lifshitz réside non seulement dans l'art d'éclairer son sujet et de le cadrer à la perfection, mais aussi dans l'entrelacement des récits et dans les plans de coupe qui rythment et ponctuent les interviews, donnant à réfléchir sur ce qu'on vient d'entendre. En utilisant des plans représentant la nature, des animaux, des ciels, la mer, des paysages urbains, Lifshitz semble situer ses personnages dans un ensemble plus grand, dans lequel l'inélucatibilité de l'homosexualité s'inscrirait dans un ensemble qui la dépasse.

Evidemment le film entre en écho avec l'actualité et le mariage pour tous (magnifique scène ou un couple visite une chapelle abandonnée et rêve de s'y marier), et on devrait imposer à tous les députés une séance de visionnage collective avant tout débat sur la question.

Le dernier point important à dire concernant le film est son irrésistible énergie, les personnages sont vifs, alertes, pleins d'énergie et de joie de vivre. Ils font rire le spectateur autant qu'ils l'émeuvent.

L'amour conserve.

 

3e

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Into the abyss

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/56/41/20055192.jpgDisons-le d'entrée, Into the abyss est un film magistral, et sa diffusion confidentielle (une salle seulement à Paris) est autant un scandale qu'un mystère insondable.

Werner Herzog nous plonge au coeur d'un drame texan : un jeune homme attend dans le couloir de la mort d'être exécuté. Il y a 10 ans, en compagnie d'un ami, il a froidement abattu une femme et deux jeunes gens pour voler ... une voiture rouge.

Herzog, dont on ne verra jamais le visage, interroge de sa voix si particulière tous les protagonistes de cette sale affaire : les deux accusés, le père de l'un deux, les familles et amis des victimes, l'aumonier, le bourreau, le policier qui a mené l'enquête, une serveuse, une femme qui est tombée amoureuse d'un des deux accusés. Il parvient, par la grâce de sa sensibilité extrême et un peu rustique, à extraire la profonde part d'humanité de chacun de ses personnages. Ce faisant, il se garde de tout manichéisme : les accusés qui nous semble au début du film des victimes (les témoignages sur le protocole de l'injection et les images tournées dans le couloir de la mort sont à ce titre terrifiantes) deviennent brusquement d'ignobles assassins à la faveur de reconstitutions macabres.

Le film est bien plus qu'un documentaire. Herzog y déploie des talents de pur cinéaste et donne ainsi une magistrale leçon de cinéma. Cadrer, éclairer, monter : en maîtrisant à la perfection ces trois composantes, il parvient à nous transporter au coeur du drame, comme s'il s'agissait d'un thriller - et après tout, c'en est un, d'une certaine façon.

Que l'on se comprenne bien : il ne s'agit pas ici d'un plaidoyer contre la peine de mort. Herzog affiche dès le début son opinion sur le sujet et la ré-affirme une ou deux fois, mais sans ostension. Le film dépasse cette problématique et nous emporte beaucoup plus loin : A quoi bon vivre ? Quel est le rôle d'un père ? Qu'est-ce que l'amour ? La vie mérite-t-elle d'être respectée ? Quel sens donner à sa vie ? Toutes ces questions traversent le film de part en part comme les sabres traversent la boîte d'un magicien : il y a à l'intérieur de la boîte un mystère que le film cerne mais ne décrit pas, celui de la vie et de la mort.

A la marge, et comme dans toute oeuvre majeure, Into the abyss nous emmène sur de nombreux chemins de traverse, dont le principal est la description d'une Amérique rurale désespérément peu éduquée, gangrenée par la violence, la drogue, l'analphabétisme et l'absence de sens. Sur ces chemins tortueux, on rencontrera aussi bien la poésie (les écureuils de l'aumonier), le grotesque (l'ami analphabète content de la prison où il a appris à écrire), le sublime (la réaction du bourreau), la profondeur insondable des sentiments (le père), le ridicule (l'arc-en-ciel) et l'absurde (les morts en chaîne dans la famille de la fille de la victime).

Pour résumer, ce film DOIT absolument être mieux distribué  et il est IMPERATIF que vous alliez le voir si vous le pouvez, il en va de votre intégrité intellectuelle, de votre santé mentale et de votre complétude d'être humain. A minima.

 

4e

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Walk away Renée

http://images.allocine.fr/rx_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/35/47/41/20080714.jpgPetit rappel

 

En 2004, certains d'entre vous n'étaient pas nés (je veux dire sur la blogosphère) et Jonathan Caouette lançait à la face du monde un OVNI documentaire, constitué de rush tournés depuis l'âge de 11 ans : Tarnation. Triomphe à Sundance, à Cannes et à travers le monde. La forme du film, brute et recherchée à la fois, et la famille de Caouette (père barré avant sa naissance, mère schizophrène, grands-parents aimants mais un peu barges, découverte de son homosexualité et rébellion, troubles de la personnalité) contribuèrent à donner au film un parfum de scandale. Ajouter à cela le traditionnel "entièrement réalisé sur son Mac avec iMovie", et la production du film assurée par Gus Van Sant, et vous avez tous les ingrédients du film-culte.

 

Walk away Renée

 

A Cannes 2011, à la Semaine de la critique, Caouette revient avec Walk away Renée, qui mixe plusieurs histoires parallèles : un road movie documentaire du Texas à New York montrant Caouette ramenant sa mère folle à la maison (alors que cet idiot perd tous les médicaments), des images d'archives retraçant les péripéties de la vie de cette famillle hors du commun (et qui constituent une sorte de Tarnation résumé) et quelques scènes oniriques. Le film qu'on voit aujourd'hui (sortie le 2 mai) est d'ailleurs un peu différent de la version présentée à Cannes, plus resserré.

Franchement, il est très difficile devant une oeuvre aussi intime et trash que Walk away Renée de déterminer si on aime ou si on n'aime pas. Le film est à la fois troublant (que voit on exactement : un documentaire fictionnel, un album de famille dans lequel chaque personnage joue son propre rôle, un cri d'amour, un témoignage sur les maladies mentales, une charge contre le système de santé américain ?), dérangeant (on n'est jamais loin du voyeurisme) et émouvant (lorsque le grand-père déclare se sentir jeune, alors qu'il n'est plus que très très vieux, ou dans les scènes extraordinaires qui montrent Renée retrouvant des dents).

 

Discussion avec Caouette

 

Comme d'habitude au Katorza, le réalisateur s'est longuement (une heure) prêté au jeu des questions / réponses.

D'abord, pas mal de détails concernant le court-métrage précédent le film : All flowers in time, sorte de rêve complètement barré évoquant un Lynch sous acide et dans lequel le visage de Chloé Sevigny se transforme en vagin. On apprendra donc qu'il s'agissait au  départ d'un projet se situant dans une collection de 42 films de 42 secondes, pour une publicité de vodka néo-zélandaise (sic), qui s'est terminé en assemblage de test d'une nouvelle caméra associé à des images du grand-père, et.... mais je m'égare. Tout semble toujours simple dans la bouche de Caouette, et zarbi quand on le reformule.

Sur le film Walk away Renée plein d'infos et de ressentis : le film comprenait au départ une partie fictionnelle importante autour d'une secte accédant à la quatrième dimension (les Cloudbusters) - et d'ailleurs une scène finale montrant la mère aspirée par un tunnel d'énergie a été tournée, les heures de rush utilisés pour Tarnation et ce film sont au nombre de 160, Renée se porte bien actuellement, l'équipe de tournage était de 2 personnes pour le road trip, plus 2 autres pour les scènes New-Yorkaises, etc. Ce qu'il y a de frappant, c'est que Caouette s'exprime avant tout comme cinéaste et non comme documentariste. Ses films sont donc bien des oeuvres à part entière, et non des films de famille remixés.

Ses projets enfin : deux fictions. Une écrite par un scénariste qui travaille habituellement pour Cronenberg, et une autre écrite par Caouette et décrite par lui-même comme un voyage de temps à la première personne, une sorte de Retour vers le futur trash.

Ca promet.

 

3e

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The ballad of Genesis and Lady Jaye

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/66/66/19799949.jpgJ'ai vu ce film en juillet au festival Paris Cinéma.

La réalisatrice Marie Losier, un petit bout de femme tout frêle, était venu nous expliquer comment elle avait filmé ce documentaire centré sur l'artiste Genesis P-Orridge sur une très longue période (7 ans je crois), avec une patience d'ange et une volonté farouche. Le contraste entre la physionomie,  l'aspect calme (et posé) de Marie Losier, et l'extravagance un peu folle (et dure) de l'artiste m'avait considérablement intrigué. Le mariage du feu et de la glace en quelque sorte.

Pour moi, l'intérêt principal du film avait consisté dans la découverte de P-Orridge, que je ne connaissais absolument pas (c'est comme ça, on pense avoir sa petite culture rock, et puis un jour on tombe sur un mec visiblement connu dont on n'a jamais entendu parlé, et on se sent super con). Une vie fascinante, donc.

L'histoire d'amour avec Lady Jaye est pour moi finalement un produit secondaire du film, pas inintéressante dans sa démesure un peu flippante (la chirurgie plastique pour devenir semblable : la pandrogynie), mais finalement accessoire.

Sur la forme, le film est très particulier, mélangeant différents formats et présentant une image un peu sale. Je ne partage pas tous les parti-pris esthétiques (comme les écrans de couleur vive qui séparent les scènes), ni scénaristiques (les reconstitutions m'ont laissé froid).

Reste, plusieurs mois après la vision, la sensation d'avoir vécu une rencontre assez exceptionnelle avec un être hors commun, d'un sexe et/ou d'un genre indéterminé.

 

2e

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Ici, on noie les Algériens

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/85/89/27/19819748.jpgLa même semaine sortent sur les écrans le fameux Octobre à Paris de Jacques Panijel, film culte tourné en 1962 dans une quasi-clandestinité et jamais sorti en salle, et le documentaire Ici, on noie les Algériens, de Yasmina Adi, qui en constitue une sorte de contrepoint contemporain.

Pour ceux qui ont séché leur cours d'histoire (ou qui sont trop vieux pour avoir connu des cours dans lesquels figurait cet évènement), un bref rappel des faits. En pleine guerre d'Algérie, les Algériens de Paris manifestent sans violence contre le couvre-feu dans les rues de Paris, le 17 octobre 1961. Dans un contexte marqué par les attentats du FLN en France, la répression policière est violente. On compte des dizaines de morts, des centaines de blessés, et des milliers de détentions dans des conditions abominables.

La force du travail de Yasmina Adi tient dans sa simplicité. Son documentaire est de facture classique, sans fioriture. La mise en scène alterne les documents d'archive (principalement des photos, mais aussi des coupures de presse et des enregistrements radiophoniques) et des témoignages de personnes ayant vécu les évènements. Ces derniers sont évidemment très émouvants. Manifestants, femmes ayant attendu en vain le retour de leur mari, conducteurs de bus, médecins : tous sont remarquablement clairs et dignes. Leur parole est d'une grande densité émotionnelle, sans être plaintive.

Voir sur les photos d'époque des inconnus vous regarder fixement par-delà les 50 ans d'histoire écoulés est aussi très fort. Au delà des macabres rappels qu'assène le film (les corps que la Seine rend plusieurs semaines après le drame), on apprend également des à-côtés tout aussi choquants, comme cet internement en hôpital psychiatrique des femmes de disparus manifestant quelques jours après le 17 octobre, ou comme la libération du Palais des Sports pour une série de concerts de Ray Charles (chanteur noir, comme le précise le commentateur de l'époque). Les photos montrant des milliers d'Algériens parqués dans cette enceinte n'est pas sans rappeler d'autres rassemblements terribles, celui du Vel d'Hiv en 1942 par exemple.

Sans voix off, le film réussit donc parfaitement à faire ressentir le caractère inhumain de la répression en juxtaposant simplement les images d'époque et les témoignages, dont les plus impressionnants sont ceux des femmes. Il parvient ce faisant à nous immerger dans l'époque.

En résumé, une salutaire piqûre de rappel pour nous inciter à rester vigilants face à un Etat qui sait à la fois faire perpréter ses méfaits par les fonctionnaires, puis les cacher aux journalistes s'il le faut.

Pour plus d'info, voir le site officiel du film, très bien fait.

 

3e

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Pina

Suite à d'amicales pressions de connaissances et de blogueurs réputés ayant plutôt bon goût (ils se reconnaîtront), je me suis hélas décidé à aller voir Pina.

Il faut dire que Les rêves dansants m'avaient enthousiasmés, tout en me familiarisant avec l'univers de Pina Bausch. Malheureusement, autant ce dernier film arrivait à être plus que ce qu'il montrait (au-delà de la chorégraphie il donnait une leçon de vie), autant Pina parvient à être moins que ce qu'il donne à voir. En d'autres termes, il me fait regretter de ne jamais avoir vu un spectacle de Pina Bausch en vrai, alors que Les rêves dansants me donnait le plaisir de ressentir ce qu'était un spectacle de Pina Bausch, même sans en avoir vu un.

Je ne sais pas à quoi tient exactement ce sentiment, mais j'ai quelques idées :
- la 3D est assez impressionnante (une fois n'est pas coutume), mais presque trop : par moment des effets de brillances donnent l'impression de "trous" dans l'image, l'effet général étant d'assister à une projection d'une sorte de Godzilla post-moderne dans un drive-in cheap de Wuppertal
- les déclarations de vénération de chaque danseur face caméra sont de trop ("Pina voyait à travers nous", "Pina savait des choses qu'on ne savait pas", "Je n'ai toujours connu que Pina", "Avant de connaître Pina j'étais introverti et peu sûr de moi") : le Tanztheater finit par ressembler à une secte
- les choix de mise en scène sont parfois lourds et peu élégants
- l'idée de faire évoluer les danseurs dans des décors extérieurs donnent des résultats très disparates en qualité

Bref, on a envie de dire à Wenders : ne nous emmerde pas avec ton ego de réalisateur et montre nous les choses un peu plus simplement ! Il y a suffisamment de génie dans la danse de Pina Bausch pour éviter un gros plan sur un tissu rouge.

Filmer un tableau de Picasso en multipliant les effets de manche (gros plan sur l'oeil du minotaure, zoom arrière sur la tâche de rouge en bas à droite, interview de l'encadreur) ne rend pas plus sensible le génie de Picasso.

 

2e

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Tous mes pères

Malheureusement, vous ne pourrez pas voir ce film.

J'ai eu la chance de voir Tous mes pères dans le cadre d'un petit festival local et aucune date de sortie n'est prévue en France, ni d'ailleurs en Allemagne, son pays d'origine. Il s'agit typiquement d'un film de festival.

Et c'est bien dommage. A ma connaissance le film tente une expérience complètement radicale : le documentaire autobiographique instrumentalisé.

Je m'explique :

Documentaire : caméra DV, micro apparent, interview de face des personnes, instants volés

Autobiographique : le réalisateur Jan Raiber a envie d'aller filmer son père biologique, qu'il n'a jamais vu. Cette idée déclenche chez sa mère l'aveu d'une incroyable vérité : patatra, son prétendu père biologique (qui a versé pendant 18 ans une pension alimentaire...) ne l'est en réalité pas ! Et il ne le sait pas ! Et le vrai père non plus !

Instrumentalisé : parce qu'on ne peut s'empêcher de penser que les réactions des personnages seraient différentes sans la caméra.

Tout cela fait un mélange détonnant et follement excitant. On suit avec un ébahissement amusé les pérégrinations de notre Pied Nickelé allemand qui navigue entre ses trois pères, et qui met chacun devant ses responsabilités, accompagné par une mère formidable. Les révélations éclaboussent au passage le demi-frère (qui apprend à cette occasion que son frère ne l'est pas) et les grands-parents qui tirent sur tout ce qui bougent.

C'est cruel, c'est pétri de matière humaine, c'est drôle, c'est émouvant quand dans une incroyable pirouette du destin on découvre que le vrai père de Jan ... n'a jamais eu d'enfant avec sa femme.

Tout cela est filmé à l'arrache en deux semaines et demi, et fait l'effet d'une bombe.

 

3e

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Boxing gym

Boxing gym est un documentaire minimaliste : Frederick Wiseman, le réalisateur, film frontalement l'intérieur d'une salle d'entraînement dédiée à la boxe, sans chichis et sans fioritures. Techniquement les moyens sont très limités (éclairages naturels, cadrage à l'épaule...), et les partis pris de mise en scène sont radicaux : si des extraits de conversations sont captés, jamais les personnes filmées ne s'adressent directement à la caméra.

Le résultat est très intéressant, d'un double point de vue : esthétique et éthique.

Esthétique : les innombrables exercices ressemblent à de la danse. La géométrie d'un élastique tendu en diagonale d'un ring, la chorégraphie de plusieurs paires de pieds, la beauté étrange des différents appareils de torture utilisés, un gros plan sur des gants : chaque scène possède une beauté formelle indéniable, et l'ensemble finit littéralement par hypnotiser. J'ai pensé plusieurs fois à des cérémonies religieuses devant les sortes de transes que montre le film : derviches tourneurs au Texas...

Ethique : c'est l'aspect tout à fait étonnant du film. Alors que la salle de boxe devrait être le lieu où la violence et l'agressivité se concrétisent, voilà que par un étonnant renversement de perspective, elle devient une sorte de parangon de démocratie égalitaire. Sous la coupe d'un manager génial, doux et compréhensif, la petite salle est un microcosme dans lequel tous se valent. Riches (très riches) / pauvres (très pauvres) / Noirs / Blancs / Hispanos / jeunes (très jeunes) / vieux (très vieux) / hommes / femmes / gros / minces / pros / amateurs / malades (épileptiques, asthmatiques) : tout le monde aide tout le monde et respecte tout le monde.

Boxing gym, outre le fait d'être un excellent documentaire, est aussi une merveilleuse leçon de vie. A voir absolument en complément de Fighter.

 

3e

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A l'ouest des rails (Rouille)

A l'ouest des rails fait partie de ces films dont beaucoup de cinéphiles ont entendu parler, mais que très peu ont vu.

Il faut dire que l'idée de se coltiner un documentaire chinois de plus de 9 heures (oui, vous avez bien lu) sur la fermeture d'un complexe sidérurgique géant (vous lisez toujours bien), peut en refroidir plus d'un.

Cette critique concerne la première partie du film (Rouille), qui dure un peu plus de 4 heures.

La première comparaison qui m'est venue à l'esprit, c'est Alien. Passée une fascinante introduction sous forme d'un long travelling avant, monté sur un train s'enfonçant dans l'usine enneigée, le film impose tout de suite un point de vue quasi onirique sur ces lieux gigantesques (plus d'un million d'ouvriers ont travaillé dans ce complexe), dans lesquels les hommes paraissent des fourmis. Au milieu du métal en fusion, ils semblent démunis et en danger. Lorsqu'on les voit dans l'intimité de la salle de repos, ou dans les bains, on songe à des explorateurs se réchauffant dans le cocon de leur vaisseau spatial.

Le film, contre toute attente, n'est pas ennuyeux.

Il alterne trois types de séquences, ce qui ne laisse jamais la monotonie s'installer :

- les vues magistrales des lieux industriels, véritables poèmes visuels
- les scènes de groupes, captivantes et profondément dépaysantes (karaoké entre collègues après le travail, séjour à l'hôpital pour traiter les maladies dues au plomb, jour de paye, jeux d'échecs chinois, discussions sur l'avenir de l'usine, essais de vêtements)
- les interventions de personnes seules face à la caméra, qui sont autant d'historiettes émouvantes et parfois bouleversantes.

Wang Bing sait faire ressentir le temps qui passe (les évènements se déroulent sur plusieurs années) et de nombreux évènements marquants scandent le récit (un ouvrier est licencié, un autre meurt accidentellement dans une mare, du métal en fusion se répand accidentellement sur le sol..). On s'attache progressivement à ces Chinois qui paraissent toujours stoïques face à l'absurdité ubuesque de certaines situations.

Le film parvient ainsi à tenir en haleine (une gageure !), tout en présentant un objet qui ne ressemble à aucun autre et qui laissera à coup sûr son empreinte dans l'histoire du cinéma.

 

3e

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Benda Bilili !

Sophie Dulac DistributionBenda Bilili! bénéficie sur Allociné d'une note spectateurs ahurissante (4 et quelques), aussi ai-je fait un effort pour aller voir ce documentaire tourné au Congo et en Europe et racontant la formation et l'évolution d'un groupe de musiciens handicapés.

Franchement, à part une poussée de bonne conscience téléramesque (handicap+pauvreté+Afrique+musique ne laissera pas un coeur démocrate-chrétien de marbre), je ne vois pas ce que les spectateurs ont pu trouver à ce film.

L'image est piteuse, l'évolution des péripéties poussive, la profondeur de champ sur le contexte personnel des protagonistes quasi nulle. Quant à la vision sociologique ou politique du pays, je n'en parle même pas, on n'y voit goutte.

Surnage la figure hallucinée du jeune enfant jouant d'un instrument improbable (voir ci-contre), qu'on voit grandir au fil des années.

Le niveau du film ne dépasse donc pas celui d'un reportage sur Planète.

Dans le même genre, Anvil ! a représenté en début d'année  une sorte de modèle à découvrir si vous ne l'avez pas vu, dans un genre de musique ô combien différent, il est vrai.

 

1e

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Anvil !

Zootrope FilmsExcellent.

Que vous soyez fan de heavy metal ou pas (ce qui est mon cas), je vous recommande chaudement ce documentaire. Anvil est un groupe qui eut un bref moment de gloire dans les années 80, puis connut une longue, longue période de galère et d'oubli.

Le film nous emmène à la découverte des deux piliers du groupe : Lips, sorte de grand enfant dont les capacités d'émerveillement et d'espoir paraissent inépuisables, et Robb, plus secret, plus taciturne. Les deux sont soudés depuis leur plus tendre enfance (si on peut dire, pour une enfance dont Black Sabbath était la bande son).

Nos deux tendres durs sont filmés dans leur vie quotidienne, leur famille et on suit aussi évidemment la vie du groupe. Les aventures d'Anvil sont aussi drôles que pitoyables : une tournée catastrophique en Europe (concert exceptionnellement raté au fin fond de la Roumanie : Transylvania Monsters !), un enregistrement homérique à Douvre, une tournée des maisons de disque désespérante...

On est fascinés, tant par l'énergie du tandem, que par leur superbe lucidité. Certains moments sont ubuesques, je pense au concert à Prague, au mariage, ou à la désopilante expérience de Lips dans un centre d'appel vendant des lunettes de soleil.

C'est frais, c'est enthousiasmant, c'est court. C'est à voir si ça passe près de chez vous.

 

3e

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J'irai dormir à Hollywood

Antoine de Maximy. Walt Disney Studios Motion Pictures France Antoine de Maximy est un drôle de coco.

Il se promène seul, avec une petite caméra fixée en surplomb de sa tête, qui lui permet de se filmer lui même avec ses interlocuteurs, une autre fixée sur son sac à dos, qui lui permet de filmer droit devant lui, et quelques autres qu'il pose de temps en temps sur un trépied ou un assemblage de fortune.

Sa légéreté lui permet de s'immiscer partout avec un certain naturel et aussi un certain culot, voire une bonne dose d'inconscience.

C'est ainsi qu'il rentre dans la propriété de Georges Clooney (parce que la grille est ouverte), ou qu'il va dans le quartier de La Nouvelle Orléans où on lui a dit de ne pas aller. Il faut le voir avec son sourire de Pied Nickelé, s'inviter au débotté dans les maisons (y compris éloignées de la route) pour dire : bonjour, puis-je dormir chez vous ?

Cela ne fonctionne que moyennement au début de son périple. Le couple de New Yorkais est too much et le film tarde un tout petit peu à démarrer, la séquence Amish fait carte postale, et pour le coup, Antoine n'arrive pas à s'incruster. Une fois parti dans les vastes espaces américains les rencontres se densifient, notre Tintin reporter reste plus longtemps avec les gens et au bout de quelques heures, ceux ci se livrent et suscitent de belles émotions, comme l'homme qui va pêcher une journée avant de rejoindre la prison pour 15 ans, la dame qui a perdu ces deux fils de 17 ans à 1 jour d'intervalle, la jeune femme Navajo.

Du corbillard rouge, je ne sais pas trop quoi en penser (à part bien sûr qu'il rappelle furieusement celui se Six Feet Under, qui lui était vert). Venant d'un autre que De Maximy, cela paraîtrait sûrement ridicule, mais là, le vendeur est lui-même tellement barge qu'il devient impossible de ne pas aimer le véhicule qui est un peu à l'image se son propriétaire : brinquebalant, tape à l'oeil, et plein d'esprit(s).

En creux, et c'est le point fort du film, ressort une belle radioscopie des problèmes américains (pauvreté, précarité, racisme - extraordinaire scène dans le bus de Miami, qu'on dirait jouée, alcoolisme, violence, sentiment anti-islamique exacerbé).

Tout le passage à La Nouvelle Orléans est impressionnant de tensions larvées, et poignant de tristesse.

La fin, comme le début, est plus convenue, jouant sur les clichés holywoodiens. Mais dans la durée et avec la confiance, De Maximy arrive à obtenir le témoignage du SDF, si sensible, si intelligent, si plein de force.

Une belle fin pour un beau voyage.

 

3e

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La vie moderne

La vie moderne est un documentaire qui pourrait paraître minimaliste : des routes, des entretiens plein cadre, et quelques vignettes de vie paysanne en plan fixe.

Au début, la caméra est comme rivée au véhicule qui progresse au son de la musique de Fauré sur cette toute petite route lozérienne.

Elle balaye un paysage magnifique, s'approche de la ferme. Dans les virages elle filme ce qu'elle a devant elle, et non pas ce que nous penserions utile qu'elle filme (les brebis, la ferme). Ce premier plan, qui nous fait entrer dans un monde inconnu avec pudeur (la caméra ne s'impose pas, elle est faussement passive) et douceur (la route descend lentement dans une profonde vallée), est magistral.

Les premières interviews sont elles aussi exceptionnelles, par exemple la longue séquence ou les deux frères (Marcel et Raymond) exposent leur deux personnalités si différentes. Ce qui est frappant chez les personne(age)s que donne à voir Depardon c'est leur extrême économie de parole, le monde de la campagne n'est pas un monde où l'on gaspille inutilement. L'autre trait marquant est la qualité des personnages féminins, vives, enthousiastes, plus subtiles que les hommes, quelque soit leur age et leur éducation.

Les émotions sont brutes et intenses, non dissimulées, et Depardon par son art des questions et des silences arrivent à tirer le meilleur de chacun. Les yeux ont une expressivité rare, les visages sont superbement filmés.

Par moment le film est zébré d'un éclair de burlesque digne des meilleures gag de comédies (une casquette s'envole, un chien mord) et dans ces moments là toute la salle éclate de rire. A d'autre moment l'émotion est tellement intense que les larmes viennent naturellement aux yeux (la mort de la vache, l'émotion de celui qui raconte qu'il a vendu les deux dernières).

Les paysages, les quelques scènes volées à la vie quotidiennes sont superbes, et ponctuent le film en l'ancrant dans le réel. Clair obscur pendant la traite des vaches, fermetures des portes au coucher du soleil, orage éclatant dans la vallée.

Le fil du temps est amoureusement tressé tout au long du film, à la fois par les saisons, les années, et les routes qui défilent ... jusqu'au dernier plan, contrepoint sublime du premier.

Un très grand moment qui marque pour longtemps.

 

4e

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