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Morgen

Les Films du LosangeCeux qui suivent ce blog savent que je voue un intérêt particulier au cinéma roumain.

Je pouvais donc difficilement ne pas aller voir le premier film du réalisateur Marian Crisan (que les fins cinéphiles / gestionnaires d'Allociné qualifient de "réalisatrice", probablement au simple examen de son prénom Marian). Le film a obtenu une récompense à Locarno.

Nelu, la quarantaine, est un villageois taciturne et mal marié, qui va pêcher de l'autre côté de la frontière roumano-hongroise. Il tombe un jour sur un clandestin turc égaré qui cherche à se rendre en Allemagne.

Loin de toute tension dramatique le film prend un parti-pris doux amer, composé d'humour à froid et d'understatement narratif.

Notre turc est donc très volubile (mais ses propos en turc ne sont pas traduit, créant un décalage comique), d'une bonne volonté à toute épreuve, et d'une naïveté confondante. Son comportement donne naissance à des scènes assez amusantes, comme celle où il copie la gestuelle de son hôte indiquant différentes directions aux policiers qui l'examine. Il s'en va, tente de passer la frontière, revient, comme un chewing-gum humain dont Nelu n'arriverait pas à se séparer.

Crisan utilise des procédés de mise en scène parfois originaux comme le glissement du centre d'intérêt du premier plan à l'arrière plan (le match de foot). Les situations sont parfois poétiquement burlesques, et les personnages semblent habiter un no man's land absurde et imaginaire, avant qu'on réalise que ce qui nous est montré est bien notre Union Européenne.

On peut reprocher au film certains travers classiques aux productions est-européennes (abus de plans fixes, montage poussif, étirement à l'extrême de certaines scènes), et il est loin de la meilleure production roumaine. Ses qualités justifient tout de même qu'on garde un oeil attentif sur ce réalisateur.


2e

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