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L'île aux chiens

Pendant que je regardais L'île aux chiens, une question m'a traversé l'esprit : mais qu'est ce que Wes Anderson a dans la tête, qui lui permette d'élaborer un projet aussi improbable que ce film, qui traite de choses tristes se passant dans un décor démoralisant, avec du japonais parfois non sous-titré ? Sûrement beaucoup de génie, une opiniâtreté d'acier et le sentiment de vouloir régler ses dettes (ici au Japon).

Le résultat est brillant. Les chiens et les personnages humains sont un peu statiques (cela est du au procédé utilisé : le stop motion) et pourtant très expressifs. Anderson joue avec les cadrages, la disposition symétrique dans les plans, la profondeur de champ, bref, de tous les moyens de la mise en scène, pour exprimer les émotions.

Les décors sont incroyables d'inventivité, et j'ai particulièrement aimé les petites séquences gratuites rendant hommage au Japon : la préparation des sushis et le combat de sumo par exemple.

Si les images sont superbes, le film convainc également par l'alacrité de ses dialogues, comme toujours chez Anderson à la fois simples, non conventionnels et servant admirablement la progression de l'intrigue.

Je conseille donc vraiment L'île aux chiens, qui, comme Fantastic Mr. Fox, donne le meilleur à voir de Wes Anderson.

Wes Anderson sur Christoblog : The grand Budapest hotel - 2013 (**) / Moonrise kingdom - 2012 (****) / Fantastic Mr. Fox - 2009 (****) / A bord du Darjeeling Limited - 2007 (***) / La vie aquatique - 2003 (*)

 

4e 

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The grand Budapest hotel

J'aime autant le dire en introduction : je suis très partagé quant aux films de Wes Anderson. J'ai adoré Mr. Fox, mais détesté La vie aquatique. J'ai été profondément ému par le début de Moonrise Kingdom, mais une partie d'A bord du Darjeeling limited m'a vraiment énervé. Etc. 

Mon ressenti après la projection de The grand Budapest hotel est une fois de plus très contrasté. L'univers imaginaire d'Europe Centrale (façon Syldavie, on pense souvent à Tintin) est d'abord très impressionnant : parfaitement kitsch, trop sucré et en même temps suprêmement décati. Du grand art en matière de décors, costumes, éclairages. Puis il devient de plus en plus lourd, (presque) jusqu'à conduire à l'indigestion.

Certaines scènes sont délicieusement menées (l'évasion de prison, dans le genre "une idée par plan"), et d'autres accusent de sérieuses baisses de régime. Certains acteurs sont magnifiques (Ralph Fiennes, Edward Norton), et d'autres sont transparents (Mathieu Amalric, Adrien Brody).

J'ai été souvent estomaqué par la maestria et l'invention de Wes Anderson réalisateur et dialoguiste (les détails innombrables, les cadrages au millimètre, des enchaînements magnifiques, les réparties parfois cinglantes, les noms délicieusement inventifs) et catastrophé par l'anémie de Wes Anderson scénariste (le film tourne un peu à vide de ce côté-là).

Mon avis est tout de même positif, car le film fait passer un bon moment, et il faut bien reconnaître que le foisonnement d'idées qu'il propose est souvent jouissif.

Wes Anderson sur Christoblog : Moonrise kingdomLa vie aquatique / A bord du Darjeeling limited / Fantastic Mr. Fox

 

2e 

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Moonrise kingdom

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/63/68/20081694.JPGCela commence comme beaucoup d'autres films de Wes Anderson : une démonstration de virtuosité en forme de revue de toutes les sortes de travellings et de panoramiques (horizontal, vertical, avant, circulaire...).

Mais il apparaît en quelques instants que cette virtuosité ne sera pas gratuite : elle est mise au service de l'histoire et des personnages. On est immédiatement happé par la narration très alerte et inventive.

Le film suit deux enfants qui tombent amoureux l'un de l'autre et fuguent ensemble, sur une île d'opérette, au cours de l'année 1965. Lui est orphelin, binoclard et scout. Elle est un peu folle, incomprise et violente. Leur amour est pur, calme, adulte.

Wes Anderson filme magnifiquement ces deux enfants, dont la composition est saisissante. Par un art consommé de l'effet comique et du contrepoint, les adultes semblent enfantins, perdus dans leur déprime et leur mesquinerie. Il est donc question d'abandon, de famille dysfonctionnelle, mais aussi d'espoir, de courage et de rédemption. 

Cette très belle aventure est traversée d'une douce nostalgie (de la nature, de l'enfance, du passé, de cinéma) qui fait baigner l'ensemble dans une teinte ocre et une athmosphère brumeuse, parfaitement adaptées au propos du film. Il faut noter tous les détails qui contribuent sa parfaite réussite, comme la bande-son ou les multiples artifices et effets (ralentis, split screens) toujours utilisés exactement au bon moment. Anderson offre en passant des scènes d'anthologie comme la danse sur la plage au son de Françoise Hardy : je m'en souviendrai longtemps.

Un plaisir acidulé et craquant, pour tous les âges - parfaite ouverture, optimiste sans être frivole, du Festival de Cannes 2012.

Wes Anderson sur Christoblog : La vie aquatique / A bord du Darjeeling limited / Fantastic Mr. Fox

 

4e 

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Fantastic Mr. Fox

Twentieth Century Fox FranceWes Anderson revient en force après un début de carrière tonitruant pour signer un film d'animation old school, où tous les personnages sont des figurines réelles évoluant dans des décors miniatures.

L'histoire, tirée d'un ouvrage du génial Roald Dahl, nous conte l'histoire d'un renard qui veut s'élever socialement (et s'élever tout court car il s'agit pour cela de transférer sa tanière en surface, comme les humains), mais qui ne sait résister à ses tentations de voleur de poules invétéré (atavisme, quand tu nous tiens !). Ce qui va provoquer une guerre ouverte contre trois affreux fermier.

Sur ce schéma se greffe des intrigues parallèles développant des thématiques chères à Wes Anderson et qu'on retrouve dans ses autres films. La famille tout d'abord (comme dans La famille Tannenbaum), et en particulier la relation père fils (comme dans La vie aquatique), les relations jalousie / amour entre frères ou cousins (comme dans A bord du Darjeeling).

Plus profondément c'est la nature profonde de chaque individu que questionne inlassablement le cinéma d'Anderson : pouvons-nous et devons-nous  résister à nos pulsions ? comment chacun va t'il trouver sa place dans la société ? comment montrer notre amour ? qu'est ce que le courage ? comment vivre sa vie sans regrets ni remords ? et même, comment vaincre ses phobies ?

Rarement animaux auront paru si ... humains.

Au-delà du fond, passionnant, on retrouve dans ce film le savoir faire extrêmement efficace d'Anderson pour l'auto-dérision, la réplique cinglante ("s'il se passe ce que je crois qu'il est en train de se passer, cela va mal se passer" dit tendrement et fermement la renarde à son délinquant de mari, Meryl Streep à Georges Clooney en VO, Isabelle Huppert à Mathieu Almaric en VF), et la poésie subtilement décalée (la merveilleuse rencontre avec le loup). Ce jeu visuel avec des cases vus de "profil" dans lesquelles évoluent les personnages, déjà vu dans les autres films d'Anderson, s'applique particulièrement bien aux aventures souterraines de nos héros.

Tous les personnages sont peaufinés et possèdent une personnalité propre, les décors sont superbes et même parfois sublimes dans leur poésie, je pense à l'arbre en particulier ou à la conversation entre Mr Fox et sa femme sur fond de chute d'eau, et la réalisation est parfaite, toute en invention et en rythme.

On éprouve un plaisir fou à la vision de Fantastic Mr. Fox, et je vous assure que vous n'avez pas besoin d'être un enfant pour cela.

 

4e

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La vie aquatique

Bill Murray. Buena Vista International Le cinéma de Wes Anderson est comme une mayonnaise. Ce n'est pas parce que qu'on y met les mêmes ingrédients que ça marche à chaque fois.

Dans La vie aquatique, comme dans les autres films d'Anderson on trouve donc :

- une famille déjantée avec des relations parents / enfants compliqués

- des personnages qui se cherchent eux-mêmes, se cherchent les uns les autres et s'esquivent

- une quête, mais de quoi ?, telle est la question

- un univers visuel à mi-chemin entre pop et BD pieds nickelés

- des trouvailles visuelles géniales (les animaux fabuleux comme l'hippocampe arc en ciel ou les crabes berlingots)

un jeu décalé des acteurs

- des personnages ridicules et/ou TRES typés (Klaus, le représentant de la banque)

- des tics récurrents (les scènes filmées dans les pièces "découpées" comme des boites à hamsters)

- une francophilie évidente (l'hôtel Citroën)

Dans La vie aquatique, même si certains moments sont très bons, la mayonnaise a du mal à monter. Les extraits de films sont vraiment trop tocs, les scènes de violence vraiment trop cheaps, et les personnages n'ont pas cette profondeur, ce supplément d'âme qu'auront les trois frères de A bord du Darjeeling Limited.

Il y a dans La vie aquatique en germe une personnalité exceptionnelle qu'il faudra discipliner pour l'épanouir. A suivre. 

 

1e

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A bord du Darjeeling limited

Je comprend qu'on puisse ne pas aimer les films de Wes Anderson. J'ai moi-même émis de sérieuses réserves sur La vie aquatique.

Son penchant adolescent qui n'arrive pas à devenir adulte, assumé et revendiqué, peut ne pas plaire à ceux qui préfère un cinéma plus mature, ou plus construit.

 

A l'inverse, ceux qui peuvent entrer dans la bulle du réalisateur trouveront dans ce film un joyeux fourre-tout sillonnant une Inde rêvée à bord d'un (trop ?) joli train bleu qui arrive à se perdre dans un désert. "Mais comment un train peut il se perdre, il est sur des rails, non ?" se demande fort justement l'excellent Jason Schwartzman, as de la litote et du silence qui tue.

Il est question de fratrie, comme si souvent au cinéma, et plus exactement de 3 frères mal remis du décès de leur père (dont il trainent les bagages, à la fois réellement et métaphoriquement), et en manque de mère, comme on le verra.

Leurs mésaventures indiennes sont pleines d'un humour décalé, d'un burlesque au ralenti et d'un sens aigu de la répartie imparable.

Les trois acteurs sont magnifiques, avec une mention spéciale à Adrien Brody. Les guest stars sont sublimes, Natalie Portman, toujours plus mince, dans un court métrage introductif et parisien à montrer dans toutes les écoles de cinéma tellement il est bien mis en scène, Bill Murray, excellent dans un Lost in Transportation décoiffant, Anjelica Huston, pleine de force et de vie.

Sur le fond l'ambiance indienne est bien restituée, sur la forme le pays est montré plus beau qu'il n'est et dans les scènes du village l'aspect hollywoodien en devient franchement gênant.

La deuxième partie, pleine de rebondissements - dont un tragique - et de fausses fins, est moins bonne que la première durant laquelle la finesse psychologique de la mise en place des trois caractères est délectable.

Un très bon moment si vous appréciez l'humour décalé ou connaissez l'Inde.


3e

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