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Sur mes lèvres

Désireux de découvrir le cinéma du jeune Jacques Audiard (je ne connais aucun de ses quatre premiers films)  j'ai enfin profité de mon abonnement OCS en visionnant Sur mes lèvres.

Je ne vais pas tourner autour du pot : j'ai ressenti un véritable choc esthétique à la vue de cette chronique à la fois sensuelle et poétique. 

La mise en scène est d'abord incroyablement inventive et cohérente. Les effets de manche que certains peuvent juger vulgaires chez Audiard trouvent ici leur pleine justification à travers la matérialisation des problèmes d'audition de Carla. Le film parvient miraculeusement à faire ressentir son handicap par des astuces dans la bande-son et dans l'image, mais aussi dans la mise en scène.

Le casting est l'autre point fort du film : Vincent Cassel, Emmanuelle Devos et Olivier Gourmet trouvent ici tous les trois peut-être leur meilleur rôle. Devos compose un personnage emprunté et sensuel qui ne ressemble pas du tout à ceux qu'elle jouera abondamment par la suite, Cassel dégage une énergie et une animalité rare et Gourmet est inquiétant comme jamais.

Sur mes lèvres brille enfin par son scénario redoutablement efficace, au rythme tour à tour alangui et haletant. Du grand art, et pour moi le meilleur Audiard.

Jacques Audiard sur Christoblog : Un prophète - 2009 (***) / De rouille et d'os - 2012 (****) / Dheepan - 2015 (***) / Les frères sisters - 2018 (**)

 

 

4e 

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Ceux qui travaillent

Je n'avais initialement pas prévu d'aller voir ce film, mais porté par de bonnes critiques et une tendresse pour Olivier Gourmet, je me suis laissé tenté, hélas.

Ce premier film du Suisse Antoine Russbach ne présente en effet aucun intérêt notable, semblant réchauffer de nombreuses problématiques déjà abordées mille fois au cinéma : l'homme qui perd son boulot et fait semblant de continuer à y aller pour sauver les apparences (façon Jean-Claude Romand), la dureté du capitalisme mondial (vraiment, certains n'ont aucun scrupule), la facilité de prendre des décisions impliquant la vie des autres en ne quittant pas son écran d'ordinateur (une variante de l'expérience de Milgram), l'aspect désincarné des relations en entreprise, la charge mentale qui pèse sur les cadres, etc.

De tout cela il ne ressort rien d'original ou de simplement crédible. Tout est survolé sans approfondissement (la famille potiche en est une bonne illustration) et comme le jeu de Gourmet est bien trop monotone, on s'ennuie ferme, le réalisateur étirant les scènes sans raison (le film dure 1h42).

Seule éclaircie bien timide, l'escapade dans le port belge avec sa fille empêche Ceux qui travaillent d'être absolument catastrophique.

A éviter.

 

1e

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Une intime conviction

L'intention du réalisateur Antoine Raimbault est louable : donner à sentir l'ambiance d'un procès, situer les enjeux de la Justice, explorer les limites entre les preuves et l'intime conviction et accessoirement assurer le show en confiant à Olivier Gourmet le rôle du volcanique Eric Dupond-Moretti.

Le souci du film est de trouver son équilibre. D'un côté il expose des bribes de l'affaire Viguier (mais on est parfois un peu frustrés de ne pas avoir toutes les cartes en main), de l'autre il plaque sur un aspect documentaire le personnage inventé de Nora, réduit à la simple expression de son obsession : Nora a été jurée du premier procès et possède l'intime conviction que Viguier est innocent. Les deux parties ne se marient qu'imparfaitement.

Le personnage de Nora, interprété par Marina Foïs, m'a paru sur-écrit. Le scénario semble surligné à chacune de ses interventions : Nora est tellement à fond qu'elle (cochez les cases) expédie sa sexualité, ne peut pas tomber amoureuse, va perdre son boulot, fout le feu à sa maison, néglige son fils, ne voit plus les voitures dans la rue, etc. C'est lourdingue et surtout dépourvu de finesse psychologique.

Par contraste le personnage de Dupond-Moretti est plus intéressant, et on se demande pourquoi Raimbault n'a pas concentré son film sur ce qu'il représente. Il y aurait eu probablement de belles choses à creuser dans sa façon de penser la meilleure manière de rendre la justice.

Une intime conviction est un film bancal, qui ne convainc pas totalement et confirme la difficulté du cinéma français à produire de bons "films de prétoire", à la hauteur de 12 hommes en colère. On est parfaitement en droit de préférer le récent film de Chritain Vincent, L'hermine, à celui de Raimbault.

 

2e

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L'échange des princesses

De mon point de vue, Marc Dugain est le premier écrivain à vraiment réussir un film.

L'échange des princesses est en effet appréciable de bout en bout et présente de nombreuses qualités.

Le film est tout d'abord une merveille à regarder : photographie admirable sans être ostentatoire, direction artistique (costumes, décors, musique) qui parvient à donner une sensation de réalisme comme j'en ai rarement vu dans un film en costumes.

Le scénario est ensuite admirable. A travers ce double mariage croisé entre les cours de France et d'Espagne, Marc Dugain donne à voir l'absolue dureté avec laquelle on traitait les enfants royaux ou nobles à l'époque. Comme le dit un des personnages du film, les petites filles sont de la "chair à marier". De ce point de vue, L'échange des princesses réussit un miracle : il parvient à être à la fois plaisant à regarder (on sourit, on est intrigué et ému), et extrêmement noir sur le fond.

Ajouter à toutes ces qualités un casting très convaincant (la petite Juliane Lepoureau - photo - est craquante) et une découverte quasi-documentaire des rites de l'époque, et vous obtiendrez le prétexte à une excellente sortie de début d'année.

 

3e

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Le secret de la chambre noire

C'est toujours difficile de voir un auteur qu'on respecte se planter. Je suis donc triste de dire que le dernier opus de Kiyoshi Kurosawa est vraiment très mauvais. 

Le réalisateur japonais rejoint la longue liste des réalisateurs étrangers dont le talent semble s'affadir irrésistiblement quand ils viennent tourner dans des productions françaises, avec des acteurs français (Kieslowski, Kiarostami, Hou Hsiao Hsien, Farhadi, etc).

Certes, la mise  en scène de Kurosawa reste d'une fluidité et d'une élégance souveraine. On le constate dès les premiers plans, d'une grande beauté. Mais malheureusement, le film se gâte progressivement, par l'effet conjugué de ses deux défauts principaux : des erreurs de casting majeures et un scénario approximatif.

En terme de casting, je vais être clair. Tahar Rahim est nul, confiné une fois de plus dans ce rôle de petite frappe limitée et un peu sotte, dont il ne sait (peut ?) pas sortir. Olivier Gourmet est moins bon que d'habitude. Il semble très mal dirigé, à l'image de cette scène où il joue un état d'ivresse avec beaucoup d'approximations. Constance Rousseau est transparente à force d'être diaphane.

Le scénario, quant à lui, semble écrit à la truelle. Rien ne tient, tout est critiquable. L'évolution psychologique des personnages est hautement improbable et les histoires de fantômes ne répondent à aucune logique (vu la fin du film, il faudra qu'on m'explique la scène du début durant laquelle Marie rencontre un recruteur au Jardin Botanique).

Ajoutez à tout cela des effets indignes de Kurosawa (portes qui grincent, parquets qui craquent, chuchotement des morts qui flottent dans l'espace) et vous aurez bel et bien le pire opus du maître japonais.

Kiyoshi Kurosawa sur Christoblog : Kairo - 2001 (**) / Shokuzai - 2012 (****) / Real - 2012 (**) / Vers l'autre rive - 2015 (**)

 

1e

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La fille inconnue

Je ne porte pas (ou plus) les Dardenne dans mon coeur, comme les plus fidèles de mes lecteurs le savent, et ce n'est pas ce dernier opus qui va me faire changer d'opinion.

D'abord, les frérots sont bien meilleurs quand ils tournent avec des acteurs inconnus. 

On a ici bien du mal à croire à Adèle Haenel dans un rôle de médecin, et même, disons-le, dans un rôle d'adulte. Sa confrontation avec le vieux docteur qui part en retraite sonne particulièrement faux. Même si sa prestation s'améliore tout doucement en cours de film, elle peine vraiment à emporter l'adhésion, comme d'ailleurs l'ensemble du casting.

Alors que le cinéma des Dardenne est réputé réaliste, leurs films me semble de plus en plus artificiels. 

Le schéma de La fille inconnue, assez semblable à celui du terrible Deux jours, une nuit (un personnage féminin fait du porte à porte pour avancer dans l'intrigue), n'aide pas beaucoup les acteurs à rendre le propos du film captivant. On part d'un pitch, puis on déroule un peu mécaniquement une histoire sans grande surprise ni émotion. La fille inconnue est un film-dispositif, et il est en cela assez contraint.

Comme les Dardenne ne sont pas des maîtres du suspense, le résultat est souvent poussif (le suicide dans la douche !), sans être complètement indigne. On est parfois réveillés par quelques explosions de violence, qui ne sauvent cependant pas le film du gouffre d'indifférence dans lequel il sombre tranquillement.

Les Dardenne sur Christoblog : Le silence de Lorna - 2008 (**) / Le gamin au vélo - 2011 (***) / Deux jours, une nuit - 2014 (*)

 

2e

 

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Jamais de la vie

Dans le genre film-de-banlieue-au-héros-mutique-qui-se-finira-mal, Jamais de la vie est plutôt réussi.

Pierre Jolivet, qui est un réalisateur très estimable (je me souviens avoir adoré Simple mortel), réussit plutôt bien sa première partie de film. Olivier Gourmet compose un anti-héros particulièrement opaque - probablement son meilleur rôle - et le film tisse autour de lui une trame narrative intrigante. 

Les seconds rôles sont réussis (étonnant Benabar en patron sympa) et la photographie glauque rend très présente la cité dans laquelle l'intrigue se déroule.

Malheureusement, la deuxième partie du film verse un peu plus dans la facilité et le déjà-vu, même si la réalisation reste sèche et intéressante.

A voir pour le numéro d'acteur de Gourmet, si on apprécie sa dégaine de gros ours à la fois bedonnant et musclé.

 

2e 

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L'affaire SK1

Symbole d'une nouvelle qualité française un peu poussive, L'affaire SK1 ne présente pas beaucoup d'intérêt en terme cinématographique. Frédéric Tellier fait partie de ces réalisateurs de seconde zone qui n'hésitent pas à nous offrir un travelling vertical sur la Tour Eiffel quand celle-ci entre dans le champ de la caméra, comme le ferait n'importe quel touriste chinois en goguette sur le Trocadéro.

La plupart des acteurs et actrices sont mauvais (William Nadylam est catastrophique en avocat de Guy Georges) ou moyen (Raphael Personnaz est transparent, comme souvent, Olivier Gourmet et Michel Vuillermoz assurent tout juste, dans leur registre habituel). Une exception toutefois dans la grisaille du casting : l'extraordinaire prestation de Adama Niane, qui joue le tueur, et qui parvient à la fois a nous terrifier et à nous intriguer. 

Le film, s'il ne présente que peu d'intérêt en tant qu'objet cinématographique, excite un peu notre curiosité quant au fait divers qu'il représente. Le début de la traque est en particulier étonnante, avec ces coïncidences incroyables qui égarent les enquêteurs (le meurtre de Dijon, la présence de Reboul sur les différents lieux de crime). 

Petit à petit, la curiosité s'émousse cependant, la répétitivité des meurtres générant un certain ennui, ce qui contraint le réalisateur à faire le choix d'un montage "cache-misère", qui tente sans grand succès de dynamiser le film par un montage temporel alterné. On est évidemment très loin des vertiges métaphysiques que générait le Zodiac de Fincher, sur un sujet comparable.

Malgré tous ces défauts, L'affaire SK1 ne parvient pas à être totalement inintéressant : le portrait qu'il dessine de Guy Georges est suffisamment frappant pour marquer l'esprit du spectateur. A voir si vous avez le temps.

 

2e

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La tendresse

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Vous savez que je ne suis pas méchant (vous le savez ?), mais il ne faut pas me pousser dans mes retranchements. Dans le dernier film de Marion Hänsel, tout est mauvais.

Un couple séparé depuis 15 ans entame un road movie de Belgique à Chamonix pour rejoindre leur fils blessé lors d'un accident de ski. Ils font la connaissance de la copine de leur fils : elle est super-gentille et super-canon. Finalement le fils n'a pas grand-chose et tout le monde peut remonter outre-Quiévrain tranquillement. Chemin faisant, la mère se fait draguer par un auto-stoppeur marin-pêcheur joué par un Sergi Lopez plus Sergi Lopez que nature. Qui lui laisse un mot sur le pare-brise pour lui dire qu'elle est vraiment trop belle : c'est pas émouvant ça ?

Durant le trip il s'avère que la mère est vraiment pas dégourdie : elle ne sait pas faire marcher l'auto-radio, ne sait pas se servir d'une carte de crédit et se fait enfermer dans les toilettes. C'est ballot. Elle découvre par contre les joies de la montagne grâce à un gentil savoyard qui l'emmène en moto-neige voir la vue en haut des pistes au milieu de la nuit. C'est trop émouvant comme on voit les étoiles.

Olivier Gourmet fait des blagues un peu racistes qui mettent son fils mal à l'aise mais il a un coeur d'or sous ses dehors un peu ronchon. Tous les seconds rôles (chirurgien, patron du club, etc) sont des marshmallows qui jouent d'une façon aussi naturelle qu'une troupe échappée du musée Grévin.

Tout ça est bien trop mimi pour moi.

 

1e

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Grand central

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/035/21003539_20130506123520021.jpgJ'attendais beaucoup de la nouvelle production du tandem Rebecca Zlotowski / Léa Seydoux, dont j'avais beaucoup aimé le précédent film, Belle Epine.

Hélas, après avoir patienté plusieurs heures à Cannes pour déguster le film dans une salle d'Un certain regard pleine à craquer, j'ai bien du me rendre à l'évidence : quelque chose dans le film cloche et l'empêche de réellement fonctionner.

Peut-être cela vient-il de Tahar Rahim, acteur qui me pose beaucoup de problème, puisque je ne le trouve pratiquement jamais crédible ? Ou suis-je gêné par la juxtaposition amour sensuel / radioactivité, sorte de prototype de la fausse bonne idée, uniquement fondée sur un contraste frontal qui ne sert en aucun cas le développement des deux thématiques ? Il faut dire que le fait de devoir tourner toutes les scènes à l'intérieur de la centrale nucléaire en Autriche n'aide pas à la fluidité du film, qui semble au final très "découpé" et peu cohérent.

En réalité, je n'ai pas cru une seule seconde à l'histoire d'amour entre les deux personnages principaux. Léa Seydoux ne parvient pas à être assez vulgaire pour rendre son personnage crédible (et l'artifice de la coupe de cheveux n'y aide pas). Dans cette escalade à vouloir représenter une certaine sorte de vulgarité, le casting semble presque trop construit (Olivier Gourmet et Denis Ménochet, ensemble !).

Le film ne donne pas l'impression de former un tout, mais plutôt un assemblage d'éléments disparates. Il vaut plus pour son ambiance que par une analyse psychologique ou un développement narratif : en somme les défauts de Belle Epine amplifiés par un budget plus important, sans que les qualités du premier film ne subissent le même sort.

 

1e

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