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Sunset

Dans Sunset, Laszlo Nemes reprend exactement les mêmes techniques que dans Le fils de Saul : caméra toujours très proche du visage du personnage principal, absence de profondeur de champ exacerbée, bande-son hyper-travaillée au point de paraître parfois artificielle, confusion volontaire dans la narration.

Alors que le sujet de son film précédent se prêtait admirablement bien à ses effets qui concourent tous à obscurcir et rendre flou (au propre comme au figuré) le hors champ, celui de Sunset aurait eu à l'inverse besoin d'éclaircissements.

On ne comprend en effet pas grand-chose à cette histoire de chapelière qui cherche son frère à Budapest, alors que l'Empire austro-hongrois entame son déclin. Il est question de drame familial passé, de persécution des Juifs, de terrorisme anarchiste (je crois) et sûrement d'autres choses qui m'ont échappées.

Si on accepte donc de ne pas tout comprendre d'un film, disons-même de ne pas en comprendre la plus grande partie, alors Sunset pourra impressionner par son formalisme brillant et ses qualités de mise en scène exceptionnelles. Peut-être certains pourront se laisser pénétrer par ce manque d'intrigue et cette narration atmosphérique, qui ne possède toutefois pas le pouvoir de fascination quasi-mystique que certains autres grands réalisateurs ont su porter à l'écran (Tarkowski, Angelopoulos).

Je me suis ennuyé.

Laszlo Nemes sur Christoblog : Le fils de Saul - 2015 (****)

 

2e

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Corps et âme

Ours d'or au Festival de Berlin 2017, ce curieux film hongrois brille essentiellement par son pitch bizarre (un homme et une femme qui se connaissent à peine font chaque soir le même rêve, dans lequel il est un cerf et elle est une biche) et surtout une mise en scène d'exception.

Lui est infirme, directeur d'un abattoir et s'il a connu beaucoup de femmes, il est désormais seul. Elle a de sérieuses difficultés dans sa relation aux autres, beaucoup trop directe et pour tout dire très maniaque (elle ressemble énormément au personnage de Saga dans la série Bron - The bridge).

Bien sûr, le début d'une romance va naître entre ses deux grands écorchés, ce qui n'est pas très très original. Ce qui l'est plus, c'est l'intelligence constante de la réalisatrice Ildiko Enyedi, qui parvient par la magie de sa réalisation à rendre passionnant la plupart des plans du film.

Il y a dans Corps et âme un effet qui le rend unique : l'exposé de la réalité y est extrêmement rationnelle (l'abattoir est ainsi montré sans effet gore, mais d'une façon très impressionnante), mais il est zébré de brusques incursions dans le domaine du rêve et des sensations. 

L'interprétation des acteurs est pour beaucoup dans la réussite du film, qui avance d'une façon très élégante sur une mince ligne de crête, bordée d'un côté par le gouffre des oeuvres souffreteuses d'auteurs d'Europe de l'Est et de l'autre par l'abime de la fausse bonne idée qui fait pschitt, sans jamais tomber dans l'un ou dans l'autre.

 

3e

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La juste route

Ce n'est pas seulement parce qu'il est hongrois et tourné en noir et blanc que La juste route est un film étonnant : c'est surtout parce que le traitement de son sujet est profondément original.

Nous sommes en 1945 et deux juifs reviennent dans un village de la Hongrie profonde, suscitant toutes sortes de réaction chez les habitants, qui ont spoliés et dénoncés des Juifs durant la guerre.

Le réalisateur, Ferenc Torok, filme l'arrivée des Juifs dans la ville comme un mélange de film noir américain et de suspense à la Hitchcock : cadrage serré, forte expressivité des visages, petite musique cristalline et oppressante.  C'est un peu comme si Le ruban blanc de Haneke était croisé avec Les oiseaux

Comme toute la mise en scène est hyper-maîtrisée, le film donne le sentiment d'une réussite formelle indéniable, appliquée à un sujet qui n'est pas vraiment adapté à cette forme. On oscille durant tout le film entre intérêt pour l'histoire racontée (bien servie par la performance des acteurs, tous très bons), et observation distanciée du savoir-faire de Torok. J'ai par exemple remarqué qu'un nombre incalculable de plans comprenaient un premier plan flou induisant que le spectateur est aussi un voyeur.

Une curiosité résolument originale, qui a remporté de nombreux prix en festival, dont un dans la section Panorama de la Berlinale 2017.

  

2e

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La lune de Jupiter

Il faut probablement un goût pour le mauvais goût pour apprécier pleinement ce second film de Kornel Mundruczo.

Je ne le conseillerai donc pas aux esthètes sensibles, aux amateurs de cohérence stylistique et aux spectateurs qui recherchent subtilité et délicatesse.

La lune de Jupiter est en effet un foutoir tape à l'oeil qui commence comme un film roumain social à la Mungiu (caméra à l'épaule, plan séquence virtuose, vérisme à tout crin), pour continuer comme une fable Tarkovskienne , avant de se terminer en mode film d'action américain. 

Entre temps, Mundruczo nous aura ravi par son sens de la mise en scène instinctif et décapant, nous offrant des séquences d'une richesse visuelle insensée, comme celle de l'appartement qui tourne sur lui-même ou comme la poursuite en voiture, un exercice pourtant convenu, qui ici semble radicalement renouvelé.

Il est à mon avis complètement vain de trouver une morale générale à ce film, et c'est probablement ce qui dérange le grand nombre de critiques qui ont descendu le film, et qui aiment à classer les oeuvres dans une case : film mystique, parabole sur les migrants, dénonciation des travers de nos sociétés non-croyantes ? Le film n'est évidemment rien de tout cela : peut-être au final n'est il que la description attentive d'une situation inattendue, ou le simple portrait d'un ange sans Dieu.

J'ai été captivé.

 

3e

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Le fils de Saul

Le fils de Saul, Grand Prix du dernier Festival de Cannes, est de cette étoffe dont on fait les Palmes d'Or.

Nul doute en effet que l'unanimité se serait aussitôt faite autour du film de Laszlo Nemes, s'il avait remporté la récompense suprême. 

Rappelons brièvement le sujet du film. Saul, Sonderkommando (c'est à dire déporté chargé de conduire les nouveaux arrivants vers les chambres à gaz), croit reconnaître son fils dans un cadavre d'enfant, et cherche à l'enterrer. On le suit pendant une journée et demi dans un camp d'extermination.

Sur cette trame franchement casse-gueule, le jeune hongrois réussit un chef-d'oeuvre, en évitant soigneusement tous les écueils possibles. Le film n'est ni voyeuriste, ni affecté, ni provocateur. Il réussit le prodige de réunir à peu près toutes les bénédictions des connaisseurs de la Shoah et des cinéphiles, à part bien sûr les Cahiers du cinéma, qui confirment leur statut de hater de la presse écrite, en comparant le film à l'émission de télé-réalité Vis ma vie.

Nemes utilise un procédé qui peut paraître artificiel lorsqu'on le décrit (la caméra reste perpétuellement attaché au personnage de Saul, et les horreurs entrevues en arrière-plan sont souvent floues), mais qui à la vision du film provoque un effet de sidération naturel et haletant, tout à fait hors du commun. Contrairement à ce qui est dit ici où là, cette façon d'être concentré sur le personnage principal n'évoque pas le jeu vidéo, dans lequel la profondeur de champ est forcément plus grande, mais plutôt une sorte d'asphyxie mentale, à laquelle seuls les derniers plans  permettront d'échapper.

L'impression qu'on a en découvrant le film est que Nemes a trouvé la seule façon acceptable de filmer son histoire.

D'un point de vue artistique, la performance est sidérante. La prestation de Géza Rohrig est inouïe, la complexité de construction des plans invraisemblable. Tout m'a semblé incroyablement parfait et novateur dans la conception du film, de l'utilisation du format carré à la bande-son d'une brutalité prodigieuse.

Les superlatifs se bousculent sur le clavier pour évoquer cet objet qui est autant une expérience de vie que du cinéma. Comme beaucoup d'autres j'imagine, je suis sorti de la salle hébété, abasourdi par le sentiment de précarité de la vie humaine que procure le film : on meurt évidemment pour (un) rien dans le film, et Saul ne s'en tire à chaque fois que par l'adéquation miraculeux de son comportement à des règles du jeu inhumaines. 

Le fils de Saul, c'est un voyage dans un train de l'horreur lancé à vive allure, une sorte de parcours initiatique dans les Cercles de l'enfer, dans lesquels brille, fragile et indestructible, une petite flamme d'humanité. C'est aussi et surtout un moment incroyable de cinéma, indépendamment, osons-le dire, du sujet qu'il traite.

 

 4e 

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White dog

Sensation de la section Un certain regard au dernier festival de Cannes, le film de Kornel Mundruczo est une oeuvre originale.

Les premiers plans du film sont intrigants et impressionnants. L'évolution de l'histoire est dans un premier temps palpitante : une jeune fille punchy, un père dépassé, un chien filmé comme un être humain. On se demande bien vers où le film va aller (film d'horreur, chronique socialisante, drame familial) et cette incertitude est délicieuse.

Quand le film tourne franchement au (attention, la suite de ma critique contient de graves spoilers) revenge movie à la sauce canino-fantastique, le regard du spectateur se trouble. Que suis-je en train de regarder exactement ? Un film à thèse sur les rapports d'exploitation homme/animaux ? Un film apocalyptique ? Une chronique imagée du passage de l'enfance à l'âge adulte ?

On se perd un peu dans les intentions du réalisateur, et White dog semble tout à coup too much : débordant d'intentions et de gestes cinématographiques, à l'image de ce dernier plan gratuitement spectaculaire. Il ne sert à rien, ne se raccorde à rien de bien logique, mais est profondément marquant.

Un cinéaste à suivre.

 

2e

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