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Steve Jobs

Ce film n'est pas une biographie classique de Steve Jobs. Il est curieusement construit autour de trois moments clés de la carrière du créateur du Macintosch, trois moments qui précèdent la présentation au public de trois produits différents, qui connaîtront des succès très variables.

Pendant ces quelques heures en coulisse, le scénario invente des rencontres récurrentes avec les personnes qui comptèrent pour Jobs : sa collaboratrice / assistante (incroyable Kate Winslet), sa fille, ses amis de jeunesse, ses patrons.

Les dialogues et la structure du scénario élaborés par Aaron Sorkin sont comme d'habitude complexes et virtuoses, mitraillette intellectuelle qui ne laisse aucun répit à notre cerveau. La mise en scène survitaminée de Danny Boyle, dont l'efficacité dépend tellement de son adéquation au sujet, trouve ici un beau terrain d'expression, tellement l'ébullition mentale permanente de Jobs est raccord avec la fluidité dynamique du réalisateur anglais.

On apprend beaucoup de choses (qu'on oublie immédiatement), y compris sur les zones d'ombre du personnage.

Ces qualités font de Steve Jobs est un divertissement agréable bien qu'un peu ronronnant.

Danny Boyle sur Christoblog : Trainspotting - 1996 (***) / Slumdog millionnaire - 2008 (***) / 127 heures - 2010 (*) / T2 Trainspotting - 2017 (**) / Yesterday - 2019 (**)

 

2e

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Yesterday

L'idée qui fonde Yesterday (un monde dans lequel tout le monde a oublié les Beatles, sauf quelques personnes) est amusante, même si elle rappelle un peu trop celle de Jean-Philippe (une France dans laquelle seul Fabrice Luchini sait que Johnny Hallyday a existé).

Le film de Danny Boyle peine pourtant a nous intéresser : il s'avère être finalement une comédie romantique un peu mièvre, indigne du scénariste Richard Curtis (Coup de foudre à Notting Hill, Quatre mariages et un enterrement).

Yesterday n'exploite que faiblement le potentiel immense que la musique des Beatles offrait au film : la faute probablement à une mise en scène peu inspirée, à l'interprétation complètement atone du médiocre Himesh Patel, à une série de gags pas drôles et à une accumulation de poncifs. Il n'y a guère que la prestation décalée d'Ed Sheeran pour donner par instant au film le second degré qui lui manque cruellement.

Ce qui aurait pu être une ode nostalgique au génie des Fab Four ne s'avère être qu'une acceptable bleuette estivale.

Danny Boyle sur Christoblog : Trainspotting - 1996 (***) / Slumdog millionnaire - 2008 (***) / 127 heures - 2010 (*) / T2 Trainspotting - 2017 (**)

 

2e

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T2 Trainspotting

De la même façon qu'on peut éprouver un plaisir coupable à retrouver chaque soir dans une série des héros médiocres, la vision de T2 Trainspotting ravive en nous le vif plaisir éprouvé lors de la vision du premier opus.

Il faut reconnaître à l'écrivain Irvine Welsh et à Danny Boyle le mérite d'avoir évité l'écueil principal de ce type de retrouvailles : 20 ans après, nos Pieds Nickelés écossais ne sont pas devenus hipsters ou bobos. Ils sont toujours en train de zoner entre drogues, prison et plans foireux, même si le physique a un peu changé (mais pas tant que ça finalement) et la nature des stupéfiants aussi.

Le vrai sujet du film est probablement le temps qui passe : répétition des mêmes motifs adaptés à l'époque (le monologue Choose life critique aujourd'hui les réseaux sociaux plutôt que la société de consommation), flashs nostalgiques vers l'enfance, reprises de scène du premier film. Cette façon de ressasser le passé est passé au tamis des quatre personnalités très différentes des protagonistes, et le résultat est pleinement convaincant, sans jamais sombrer dans le pathos.

Le scénario n'est pas d'une originalité folle, mais la chute fait son petit effet. La mise en scène de Danny Boyle attisera comme d'habitude les critiques de ses contempteurs : effets visuels clipesques à gogo et rythme épileptique. Pour ma part, je trouve qu'aucun autre sujet ne collera aussi bien à ce style sous amphétamine.

Un plaisir simple.

Du même réalisateur, sur Christoblog : Trainspotting - 1996 (***) / Slumdog millionnaire - 2008 (***) / 127 heures - 2010 (*) 

 

2e

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Trainspotting

Avant de découvrir la suite sur grand écran, je me suis payé le DVD de Trainspotting, qui ressort à cette occasion.

J'avais du film deux images qui s'avèrent aussi fausses l'une que l'autre : je pensais que Danny Boyle frimait à mort, et provoquait par plaisir.

En réalité, le film est plutôt la chronique sensible d'un groupe de jeunes à la dérive. S'il montre les ravages de l'héroïne, il le fait finalement sans emphase particulière. C'est probablement le style déjà très personnel de Danny Boyle (speed et tape à l'oeil) appliqué à un sujet plutôt sérieux (la drogue et le SIDA...) qui a dû choquer les spectateurs des années 90.  

Aujourd'hui le film a plutôt bien vieilli. J'ai apprécié sa vivacité et sa brièveté, l'évolution psychologique des personnages, l'âpreté un peu sèche du propos. Le casting est renversant : Ewan McGregor méconnaissable, Ewen Bremner attendrissant, Johnny Lee Miller flippant.

Portrait sensible d'un petit gars écossais qui est prêt à tout pour s'en sortir (ce sujet est le coeur vibrant du film, mais il faut toute sa durée pour s'en rendre compte), Trainspotting est aussi le manifesto d'un réalisateur qui émergeait alors sur la scène internationale avec sa façon de filmer unique, mélange parfois indigeste de réalisme sordide et de visions complètement barrées.

Danny Boyle, c'était à l'époque du Jean-Pierre Jeunet sous acide.

Du même réalisateur, sur Christoblog : Slumdog millionnaire - 2008 (***) / 127 heures - 2010 (*) 

 

3e

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127 heures

Le pitch de 127 heures sera bientôt connu de tous, mais si vraiment vous tenez à ne rien savoir du film, arrêtez de lire ce texte, la phrase suivante comprend un gros spoiler.

Donc, voici l'histoire (vraie) d'Aron Ralston, parti seul en randonnée dans un canyon, coincé pendant 127 heures sous un rocher tombé sur son avant-bras et qui finit par se le couper (le bras), avec un couteau émoussé.

Le film ne laissera donc personne indifférent, vu l'extraordinaire aventure de ce jeune homme. Pour ma part il m'a exaspéré. 

On sait que le réalisateur, Danny Boyle, ne fait pas dans la finesse. Il semble toujours férocement attaché à ses manies de teenager attardé post-MTV : split screen, montage speed, plan décadré, musique à fond, zoom arrière accéléré, ralentis expressifs, hélicoptère, très gros plan, nuages filmés en accéléré, etc. L'attirail de mise en scène de Boyle ressemble à un grand capharnaüm tendance et tape à l'oeil, une vraie caverne d'Ali Baba.

Le problème, c'est que cette manière convient quand il s'agit de suivre dans leur délire des jeunes gens embarqués dans une odyssée picaresque et indienne (Slumdog millionnaire) ou de raconter les déambulations d'un groupe de pieds nickelés écossais (Trainspotting), mais elle est absolument inadaptée pour cette histoire, qui devrait nous entraîner dans des abysses de réflexion. C'est comme si Tarantino appliquait le style Kill Bill à une vie de Sainte Thérèse de Lisieux.

Les bras m'en tombent.

Les effets sont donc hyper-soulignés dans leur forme, et insignifiants quant au fond (la romance niaise avec la blonde, les flasbacks papa maman, le fantasme de boire du coca !!). Boyle joue même le jeu du gore pour le passage boucherie-charcuterie, en laissant tout de même un morceau bien proprement découpé sous la masse rocheuse. Je me demande si l'anecdote qui nous montre l'ami Ralston prendre en photo son appendice abandonné est réel. Si oui, ce mec est donc bel et bien barge, comme le début du film le laisse supposer.

Pour finir, je voudrais signaler que nos amis les loups pratiquent depuis longtemps l'exercice (se couper la patte avec les dents quand ils sont pris au piège) et qu'on n'en fait pas toute une histoire.


1e

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Slumdog millionaire

Difficile de bouder son plaisir en regardant Slumdog Millionnaire. Un scénario bien travaillé, des acteurs qui ont la pêche, une mise en scène déjantée (un peu trop diront certains), une musique qui remue : que du bonheur.

Ouais, les cadrages de travers et les visages coupés en deux ne vous font pas un cinéaste, mais Danny Boyle n'est pas non plus Bergman, et on s'en fout en l'occurence. Slumdog millionaire, c'est pas les Fraises sauvages à Mumbai, c'est plutôt Trainspotting au pays de Bollywood, et ça déménage.

Pourquoi notre héros veut-il jouer (et gagner ?) à "Qui veut gagner des millions ?" : la réponse n'est pas si simple, et il faudra de nombreux flashbacks pour comprendre le pourquoi du comment. A part ça, on dirait par certains aspects du pur Bollywood (des sentiments qui débordent, des méchants vraiment - très - méchants, de l'amouuuuur !). Et le gentil est intelligent, bien que réservé.

Au final ce qui rend le film si plaisant, c'est l'Inde, évidemment 1000 fois plus réelle que dans A bord du Darjeeling Limited, et plus particulièrement Maximum Mumbai la ville de tous les délires. Ce qu'on voit de Bombay, surtout au début, dans la scène magistrale de la poursuite des enfants dans le bidonville, est absolument fascinant et Danny Boyle réussit parfaitement à rendre sensible la frénésie de cette ville.

Le générique de fin enfonce le clou bollywoodien pour notre plus grand plaisir. Foncez voir Slumdog Millionaire et embarquez dans un grand huit des sensations fortes, pas forcément très subtiles, mais bien relevées.

 

3e

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