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Articles avec #matthew mcconaughey

True detective (Saison 1)

Au panthéon des séries, la première saison de True Detective occupe sans aucune discussion une place de choix.

Il faut dire que les moyens mis à disposition sont d'un haut niveau de qualité : un réalisateur de cinéma extrêmement solide pour l'intégralité des huit épisodes (Cary Fukunaga), une star au sommet de son talent (Matthew McConaughey) secondé par un casting impeccable et un scénario porté à un haut niveau d'incandescence par Nic Pizzolatto.

Une des principales réussites de la série est de gérer brillamment un rapport au temps complexe. L'histoire racontée est la difficile traque sur plusieurs décennies d'un meurtrier en série (comme dans Zodiac de David Fincher, ou dans le génial Memories of murder de Bong Joon-ho). Les trois premiers épisodes alternent des aller-retours entre le présent (dans lequel les deux flics sont interrogés) et le passé. Le quatrième épisode, par son action débridée, tranche totalement avec le début de la série, avant que la deuxième partie de la saison nous amène par une brusque accélération du temps à revenir pour les deux épisode finaux à une narration au présent.

Le film alterne les tonalités avec une confondante facilité : spleen philosophique sur fond de vaudou, brusques accès de violence, tensions psychologiques entre les protagonistes, remords et repentirs, traque à la fois méticuleuse et mystique.

Tout est parfaitement réussi de bout en bout : la photographie est splendide, le générique est peut-être le plus beau jamais conçu, et la musique est admirable.

Si Mathew McConaughey trouve probablement ici son meilleur rôle (il semble cumuler en un seul personnage plusieurs de ces meilleures interprétations), son partenaire Woody Harrelson est aussi très bon, sorte de bloc à forte machoire, constitué à la fois de certitude auto-célébratrice et de penchants pour toutes sortes de débauches.

La saison entière peut d'ailleurs être vue plutôt comme la rencontre de deux êtres bourrés de tares que comme une enquête policière. 

Le scénario emprunte plusieurs éléments au Roi en jaune, un recueil de nouvelles de Raymond Chambers, publié en 1885, et qui inspira lui-même HP Lovecraft. Sans être fondamentale dans l'imbroglio du scénario, cette caractéristique contribue à l'étrangeté et à l'originalité de True Detective, à la fois récit haletant et rêverie morbide.

Une très grande réussite formelle.

 

4e 

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Interstellar

Prenez 2 minutes bien choisies d'un film de Christopher Nolan, et vous pourrez croire avoir affaire à un grand cinéaste.

Une course folle dans un champ de maïs à la poursuite d'un drone égaré, une planète constituée uniquement d'eau et balayée par des vagues géantes, un homme qui flotte dans un espace tridimensionnel constitué des mêmes images du passé : on voit bien que Nolan possède un puissant sens de l'image évocatrice, associé à une grande maîtrise technique.

Le problème est que Nolan est un piètre scénariste, et qu'il s'acharne à vouloir écrire ses films. Interstellar, après un début prometteur, vire donc durant ses longues deux dernières heures (le film dure 2h49mn) au n'importe quoi métaphysico-sentimental. Le personnage joué (platement) par Matthew McConaughey peut ainsi traverser un trou noir pour franchir les années-lumières et se retrouver dans le passé, par hasard, à discuter en morse avec sa petite fille à travers une bibliothèque (?!). 

Le ridicule parcourt ainsi une bonne partie du film, l'irisant d'une palette de défauts impressionnante : la platitude et l'approximation, le manque d'imagination (les décors des planètes sont beaux mais manquent d'originalité), l'emploi excessif de stétéotypes éculés (le vieux savant en chaise roulante, l'ordinateur rigolo), une sentimentalité larmoyante, des dialogues à la limite du ridicule, une sous-utilisation éhontée de magnifiques thèmes de SF (on pense au traitement du sujet des différents écoulements du temps dans l'Hypérion de Dan Simmons par exemple), des chutes de rythme incessantes, un réalisme des scènes d'espace qui est loin de valoir celles de Gravity, des seconds rôles pitoyables (Matt Damon !), des suspenses de séries Z, etc.

On sort du film sous l'emprise d'une profonde et triste lassitude.

 

1e

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Dallas buyers club

Le nouveau film de Jean Marc Vallée peut se résumer ainsi : une histoire originale, une performance d'acteur invraisemblable et une mise en scène solide.

Parlons d'abord de Matthew McConaughey. Amaigri au point d'être méconnaissable (on s'inquiète même pour sa santé), il produit une performance qu'on peut aisément qualifier d'oscarisable. Le plus incroyable est qu'il parvient à ne pas surjouer son personnage : il lui suffit d'être sur la continuité sec comme un coup de trique, et de gérer superbement quelques pétages de plomb. Sa performance est magnifiée par celle de Jared Leto, excellent en travesti sensible. Le duo fonctionne à merveille.

L'histoire est par ailleurs très intéressante. Je ne connaissais pas pour ma part les polémiques qui ont marqué le développement des médicaments comme l'AZT et j'ai beaucoup appris. Quand à la mise en scène de Jean-Marc Vallée, elle est nerveuse, efficace, et sans chichi. Exactement dans la tonalité du film.

Curieusement, si le film m'a plu, il ne m'a pas vraiment ému, alors que je ne peux pas dire grand-chose de négatif à son propos (sauf peut-être souligner que la prestation de Jennifer Garner est nettement en retrait de celle de ses partenaires masculins).

A voir.

De Jean-Marc Vallée, sur Christoblog : Café de Flore.

 

3e

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Le loup de Wall Street

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/611/21061133_20131126165415897.jpgBien sûr, il y a des airs de déjà vu dans Le loup de Wall Street qui empêchent de considérer le film comme une réussite absolue.

La fantaisie débordante de Di Caprio rappelle celle qui était la sienne dans Catch me if you can, son ascension rappelle celle des mafiosi des Affranchis, ses addictions maladives celles d'Aviator, etc. Les bimbos renvoient à Springbreakers, la nébulosité des transactions financières à Margin call, la bêtise de certains protagonistes et l'argent facile allié à la critique d'une certaine Amérique à No pain no gain : le dernier Scorsese est une somme qui récapitule une année - et peut-être même une décennie - de cinéma américain.

Tout y est assez merveilleusement agencé. Leonardo Di Caprio est a proprement parler étourdissant, utilisant tous les registres possible de l'acteur, et multipliant les morceaux de bravoures (les harangues à ses troupes sont toutes des séquences d'anthologie), tandis que Scorsese semble au sommet de sa forme, utilisant tous les procédés connus de mise en scène et se permettant quelques fantaisies (la Ferrari qui change de couleur parce que la voix off avoue s'être trompé).

Les sous-textes du film sont riches et complexes, et pourraient donner lieu à de multiples digressions : rêve américain dévoyé, bulle financière, libre entreprise contre mépris du consommateur, hédonisme contre sobriété, drogue comme dopant de la créativité, place des femmes aux USA, etc...

Le film est monté superbement, nous entraînant dans un tourbillon qui fait paraître les trois heures bien courtes même si le film connaît un tout petit coup de mou vers le milieu, et une fin légèrement décevante.

Un excellent moment de cinéma au final.

 

4e

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Mud

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/20/68/20090464.jpgLors du dernier Festival de Cannes, l'attente était grande concernant le troisième film de Jeff Nichols, très remarqué pour son deuxième film, Take shelter, qui pour ma part ne m'avait (déjà) que partiellement convaincu.

Mud commence très bien. Deux enfants errent dans la nature sauvage (et aquatique) du Sud des Etats-Unis et découvrent une île au milieu du fleuve, dans laquelle vit un être mystérieux joué par l'inévitable Matthew McConaughey, décidément très présent en 2012 sur la Croisette (Paperboy) et ailleurs (Killer Joe).

Cette partie du film est vraiment réussie, confirmant l'exceptionnelle aptitude de Nichols à filmer la nature (on pense évidemment à Malick), l'étrangeté, l'enfance et les visages. Les deux garçons sont remarquables, agissant comme des adultes et nous emportant dans un beau voyage vers le mystère, en convoquant toute la mythologie du Mississippi (Tom Sawyer et cie).

Il est d'autant plus triste de voir le film s'affaisser progressivement dans les conventions les plus éculées du cinéma américain, et perdre ainsi son intérêt. L'intrigue se révèle finalement platement classique, tristement noire, et prévisible. On s'ennuie. On se demande où sont les surprises, où est le mystère, et à quoi rime cette fin un peu idiote, en forme de happy end. Le fim, trop long, s'égare donc en route et perd le fil de son originalité.

Au final prédomine l'impression d'un talent gâché : Jeff Nichols semble armé pour faire beaucoup mieux que ce film, à la facture finalement très classique.

 

2e

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Paperboy

Dans la morosité de la sélection officielle cannoise 2012, le deuxième film de Lee Daniels (Precious) a apporté une touche de folie et de moiteur.

L'intrigue est tirée d'un roman de l'excellentissime Pete Dexter, dont je recommande les livres, et nous entraîne dans une sordide histoire de criminel défendu par une équipe constituée de journalistes en quête de succès et d'une nymphomane passionnée par les prisonniers.

Le premier plaisir que donne le film est celui d'un scénario complexe, non prévisible et centré sur les relations entre les personnages et les questions de société (le racisme surtout).

J'ai été complètement bluffé par la performance des acteurs. Nicole Kidman, vulgaire à en crever, bimbo nympho, est tout simplement brillante. C'est un plaisir (coupable) de la voir uriner sur le mignon Zac Efron, de mimer une fellation, de décroiser les jambes de façon suggestive et de mâcher son chewing-gum avec un air de bêtise insondable. Matthew McConaughey confirme être l'acteur le plus passionnant du moment. Quant à John Cusack, il joue avec une perversité diabolique le plus beau méchant vu récemment.

La réalisation de Lee Daniels est brillante, moite, vive, plus sage que dans Precious mais tout aussi dynamique. Le film est parsemé d'éclairs trash du plus bel effet.

Une réussite.

 

3e

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Killer Joe

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/38/83/20161781.jpgLe dernier film de William Friedkin est à déconseiller aux âmes sensibles. Non pas qu'il soit outrageusement violent ou gore (à la Noé ou à la Refn par exemple) : il est simplement d'un noir absolu.

Nous pénétrons dès le début au sein d'une famille white trash du plus pur style : caravane, père d'une bêtise abyssale, belle-mère d'une vulgarité insondable, fils complètement raté échouant lamentablement dans toutes ses initiatives, fille sexy et bébête se réfugiant dans son monde secret. Tout ce laid petit monde vit en Louisiane et décide de concert de supprimer la mère (absente) pour toucher l'assurance vie. Pour cela entre en jeu un tueur glaçant, incarné par le formidable Matthew McConaughey.

Evidemment, l'histoire finira très mal.

Plus qu'un film violent, Killer Joe est une formidable machine a exposer la veulerie, la traitrise, l'imbécillité crasse, le vice et la perversion. C'est ce qui a valu au film une sortie des plus limitées aux USA.

Friedkin semble prendre un malin plaisir à torturer notre sens moral, en multipliant les scènes dérangeantes, telle celle de la fellation pratiquée sur un pilon de poulet, assez terrifiante de perversité voyeuriste - et immédiatement culte. L'innocence est maltraitée tout au long du film, puisque la jeune fille est donnée en caution au tueur qui en abuse immédiatement, avec une efficacité absolument redoutable et un brio qui rend Friedkin l'égal des plus grands maîtres du cinéma hollywoodien.

En tant que spectateur il faut bien avouer que le plaisir éprouvé à la vision de Killer Joe est un brin inavouable, mélange de sidération exaspérée et d'excitation coupable.

Pour ma part, un petit regret concernant le dernier plan : je n'aurais pas fini le film ainsi. Mais je ne suis pas Friedkin, Dieu merci.

 

3e

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