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Lola

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/04/14/20126855.jpgPremier film et premier bijou. Nous sommes en 1961 et la nouvelle vague vient juste de démarrer, A bout de souffle est sorti en 1960, les 400 coups en 1959. Godard a présenté son copain Jacques Demy au producteur De Beauregard qui va financer Lola (comme le raconte Agnès Varda dans Les plages d'Agnès). Le film est totalement inséré dans son époque : Demy y paye un tribu direct à Max Ophuls auquel Lola est dédicacé (en souvenir de Lola Montés ?), l'actrice Elina Labourdette renvoie au cinéma de Bresson, le directeur de la photo (Raoul Coutard) est celui d'A bout de souffle, le personnage principal masculin de Lola dit qu'il avait un seul ami , Michel Poiccard, qui s'est fait descendre (A bout de souffle encore !), etc...

A la fois dans son époque donc, et déjà porteur de tout l'univers Demy. Dialogues ciselés, mise en scène élégante et virtuose, importance des femmes.

Marc Michel joue clairement un alter ego de Demy, désanchanté mais/et enthousiaste. Mais ce sont surtout les personnages féminins qui emplissent le film. Lola d'abord, extravertie, légère, dont on se dit que le destin va être tragique et puis non, car Demy à l'art de la pirouette heureuse (ou qui semble heureuse pour être plus précis), Cécile ensuite, qui est Lola jeune, et enfin la mère de Cécile, qui est Lola plus vieille, ou disons une autre Lola qui aurait évolué différemment si les circonstances de la vie s'y étaient prêtées (elle fut danseuse comme Lola).

Le film entrecroise les destins, comme Demy savait le faire, les personnages se croisent sans se voir, il échangent ou répétent les mêmes répliques ("on part pour Marseille, on arrive en Argentine"), traversent les mêmes situations (Cécile et le soldat revivent à la fête foraine ce que Lola, qui s'appelle en réalité Cécile, a vécu avec Michel). Et à la fin tout le monde part, ou veut partir, d'une façon ou d'une autre à Cherbourg.

Le film donne une double impression : celle de pétiller irrésistiblement comme du champagne, et celle d'être parfaitement contrôlé. A certains moments il devient solaire par la grâce conjuguée du jeu d'acteur, de la mise en scène et de la photo. C'est le cas quand Anouk Aimée et Marc Michel tourne autour du passage Pommeraye, lors de la fête foraine ou lorsque Lola chante.

Nantes est enfin magnifiquement filmée (les grues du port, la place Graslin, le Katorza qui est toujours là 50 ans après), ville ouverte, où chacun rêve de partir. Le temps qui s'écoule est filmé de façon sensible, alors que le temps de narration est court (3 jours), il donne l'impression de voir des destinées entières se nouer et se dénouer.
Lola et Roland Cassard reviendront dans d'autres films, car Demy, comme Balzac, conçoit son oeuvre comme un tout.

Tout l'univers de Demy est présent dans Lola, mêlant comme nul autre légéreté et gravité. 

 

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4e

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heavenlycreature 29/04/2013 22:40

Eh bien moi j'ai découvert Lola ce soir... J'avais surtout envie de voir Nantes filmé à une autre époque. Ce n'est que le 2e film de Demy que je vois (après Peau d'âne). J'ai trouvé ça très beau et
doux (et grave aussi comme tu dis) mais c'est vrai que c'est aussi parfois assez niais (surtout à cause du jeu agaçant d'Anouck Aimée)... mais bon, globalement, j'ai plutôt apprécié... :)

Anna 23/02/2009 14:05

J'aime beaucoup moi aussi ce film doux-amer et plein de mélancolie, qui annonce déjà tous les thèmes chers à Demy. J'ai fini de regarder l'intégrale Demy il y a peu, je trouve son cinéma absolument merveilleux!

pierreAfeu 09/02/2009 15:48

Mon cher Chris, un petit commentaire ici, et après je n'écris plus rien. Mais voilà, j'ai beau être nantais, je n'aime pas le cinéma de Demy. Seuls deux de ses films m'ont plu, Les demoiselles de Rochefort et La baie des anges (je précise que je n'ai pas vu Peau d'Ane)… Concernant Lola, je retiens une photographie magnifique mais des dialogues tellement niais que j'ai très vite abandonné… Idem pour Une chambre en ville et Les parapluies de Cherbourg, avec la palme du pire à Parking. C'est d'autant plus dommage que Demy lui-même m'est sympathique et que, par exemple, Jacquot de Nantes, le film de Varda qui parle de lui, m'a plutôt touché. Désolé, donc...