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Christoblog

Articles avec #gregg araki

White bird

Amusant de voir White bird après Gone girl. Le postulat de départ est le même ("Une femme disparait"), mais le traitement est radicalement différent.

Autant le cinéma de Fincher est mathématique dans sa construction - on dirait le travail d'un ingénieur, autant celui d'Araki est sensoriel et imprévu - c'est celui d'un peintre.

On est loin ici du délire de Kaboom. Le dernier film d'Araki retrouve plutôt la douceur terrifiante de son chef d'oeuvre : Mysterious skin, même si on n'atteint pas ici les mêmes sommets d'émotions.

Le film séduit particulièrement par le jeu de la jeune Shailene Woodley, d'un naturel et d'un aplomb extraordinaire. La disparition de sa mère ne semble pas la déranger tant que cela, sauf que l'inconscient fonctionne à toute berzingue, comme les rêves en témoignent. Au final, bien sûr, la disparition maternelle creuse un trou énorme, que les mecs et le sexe ne comblent pas. Il faudra aller au bout de l'intrigue pour que le noeud se dénoue définitivement.

Le film oscille doucement entre le milieu cosy d'une banlieue américaine typique, du sexe assez cru, une copine obèse et un copain gay, un père taiseux et des fausses pistes tordues. Son intérêt réside dans l'atmosphère ouatée qui le baigne tout du long : l'horreur est-elle là ? Non, semble nous murmurer la quiétude des images, alors qu'une partie de nous crie OUI.

Et cette dernière a raison.

 

3e

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Mysterious skin

Joseph Gordon-Levitt. MK2 DiffusionLe récent Kaboom m'amène à plonger dans la filmo d'Araki en commençant par son film le plus connu.

Mysterious skin est un film fascinant, tissé de cette étoffe dont on fait les films cultes. Il est brillant, troublant, alors qu'il s'attaque à une batterie de sujets tous plus casse-gueules les uns que les autres : l'homosexualité dans un bled perdu du Kansas, la prostitution, le viol, la pédophilie, la folie, les OVNIs.

Ce qui permet au film de tenir debout et de figurer au panthéon des années 2000, c'est la tension qu'il instaure et qu'il arrive à tenir sur la durée, entre plusieurs éléments contradictoires entre eux.

 

La tension explicite / implicite

Certaines scènes de sexe sont insoutenables. Hors on ne voit à aucun moment un sexe masculin. Le film est donc terriblement implicite dans ce qu'il montre, et explicite dans ce qu'il suscite chez le spectateur : Araki a compris qu'un visage qui s'empourpre, une main sur un visage, un doigt sur la langue génère un plus grand malaise qu'un pénis filmé. Exactement l'inverse de films récents, à la fois totalement explicites et insignifiants (Happy few, Notre jour viendra sont deux exemples).

 

La tension hypersexué / asexué

Neil réagit à ce qu'il a vécu en se précipitant dans une course en avant vers le sexe, autodestructrice et suicidaire. Il lui faut toujours plus : de risque, d'expérience, de sensations. Tout le monde est amoureux de lui : Eric, Wendy, ses amants. Il est une sorte de trou noir qui attire et engloutit les autres. Bryan est l'inverse, il refoule son expérience et sa libido est en panne sèche. On ne peut pas opposition plus extrême, et il intéressant de constater que les deux mères renforcent cette opposition puisqu'elles reproduisent les caractéristiques de leur fils.

 

La tension réalisme / onirisme

Le film oscille constamment entre un vérisme psychologique et social, et des fulgurances poétiques qui nous entraînent dans un autre monde (les visions de Bryan, la pluie de céréales évidemment, la soucoupe volante, le dernier plan qui isole les deux protagonistes dans le noir, la vache mutilée, le malade...)

 

La tension cruauté (du propos) / suavité (de l'objet cinématographique)

Celle ci n'est sûrement pas discernable au premier abord, et pourtant elle est particulièrement évidente si par exemple on ferme les yeux : alors que beaucoup de réalisateurs auraient raconté cette histoire avec une bande-son volontairement stressante, Araki l'accompagne d'une petite musique, constamment douce et inoffensive, terriblement entêtante et soporifique à la fois. De même il fait évoluer ses personnages dans des décors aux nuances pastels, particulièrement cruelles par contraste. Dans la scène hallucinante des feux d'artifice tirés de la bouche de son prisonnier, Neil a un sourire d'ange.

 

La tension anticipation (ce qu'on devine) / réalisation (ce qui nous est révélé)

C'est sûrement là que réside l'aspect le plus étrange du talent d'Araki. Contrairement aux films qui manient le classique retournement de situation de dernière minute, Mysterious skin parvient à nous faire percevoir à tout moment ce qui va advenir ensuite. Mais cette perception est toujours incomplète, confuse, et l'on craint (avec raison) en permanence que la suite soit plus terrible que ce qu'on imagine. Cette anticipation inquiète et fiévreuse est le moteur principal du film.

 

Il serait sacrilège de dire à propos de Mysterious skin "je l'aime" ou "je ne l'aime pas", il fait partie de ces oeuvres qui ne vous laissent guère de choix, qui vous prennent contre votre gré et vous emmènent loin, vous laissant au final pantelant, désarçonné et amoureux du cinéma comme jamais.

 

4e

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Kaboom

Thomas Dekker. Why Not ProductionsBien sûr, le parallèle avec Les amours imaginaires est inévitable.

Même intérêt pour le sexe (hétéro / gay) et l'amour chez les jeunes adultes 19/20 ans (Mc Kinsey est cité dans les deux films), même jusqu'au boutisme formel, même couleurs pétantes, même importance de la bande-son, mêmes gimmicks : séance de masturbation interrompue, mère nympho, père absent...

Autant le film du jeune Dolan m'a paru vieux et pompé, autant celui du vieux Araki me parait jeune et chtarbé.

Il faut dire que ça part à toute berzingue, et que ça ne ralentit jamais, jusqu'au bout. Ce serait un crime - en même temps qu'un casse-tête - que de raconter l'intrigue, mais sachez qu'en allant voir ce film vous allez passer par toutes les nuances de l'orgasme cinéphilique : la peur, le rire, l'excitation, la surprise, le plaisir visuel, l'admiration devant un art du montage épatant, la satisfaction de voir les pièces d'un puzzle s'assembler, le plaisir que procurent de très bons acteurs et surtout, surtout, cet élan primal qui bouscule tout sur son passage, sorte de taureau furieux qui renverse toutes les conventions, et le bon goût en premier, pour filer vers sa propre destruction. Le film est coloré, gai(y), libertaire dans sa forme et son propos. En plus, c'est anecdotique, mais on y rigole bien grâce à une dizaine de répliques imparables et délicates sur le thème pendant et après l'amour, du style "J'ai connu des frottis vaginaux qui duraient plus longtemps" ou "C'est un vagin, pas un plat de spaghetti".

Kaboom dynamite le teen movie de l'intérieur, mais sous l'extas(y)e une réflexion plus profonde rôde comme un fantôme : la mort à 20 ans, l'absence des parents, l'amitié, la nostalgie du monde avant sa fin, le sens de la vie. Il y du Lynch sous amphet dans cet Araki là.

Une bombe.

 

4e

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