Le bleu est une couleur chaude : la BD à l'origine de La vie d'Adèle
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Plusieurs polémiques ont accompagné la Palme d'Or. L'une d'entre elles concernait la prétendue amertume que Julie Maroh aurait exprimé sur son blog à propos de l'adaptation qu'avait fait Kechiche de sa BD. Certains journalistes se sont fait un malin plaisir d'extraire quelques phrases du dernier paragraphe de ce texte, qu'il est facile de monter en épingle.
En réalité, Julie Maroh exprime en des termes plutôt mesurés des sentiments complexes, dont émerge entre autre la frustration d'écrivain la plus universellement partagée : celle de voir son oeuvre lui échapper. Elle conteste aussi le caractère réaliste des scènes de sexe, ce qui m'amuse un peu, tant à mes yeux d'hétéro les fameuses 7 minutes brûlantes du film me semblent très similaires aux pages 94 à 97 de la BD.
Au-delà de ces polémiques un peu vaines (au sens où il me semble que Kechiche comme Julie Maroh sont tous deux gagnants dans l'affaire, et c'est le principal), j'ai été curieux de me faire une idée par moi-même de la qualité intrinsèque du livre.
Le bleu est une couleur chaude est une très belle BD. Elle est traversée par un souffle romantique puissant et fortement évocateur. Le dessin est agréable, avec une utilisation astucieuse du bleu, même si le procédé peut paraître à force un peu facile. Les personnages sont très attachants. Celui de Clémentine (Adèle dans le film) est dessiné un peu dans un style manga, notamment dans l'exagération des mimiques (yeux écarquillés, bouche grande ouverte...).
Impossible pour moi, évidemment, de faire abstraction du film. Au petit jeu des comparaisons, il apparaît d'abord que dans sa première partie, le scénario suit scrupuleusement la BD, au point que celle-ci ressemble par moment au story board du film. Petit à petit le scénario s'éloigne toutefois assez franchement de la trame de la BD pour inventer de nouvelles strates, typiquement Kechichienne : un approfondissement de la description des milieux socio-professionnels, quasiment inexistant dans la BD, et des inserts nombreux sur l'éducation.
Il me semble que certaines scènes cruciales de la deuxième partie du livre (comme la colère noire du père de Clémentine) ne sont pas reprises dans le film.
Plus le film avance et plus on quitte l'intrigue de la BD, à tel point que la fin est radicalement différente. Un autre point m'a intrigué : je trouve que Adèle Exarchopoulos campe un personnage complètement différent de Clémentine, alors que Léa Seydoux est une Emma assez ressemblante. Dans la BD, Clémentine est chétive, enfantine, maladive, beaucoup plus petite qu'Emma. Dans le film Adèle est une force de la nature, pleine d'une santé très terrienne, et plus grande qu'Emma.
Pour conclure, finissons par un lieu commun de première ampleur : le film est excellent, la BD est très bonne, chacun s'exprime superbement dans son media et les deux sont complémentaires.
En contrepoint de cet avis, il faut signaler qu'une autre artiste est associée au film : la peintre Cécile Desserle qui raconte dans cet article sa collaboration avec Kechiche. Une relation qui débouche sur une autre dimension du film, picturale, absente de la BD, et qui laisse voir pour le coup une relation entre créateurs totalement apaisée.
Lire aussi sur le sujet : Mon avis sur La vie d'Adèle / Le jour où j'ai vu La vie d'Adèle pour la deuxième fois / 4 choses que vous n'avez pas (ou peu) lu à propos de La vie d'Adèle
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: Non, et non, et non !
: Mouais, pourquoi pas
: A découvrir
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