Christoblog

Le grand soir

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/17/40/20085063.jpgIl y a quelque chose de profondément déplaisant dans ce film du duo Delépine / Kervern. Un manque de respect envers les personnages, le scénario, les spectateurs, le mouvement punk et même le cinéma.

 

Rien ne fonctionne, tout est artificiel dans ce pensum : les acteurs sont grotesques (Dupontel se rend copieusement ridicule à plusieurs reprises / je veux bien dire Dupontel, non son personnage), les différentes scénettes se résument le plus souvent à l'expression d'une idée grossièrement filmée.

 

Exemple : je vais filmer deux conversations qui se superposent, je vais utiliser les écrans de surveillance dans mon film, je vais filmer un pendu dans un manège...

 

Pour donner un peu d'épaisseur à leurs poncifs, Delépine et Kervern pratiquent le guest dropping comme d'autres le name dropping : ils invitent donc Didier Wampas, Bouli Lanners, Brigitte Fontaine, Yolande Moreau, Barbet Schroeter, et même ce gros plouc poujadiste qu'est devenu Depardieu.

 

Il y a dans tout cela une suffisance béate, un air de précieux ridicules qui consiste à se croire Depardon quand on cadre un paysage de zone commerciale.

 

Quand au message du film, quel est-il ? Qu'il faut se libérer des chaînes de la consommation en jetant les caddies de supermarchés dans les champs et en précipitant une botte de foin enflammée vers la caméra. Révolutionnaires au petit pied, contempteurs chroniques et mesquins, les réalisateurs nous ennuient. Quand aux vrais punks, il se retourneront dans leur tombe historique en voyant leur mouvement grossièrement caricaturé par ces tristes guignolades.

 

Le grand soir, film le plus laid de 2012 ? C'est probable.

 

Delépine / Kervern sur Christoblog : Mammuth

 

1e

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fredastair 08/06/2012

Je ne comprends pas l'engouement autour de ce film. Ce n'est même pas une question de goût, de point de vue (j'aime pas, ils aiment, etc), c'est plus que ça : il n'y a tout simplement rien de
grandiose là-dedans, rien d'un peu creusé, d'un peu profond, d'un peu construit, qui justifie qu'on l'encense. C'est une enfilade de petits riens dont on tire si peu de choses (deux ou trois gags
rigolos, c'est tout), avec une terrifiante vacuité de fond derrière. Rien de punk là-dedans, mais une subversion à trois sous, bâclée, pondue à l'arrache sur un coin de table, sans point de vue ni
réflexion, si ce n'est celle qu'on balaie à coup d'une pseudo "poésie" totalement indigente (ce final foutage de gueule, tsss...). Défaite de l'effort, de la pensée artistique, de la pensée
critique. Que tout le monde s'extasie sur ce vide, que le film reparte de Cannes avec un prix, il y a de quoi baisser les bras.

Dommage pour l'esprit Groland, incendiaire à la télé, complètement dilué ici, en même temps qu'il y pointe ses limites de partout. Dommage pour Poelvoorde, toujours bon, toujours drôle (même si on
l'a connu plus en forme), qui parvient à être touchant vers la fin, essaie de donner un peu de consistance à son personnage, alors qu'il est déjà trop tard.

D'accord avec toi pour y voir la négation d'un mouvement punk, comme j'étais d'accord avec toi pour parler de film "faux" à la sortie de "Mammuth". Sur Depardieu, enfin, tu y vas fort ; mais c'est
vrai que qu'il y a quelque chose d'amusant à voir le soutien number one de Sarkozy (enfin, l'ex-soutien) traité en roi dans un film aux intentions ouvertement anar. Ça résume bien l'esprit et la
défaite de ses deux auteurs.

Jérémy 14/06/2012

J'avais raté Mammuth. J'ai rattrapé mon retard avec Le Grand soir et je dois dire que j'ai plutôt été emballé. Je vais faire light car je vois qu'on sort les fusils de chasse ici !

Même s'il y de la pesanteur dans le récit, j'ai surtout appréhendé le film comme une comédie. Et comme toute comédie, le second degré est indispensable. Après, c'est un choix : soit le ridicule
reste ce qu'il est, soit il devient pertinemment drôle. Et pour Le Grand soir (malgré la fin complètement foirée) en tout honnêteté j'ai franchement ri. La glace sans tain, le suicide, le dialogue
avec le chinois... je trouve que ça fourmille d'idées et surtout que tout part de vraies envies de cinéma. Je trouve ça assez communicatif et pas seulement "artificiel".

Enfin, perso je suis toujours un peu gêné par le terme de "message du film". Je ne sais pas si un film doit forcément être le témoin d'un message bien déterminé. Au contraire je trouve qu'une des
qualités du Grand soir est de témoigner d'une réalité sans jamais tendre dans l'incitation idéologique : la réalité d'une révolution impossible, bien qu'elle puisse être légitime, mais barrée par
le conformisme individuel (ces magasins où il fait chaud quand il fait froid, froid quand il fait chaud, etc...). Et c'est là, je trouve, que le film trouve son épaisseur et son sens : le ridicule
de Poelvoorde, Dupontel et leurs parents ne renvoi qu'à notre propre ridicule. La scène de Poelvoodre au micro du magasin est assez saisissante car elle ne cache pas cet aspect du film. Et entre
parenthèse, elle permet de rappeler que Poelvoorde est à la base un bon acteur au-delà de tous les films qu'il décide étrangement de faire...

Mais il n'y a pas trop de méthode miracle... L'univers excentrique de Kervern et Delépine ne peut forcément pas plaire à tout le monde. Moi-même Groland ne m'a jamais vraiment passionné.

dasola 14/06/2012

Bonjour Chris, et bien je me sens un peu seule. J'ai beaucoup aimé ce film, l'histoire et les personnages. Je trouve que Kervern (qui est venu présenter son film avant la projection) a de
l'empathie pour Not, Dead et les autres. Les mimiques de Brigitte Fontaine sont assez irrésistibles. C'est un film clownesque. Je n'ai pas trouvé ce film laid et j'ai aimé la fin. Bonne journée.

Colimasson 14/06/2012

La BA avait suffit à me donner des frissons... Où est l'ironie dans tout ça ? L'autodérision ? J'ai bien peur que les masters du Groland ne commencent à se prendre un peu trop au sérieux. Et ça ne
leur va pas du tout...

copa738 22/06/2012

Laid ? Pourquoi ça ? Moi, je sais que certaines situations m'ont mis mal à l'aise (je ressens ça parfois devant Groland). Mais pour ce qui est du reste, je trouve le message fort et dur, et
finalement réel. Après, Delépine et Kervern ont tout à fait le droit de dénoncer en caricaturant, en éxagérant :)