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La danseuse

Les bons sujets ne font pas les bons films, et La danseuse en est la preuve éclatante.

Le personnage réel de Loïe Fuller est en effet sur le papier captivant : enfant du grand Ouest américain, gloire des cabarets parisiens du début du XXe siècle, danseuse masochiste torturant son propre corps, fondatrice de la danse moderne sous bien des aspects.

De ce beau matériau de départ, Stéphanie Di Giusto fait un pensum malheureusement glacé, desservi par une direction artistique beaucoup trop léchée. Les décors de western, les intérieurs bien éclairés - et très jolis, les costumes tout droit sortis de l'atelier, le château vide extraordinairement photogénique : le film paraît à la fois très ambitieux d'un point de vue formel, et un peu cheap (à l'image du bateau qui traverse l'Atlantique et qu'on ne voit pas). Chaque scène en elle-même est visuellement travaillée, sans qu'on sente un regard de créateur pour donner une unité à l'ensemble.

C'est une esthétique de lumière morte et trop rasante que propose La danseuse, qui m'a finalement empêché d'entrer dans le film. Emportée dans son élan David Hamiltonien, la réalisatrice arrive à faire apparaître belles les pires conditions de vie (celles de la remise aux Folies Bergères par exemple). C'est gênant.

Le deuxième gros défaut du film, c'est son scénario.

Certains reprochent à Stéphanie Di Giusto d'avoir minoré l'homosexualité de Loïe Fuller. C'est un procès à mon avis un peu vain, dans le sens qu'un créateur fait bien ce qu'il veut de son sujet de départ, que ce dernier soit une oeuvre ou un personnage réel. Un film de fiction n'est pas un documentaire, et ne doit aucun respect à ses sources.

On peut toutefois se demander si les artifices qu'emploie le scénario pour pallier ce hiatus n'affaiblissent pas globalement le film : le personnage que joue Gaspard Ulliel, totalement inventé, est d'une faiblesse criarde et le chaste béguin du personnage jouée par Mélanie Thierry semble absolument superficiel.

Reste au crédit du film l'interprétation habitée de Soko (qui en fait peut-être un chouïa trop), et le beau passage de sa rencontre avec Isadora Duncan. 

Le film, qui m'a rappelé à certains moments le Marguerite de Xavier Giannoli en moins bien, cumule au final trop de maladresses et de clichés stylistiques pour être vraiment recommandable.

 

2e

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Voir du pays

La principale qualité du cinéma des soeurs Coulin, c'est avant tout leur formidable mise en scène, à la fois originale et fluide. 

Voir du pays nous fait découvrir le quotidien de soldat(e)s en sas de décompression chypriote, entre Afghanistan et France. On suit d'abord leur arrivée irréelle dans un palace, on se délecte du contraste très cinégénique entre la rudesse militaire et l'exhibition indécente des touristes, puis on entre dans le coeur palpitant du film : il s'agit de se remémorer les coups durs vécus là-bas, pour les exorciser.

A partir de ce moment, les évènements vont s'enchaîner pour le pire, et d'exorcisme, il n'y aura pas. L'égalité homme/femme dans l'armée prendra d'ailleurs au passage un sale coup dans la tronche.

Le film a obtenu le prix du scénario dans la section Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes, mais c'est pour ma part la façon de filmer des réalisatrices qui m'a impressionné : alternance de très gros plans sur les visages et de plans d'ensemble superbement cadrés, légères digressions signifiantes dans la lumière ou le grain, rythme du montage, jeux de reflets et de transparence. C'est très beau.

Voir du pays vaut aussi pour son interprétation. Ariane Labed est parfaite, et Soko joue à merveille ce qu'on pense désormais être son propre rôle, regard ombrageux et sourcil brousailleux. 

Un sujet original, joliment traité.

Delphine et Muriel Coulin sur Christoblog : 17 filles - 2011 (***)

 

3e

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