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Tenet

Il y a une chose qu'on ne peut pas enlever à Christopher Nolan : c'est sa faculté à pouvoir raconter n'importe quoi, tout en conservant la confiance d'une tribu importante de fans hardcore. Il n'y a guère que Jean Luc Godard, dans un tout autre genre, pour présenter cette même faculté, vis à vis d'un groupe d'aficionados évidemment fort différent.

Nolan propose ici un blockbuster qui a tous les attributs d'un James Bond (voyage au quatre coins du monde, méchants qui veulent la fin du monde, pyrotechnie spectaculaire et gadgets improbables), mais un Bond dont l'intrigue serait basée sur de délicats principes de physique (il est par exemple fait état du positron de Feynmann / Wheeler, si vous voyez ce que je veux dire).

Disons-le tout de suite : on n'y comprend rien. On a beau essayer de prendre les indications des personnages en compte, ce qu'on voit à l'écran n'est jamais complètement explicable d'une façon satisfaisante, en tout cas lors d'une première vision.  

Nolan dans tous ses films ou presque joue avec le concept du temps, mais il se prend ici les pieds dans le tapis en ajoutant des couches à des couches, de telle façon qu'on se perd totalement dans ses histoires d'étaux temporel intriqués les uns dans les autres, d'entropie inversée et autres joyeusetés. Pour qu'un film sur les paradoxes temporels fonctionne, il doit présenter une trame didactique qui permette d'entrer dans le film et d'éprouver des émotions issues de ce que l'on comprend (c'était le cas du modeste Looper par exemple). Nolan ne parvient pas ici à rendre crédible son fouillis temporel (même si celui-ci possède sa logique), à l'image de l'attaque finale, que la décomposition en équipe bleue et rouge rend totalement vaine. Sans parler de la fin abracadabrante.

Pour ceux qui souhaiteraient un autre exemple de film dans lequel le même type de principes est décliné (notamment le fait de se rencontrer soi-même) peuvent se procurer le méconnu Triangle de Christopher Smith, que Nolan a probablement vu.

Résumons-nous. Le film est dépourvu d'émotions, trop long et mal écrit. Le script est laborieusement scolaire. L'acteur principal, John David Washington (fils de son père) souffre d'un manque de charisme évident, heureusement compensé par l'excellente prestation en méchant de Kenneth Branagh. Nolan coche un certain nombre de cases en matière de diversité : les générations futures veulent nous éliminer parce qu'on s'est mal occupé de la planète, l'acteur principal est Noir, l'actrice principale n'a pas un physique courant dans les blockbuster, et c'est la femme indienne qui porte la culotte. Malheureusement, cela ne suffit pas à sauver le film d'une médiocrité poussive.

Le seul point réellement positif de Tenet me semble être la faculté à filmer les décors d'une façon qui campe immédiatement une ambiance. C'est peu.

Si vous avez aimé Inception, vous adorerez Tenet, et inversement : les deux films sont également clinquants, en partie stimulants et finalement décevants.

Christopher Nolan sur Christoblog :  Inception - 2010 (**) / Interstellar - 2014 (*) / Dunkerque - 2017 (**)

Pour aller plus loin :

- L'excellent article de Maxime, qui vous explique tout le plus clairement possible : Tenet : les clefs pour comprendre

- Un article dans lequel un scientifique donne un avis .... scientifique : Le films contient plusieurs paradoxes qui nuisent à sa cohérence 

- Une vidéo qui va très loin dans les interprétations au sujet du film, et qui vous dévoilera qui est réellement Neil : Tenet : Génie ou foutage de gueule

 

2e

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Dunkerque

Penser que Dunkerque est un film de Christopher Nolan procure de drôle de sensations, au moins durant son premier tiers. Ce film sobre, concis, efficace, prenant, serait du même auteur que le grandiloquent Inception ? On peine à le croire...

Progressivement, quelques indices apparaissent, qui nous ramènent aux limites de son auteur : le réalisme apparent n'est que de façade (les blessés ne saignent pas, les vues de Dunkerque comprennent des immeubles des années 70), les raccords lumières sont sacrifiés au profit du spectaculaire (dans la même scène, le soleil est éclatant et les nuages envahissent le ciel) et la corde sensible est au final privilégiée au détriment du naturalisme (quel coquin, ce train d'atterrissage).

La musique de scie de Hans Zimmer est aussi un marqueur irréfutable - et toujours aussi désagréable à mes oreilles -  du film nolanien.

Mais pour une fois, je m'abstiendrai d'être bégueule. Après tout, j'ai pris un certain plaisir à démêler l'écheveau inutilement compliqué des différentes trames temporelles, et la justesse de certaines scènes (le soldat qui se suicide en marchant dans la mer, la découverte du Français) sont suffisamment captivantes pour que le film apparaisse comme un divertissement honorable.

 

2e

 

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Interstellar

Prenez 2 minutes bien choisies d'un film de Christopher Nolan, et vous pourrez croire avoir affaire à un grand cinéaste.

Une course folle dans un champ de maïs à la poursuite d'un drone égaré, une planète constituée uniquement d'eau et balayée par des vagues géantes, un homme qui flotte dans un espace tridimensionnel constitué des mêmes images du passé : on voit bien que Nolan possède un puissant sens de l'image évocatrice, associé à une grande maîtrise technique.

Le problème est que Nolan est un piètre scénariste, et qu'il s'acharne à vouloir écrire ses films. Interstellar, après un début prometteur, vire donc durant ses longues deux dernières heures (le film dure 2h49mn) au n'importe quoi métaphysico-sentimental. Le personnage joué (platement) par Matthew McConaughey peut ainsi traverser un trou noir pour franchir les années-lumières et se retrouver dans le passé, par hasard, à discuter en morse avec sa petite fille à travers une bibliothèque (?!). 

Le ridicule parcourt ainsi une bonne partie du film, l'irisant d'une palette de défauts impressionnante : la platitude et l'approximation, le manque d'imagination (les décors des planètes sont beaux mais manquent d'originalité), l'emploi excessif de stétéotypes éculés (le vieux savant en chaise roulante, l'ordinateur rigolo), une sentimentalité larmoyante, des dialogues à la limite du ridicule, une sous-utilisation éhontée de magnifiques thèmes de SF (on pense au traitement du sujet des différents écoulements du temps dans l'Hypérion de Dan Simmons par exemple), des chutes de rythme incessantes, un réalisme des scènes d'espace qui est loin de valoir celles de Gravity, des seconds rôles pitoyables (Matt Damon !), des suspenses de séries Z, etc.

On sort du film sous l'emprise d'une profonde et triste lassitude.

 

1e

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Inception

Joseph Gordon-Levitt. Warner Bros. FranceDifficile pour moi de me faire une idée bien arrêtée sur ce film.

Le début est intéressant, exposant une idée assez stimulante : il est possible de pénétrer dans l'esprit des gens lors de leur rêve, et d'y voler des secrets. Il est également possible, bien que beaucoup plus difficile, d'y déposer des idées. Les scènes de rêve sont filmées comme dans la réalité, et les personnages y jouent leur propre rôle, procédé qui permet quelques retournements intéressants du genre : "ce que vous voyez n'est pas ce que vous croyez".

A partir de ce schéma, Christopher Nolan bâtit une oeuvre volontairement complexe en y insérant :

- une histoire d'amour compliquée entre son héros et sa femme qui ont partagé des moments intenses dans un monde de rêve, jusqu'à une tragédie dont je ne parlerai pas

- une escalade dans les rêves "emboités" (je rêve que je rêve que je rêve...) vertigineuse : jusqu'à 4 niveaux

- le concept assez nébuleux de Limbes (quand on meurt dans un rêve, mais seulement dans certaines conditions, on erre dans une zone indécise pendant un temps ... incertain)

L'impression est que la machine s'emballe dans une explosion de créativité non maîtrisée, un peu comme dans Lost par exemple, ou dans la série des Matrix. Nolan semble rêver pouvoir donner son 2001, l'Odyssée de l'Espace ET son Eyes wide shut EN MEME TEMPS, ce qui n'est évidemment pas possible.

Di Caprio peut enchaîner pépère des mimiques déjà exploitées dans Shutter Island : amour tragique, remords éternels, culpabilité, doute sur la réalité qui l'entoure...

On ne peut que relever la grosse balourdise de l'approche typiquement US de la psychanalyse et de l'inconscient : les secrets y sont enfermés dans des coffres (!) les réactions de défense de l'inconscient se matérialisent dans les rêves sous forme d'armée, de milice et de tueurs (cf le niveau dans la neige, on dirait du James Bond cheap), et le sexe en est complètement absent. Les lois de la physique ne sont pas mieux traitées : dans un monde en apesanteur, débloquer le frein de sécurité d'un ascenseur ne fera pas chuter celui-ci.

La fin est un peu à l'image des hésitations, et de la sophistication alambiquée du film : on n'est pas bien sûr d'en comprendre le sens, et peut-être d'ailleurs n'y en a t-il pas, Nolan étant peut-être aussi perdu - et épuisé - que nous (cela fait longtemps qu'on est perdu avec cette histoire de totems, mais je ne vais pas développer mes arguments, sinon on y passera la nuit).

Je précise pour ceux que cette timide histoire d'amour par delà le temps et l'espace intéresse qu'ils devraient lire Hypérion de Dan Simmons, ouvrage dans lequel figure un exemple parfait de ce type d'histoire.

 

2e

 

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The dark knight

Warner Bros.Il y avait tellement de gens bien qui avaient aimé ce film ... que je me suis laissé tenter par l'édition BluRay.

Erreur. Je me suis plus qu'ennuyé.

J'ai trouvé qu'il était difficile, voire impossible, de s'intéresser aux personnages : Batman est transparent, le Joker n'est pas trop mal, mais la mort d'Heath Ledger amène à surévaluer nettement sa prestation. Les autres sont inexistants.

L'atmosphère est trop propre, le son trop fort, l'intrigue inintéressante et tarabiscotée. Le film donne nettement l'impression de vouloir impressionner à tout prix en multipliant les ambiances froides et les postures hiératiques, sans donner véritablement vie aux protagonistes.

Quelques images sont assez réussies mais globalement The Dark Knight a été pour moi un (très) long tunnel d'ennui quasi-incompréhensible et prétentieux. Une sorte d'exercice de style vain et ampoulé.

Ce qu'il y a de plus réussi dans le film ce sont les buildings, très bien filmés et presque les personnages les plus expressifs du film.

 

1e

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