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Articles avec #virginie efira

Adieu les cons

Le style de Dupontel, à la fois exubérant dans sa forme et rigoureux dans sa structure, se prête particulièrement bien à l'intrigue déjantée et pourtant crédible d'Adieu les cons.

On retrouve ici l'ambiance et la pertinence énervée de 9 mois ferme. Dupontel et la sublime Virginie Efira se donnent la réplique avec beaucoup de classe et de précision dans une intrigue au cordeau, parfaitement ramassée.

Le film est dense, inventif, rythmé. Il n'hésite pas à lorgner du côté du mélo avec une réelle grâce, à l'image de cette séquence finale devant l'immeuble et ses ascenseurs, pleine d'émotion.

On aimera plus ou moins, suivant qu'on entre ou pas dans l'univers stylisé de Dupontel. Pour ma part, j'ai été ému et j'ai pris mon pied.

Albert Dupontel sur Christoblog :  9 mois ferme - 2012 (****) / Au revoir là-haut - 2017 (**)

 

3e

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Sibyl

Qui trop embrasse mal étreint : voilà qui pourrait résumer Sibyl

Sur le papier tout est formidable : un scénario hitchcokien, une actrice au sommet, une réalisatrice en pleine phase ascendante. 

Pourtant, rien ne parvient à fonctionner à l'écran. Les tonalités tout le temps changeantes du film, le découpage inutilement compliqué, les commentaires en voix off qui alourdissent le film, les redites qui surlignent le propos : Sibyl croule finalement sous l'accumulation de ses intentions. 

Si Virginie Efira est magnifique et Sandra Hüller parfaite, les autres acteurs tournent un peu en mode automatique : Adèle Exarchopoulos excelle dans ce qu'elle sait le mieux faire (pleurer avec excrétion), Niels Schneider est joli à regarder et Gaspard Ulliel est très mauvais, comme d'habitude (un moment du film amène d'ailleurs d'une façon surréaliste  son personnage à dire ce qu'il est en réalité, une coquille vide).

En somme, le film aurait pu être bon, mais il patine, faute à une surabondance d'effets. On n'en voudra pas à Justine Triet, qui ne parvient jamais à nous intéresser vraiment à ces personnages, et on attendra l'essai suivant.

Justine Triet sur Christoblog : La bataille de Solférino - 2013 (**) / Victoria - 2016 (**)

 

2e

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Un amour impossible

Je n'attendais pas grand-chose de ce film : Catherine Corsini m'a parfois déçu, Christine Angot m'insupporte et si j'aime bien Virginie Efira, force est de constater que sa carrière n'en est encore qu'à ses débuts.

Le choc éprouvé hier après-midi n'en est que plus grand.

Commençons par la prestation des acteurs et actrices. Virginie Efira est magnifique, alternant détermination positive, douleur intériorisée et candeur amoureuse avec une classe incroyable. J'ai vraiment eu l'impression d'assister dans Un amour impossible à la naissance d'une très grande actrice, de la classe de Catherine Deneuve par exemple. Le reste du casting est parfait: Niels Schneider sidérant en salaud séduisant, Jehnny Beth incroyable de vérité en Chantal adulte. Le moindre des seconds rôles (la soeur de Rachel, ses collègues de bureau, l'ami mauricien, le père de Philippe) semble parfaitement à sa place.

La mise en scène de Catherine Corsini est ensuite brillante. Les mouvements de caméra sont à la fois inspirés et signifiants, ce qui est bien le propre des grandes réalisatrices. Pour ne donner qu'un exemple, la discussion entre Rachel et sa fille dans le café parisien est un grand moment de cinéma : les lentes oscillations de la caméra, très proche des deux visages, sont bouleversantes.

Il y a dans Un amour impossible une alchimie parfaite entre la direction artistique (quelle belle restitution de chaque époque !), la rigueur de la mise en scène et du montage, l'intensité de la progression dramatique et la densité du jeu des acteurs.

Le résultat est qu'on est littéralement emporté dans cette histoire terrible et haletante, souvent ému au larmes et confondu par ce sentiment d'une vie qui s'écoule sous nos yeux. C'est superbe.

Catherine Corsini sur Christoblog : Trois mondes - 2012 (**) / La belle saison - 2015 (***)

 

4e 

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Victoria

On aura rarement vu accroche plus mensongère que celle qui orne l'affiche de Victoria : "Super héroïne des temps moderne, une comédie hilarante".

Tout d'abord parce que Victoria n'a rien d'une super-héroïne : dépassée par les évènements, dépressive, dotée d'une sexualité plutôt défaillante, aveugle à l'amour... on a vu plus performant.

D'autre part, le film n'est pas du tout une comédie hilarante. Si on sourit un peu, surtout dans la première partie, la plus réussie, on est à mille lieues de se fendre la poire à chaque réplique.

Victoria, à l'instar du premier film de Justine Triet, La bataille de Solférino, est un objet difficile à qualifier et à apprécier. Trop drôle pour être pris au sérieux, pas assez rythmé pour être une vraie comédie, pas assez romantique pour toucher les coeurs de midinettes, trop bargeot pour plaire au grand public, trop gentil pour séduire les cinéphiles.

Le film est assez inégal, présentant de vraies bonnes idées (la scène du mariage, le témoignage du chien) et des aspects beaucoup plus faibles (des plans de coupe sur TGV qui font vraiment remplissage, un rythme inégal). Le résultat, bien que foutraque, est globalement sympathique sans être génial. 

Le film ne serait pas grand-chose sans l'abattage exceptionnel de Virgine Efira, qui irradie le film de sa présence, alors que Vincent Lacoste, que je n'aime toujours pas, trouve ici son moins mauvais rôle (ce n'est pas difficile).

Un film notoirement surestimé par la critique, qui a toutefois le mérite d'inventer un nouveau genre : la comédie romantique d'auteur.

Justine Triet sur Christoblog : La bataille de Solfrino - 2013 (***)

 

2e

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Elle

Cela faisait bien longtemps qu'un film ne m'avait pas autant captivé, de sa première image, un plan inoubliable sur le regard d'un chat, à la dernière. 

La grande réussite de Elle, c'est ce pouvoir, complètement perdu dans la plupart des films d'auteur aujourd'hui, de surprendre son spectateur de plusieurs façons différentes.

L'intrigue d'abord, particulièrement tordue, et dont je ne dévoilerai rien, qui multiplie les surprises et les coups de théâtre. Je ne parle pas ici de la principale ligne narrative, somme toute prévisible, mais de toutes les autres : la relation au père, les intrigues dans l'entreprise de jeux vidéo, l'évolution des relations entre les personnages, la relation au fils. 

Les réactions de Michèle, le personnage principal, constituent le deuxième facteur d'étonnement du film. J'ai été complètement bluffé par Isabelle Huppert, qui ici sublime son rôle dans un style qui lui colle à la peau : on ne sait jamais ce que cette diablesse va inventer. 

On aura rarement vu un personnage féminin plus décapant, plus intransigeant et plus désirant que celui-ci. Ce qu'elle dit est souvent en même temps plein de bon sens et profondément dérangeant. 

Verhoeven, par ses choix de montage et de mise en scène, accentue au maximum tous ces effets et dynamite littéralement une certaine qualité française dans son film : il coupe court des scènes qu'on s'attend à voir durer, il en invente d'autres qu'on se dit n'avoir jamais vu (le sang dans la mousse de la baignoire), il construit des rapprochements improbables. 

Elle est donc un film qui ne respecte rien, si ce n'est l'irréfragable liberté de son personnage principal. C'est jouissif.

 

4e   

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