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Fish tank

Le premier plan de Fish tank est déjà un bijou. Katie Jarvies est essouflée, elle vient de danser le hip hop dans un squat. C'est un plan fixe, en plongée, superbe.
 
Suit une première partie qui expose le cadre de l'intrigue : paysages urbains de banlieue, insultes et violences, misère affective et sexuelle. Mia a 15 ans, elle n'aime personne et personne ne l'aime, même pas sa mère, ni sa petite soeur.
Elle ne va plus en classe et doit être prochainement placée dans un centre spécialisé. Elles est le poisson rouge qui tourne dans son bocal. Seule la danse semble donner un sens à sa vie.

Puis sa mère ramène à la maison un amant charismatique, Connor (Michael Fassbender, encore excellent), qui va bouleverser le train train quotidien de la mère et des deux filles.

Le scénario de Fish tank commence comme du Mike Leigh pour évoluer vers une intrigue à la fois fine et perverse. Les pistes narratives ouvertes en début de film (le gitan et son cheval, l'audition, le placement en centre) se bouclent progressivement avec élégance. Le sujet principal du film, l'éducation sentimentale et sensuelle de Mia, se développe dans une direction tout à fait inattendue et évite les lieux communs (comme le basculement dans le mélo) avec brio.

Katie Jarvis est une boule de volonté et de sensibilité, elle est bouleversante, exceptionnelle. Elle ne danse pas si bien que ça, mais quand elle le fait c'est avec une telle détermination qu'on ne peut s'empêcher d'être touché. Fassbender dégage une aura similaire à celle d'un Viggo Mortensen dans les films de Cronenberg, ou d'un Joaquin Phoenix.

La mise en scène est extraordinaire. D'une sensualité, d'une élégance qui fait de Andrea Arnold le pendant féminin d'un James Gray. Elle réussit à rendre sensible la beauté de la nature (un vol d'oiseau, un ciel d'orage, une libellule) comme celle de la ville (une barre d'immeuble, des camions nacelles, des poteaux électriques) avec la même virtuosité. Le jeu des focales, des profondeurs de champ, les légers ralentis, les angles de prises de vue inattendus restituent les sentiments de Mia à la perfection.

L'art du montage y est aussi totalement maîtrisé, témoin cette scène superbe dans la maison de Connor, au moment où Mia réalise quelle est la vraie vie de Connor : on croirait du Hitchcock.

Un deuxième film seulement, et déjà un chef d'oeuvre : Andrea Arnold prend rendez-vous.



4e

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defense 21/11/2014 12:10

Ce n'est pas vraiment le genre de film que j'aime le plus, mais je l'avais trouvé très intéressant et bourré de qualité. Et puis c'était un peu dans la lignée de ce que peut faire un Ken Loach, donc ça m'a plu au final.

Stoni 01/03/2010 19:38

Très beau papier, très passionné pour un film fort mais un poil trop mélo quand même par moments. Si je tenais à être sarcastique je dirais que c'est un excellent téléfilm. Mais je ne le dirai pas. Dans la foulée j'ai découvert Red Road, le premier opus d'Arnold, bien plus intense encore.

fredastair 28/11/2009 13:46

Tout à fait d'accord avec toi, ce film est un bijou! Pour moi le meilleur film de l'année (pour l'instant!). J'ai été soufflé par la beauté des images et l'audace du script ; comme toi, Fassbender me rappelle immanquablement Viggo Mortensen (ce visage sec, cette sensualité brute, cette ambivalence inquiétante entre douceur et violence). Ta comparaison avec James Gray est intéressante, même si je n'y avais pas pensé (j'ai adoré Two Lovers!)
Merci pour ton message sympathique sur mon blog! je trouve tes citiques à la fois réfléchies et concises, je viendrai plus souvent! ;)

georges 14/11/2009 17:14

J'ai vu le film à Cannes, j'ai beaucoup aimé mais un peu dérangeant, je n'ai pas vu son premier film qui parait-il était extra déjà!

pierreAfeu 04/11/2009 15:56

Le premier film d'Andrea Arnold était DÉJÀ un chef d'œuvre, très cher...