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Le vénérable W.

Quand on critique un documentaire, il faut toujours être attentif à distinguer le sujet de la forme.

Ici, le sujet est assez intéressant. Il présente la figure méconnue d'un moine boudhiste birman, Wirathu, qui prône la haine des Musulmans depuis plusieurs années et encourage les exactions à leur égard.

Wirathu est le prototype du monstre froid et fascisant qui utilise pour parler des Musulmans les mêmes éléments de langage qu'Hitler utilisait à propos des Juifs : leur lubricité les amène à violer les femmes birmanes, ils ont une stratégie pour nous remplacer dans notre propre pays, ce sont  à peine des êtres humains, seule notre race est pure, etc. Autant dire que le spectateur est à la fois surpris (le boudhisme a une bien autre image dans nos contrées) et abasourdi par la façon dont les foules suivent cet illuminé au charisme d'huitre.

Sur la forme, Barbet Schroeder propose un exposé très didactique (carte explicative, sous-titre indiquant les lieux et dates, alternance de témoignages, traduction de documents officiels, présentation du contexte historique) qui au mieux évoquera un bon reportage de télévision, au pire pourra faire penser à un exposé de lycéen.

On attend vainement un geste de cinéma qui rendrait le film formellement attrayant. On croit le tenir dès les premières minutes par la grâce opératique d'un traveling latéral au ralenti, mais malheureusement il nous faudra déchanter : Le vénérable W. est intéressant par son contenu, mais ce n'est pas réellement une oeuvre de cinéma.

 

2e

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Amnesia

Le nouveau film de Barbet Schroeder s'attaque simultanément à deux sujets délicats : une histoire d'amour naissante entre une personne âgée (formidable Marthe Keller) et un jeune homme (Max Riemelt) d'une part, et l'attitude de certains Allemands qui ne pardonnent pas à leur pays l'expérience du nazisme d'autre part.

Il y a sûrement un sujet de trop parmi les deux, l'un empêchant le développement de l'autre, et réciproquement.

L'histoire d'amour est assez joliment montrée. Elle progresse habilement par de petits riens qui accroissent progressivement l'attraction mutuelle. Pour l'aspect volontairement amnésique de l'Allemande par rapport à son pays, le film semble plus artificiel, et repose sur une scène pivot un peu surjouée à mon sens par Bruno Ganz.

Pour le reste Barbet Schroeder exploite bien la magnifique nature d'Ibiza mais se plante complètement sur l'installation de certaines ambiances, par exemple lors de la catastrophique séquence de la boîte de nuit.

Un film attendrissant, mais maladroit et déséquilibré. 

 

2e

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