Christoblog

Gazette du festival des 3 continents 2012

22 novembre

 

J'ouvre mon compteur avec un film en compétition, It's a dream, premier film de l'iranien Mahmoud Ghaffari. Outre le léger vertige d'être parmi les premiers spectateurs au monde à le voir en salle, le film me procure des sensations mitigées. Au rayon des + : un tableau au vitriol de la société iranienne, une fine observation des acteurs et une grande précision dans la mise en scène, le sentiment d'une urgence de cinéma dû sans doute au tournage sans autorisation. Du côté des - : un côté bavard qui ennuie dans la première partie, des ellipses narratives non maîtrisées qui nuisent à la clarté du récit, un scénario bancal, une fin en trompe l'oeil. Le film est bien sûr sorti en clandestinité d'Iran, Ghaffari nous dira peut-être comment (il arrive demain à Nantes). A noter que Téhéran, ici gris et neigeux, est beaucoup moins photogénique que d'habitude.

 

23 novembre

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/92/27/06/20189617.jpg

Hier soir, j'ai pu voir la mini-série de Kiyoshi Kurosawa Pénitences (Penance en anglais, Shokuzai en japonais), dans sa version longue pour la première fois en Europe (la version projetée à la Mostra était écourtée). Je reviendrai sur cette expérience hors norme dans un article détaillé très prochainement, mais je peux vous dire que la salle était absolument scotchée du début (vers 18h45) à la fin (vers 0h30). Les cinq épisodes sont tous différents, parfaitement maîtrisés comme du grand cinéma et excitants comme une série. Un plaisir total.

 

24 novembre

 

Un des plaisirs du F3C : se lever le week-end, sauter dans ses chaussures et entrer dans une salle à 10h du matin pour découvrir un film qu'on ne verrait jamais autrement. Ce matin c'était pour un film souvent oublié dans la http://fr.web.img2.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/76/88/20401764.jpgfilmographie du grand Johnnie To : Yesterday once more, un film très curieux mais attachant, mi comédie sentimentale mi mélodrame, que je critiquerai dans un article dédié. On reconnait la patte Milkyway : c'est vif, très pro, et magnifiquement joué.

Ce soir, direction le Concorde pour un film en provenance d'Arabie Saoudite, et réalisé par une femme s'il vous plait ! Wadjda a été chaleureusement accueilli à la Mostra. C'est un film modeste mais délicieux que je vous conseille pour deux raisons : sa petite interprète est éclatante de farîcheur et son caractère documentaire sur la vie quotidienne dans une banlieue de Ryad est passionant. Bonne nouvelle : le film sera distribué en France et sortira en février, il aura donc droit à un article sur Christoblog.

 

25 novembre

 

Pas de grasse matinée ce matin, pour être à l'heure à la projection de Sailor suit and machine gun, dans le cadre de la rétropesctive consacrée au réalisateur japonais méconnu Shinji Sômai. A noter que Kiyoshi Kurosawa nous a raconté en introduction une amusante anecdote : il était assistant sur ce film et lors d'une scène de violence où son rôle était de dire Coupez ! si un incident se passait, il ne l'a pas fait, et la jeune actrice s'est blessé à la joue (ce qu'on voit très bien à l'écran). Il dit en avoir tiré comme leçon de ne jamais franchir certaines limites lors de ses propres tournages.

Sinon, le film est une bonne illustration de la façon de filmer de Sômai, tout en long plans-séquences très construits. L'intrigue un peu zarbi (une jeune écolière se voit désignée boss d'un gang de yakuza) donne lieu à un traitement réaliste et légèrement déjanté. C'est plutôt agréable à suivre mais j'ai tout de même trouvé le style (certains effets, la bande-son, la qualité de l'image) très daté et un peu trop hétéroclites à mon goût. Il y a dans les effets de décalages et dans la cruauté froide des éléments qui me rappellent les films de la Nikkatsu (cf F3C 2011). http://www.sentieriselvaggi.it/public/articoli/48111/Images/sanzimei_04.jpg

Encore un grand moment à saveur vénitienne en soirée avec la projection de Three sisters de Wang Bing, un de mes cinéastes préférés, auteur du mythique A l'ouest des rails. Le film a reçu le Prix Orizzonti à la Mostra. 2h33 minutes d'un documentaires sur 3 petites filles d'un village du Yunnan, on pourrait croire ça chiant, et c'est extra-ordinaire. Je reviendrai très bientôt dans un article détaillé sur ce film remarquable.

 

26 novembre

 

Dernière séance pour cette année avec un film de la Milkyway : The longest nite de Patrick Yau (1998) produit par Johnnie To et Wai Ka-Fai, avec Tony Leung. C'est un bon exemple de ce que Hong-Kong peut produire de plus dingue, mélange complètement dérangé de violence caricaturale, d'image de qualité très moyenne, de scènes d'action hyper-speed, de zooms/dézooms à la machette, de musique disco et de scénario tarabiscoté. Impossible de me forger une opinion vraiment arrêtée tellement le film est typé dans son milieu et son époque, et tellement éloigné de nos canons esthétiques. Ca ne dure qu'une heure et quelques, et heureusement.

 

Palmares

 

A ma grande joie Three sisters de Wang Bing remporte la Montgolfière d'or et le Prix du Public, après son prix à Venise ! La Montgolfière d'argent va à Beauty de l'argentine Daniela Seggiaro et le film coréen Sleepless night remporte une mention spéciale. 

 

A l'année prochaine.

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Nelly Moaligou 28/11/2012 12:44

Un avis parmi d'autres sur "It's a dream". C'est filmé façon Asghar Farhadi dans "Une Séparation", par paliers, avec des éclats débarquant violemment et retour au système D, ce revers de la
mondialisation. Nouveauté, des espiègleries comme le fou rire nerveux de la jeunesse. Le personnage central voilé, au visage gracieux affiche une expression plus voyouse que d'habitude. Elle fonce,
tient tête de toute sa grâce à l'homme d'affaires, à ses sbires. Pour autant, au lieu du cuisant revers attendu, ses larmes, ses trajets avec ce copain en voiture. On reste un peu sur sa faim...
Toute jeune créature touchant aux liens du sang jette le trouble dans le regard masculin, aussi complice soit-il avec son épouse. Le spectateur a toute latitude pour passer du drame intime,
universel, à celui du peuple iranien, là où la transgression conduit à des peines sans commune mesure avec les fautes commises. Le titre "C'est un rêve" justifierait les nombreuses elllipses ? En
toute dernière partie, fort malaise. Sans doute la lassitude des issues "grand ouvert". Crainte de la censure iranienne ou limite imaginative du réalisateur ? Certains spectateurs préfèrent dire
"je n'ai pas tout compris" et plébisciter un film plus net.

Chris 29/11/2012 18:40



Je partage ton avis, sauf pour la comparaison avec farhadi que je trouve beaucoup plus précis, voire chirurgical.