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Articles avec #5 questions

5 questions à Philippe Faucon

A l'occasion de la sortie de Fatima, le réalisateur Philippe Faucon a accepté de se prêter au jeu des questions réponses.

 

1 - Fatima est un film résolument optimiste. Est-ce qu'on peut considérer que c'est pour vous une façon de présenter le côté face d'une pièce dont La désintégration serait le côté pile ?

Absolument. Après LA DESINTEGRATION, je trouvais important de montrer une forme d’intégration réussie. Lorsque je parlais de LA DÉSINTÉGRATION, je disais souvent : ‘‘ Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ’’. J’ai pensé qu’il fallait aussi raconter la forêt qui pousse et FATIMA m’a permis de le faire.

 

2 - Il y a une scène réellement surprenante dans le film, qui change le cours de l'intrigue et donne au film une tonalité de suspense psychologique étonnante (la chute dans l'escalier) : comment vous est venue cette idée de rupture dans le scénario ?

J’ai écrit le scénario d’après l’histoire de Fatima Elayoubi, qui avait raconté à travers deux livres son parcours de femme de ménage parlant mal le français et élevant ses deux filles (les livres s’appellent ENFIN JE PEUX MARCHER SEULE et PRIERE A LA LUNE). L’épisode de la chute dans l’escalier, il vient directement d’elle et de son histoire personnelle.

 

3 - Soria Zeroual, qui n'est pas une actrice professionnelle, est remarquable de justesse et de densité : comment l'avez vous choisie, et comment l'avez vous convaincue de rejoindre le film pour ce rôle finalement très complexe ? 

Aucune actrice professionnelle française ne pouvait jouer ce rôle, car il n’existe aucune actrice professionnelle française qui parle mal le français, et le feindre n’eût pas fonctionné. Je devais donc faire appel à une non-professionnelle, mais elle allait avoir un rôle très dense, c’était donc très difficile de trouver ! Le directeur de casting a énormément cherché et m’a un jour présenté Soria Zeroual, femme de ménage à Givors. Je l’ai rencontrée et j’ai vite vu en elle de grandes qualités de comédienne. Après, je lui ai expliqué mes méthodes de travail et le rôle, et elle a accepté de le faire ‘pour toutes les Fatima’. L’histoire résonnait fort en elle.

 

4 - Je trouve que le film restitue avec beaucoup d'habileté la réalité de la vie quotidienne, ce naturalisme épuré était-il pour vous une préoccupation spécifique ?

Ma préoccupation, c’est d’avoir des scènes qui sonnent juste, interprétées par des comédiennes qui rencontrent leurs personnages.

 

5 - Le film est remarquable par la contradiction entre la douceur de Fatima (son écriture...) et la violence qui l'entoure (sa fille, ses voisines, la propriétaire, la bourgeoise) : comment peut-elle rester aussi calme et positive ? On aurait presque envie qu'elle se rebelle !

Fatima a compris que c’est la souffrance qui rend violent. « Là où un parent est blessé, il y a un parent en colère », écrit-elle dans son cahier…

 

Propos recueillis par échange de mails le 8 octobre 2015.

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5 questions à Loubna Abidar

A l'occasion de la sortie de Much loved, l'actrice principale du film de Nabil Ayouch a accepté de se prêter au jeu des questions réponses.

1 - Comment vivez-vous la situation que crée l'accueil du film au Maroc ? 

Je suis bien sûr très triste et très blessée. La moitié du pays me traine dans la boue, me traite d’actrice porno, veut me faire des procès. Je ne peux plus sortir dans la rue sans mettre une burka pour me cacher, et j’ai peur de ne plus jamais pouvoir travailler au Maroc. Mais je reste très fière d’avoir fait ce film essentiel, et je suis soutenue par tous ceux qui l’ont vu qui savent qu’il n’a rien de porno, que c’est avant tout un grand film sur un sujet fort.

 

2 - Vous êtes une actrice reconnue au Maroc, mais vous êtes moins connue en France. Pouvez-vous nous donner des détails sur votre carrière ? 

J’ai en effet déjà joué dans plusieurs films ‘commerciaux’ marocains. Mais aucun ne compte pour moi par rapport à MUCH LOVED, que j’appelle mon vrai premier film de cinéma. J’espère qu’il me permettra d’être connue en France et d’envisager une carrière ici.

 

3 -  Much loved était au départ conçu par Nabil Ayouch comme un documentaire. Pourquoi le projet a-t-il été transformé en fiction, tourné avec des actrices non professionnelles ? Comment dans ce contexte avez vous convaincu le réalisateur de vous recruter pour le film ? 

Seul Nabil peut vous expliquer pourquoi il a finalement décidé de faire une fiction. Mais c’est sûr qu’il voulait rester près de la réalité, en se documentant énormément avant, et en embauchant des actrices non professionnelles. Je lui ai menti lors de notre premier entretien, je ne lui ai pas dit que j’avais déjà joué au cinéma. Je lui ai dit la vérité plus tard. Mais de toute façon j’ai vraiment connu une enfance pauvre dans les quartiers déshérités, avec des filles comme celles du film.

 

4 - Dans Much Loved, la relation entre les quatre femmes est à la fois faite d'engueulades, de tendresse, de générosité. Elles sont pourtant fort différentes de par leur caractère. Est-ce que finalement ce qui les unit est seulement le rejet des hommes ?  

Elles sont surtout unies par leur solidarité, leur désir de résister ensemble, leur rage de vie commune. Si elles tiennent, c’est parce qu’elles sont ensemble, amies.

 

5 - Le film est attaqué au Maroc comme porno. Il ne comprend pourtant qu'une scène dans laquelle vous jouez nue, et celle-ci est très pudique. Comment avez-vous abordé cette scène ? 

En tournant le film, je ne pensais jamais à ce qui pouvait arriver après. Je savais que cette scène était importante pour Nabil et pour le film, alors je l’ai jouée, c’est tout. Bien sûr ce n’était pas facile d’être nue face à l’équipe technique, mais elle a été réduite au maximum pour cette scène, et m’a parfaitement soutenue.

 

Propos recueillis par échange de mails le 21 septembre 2015.

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