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L'atelier

Le dernier film de Laurent Cantet se compose de deux parties distinctes.

La première retrouve les meilleurs côtés de Entre les murs : Cantet sait comme personne filmer les jeunes gens qui ne sont pas des acteurs, les faire interagir avec l'expérimentée Marina Fois, montrer leurs émois, leurs sentiments, leurs hésitations.

C'est très beau, et d'une intelligence d'écriture très convaincante. On suit avec beaucoup de plaisir l'initiation de ces jeunes aux joies de l'écriture. La dialectique des échanges est en soi un véritable plaisir gourmand.

Dans la deuxième partie du film, Cantet recentre l'action sur le personnage de l'écrivaine et celui d'Antoine, un jeune qui se laisse séduire par les thèses de l'extrême-droite. L'atelier vire alors doucement au thriller psychologique. Quelle est la nature exacte de la relation entre les deux personnages, un acte violent est-il à craindre ?

Cette deuxième partie m'a nettement moins convaincu que la première. J'ai trouvé que le scénario s'alourdissait de scories inutiles (un exemple : la visite de l'éditeur), que Cantet n'était pas très à l'aise dans les scènes de suspense et que le jeu Marina Fois s'ankylosait un peu.

Au final cependant l'impression est plutôt positive, et je conseille L'atelier pour sa sourde originalité.

 

2e

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Polisse

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/94/23/19759456.jpgAvant-première le 27 septembre 2011 à l'UGC Atlantis, près de Nantes. Maïwenn est là, escarpins noirs, jean serré (très serré), veste en jean, accompagnée de Naidra Ayadi et Frédéric Pierrot. L'intervieweur s'emmêle complètement les pinceaux, en questionnant par exemple Frédéric Pierrot à propos de La guerre est déclarée, dans lequel il joue aussi... ce qui permet à Maïwenn de couper sèchement d'un "on est là pour parler de Polisse !". Sinon, pas facile de parler d'un film avant la séance comme c'était le cas ce soir. On apprend que les 10 acteurs ont fait un stage d'une semaine chez la police, que le scénario résulte de notes prises par Maïwenn pendant un passage à la BPM et que parfois elle distribue aux acteurs des "jokers" à l'oreille, c'est à dire si j'ai bien compris des directives qui sèment un peu d''innatendu dans la scène. Devant l'incurie emberlificotée de son interlocuteur de l'UGC, Maïwenn se prend à nous regarder fixement (le public) puis à nous interpeller : "Hé, mais y'a que des femmes ici ? Les hommes, levez la main ! Hé toi là au premier rang, c'est ta copine qui ta forcée ? Et qui est venu sans savoir qu'on avait eu un prix à Cannes ?" (et là, trois inconscients lèvent la main).

Etonnant, déstabilisant, mais plein d'énergie, à l'image du film.

 

Vulgaire, et alors ?

Le moins qu'on puisse dire c'est que Polisse ne fait pas dans la dentelle. La caméra bouge, ne tient pas en place, expérimente des tas de trucs. Les acteurs en rajoutent des tonnes, mais ils le font avec une énergie telle qu'on est souvent soulevé de son fauteuil. A ce jeu ils sont tous formidables, et bien sûr Joey Starr en premier - hallucinant. Ca jase, ça papote, ça crie, ça gueule, ça parle arabe, ça jacte, ça parle de bites et d'amour, ça s'insulte, ça ne s'arrête quasiment pas une minute, comme une tornade qui brasse les sentiments et les sensations. Le scénario part un peu dans tous les sens, s'attachant à quelques personnages, égrénant les micro-histoires qui ont toutes leur ambiance et leur intérêt, s'attachant aux petits riens. 

Ce n'est pas toujours fin, même si c'est beaucoup plus écrit que cela ne le parait au premier abord, les ficelles sont un peu grosses, les effets tire-larmes sont légions, mais le film est traversé par une telle énergie qu'il est capable d'offrir des scènes d'euphorie pure (la boite de nuit) ou de fou-rires irrépressibles (le téléphone protable - mais un beau, hein).

Les histoires contées sont tristes, écoeurantes, puissantes. Il faut sûrement la potion façon de remède de cheval que nous assène Maïwen pour les faire passer.

 

Le cinéma français les doigts dans la prise

L'année 2011 du cinéma français avait magnifiquement commencé avec un bijou : Tomboy. Mais l'automne est carrément royal avec une succession de films parfaitement maîtrisés, très différents et très ambitieux chacun dans leur genre : La guerre est déclarée, L'Apollonide, Les bien-aimés et maintenant Polisse. Cet appel d'air est d'autant plus sympathique qu'il s'accompagne d'un succès public : La guerre est déclarée s'envole vers le million de spectateurs et qui aurait dit qu'un film aussi difficile que l'Apollonide puisse atteindre 200 000 spectateurs ?

La particularité de ces films, c'est qu'ils sont à la fois profondément des films d'auteurs (au sens où ils reflètent le projet bien particulier de leur concepteur), mais qu'ils ne sont pas auteurisant dans cette veine atone, triste et compassée, qu'on a pu connaître. Ils dégagent chacun une énergie farouche qui nous donnent envie de les aimer.

Et ça marche.

 

4e

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