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Articles avec #woody harrelson

3 billboards, les panneaux de la vengeance

Voici un film qui possède tout ce que j'attends du cinéma : des surprises, de la beauté, des émotions.

La réussite est quasi générale quel que soit l'angle sous lequel on observe 3 billboards, mais ses deux points forts sont sans conteste son scénario et son casting.

Cela faisait bien longtemps qu'un scénario ne m'avait pas ébloui à ce point (disons Une séparation). On ne sait jamais vraiment là où le film va nous entraîner, que ce soit au niveau d'une scène (va-t-elle frapper ?) ou d'un pan entier de l'histoire générale. L'intrigue rebondit ainsi plusieurs fois dans le film sans qu'à aucun moment on ait l'impression d'être manipulé. Notre regard sur chacun des personnages ne cesse d'évoluer tout au long des développements de l'intrigue. Du grand art.

Côté interprétation, c'est du très très très haut niveau. Frances McDormand est évidemment impériale. Plutôt que d'insister comme tout le monde sur son côté John Wayne, je parlerais plutôt de l'incroyable plasticité de son visage. Woody Harrelson et plus encore Sam Rockwell sont parfaits également, mais la réussite ultime du film, c'est la farandole de seconds rôles parfaitement choisis. Je pense évidemment à Peter Dinkladge échappé de son rôle de Tyrion, mais aussi par exemple à Caleb Landry Jones dans le rôle de Red Welby.

Le talent de Martin McDonagh manipule différentes tonalités dans un ensemble parfaitement cohérent. On passe ainsi d'une série de punchlines jouissives à une scène très violente, qui peut être immédiatement contredite par une émotion profonde (les lettres post-mortem) ou un clin d'oeil tendre (le dialogue des pantoufles). Ce n'est pas le moindre des nombreux mérites du film que de fondre en un seul creuset une critique du Sud redneck, un dilemme moral de haut vol et l'ambiance d'un film noir.

3 billboards invente un nouveau genre, qu'il porte à la perfection : le mélodrame drôle et humaniste.

 

4e 

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True detective (Saison 1)

Au panthéon des séries, la première saison de True Detective occupe sans aucune discussion une place de choix.

Il faut dire que les moyens mis à disposition sont d'un haut niveau de qualité : un réalisateur de cinéma extrêmement solide pour l'intégralité des huit épisodes (Cary Fukunaga), une star au sommet de son talent (Matthew McConaughey) secondé par un casting impeccable et un scénario porté à un haut niveau d'incandescence par Nic Pizzolatto.

Une des principales réussites de la série est de gérer brillamment un rapport au temps complexe. L'histoire racontée est la difficile traque sur plusieurs décennies d'un meurtrier en série (comme dans Zodiac de David Fincher, ou dans le génial Memories of murder de Bong Joon-ho). Les trois premiers épisodes alternent des aller-retours entre le présent (dans lequel les deux flics sont interrogés) et le passé. Le quatrième épisode, par son action débridée, tranche totalement avec le début de la série, avant que la deuxième partie de la saison nous amène par une brusque accélération du temps à revenir pour les deux épisode finaux à une narration au présent.

Le film alterne les tonalités avec une confondante facilité : spleen philosophique sur fond de vaudou, brusques accès de violence, tensions psychologiques entre les protagonistes, remords et repentirs, traque à la fois méticuleuse et mystique.

Tout est parfaitement réussi de bout en bout : la photographie est splendide, le générique est peut-être le plus beau jamais conçu, et la musique est admirable.

Si Mathew McConaughey trouve probablement ici son meilleur rôle (il semble cumuler en un seul personnage plusieurs de ces meilleures interprétations), son partenaire Woody Harrelson est aussi très bon, sorte de bloc à forte machoire, constitué à la fois de certitude auto-célébratrice et de penchants pour toutes sortes de débauches.

La saison entière peut d'ailleurs être vue plutôt comme la rencontre de deux êtres bourrés de tares que comme une enquête policière. 

Le scénario emprunte plusieurs éléments au Roi en jaune, un recueil de nouvelles de Raymond Chambers, publié en 1885, et qui inspira lui-même HP Lovecraft. Sans être fondamentale dans l'imbroglio du scénario, cette caractéristique contribue à l'étrangeté et à l'originalité de True Detective, à la fois récit haletant et rêverie morbide.

Une très grande réussite formelle.

 

4e 

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