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Monos

En provenance de Colombie, ce deuxième film d'Alejandro Landes est une pépite à découvrir.

Le pitch est simple : huit enfants soldats, faisant partie d'un groupe révolutionnaire obscur, gardent une otage américaine sur les hauteurs andines du pays, puis dans la forêt vierge. 

Le film est un trip sensoriel qui vaut surtout par la manière dont il montre la rudesse de la vie de ces jeunes paumés qui se droguent, tuent, cherchent l'amour et trouvent le désespoir. Comme si Larry Clark tournait en Amazonie. Le voyage n'est jamais vraiment éprouvant (même s'il est dur), tant les images sont belles, les personnages bien dessinés et le rythme haletant.

Il y a chez Landes un talent incontestable, que ce soit pour filmer de façon originale les scènes oniriques ou pour être froidement efficace quand l'action le commande. La sensation de réalité immersive qu'il parvient à nous communiquer (la pluie, la boue, les explosions, les baisers) est assez exceptionnelle.

Une vraie et belle découverte, présentée en 2019 dans la section Panorama de la Berlinale, servie par de jeunes colombiens non professionnels particulièrement convaincants et une Julianne Nicholson étonnante.

 

3e

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Les oiseaux de passage

Incroyable film que ce nouvel opus du duo colombien composé de Ciro Guerra (qui vient d'être désigné président du jury de la Semaine de la critique 2019) et Cristina Gallego : on pense d'abord qu'il s'agit d'un documentaire National Geographic, avant de constater qu'on regarde un Scarface chez les indiens de Colombie.

Le film ménage toutes les péripéties classiques des films "qui racontent l'ascension d'un petit gars dans le milieu de la pègre", avec cette particularité que la pègre ici n'est pas pré-existante, mais se construit sous nos yeux avec la bénédiction des américains.

Les étapes traditionnelles (l'idée géniale, la tension entre les clans, la question d'honneur, les remords, la chute, l'escalade de violence) sont ici compliquées, ou sublimées, par un élément supplémentaire : les règles coutumières du peuple Wayuu qu'il s'agit de respecter.

Les paysages sont magnifiques, les acteurs formidables, la mise en scène sublime : c'est LA sortie de la semaine à ne pas rater.

Ciro Guerra sur Christoblog : L'étreinte du serpent -  2015 (**)

 

3e

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La terre et l'ombre

Les tout premiers plans de La terre et l'ombre donnent le ton : le film va être une splendeur visuelle. 

Et effectivement, il l'est. Des noirs envoutants, des cadrages parfaits, des contrastes éblouissants, des travellings ensorcelants, des plans d'anthologie, une bande son captivante : le film est d'abord un enchantement des sens. On se souviendra longtemps de ces pluies de cendres ou de ce rideau flottant dans le vent.

Au-delà de sa perfection plastique, le film de César Acevedo est une formidable histoire mélodramatique. Un homme revient dans sa ferme natale, parce que son fils souffre d'une terrible maladie du poumon. Pourquoi est-il parti ? Pourquoi sa femme ne l'a-t-elle pas suivi ? Le film répond à ces questions en dressant au passage un tableau documentaire de la culture de la canne à sucre très intéressant.

Les conditions de travail très dures des ouvriers sont admirablement dénoncées, sans que cela ne soit jamais lourdement accusateur. Ce que montre le film suffit à susciter l'effroi.

Légitime Caméro d'or du dernier Festival de Cannes, La terre et l'ombre prouve à la planète cinéphile que le cinéma colombien est l'un des plus florissants d'Amérique Latine.

A voir absolument.

 

4e   

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L'étreinte du serpent

Une sorte d'Apocalypse now tourné par Béla Tarr, voilà à quoi ressemble L'étreinte du serpent.

Le film est austère, mais captivant. On suit deux histoires en parallèle : un explorateur en Amazonie en 1901, et un autre 40 ans plus tard, à la recherche de caoutchouc pour l'effort de guerre. Le même indien les guide tous les deux.

Au crédit du film, il faut porter sa belle originalité, sa photo magnifique et quelques scènes incroyables, comme celles qui nous montrent la mission chrétienne à quarante ans d'écart : hallucinant. Les paysages sont admirables, surtout vers la fin du film, et les compositions des acteurs indiens très impressionantes.

Pour les aspects négatifs, qui pourront en rebuter plus d'un : le film est parfois (très) lent, répétitif, certains éléments sont franchement obscurs. 

Il m'a semblé que L'étreinte du serpent n'était pas vraiment tenu d'un point de vue narratif. L'impression finale est celle d'un impact visuel énorme, et d'un impact dramatique qui n'est pas tout à fait en rapport.

 

2e

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Gente de bien

J'ai toujours envie de dire du bien d'un film sud-américain ou kirghize.

Donc, je dirai du premier film du colombien Franco Lolli qu'il est subtil et bien filmé.

Un petit garçon mal élevé est transféré de la maman au papa dans des circonstances obscures. Le papa travaille dans une famille riche. La maman de cette famille décide de faire le bonheur du pauvre petit garçon en l'accueillant dans ses demeures (principales et secondaires) luxueuses. Mais le pauvre bougre, grisé par les symptômes extérieurs de richesse, se rend progressivement compte que ce monde n'est pas pour lui. Il n'en fait pas partie.

Et la situation dégénère. Gente de bien = gens de bien, ou gens de biens ?

Alors, peu importe que cette fable cruelle soit un peu longuette et parfois didactique, je défend le film par principe et vous conseille d'y aller. Ca vous changera des blockbusters US et des chichiteries hexagonales.

 

2e 

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La Sirga

L'année dernière à Cannes, la Colombie était particulièrement à l'honneur, avec La playa présenté à Un certain regard, et La Sirga à la Quinzaine.

Pas facile de parler de ce film autrement qu'en disant qu'il s'agit d'une sorte de Désert des Tartares lacustre, ce qui n'incitera probablement personne à aller le voir.

Les paysages sont sublimes, comme la photo ci-contre le montre. On suit une jeune indienne fuyant la guerre civile, qui se réfugie chez le dernier membre de sa famille qui tient une auberge : La Sirga.

Le véritable personnage du film est d'ailleurs peut-être cette maison de bois, à la fois branlante et solide, qui semble posséder une personnalité propre. Le film, lent et aquatique, taiseux, semble vouloir porter des valeurs panthéistes. On a du mal à s'attacher à l'actrice principale qui ne sourit jamais. Le comportement de l'ensemble des personnages paraît hermétique et difficile à comprendre.

Les 1h30 du film s'écoulent tranquillement, dans une relative indifférence, au milieu des roseaux, en attendant les touristes, qui ne viendront jamais, et d'éventuels brigades armées, jusqu'à une fin improbable.

Si le film possède de vraies qualités (quelques beaux mouvements de caméra, une réelle aptitude à capter l'essence de la nature), cela ne suffit pas pour vous le conseiller.

 

1e

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