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We need to talk about Kevin

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/94/48/19736304.jpgLe problème avec les films comme We need to talk about Kevin, c'est que leur scénario est tellement fort qu'il vampirise le film.

 

Autrement dit, l'histoire garde sa force que le film soit un chef d'oeuvre, ou qu'il soit tourné avec les pieds, ce qui est plutôt le cas ici.

 

Rappelons brièvement le pitch : les relations amour / haine d'une mère et de son fils, conduisant (ou pas ?) ce dernier à tuer quelques uns de ses camarades de classe, dans la plus pure tradition Columbine.

 

Ce que je reproche au film tient principalement en deux points : il n'a pas de style, et il est beaucoup trop explicatif.

 

Sur le style, pas la peine de s'étendre, il ne ressemble à rien. Les flashbacks sont placés au petit bonheur, Lynne Ramsay semble toujours expérimenter de nouveaux trucs sans en fixer un en particulier, et sa direction d'acteur est très sommaire. Tilda Swinton joue sur un seul registre : bouche mi-ouverte, regard égaré. Ezra Miller a invariablement l'air de celui qui sait des choses que les autres ne savent pas, habité à l'évidence par des forces malfaisantes.

 

Le film nous assène ensuite tous les clichés imaginables dans ce type de situtation, dont le plus énorme : si Kevin a fait ça, c'est à cause d'Oedipe bien sûr. Et pour qu'on comprenne bien, le film accumule les scènes édifiantes : petit Kevin assiste à une fellation de maman sur papa, grand Kevin est surpris par maman en train de se masturber. Bref, c'est lourd, c'est surligné au fluo, c'est léger comme un char d'assaut. De plus Lynne Ramsay évite de nous montrer les scènes charnières du film (ce qui concerne la petite fille, le massacre lui-même). Vous allez me dire que c'est plein de délicatesse, mais je pense que c'est plutôt un évitement. Je trouve enfin que tout le film baigne dans une atmosphère non réaliste qui est assez gênante.

 

Si We need to talk about Kevin laisse tout de même une "impression durable de malaise", suivant l'expression consacrée, c'est donc presque à son insu.

 

2e

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pierreAfeu 07/10/2011 13:33


Je crois qu'en attaquant le film sur son absence de réalisme, tu ne prends pas le bon angle, Chris. La question n'est pas là, mais plutôt : dans le cadre posé par le film, la machine
fonctionne-t-elle ou pas ? Pour ma part, elle ne fonctionne pas.


Chris 07/10/2011 20:08



Ouais, on va pas en discuter 107 ans parce qu'il ne le mérite pas, mais lui-même ne sait pas quelle posture adopter : symboliste, réaliste, onirique, fantastique.... c'est bien le problème.



Squizzz 06/10/2011 21:40


Le film ne se revendique pas comme un documentaire réaliste. Au contraire, moi je l'ai vraiment vu comme limite une paranoïa de la mère, ce qui peut ainsi expliquer qu'il y ait autant de pistes
exploitées. Elle cherche toutes les possibilités au point de vraisemblablement amplifier chacun des signes. Et comme quoi, on peut apprécier différemment un plan, pour moi la scène devant la
librairie ne montre pas de la jalousie, mais une admiration pour sa mère.


Squizzz 06/10/2011 20:49


Comme tu connais déjà mes résultats de ton festival, tu sais que nous ne sommes absolument pas d'accord, et notamment concernant la mise en scène. Que l'on n'aime pas, je peux le comprendre mais
dire qu'"il n'y a pas de style" et que "les flash-backs sont placés au petit bonheur" me paraît peu objectif. Le scénario et le montage sont au contraire très structurés, et ne font que refléter
les doutes qui habitent la mère, totalement perdue et désarmée. Et au contraire de ce que tu dis, rien n'est vraiment surligné car aucune cause au geste du fils n'est réellement mise en avant (et
surtout pas les deux scènes "sexuelles", même si effectivement elle ne sont pas indispensables). Le film n'est fait que des souvenirs de la mère et ne prétend jamais être la réalité, à partir de là
c'est juste la mère qui cherche des réponses quitte à sombrer dans la paranoïa ou au contraire se reprocher de ne pas avoir réagi dès les signes avant-coureurs. De là s'explique également l'absence
des scènes "charnières", car la mère étant absente, elle ne peut savoir ce qui s'est passé, et dans tous les cas, cela lèverait complétement le doute sur la réalité ou non de ce qui est montré
(surtout pour la scène de la fille).


Chris 06/10/2011 21:28



J'avoue que j'y été un peu fort, mais le film m'a vraiment emmer... Quand je dis qu'il n'a pas de style, je veux dire qu'il en essaye trop. Quasiment toutes les figures de style du langage
cinématographiques sont présents.


Et les causes du geste de Kevin sont surexplicitées au contraire : parce qu'il est attardé, parce qu'il est jaloux de sa soeur (l'acte à la maternité), parce qu'il est jaloux du travail de sa
mère (les cartes, la librairie), parce que sa mère lui a lu Robin des Bois (?!), parcequ'il est jaloux de son père, etc... En réalité, lorsqu'on lit par exemple les études sur les assassins de
Columbine, on découvre qu'ils étaient quasi-normaux. Ils ne broyaient pas les hamster de leur petite soeur !


Et l'attitude des autres parents est aussi complètement outrancière.... tout ça n'est pas réaliste.



Christophe 04/10/2011 07:46


J'ai une tête de caboche, mais j'y pense :)


Christophe 03/10/2011 21:48


Trop de polémiques... Je ne dis pas que tout est moche dans le ciné anglais, mais je ne vois rien de grand depuis très très longtemps.... Mais je ne vais pas réactiver la polémique ici... Car
certains vont se sentir obligé d'en remettre une couche. Sinon, je réoriente mon blog vers un cinéma plus patrimonial, qui n'intéressera personne, mais au moins je m'éclaterai ! Je n'exclue pas
quand même d'ouvrir à quelques coups de coeur... D'où la difficulté de participer aux festival, puisque que je ne compte plus tout critiquer... Et domage d'exclure le Bela Tarr, car je pense qu'il
peut figurer très très haut dans la classement de l'année


Chris 04/10/2011 06:50



Une grande chose est parvenue d'Angleterre ces dernières années, ce sont les films d'Andrea Arnold.


Quant au cinéma patrimonial, il apporterait une touche manquante à la communauté 1 article = 1 film où tu es toujours le bienvenu, mais je ne vais relancer la polémique...