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Christoblog

Les cowboys

Impossible de ne pas penser aux films d'Audiard en voyant Les cowboys. Thomas Bidegain est en effet le scénariste attitré du réalisateur de Dheepan.

On retrouve donc sans surprise les caractéristiques des films de ce dernier (De rouille et d'os, Le prophète) : des histoires originales, s'étirant sur de longues périodes, de brusques ruptures, des personnages mystérieux ou mutiques.

Thomas Bidegain n'est à l'évidence pas manchot avec sa caméra. Son film est donc plutôt agréable à regarder, même si plusieurs effets (les éclairages au soleil couchant de la première scène par exemple) flirtent avec une certaine joliesse sirupeuse.

François Damiens est très bon, comme d'habitude, imposant la présence de son corps massif avec une grande autorité. Finnegan Oldfield est assez transparent.

Cette histoire de père et de frère recherchant une jeune fille disparue dans la mouvance islamiste manque toutefois de profondeur. On ne peut s'empêcher de trouver le film superficiel et même parfois maladroit, à l'image des attentats de New-York, Londres et Madrid, que Bidegain égrène sans véritable raison.

On arrive difficilement à entrer en empathie avec les personnages. Le scénario, surprenant et intéressant sur le papier, ne s'incarne pas complètement à l'écran. Il manque probablement au réalisateur le talent qui permet de donner une âme à un film au long cours : je pense au très réussi Suzanne de Katell Quillévéré, qui donnait à voir François Damiens confronté à une absence du même type, sur la durée.

Un film de scénariste, en quelque sorte.

 

 2e 

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The other side

J'ai eu l'occasion de le dire de nombreuses fois sur ce blog : le genre documentaire produit régulièrement des chefs d'oeuvre, qui malheureusement sont très peu vus.

C'est encore le cas pour ce film du réalisateur italien Roberto Minervini, très remarqué pour son film précédent, Le coeur battant.

The other side est une plongée sidérante dans une Amérique des exclus et des marginaux. 

On suit d'abord longuement le couple attachant formé par Mark et Lisa, tous les deux drogués jusqu'au dernier degré. Minervini ne recule pratiquement devant aucun moment d'intimité : l'amour, le sexe, la drogue (terrifiantes piqûres dans les seins), le travail chez un ferrailleur.

On est littéralement happé, puis asphyxié, par la caméra terriblement indiscrète de Minervini. L'impression de proximité est confondante. On découvre toute la communauté qui vit autour du couple : le vieux junkie alcoolique, la soeur et sa fille (qui rêve de faire Harvard : permanence du rêve américain), la mère, la grand-mère.

A l'arrière-plan de ce tableau tendre et désespéré, c'est le portrait en creux d'une Amérique fantasmée que dessine le cinéaste. Malgré leur malheur, les protagonistes du film vouent un amour sincère à leur patrie, comme le démontre cette incroyable scène de cérémonie à tous les soldats américains morts pour la liberté, sous une banderolle "Freedom is not free".

Dans l'océan de désespoir dans lequel le couple menace de se noyer, surnage la lucidité de Mark, qui cherche à se faire arrêter par la police : il a compris que la prison pourrait l'aider à décrocher.

La mise en scène de Minervini, souple, fluide, est une sorte de miracle. La caméra explore et expose, avec une sorte de douceur résignée et un peu froide. C'est magnifique.

A un moment, le film semble se briser et bascule dans une deuxième partie beaucoup plus courte, et complètement différente : des groupes paramilitaires en plein Texas, racistes et d'une violence inimaginable.

Le contraste entre les deux parties est surprenant et ajoute de l'intérêt au film : des deux côtés la même fierté d'être américain, le même rejet d'Obama, et deux types différents d'aveuglement. 

Un film inoubliable.

 

4e

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Mia madre

Dans la sélection officielle de Cannes 2015, plusieurs films pouvait espérer décrocher la Palme d'Or, dont celui-ci.

Nanni Moretti nous propose un superbe portrait de femme, en mélangeant avec brio plusieurs thématiques et plusieurs registres.

S'entremêlent avec brio le récit de la perte d'un être cher, la description du travail de réalisateur et le tableau pessimiste des relations humaines. Les liens qu'entretient Margherita avec les autres personnages sont tous décrits avec une grande subtilité. Ils évoluent tout au long du film, et même parfois au sein d'une même conversation.

Les infimes variations psychologiques que Moretti imprime, par le biais d'un regard, d'un mot ou d'une attitude ne se rencontrent que chez très peu de cinéastes contemporains (Nuri Bilge Ceylan, Hirokazu Kore-Eda...).

D'un point de vue technique, Mia madre est sobre, mais parfaitement mis en scène : cadrages parfaits, belle photographie, montage exemplaire. Le talent de Moretti sert le propos de son film, et lui permet de passer avec une extraordinaire fluidité d'un registre à l'autre. On passe presque sans transition d'un puissant mélodrame à une scène burlesque à mourir de rire. John Turturro est fascinant et produit ici des scènes d'anthologie : la voiture, la cantine, la danse. 

L'état de fatigue nerveuse de la réalisatrice est finement rendu à l'écran par des phases temporelles difficilement discernables : rêve, réalité, flashbacks. Le film mériterait qu'on s'étende longuement sur ses multiples aspects, formels ou narratifs. Du latin comme moyen de transmission mémoriel à la façon de jouer de Moretti (tout le monde adorerait avoir un ami comme lui), Mia madre bruisse de qualités de bout en bout et porte haut l'art de faire un film.

 

4e  

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