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Christoblog

Articles avec #singapour

Les étendues imaginaires

Objet étrange que ce film singapourien, Léopard d'Or du dernier festival de Locarno.

Les étendues imaginaires oscille sans cesse entre un drame social explorant les conditions de travail dans l'île-état (le développement incontrôlé, la main d'oeuvre surexploitée des immigrés bangladais) et la balade onirique et éthérée.

En cela il ressemble beaucoup au très beau film de Davy Chou, Diamond island, en un peu moins convaincant.

On suit d'abord l'enquête d'un flic vaguement dépressif, puis on bascule sur l'histoire de celui qu'il recherche, un jeune travailleur qui se blesse à un bras. Les deux lignes narratives ont un point commun, qui est un salon de jeux vidéo géré par un personnage féminin et mystérieux, jouée par la magnifique Yue Guo, déjà repérée dans Kaïli blues

Tout cela est très bien photographié et vaporeux à souhait. Il ne faut pas y chercher la résolution d'enjeux dramatiques, mais plutôt les plaisirs générés par une rêverie poétique solidement ancrée dans le réel.

Je le conseille aux aventuriers aux goût orientaux. 

 

2e

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La saveur des ramen

Il semble décidément que les cinéastes asiatiques puissent évoquer les sentiments les plus profonds à travers l'art de cuisiner, comme Naomi Kawase dans Les délices de Tokyo, Fruit Chan dans Nouvelle cuisine ou Ang Lee dans Salé sucré.

Le réalisateur emblématique de SIngapour, Eric Khoo, choisit de raconter ici une page de l'histoire de son pays (l'occupation par les Japonais pendant la guerre) à travers une chronique familiale tendre et sensible.

Le jeune personnage du film est cuisinier et la quête des évènements du passé va l'amener progressivement à cheminer à travers les traditions culinaires des deux pays concernés. Le fil conducteur du film peut paraître assez simple, mais sa construction est relativement complexe, et révèle un très beau travail d'écriture, qui mêle avec bonheur les différentes époques.

La saveur des ramen génère beaucoup d'émotions différentes assez intenses. Vous serez tour à tour surpris, ému, intrigué, séduit et amusé. Une belle réussite, servie par un casting impeccable. A découvrir.

Eric Khoo sur Christoblog c'est aussi : Tatsumi - 2012 (**)

 

3e

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Apprentice

Jusqu'alors, l'application physique de la peine de mort par pendaison ne trouvait son incarnation cinématographique que dans le sublime Tu ne tueras pas, de Kieslowski.

Il faudra - aussi - compter à partir d'aujourd'hui avec ce film en provenance de Singapour, qui nous présente l'intinéraire d'un "apprenti" bourreau. 

Le point de vue est assez original : que signifie être un bon bourreau ? Doit-on être en empathie avec l'exécuté ? Le meilleur résultat est-il d'obtenir une mort rapide ?

Le film de Boo Junfeng est une étude psychologique sur le deuil et la culpabilité. La mise en scène du jeune réalisateur est élégante et percutante : on aurait peut-être aimé que le scénario soit un poil plus étoffé et plus retors. Les motivations du héros sont à mon sens dévoilées un peu rapidement, et la ficelle de l'accident de voiture est franchement épaisse.

Si le film présente donc beaucoup de faiblesses scénaristiques (la soeur et son mari australien comme remplissage), il emporte quand même l'adhésion par son efficacité toute américaine : on est scotché par la minutie des préparatifs macabres et on ne peut s'empêcher d'éprouver une fascination morbide pour cet assassinat légal.

Si le film est un plaidoyer contre la peine de mort, il ne l'est qu'incidemment, et c'est là sa grande qualité.

 

2e

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Ilo Ilo

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/008/21000802_20130423155628913.jpgCette année, Ilo Ilo a remporté à Cannes la Caméra d'Or, qui récompense le meilleur premier film, toutes sections confondues. Et c'est mérité.

Nous sommes à Singapour, contrée rarement montrée au cinéma, et qui fournit peu de réalisateurs de renom à ma connaissance (il ne me vient à l'esprit que le nom d'Eric Khoo).

L'histoire que raconte le film est toute simple : une domestique de nationalité philippine est embauchée par une famille middle class pour s'occuper du ménage et de la gestion d'un garçon un peu difficile. Un amour profond naît entre le petit garçon et sa nounou, alors qu'une crise financière sans précédent frappe le pays (nous sommes en 1997).

Sans être exceptionnel, Ilo Ilo se révèle être parfaitement conçu et réalisé. J'ai été véritablement ému par la performance des différents acteurs dont le jeu est admirable. Le petit garçon est une boule d'énergie taiseuse. La bonne philippine iradie véritablement l'écran de sa présence patiente et déterminée, alors que la mère campe une madame tout le monde que le démon de la dureté et de la méchanceté gratuite n'épargne pas. La mise en scène est brillante, à la fois discrète et très intense, servie par une photographie lumineuse.

Le film dégage une impression de réalisme qu'on croise de moins en moins souvent au cinéma. Vous pourrez noter par exemple qu'au tout début du film la maîtresse de maison demande à Teresa de choisir la couleur de sa tasse, qui sera bleue (cette scène est d'ailleurs l'occasion d'une première humiliation). Tout le long du film vous verrez que Tereza utilise ce mug, et que dans certaines scènes tournées dans la cuisine, on voit la tasse à l'arrrière plan.

Le film est comme ça : d'une véracité extrême, dans les décors comme dans les sentiments. Au Festival Paris Cinéma, Anthony Chen a révélé le sens du titre. Il a été lui-même élevé par une nounou philippine qui s'appelait Terry comme dans le film, et qui était originaire d'une petite île qui s'appelait Ilo Ilo. Il raconte qu'un groupe s'est constitué aux Philippines pour la retrouver, mais qu'il n'est pas sûr d'avoir envie de la retrouver...

Un réalisateur dont je parierais qu'on le retrouvera un jour en sélection dans un grand festival.

Films de Singapour sur Christoblog : Tatsumi

 

3e

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Tatsumi

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/97/10/19725934.jpgQuel plaisir !

Bien sûr, le fait que je sois un grand fan de Ozamu Tezuka, la figure tutélaire du manga, comme Tatsumi, héros de ce film et lui-même auteur de manga (pour adulte), m'empêche d'être tout à fait objectif à propos du film d'Eric Khoo, prodige singapourien.

Je laisserai donc à d'autres le soin de parler de ce film de façon objective.

Pour ma part, l'évocation de la vie de ce mangaka méconnu en France m'a ravi. Cette biographie animée est décrite en couleur, alors que 5 de ses livres sont illustrés sous forme de dessins animés monochromes. Ces 5 histoires sont plus noires les unes que les autres, et reflètent bien le génie du manga pour adulte japonais : guerre, catastrophe atomique, prostitution, inceste, désespoir, impuissances de toutes sortes, incommunicabilité, suicide, mutilation, meurtre... on est à mille lieues du dessin animé Walt Disney.

Le film est très plaisant à regarder, même s'il peut être un peu répétitif, et les scènes de fin durant lesquelles on voit le vrai Tatsumi se superposer à sa représentation ont une force incontestable. Une belle découverte.

 

2e

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