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Christoblog

Articles avec #tchad

Grigris

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/97/45/93/20530368.jpgGrigris commence comme un amer tableau de la misère sociale africaine.D'un côté un jeune homme handicapé qui ne trouve pas de travail, et danse le soir dans les boites de nuit une curieuse danse spectaculaire et syncopée. De l'autre, une prostituée qui se vend aux touristes français.

Les ingrédients sont donc en place pour que le film tourne à la tragédie la plus noire, d'autant qu'une embrouille liée au marché noir précipite le jeune danseur entre les griffes de criminels.

L'intrigue, comme d'habitude chez Mahamat Saleh Haroun, met du temps à s'installer, puis gagne progressivement en épaisseur. Plus qu'aux caractères, le réalisateur s'intéresse ici aux corps : celui, déformé, de l'acteur Souleymane Démé, qui s'emplit de grâce quand il danse, et celui de la jeune prostituée, le mannequin Anaïs Monory, magnifique. Au final ces deux corps se vendent, mais le laid s'élève alors que le beau s'abaisse.

Le pire est probable, et pourtant ne se réalise pas. Les deux personnages tombent amoureux, et la fin du film relève presque du conte, tellement elle est enjouée et positive. C'est le contraste entre la densité de noirceur initiale et la vision finalement optimiste qui a troublé je pense le public de Cannes, peu habitué à ce que les films de la sélection officielle ne se terminent pas de la pire des façons.

J'ai trouvé pour ma part le film remarquablement mis en scène, et dégageant d'intenses moments de poésie, comme cette scène absolument magique lors de laquelle Souleymane Démé danse sur le toit. Mahamat Saleh Haroun parvient comme dans ses films précédents à imposer son regard, d'une attention et d'une bienveillance extrême. On pourra peut-être regretter cette fois-ci que les acteurs ne soient pas tous parfaitement à la hauteur de leur réalisateur. Le scénario aurait peut-être pu être également un peu plus travaillé.

Grigris met en évidence la puissance de l'amour, la détermination d'un individu et la force du collectif (dans sa partie finale) : ça fait du bien !

Mahamat Saleh Haroun sur Christoblog : Un homme qui crie

 

3e

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Un homme qui crie

Pyramide DistributionCela faisait longtemps que je n'avais pas vu un film aussi beau esthétiquement. Chaque plan est une sorte de tableau vivant. La lumière est d'une exceptionnelle douceur, donnant aux textures une sensualité extrême.

Mahamat Saleh Haroun possède un don inouï pour le cadrage et la direction photo, et obtient des scènes visuellement parfaites, comme les 3 ou 4 derniers plans du film, à tomber par terre.

Le scénario, lui, est presque celui d'une tragédie grecque. Un père voit son fils lui prendre son emploi qu'il adore (maitre-nageur) et en conçoit une profonde amertume. Parallèlement, on lui réclame de contribuer à l'effort de guerre en payant une grosse somme qu'il n'a pas. Ou alors de donner son fils pour la guerre... que fera t'il ?

Le film s'attarde tranquillement sur l'évolution du personnage principal, joué par Youssouf Djaoro qui impose sa très grande présence avec beaucoup de naturel (il jouait dans le film précédent de Seleh Haroun, Daratt, primé à Venise). Peut-être certains trouveront que cette lente évolution dans le mutisme, puis la dépression, est insupportable. Ils auront d'une certaine façon raison. Moi même j'avais envie de prendre Adam par les épaules, de le secouer et de lui dire : réagis, c'est le moment.

Dans une interview donnée au Monde, le réalisateur raconte comment il a du tourner ce film, dans des conditions de sécurité très difficiles, comme "avec un pistolet sur la tempe", dit-il.  Vu le résultat, déjà remarquable, on peut imaginer de quelle qualité serait une de ses oeuvres réalisée avec des moyens conséquents et une tranquillité de travail assurée.

Un prix du jury à Cannes 2010 mérité.


3e

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