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Adolescentes

Le nouveau film de Sébastien Lifshitz prouve une nouvelle fois l'extraordinaire puissance de la forme documentaire, quand elle est ainsi irriguée par des personnalités aussi riches que celles d'Emma et d'Anaïs.

Les deux jeunes filles sont cueillies dans leur années de troisième, et accompagnées jusqu'au bac, pendant cinq ans.

Cette longue période résumée en deux heures de film, pendant laquelle les deux filles deviennent des jeunes femmes, possède un parfum de "temps qui passe" qu'on rencontre très rarement au cinéma (j'ai pensé à Boyhood, de Richard Linklater). Le fait que le film soit tourné à Brive, avec la nature toute proche qui donne à voir le passage des saisons, ajoute à la lente fluidité du film.

Si Adolescentes est si attachant, c'est aussi parce que les deux amies ont des personnalités à la fois très marquées, et totalement dissemblables. Elles sont par ailleurs issues de milieux très différents, ce qui permet à Lifshitz d'interroger le déterminisme social en profondeur. Les deux amies intriguent vite le spectateur : pourquoi et comment peuvent elle être amies ? Emma est silencieuse et solitaire, et Anaïs est volontaire et sociale. Rien ne les prédispose à se rapprocher. 

Lifshitz suit ses personnages avec une attention d'une acuité remarquable. Il parvient à s'immiscer dans les sphères très privées de l'intimité, d'une façon qui frôle souvent l'indécence. C'est fascinant. Les parents et les proches sont aussi des personnages haut en couleur qui génèrent des sentiments d'une grande complexité chez les spectateurs (la mère d'Emma !). Certains évènements semblent scénarisés, tellement leur pouvoir dramatique est grand (l'incendie de la maison d'Anaïs, l'hospitalisation de sa maman) : la réalité surpasse la fiction dans ces séquences.

Adolescentes représente l'apogée de l'art du documentaire : à voir absolument.

Sébastien Lifshitz sur Christoblog : Les invisibles - 2012 (***)

 

4e 

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Les invisibles

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/55/11/20101917.jpgPrésenter Les invisibles comme un documentaire regroupant des témoignages d'homosexuels étant nés il y a 70 ou 80 ans est réducteur.

Il s'agit certes de cela, mais pas seulement. La force du film est surtout de nous présenter des personnes, certes homosexuelles, mais avant tout amoureuses, ou l'ayant été. Les invisibles est donc un grand film d'amour, comme en témoignent la scène inaugurale, magnifique, du coup de foudre dans le rétroviseur, ou celle dans laquelle une femme parle du grand amour de sa vie, Gundrun.

Dans l'évocation du temps qui passe, des lieux qui comptent, des photos qui traversent le temps, surgit à chaque témoignage l'histoire d'une vie, et de ses amours. On oublie souvent d'ailleurs que ce sont des homosexuels qui parlent, sauf lorsque les souvenirs évoquent l'engagement politique dans les années 60 et 70, ou les odieux et violents rejets dont toutes ces personnes ont été les victimes (famille, travail, église, parti communiste). 

Le talent de Sébastien Lifshitz réside non seulement dans l'art d'éclairer son sujet et de le cadrer à la perfection, mais aussi dans l'entrelacement des récits et dans les plans de coupe qui rythment et ponctuent les interviews, donnant à réfléchir sur ce qu'on vient d'entendre. En utilisant des plans représentant la nature, des animaux, des ciels, la mer, des paysages urbains, Lifshitz semble situer ses personnages dans un ensemble plus grand, dans lequel l'inélucatibilité de l'homosexualité s'inscrirait dans un ensemble qui la dépasse.

Evidemment le film entre en écho avec l'actualité et le mariage pour tous (magnifique scène ou un couple visite une chapelle abandonnée et rêve de s'y marier), et on devrait imposer à tous les députés une séance de visionnage collective avant tout débat sur la question.

Le dernier point important à dire concernant le film est son irrésistible énergie, les personnages sont vifs, alertes, pleins d'énergie et de joie de vivre. Ils font rire le spectateur autant qu'ils l'émeuvent.

L'amour conserve.

 

3e

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