Christoblog

Mammuth

Gérard Depardieu et Isabelle Adjani. Ad Vitam Mammuth est un film faux.

Je m'explique : on essaye de nous faire croire que Depardieu (qui s'exprime comme dans Tartuffe) est un boucher quasi analphabète.

La "Province" est montrée comme un monde de ploucs - mais quand même avec des lettres : les gros cons prospecteurs s'appellent Poelvoorde, les fantômes Adjani (au passage affligeante), les croque-morts Dick Annegarn : c'est Groland au Fouquet's !

Le problème de Mammuth est que la bonne distance n'est jamais trouvée : Kervern et Delépine se foutent-ils de la gueule des provinciaux avec des tics purement parisianistes, où veulent ils dire autre chose ? Et quoi ?

Le scénario est ridicule, les intentions surlignées : quand on veut signifier qu'un personnage s'ennuie, on le montre tournant dans une pièce comme un lion en cage, original, non ?

L'afféterie de l'image au gros grain rend l'ensemble assez insupportable de prétention. Depardieu cabotine (mais peut-il désormais faire autre chose ?). On songe (tristement) à The Wrestler, comme on pourrait songer aux Monty Python en regardant la 7ème compagnie.

Les deux réalisateurs semblent se complaire dans la masturbation réciproque, à l'image de la scène entre les deux cousins.

Mammuth n'est pas seulement mauvais, il est inutile. Ou l'inverse.

 

1e

Commenter cet article

dasola 04/06/2010 15:20

Bonjour Chris, je serais moins négatif que toi concernant Depardieu qui est bien dans son rôle. Pour le reste, comme je l'ai dit, l'idée de départ est bonne mais les réalisateurs se perdent (et nous avec) en route. Il doit y avoir un message dans le film mais je ne l'ai pas compris. Bonne après-midi.

pierreAfeu 04/06/2010 11:37

Dans ce cas, ce serait l'hôpital se moquant de la charité... ;-)

Chris 04/06/2010 11:04

OK Pierre, tu es un trop bon défenseur de tes idées : je jette l'éponge.

Ceci dit, si tu relis bien la critique ci dessous, elle dénonce le parisionnisme du film, et pas l'inverse ...

pierreAfeu 04/06/2010 10:35

Il y a dans ce film une liberté assez 70's et un laisser-aller apparent qui manifestement dérangent les esprits cartésiens. En ce sens, peut-il faire penser au cinéma de Guiraudie. Faire le procès de Groland aux auteurs est de la pure mauvaise foi (même procès fait par quelques uns à Tom Ford sur le héros bien habillé de Single man sous prétexte que l'auteur est couturier). On peut certes préférer le maniérisme niais d'Honoré ou le didactisme artificiel de Desplechin. Ce n'est pas mon cas.

Expliquer le contexte d'une scène est-il nécessaire ? Ne faut-il pas parier sur le fait que les spectateurs en comprennent d'emblée le sens ? Ou ne peut-on pas se permettre de plaquer une scène de pure comédie pour le simple plaisir de la comédie ? La vie c'est quoi ? Une succession d'instants plus ou moins longs que l'on traverse sans avoir nécessairement besoin d'en sortir une signification. Je me retrouve dans le film et sa manière de nous faire rire dans une situation a priori tragique ou bien d'en introduire une autre par le rire avant d'en souligner le caractère pathétique. J'aime le mélange des genres. J'aime la grossièreté. J'aime la poésie absurde. J'aime la trivialité. J'aime les images surexposées sur un paysage qui défile. J'aime les idées gauchistes et irrespectueuses. J'aime les êtres maladroits.
Voilà pourquoi j'aime ce film.
Un petit bémol pour te faire plaisir, Chris : les apparitions d'Adjani ne m'ont pas semblé utiles mais ne m'ont pas dérangé non plus (et pourtant je déteste Adjani).
Quant à la critique de Chronikart, si elle ne pue pas le parisianisme, qu'est-ce donc ?

Chris 04/06/2010 08:25

Ah, ça fait du bien un petit débat.

Je ne suis pas journaliste, beaucoup ont écrit des critiques qui reflètent ma pensée (les Cahiers par exemple), mais celui qui me parle de plus est celui de Chronicart :
"Seulement voilà, une fois le road movie bien lancé, les bonnes scènes s'espacent, puis le projet comique se disloque dans un brouet visuel d'une pauvreté sidérale, oscillant entre peur du vide et grand n'importe quoi. A l'humour vissé serré succèdent un gras comique nanardeux (Yolande Moreau première victime d'un montage alterné digne d'un Max Pecas), mais surtout une poésie new age passablement débile, et surtout totalement bâclée. Que le film reconnaisse son impuissance crasse d'un air entendu, pourquoi pas, mais là non, il se gonfle de fierté jusqu'au bout, incapable de relâchement, cramponné à sa façade d'objet auteurisant et indépendant, certain de toucher au sublime, au grand Art, à la moindre image floue et mal cadrée.
Pas de doute, le cinéma semble ici une affaire trop sérieuse et trop noble pour être tournée en dérision. D'ailleurs, à l'instar de Depardieu, historiquement plus anar que ses cinéastes, les stars grouillent dans le film comme un troupeau de vaches sacrées. On ne les compte plus : Poelvoorde, Siné, Anna Mouglalis, clairement là pour marteler la pellicule de leur présence. Sommet, Adjani en figure de l'amour éternel de Depardieu, dans un exercice de pure célébration compassée, pas loin, dans l'esprit d'un hommage aux Césars. De quoi s'assurer de l'intention première de Mammuth, cure d'encanaillement pour people, pass VIP pour comiques télé ivres de reconnaissance. "