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Articles avec #jessica chastain

Le grand jeu

Pour ce premier film de 2018, je joue la sécurité. Pas beaucoup de surprise en effet avec le premier film d'Aaron Sorkin, mythique scénariste des quatre première saisons de A la maison blanche (et accessoirement de quelques films, comme Steve Jobs ou The social network).

On sait pour quoi on vient. Un scénario un tout petit peu alambiqué, des dialogues copieux parsemés de punchlines, et un vrai récit. 

Jessica Chastain est absolument renversante, les autres acteurs sont très bien (Idriss Elba en tête), et il est vraiment difficile de ne pas se laisser emporter par cette histoire abracadabrante - et néanmoins vraie, comme souvent. 

Sans être parfait (la mise en scène est ... hétéroclite), Le grand jeu est bon film de début d'année, qui n'a pas d'autre objet que de nous distraire en nous racontant une histoire étonnante.  

Je le conseille pour ce premier mercredi de sorties.

 

3e

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Crimson peak

Impossible, malgré les nombreux défauts que je peux trouver au film (des décors tape à l'oeil, des seconds rôles falots, des effets convenus), de dire que je ne l'ai pas aimé.

Je me suis laissé prendre par cette histoire, fort peu originale au demeurant, en me demandant constamment quelle allait être son évolution. Il faut dire que je m'attendais à un film d'horreur gothique, ce que le film n'est pas. Pour paraphraser l'héroïne, Crimson Peak est un film avec des fantômes, plutôt qu'un film sur les fantômes.

Si j'ai été aussi bon public, c'est par la grâce des deux actrices : une Mia Wasikowska craquante d'ingénuité amoureuse et une Jessica Chastain irrésistible en âme damnée (et avec des cheveux noirs). Dans cette tenaille impressionnante, Tom Hiddlestone parait bien faible et chétif : comme je suis de bonne humeur, je vais dire que c'est fait exprès.

Ajouter à ces ingrédients la mise en scène élégante de Guillermo del Toro, quelques visions horrifiques dont il a le secret, une photographie intéressante, et vous obtiendrez un bon film de samedi soir. 

 

2e 

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Seul sur mars

Seul sur mars adopte le parti-pris d'un réalisme extrême, si tant est qu'on puisse parler de réalisme pour un voyage qui n'a jamais eu lieu, et n'aura pas lieu avant longtemps.

Sous cet angle, il faut reconnaître qu'il est parfaitement réussi : Ridley Scott évite les effets dramatiques inutiles, ainsi que les épanchements larmoyants.

Matt Damon est l'acteur parfait pour un exercice de neutralité de ce type : gendre idéal, charisme d'un caniche neurasthénique, personnalité d'une éponge, optimisme à toute épreuve, ingéniosité jamais prise en défaut. Ce genre de type qui, quand il pète un plomb face à l'imminence d'une mort prochaine, pousse la démesure jusqu'à ... frapper le toit de son véhicule avec son poing.

Le film est tellement poli, gentil, politiquement correct, qu'il en devient parfois ennuyeux, comme un devoir à la maison de Sciences physiques. Cela donne des tunnels de monologue dans un style très peu émotionnel, où il est question d'isotope, d'hydrogène, d'astro-dynamique et de vitesse d'approche.

Le film ne propose ni vision, ni débordement, ni vertige métaphysique. Et évidemment, il se termine dans un monde fraternel, dans lequel Chinois et Américains échangent des poignées de mains pleine de respect et de remerciement.

Voir aussi sur Christoblog, seul dans l'espace : Gravity, seul sur l'eau : All is lost, seul dans bois norvégiens : Natur Therapy

 

2e

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A most violent year

Les deux premiers films de JC Chandor ne m'avaient pas enthousiasmé, loin de là (cf ci-dessous). Je suis d'autant agréablement surpris par A most violent year, sorte de faux polar fatigué et lent.

L'originalité du film tient dans le personnage joué par l'excellent Oscar Isaac : Morales est un jeune entrepreneur aux dents longues, qui veut développer son bizness honnêtement, dans un milieu qui ne l'est pas vraiment.

Jusque là, rien de bien frappant me direz-vous... Mais Morales est inflexible comme un caïd de la mafia qui aurait appris la politesse et les bonnes pratiques pédagogiques ou managériales comme le renforcement positif. Ce que réussit Oscar Isaac, c'est de jouer un gentil avec des airs de méchant. Le film prend alors une ampleur considérable, le spectateur ne sachant pas trop sur quel pied danser jusqu'à la toute fin du film : faut-il céder à la violence ou pas ? le film sera-t-il une tragédie ou pas ?

JC Chandor organise son suspense aux petits oignons et sa mise en scène est littéralement somptueuse, avec une photographie parfois très sombre, parfois lumineuse, qui rappelle le meilleur de James Gray. Jessica Chastain est une nouvelle fois parfaite.

Un excellent moment de cinéma pour commencer la nouvelle année.

JC Chandor sur Christoblog : Margin Call (*) / All is lost (**)

 

4e

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Interstellar

Prenez 2 minutes bien choisies d'un film de Christopher Nolan, et vous pourrez croire avoir affaire à un grand cinéaste.

Une course folle dans un champ de maïs à la poursuite d'un drone égaré, une planète constituée uniquement d'eau et balayée par des vagues géantes, un homme qui flotte dans un espace tridimensionnel constitué des mêmes images du passé : on voit bien que Nolan possède un puissant sens de l'image évocatrice, associé à une grande maîtrise technique.

Le problème est que Nolan est un piètre scénariste, et qu'il s'acharne à vouloir écrire ses films. Interstellar, après un début prometteur, vire donc durant ses longues deux dernières heures (le film dure 2h49mn) au n'importe quoi métaphysico-sentimental. Le personnage joué (platement) par Matthew McConaughey peut ainsi traverser un trou noir pour franchir les années-lumières et se retrouver dans le passé, par hasard, à discuter en morse avec sa petite fille à travers une bibliothèque (?!). 

Le ridicule parcourt ainsi une bonne partie du film, l'irisant d'une palette de défauts impressionnante : la platitude et l'approximation, le manque d'imagination (les décors des planètes sont beaux mais manquent d'originalité), l'emploi excessif de stétéotypes éculés (le vieux savant en chaise roulante, l'ordinateur rigolo), une sentimentalité larmoyante, des dialogues à la limite du ridicule, une sous-utilisation éhontée de magnifiques thèmes de SF (on pense au traitement du sujet des différents écoulements du temps dans l'Hypérion de Dan Simmons par exemple), des chutes de rythme incessantes, un réalisme des scènes d'espace qui est loin de valoir celles de Gravity, des seconds rôles pitoyables (Matt Damon !), des suspenses de séries Z, etc.

On sort du film sous l'emprise d'une profonde et triste lassitude.

 

1e

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Zero dark thirty

Zero dark thirty se décompose en deux parties très différentes.

La première raconte comment pendant 10 ans une femme va suivre une piste improbable qui finira, par le biais d'une obstination résolue - et d'un peu de chance, par mener à Ben Laden. Cette traque est filmée d'une façon particulière, un peu molle, zébrée d'éclairs de violence et de flambées de suspense.

J'ai songé tout au long à l'ambiance un peu délétère, qui fait si bien sentir le temps qui passe, du film de Fincher, Zodiac. La prestation de Jessica Chastain, bloc de volonté résolue, est hyper-convaincante. Le film évite de tomber dans des facilités (no sex !), n'esquive pas la question qui fâche (la torture) tout en la traitant parfaitement objectivement, et démystifie le travail d'espion. C'est du bel ouvrage, filmé d'une façon rigoureuse et personnelle.

La dernière partie reconstitue l'attaque nocturne vers le repaire de Ben Laden. Cette partie semble reprendre les canons du film d'action américain, mais au final ressemble plus à une sorte de jeu vidéo d'exploration : il s'agit plus de faire exploser des dizaines de portes plutôt que de shooter à la mode Call of duty.  Le ballet des soldats dans la nuit en devient d'une certaine façon presque abstrait. La présence des voisins interloqués, les enfants rassemblés dans une salle, le crash un peu stupide de l'hélico, ces "Oussama" chuchotés un peu bêtement, les plans répétés sur le tireur d'élite qui vit toute l'attaque sur un toit à viser des cibles inexistantes : tous ces détails probablement tirés de la réalité contribuent à faire de toute l'attaque une sorte de tunnel irréel.

Zero dark thirty parvient à cumuler un vrai point de vue d'auteur (la mise en scène de Bigelow est facilement reconnaissable), un intérêt documentaire évident et une tension latente d'une nature profondément originale. A voir.

 

3e

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Des hommes sans loi

Lors du dernier festival de Cannes, nous fûmes quelques-uns à nous demander ce que Lawless (Des hommes sans loi) pouvait bien faire en compétition.

Le film réussit en effet à n'être "rien".

Pas franchement bon, puisqu'on s'y ennuie un peu et que globalement l'histoire racontée ne présente aucun intérêt. Pas vraiment mauvais, puisqu'on ne peut pas lui reprocher une malfaçon qui le rendrait inconsommable. Pas académique non plus, puisque ce terme sous-entendrait que quelque chose relie ce film au passé, ce qui n'est pas franchement le cas. Pas excitant, même s'il essaye de le paraître avec ses crises de violence extrême (un syndrome Drive ?).

Ah si, on peut peut-être dire que le film est franchement sexiste, sacrifiant deux magnifiques actrices (Jessica Chastain et Mia Wasikowska) sur l'autel d'une production semblant exclusivement tournée vers un casting masculin pourtant totalement insignifiant (on connaîtra Shia LaBeouf plus convaincant chez Andrea Arnold ou Lars von Trier).

Quant au réalisateur, vous ignoriez son nom ... et vous allez continuer.

Voici ce que j'écrivais dans mon carnet cannois, au sortir de la salle : "Film de gangster à la campagne, en forme de western spaghetti. Des maladresses de mise  en scène, un peu empesée, vernissée, ripolinée. Des éclairs de violence horribles qui choqueront le grand public américain".

En plus je n'ai pas franchement détesté, c'est juste que la présence à Cannes de ce film reste un mystère complet.

 

1e

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Take shelter

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/00/93/19856893.jpgTake shelter, deuxième film du jeune réalisateur sudiste Jeff Nichols, icône du genre southern gothic, arrive sur les écrans précédé d'une répétition avantageuse, initiée en festival, relayée par la presse et amplifiée par quelques critiques de blogueurs. Le film ne fait pas moins que la couverture du nouveau Positif (le premier en couleur), alors que les Cahiers du cinéma de janvier y consacrent de nombreuses pages.

L'acteur Michael Shannon campe un américain pauvre, en proie à l'apparition des symptômes d'une maladie mentale (schizophrénie, paranoïa ?) et confronté aux difficultés financières pour se soigner.

Shannon possède un visage très expressif en lui-même, une démarche hallucinée et une élocution comateuse qui collent parfaitement à son rôle. Sa performance est assez convaincante, même si on peut considérer que son physique le prédispose à des rôles de zarbis dont ils devient spécialiste (Bug, une apparition marquante qui constitue le meilleur moment des Noces rebelles). Jessica Chastain est encore meilleure à mon sens, dégageant un flux d'amour infini, dont bénéficient son mari et leur petite fille sourde. La mise en scène est d'une sobriété assez étonnante, champ / contrechamp très sages, cadres hyper-classiques, caméra posée. Tout cela est très bien fait, légèrement malsain mais pas trop, parfois même assez brillant. La promotion du film dévoile les principaux ressorts du scénario, par ailleurs il faut le dire assez squelettique, gâchant un peu l'effet de découverte à la vision.

Le film est plaisant à regarder, surtout dans sa première partie lors de laquelle les séquences oniriques sont assez impressionnantes, sans être tape-à-l'oeil. Il s'essoufle à mon sens dans la deuxième, basculant curieusement dans une rationalité qui fait tomber la pression, puis dans une charge sociale certes intéressante, mais qui paraît devoir être un tout autre film. Quant au dernier plan, je le trouve très décevant - assez caractéristique d'un réalisateur qui tient une bonne idée mais ne sait pas trop comment la conclure.

Take shelter est donc une oeuvre de qualité, qui débute plutôt bien 2012, mais qui me semble un peu relever du pitch intéressant bien servi par un réalisateur talentueux, plutôt que du chef d'oeuvre un peu trop vite annoncé. Le film à l'évidence interroge le mythe d'une certaine Amérique, reprenant des éléments de la figure tutélaire du Sud : Terrence Malick. Entendre un journaliste parler du film comme d'un Shining à ciel ouvert est assez typique de l'emballement médiatique qui semble aujourd'hui devenu une sorte de règle : Nichols, avec ses qualités (très belle façon de filmer les visages, sensibilité à la nature qui le rapproche de The tree of life), doit encore parcourir un long chemin pour approcher Kubrick.

A voir, y compris par les âmes sensibles, le film étant bien moins stressant que certains veulent bien le dire (ce sont les mêmes qui essayeront de vous faire peur dans l'escalier de la cave).

 

2e

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