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The perfect candidate

Après un détour bizarre vers le cinéma britannique (le passé inaperçu Mary Shelley), Haifaa Al Mansour revient tourner en Arabie saoudite, dans un esprit qui rappelle celui de son premier film très réussi de 2013, Wadjda.

On suit donc ici les mésaventures de Maryam, jeune médecin qui se trouve embarqué par hasard dans une élection municipale, parce qu'elle voulait simplement goudronner la route qui mène à sa clinique. Bien entendu, elle va devoir se heurter à la perplexité incrédule de la population (masculine, mais pas seulement) et va devoir affirmer sa détermination.

En parallèle de cette histoire plaisante, mais balisée, on suit également son père, veuf inconsolable qui se réfugie dans la musique et va, lui aussi, vivre une émancipation libératrice.

Le tout est rondement mené, éminemment sympathique, et se suit avec une curiosité amusée : on ne voit pas si souvent la vie quotidienne de l'upper middle class saoudienne, et les méthodes de Maryam (réussir une campagne électorale en 10 points) sont parfois à la limite du burlesque.

Dans ce film où personne n'est méchant, la figure éclatante de l'actrice Mila Alzahrani irradie la pellicule. Un chouette divertissement.

Haifaa Al Mansour sur Christoblog : Wadjda - 2013 (****)

 

3e

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Wadjda

Wadjda court le risque d'être réduit à son statut de "premier-film-saoudien-qui-plus-est-réalisé-par-une-femme".

Heureusement pour lui, il vaut plus que ça.

L'argument du film est simple, voire simpliste : une petite fille souhaite battre un copain à la course en vélo, et pour atteindre son but elle lorgne sur une magnifique bicyclette, évidemment inacessible pour de multiples raisons, dont la principale est qu'elle est une fille. On pense instantanément à une foule de référence haut de gamme, comme le néo-réalisme italien ou les premiers Kiarostami qui mettaient génialement en scène les enfants dans la cité. On a raison : Wadjda possède cette force intérieure qui lui confère un statut de conte universel.

Le mérite en revient évidemment à la jeune actrice Waad Mohammed, absolument craquante, bloc résolu de volonté pure au milieu d'un océan de conventions : "Faire du vélo empêche d'avoir des enfants", "Ne touchez pas le Coran si vous avez vos règles", "Ne laissez pas le Coran ouvert, le Diable crache dessus". La friction entre sa fraîcheur déterminée et les pesanteurs de la société traditionnelle saoudienne constitue le véritable carburant du film, qui fonctionne très bien sur cette base.

Le plus fort est que la réalisatrice Haifa El Mansour laisse filtrer sous le poids des conventions quelques sentiments purs (le père envers sa fille, la mère envers son mari) : le carcan craque aux entournures, et c'est dans ses fêlures que le film devient beau.

On est tout simplement conquis par l'efficacité du dispositif, tout en distinguant nettement les grosses ficelles que la réalisatrice manipule : tant pis, ou tant mieux, dans tous les cas le film est un véritable bain de jouvence cinématographique.

Coup de coeur.

 

4e 

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